Littérature

Déambulations 4

D’un côté il y a les mondes fantastiques créés des plumes savantes des écrivains, de l’autre il y a les aventuriers qui rentrent en contact avec le monde réel et qui par la suite relatent de leurs aventures. Le Salon du livre réunit tout cela : l’Agenda a eu la chance d’en découvrir d’avantage sur l’Australie sauvage et la jungle humide du Venezuela tout en restant assise sur une petite chaise confortable.   

“Lire c’est comme voyager” disait Laurie Helgoe, psychologue et autrice américaine. Si chaque livre a le pouvoir de nous emmener vers une aventure inconnue, les récits de voyages en particulier constituent la catégorie qui plus exprime ce message. La place du voyage de cette 30e édition du Salon du livre et de la presse a bien fait rêver le public en exposant une marée de guides touristiques et des montagnes de témoignages de voyageurs. De nombreux invités ont aussi animé la Place, en venant discuter de thématiques inhérentes les voyages. Samedi 30 avril ce sont Sarah Marquis et Miguel Bonnefoy qui ont occupé les petits fauteuils noirs pour nous parler de leurs derniers ouvrages dans le cadre d’une rencontre intitulée « Profession : aventurier ».

voyages

Jurassienne d’origine, Sarah Marquis fait l’aventurière solitaire depuis 23 ans. Elle a déjà écrit quatre ouvrages racontant ses aventures, et le cinquième, intitulé « Instincts » et qui racontera les trois mois de son expérience de survie en Australie, sera publié en septembre. Miguel Bonnefoy, lui, est français d’origines vénézuéliennes et pas trop le type aventure. Consacré de plusieurs prix littéraires, il est professeur de français et auteur, et se dit « rat de bibliothèque n’y connaissant rien à ce monde [d’aventures sauvages] ». Il a tout de même participé à une expédition de deux semaines pour surmonter l’Auyantepuy et redescendre la montagne vénézuélienne en rappel aux abords de la cascade la plus haute du monde, accompagné d’une dizaine de personnes quand même, pour ensuite en décrire les sensations dans « Jungle ». Si la première est partie à l’aventure au nom d’un vieux rêve qui la voyait se débrouiller comme les vrais aborigènes australiens et a ensuite décidé d’en publier les émotions, le deuxième dit n’avoir fait le voyage « que pour le livre ».

L’ambiance au Salon est décontractée, on rigole bien: Miguel plaisante sur son incompétence en matière d’excursions tandis que Sarah raconte comment elle a appris le langage des crocodiles. Ils nous vendent du rêve et donnent vraiment envie de découvrir tous les détails de leurs voyages, qui s’avèrent à la fois physiques et psychologiques. Les deux témoignent du fait que le monde de l’aventure n’est pas si étrange au monde littéraire : après avoir traversé la jungle sud-américaine, Miguel s’est rendu compte que « le fini de la langue n’est pas suffisant pour embrasser l’infini de la nature ». Sarah de son côté utilisait l’écriture comme antidote: « j’écrivais en fin de journée pour oublier la faim » dit-elle.

Si vous avez envie de découvrir comment Miguel agissait de « chien fou » et Sarah lisait les arbres pour trouver de l’eau, il ne vous reste que traverser la jungle urbaine vers votre libraire et repérer ces deux ouvrages.

Texte: Céline Stegmüller

27 avril 2016: Déambulations 1bis

C’est au Pavillon des Cultures Arabes que l’Agenda a décidé de s’immerger dans les périples de femmes européennes en Orient au XIXe siècle. Contés par Fawzia Zouari et Ons Debbech, ces récits de voyages nous ont transportés dans un Orient dont quelques «ladies» eurent jadis la chance de percer les secrets.

Valentine de Saint­Point, les Ladies Esther Stanhope et Mary Montagu, Isabelle Eberhardt… À priori, que pourrait bien lier ces jeunes femmes aux horizons bien distincts? La réponse est à chercher au plus profond d’elles-­mêmes, car c’est une véritable passion qui anima le cœur de ces jeunes femmes toute leur vie durant: l’Orient. En dignes aventurières, toutes délaissèrent leur quotidien privilégié pour partir à la découverte d’un ailleurs aussi mystérieux qu’hostile, d’autant plus à la gent féminine.

Tour à tour admirées, suspectées d’espionnage, accusées de trahison ou au contraire élevées au rang de «Reine», ces femmes perçurent toutes le monde arabe d’un œil différent. Valentine de Saint ­Point, en suivant les traces de son arrière grand oncle le fameux Lamartine, rêvait d’un «Grand Orient» et se convertit à l’islam lors d’un premier voyage au Maroc. Soupçonnée d’espionnage tant par les arabes que par les français, elle ne cessera pourtant de croire en son rêve de voir un jour l’émergence d’une force arabo- musulmane. Lady Montagu, quant à elle, découvrit les secrets des harems turcs en quittant l’Angleterre pour épouser son amant qui deviendrait ambassadeur de Turquie. Esther Stanhope fit construire un château sur les hauteurs de Palmyre et sa beauté l’éleva au statut de véritable prophétesse aux yeux des peuples arabes. Isabelle Eberhardt, elle, réussit plus que toutes à accéder aux mystères du monde arabe en se déguisant puis en se faisant baptiser en tant qu’homme!

Ces femmes aussi belles qu’aventureuses réussirent à accéder aux plus profonds recoins d’un Orient fantasmé par bien des occidentaux à la Belle Époque. Plus que de simples voyageuses, elle s’investirent toutes dans l’évolution de la condition de la femme et des pays arabes. Car si pour les hommes de l’époque, le monde arabe était un simple territoire de plus à conquérir, il représentait un havre de paix, un confident pour les femmes. Pour découvrir en détail les parcours insolites de ces femmes qui lâchèrent tout pour réaliser leur rêve oriental, plongez- ­vous d’ores et déjà dans le recueil de Lesley Blanch, On the Wilder Shores of Love: a Bohemian Life.

Texte: Lorraine Vurpillot

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29 avril 2016: Déambulations 3

Du crime à l’écriture

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Au salon du livre cette année, le roman policier a l’honneur de posséder sa propre scène du crime. Divers auteurs sont invités à discuter sur différentes questions autour de leurs œuvres. L’Agenda s’est intéressé à la conférence dévoilant la vie des professionnels du crime écrivant des policiers ou thrillers. Louise Anne Bouchard interviewait Nicolas Feuz, procureur à Neuchâtel, Danielle Thiéry, première femme haut commissaire et Mark Zellweger, ancien stratège pour les services secrets.

En tant que première femme divisionnaire, Danielle Thiéry est très vite et souvent contactée par la télévision et d’autres médias. Elle a d’ailleurs écrit une partie de sa biographie dans « La petite fille de Maria » ; comme ce livre a  vingt ans, il n’est plus publié. Mais c’est par envie qu’elle décide d’écrire des romans policiers. Interrogée sur son dernier livre « Dérapage », l’auteur dévoile qu’elle ne s’inspire pas de ses enquêtes pour écrire. Cet ouvrage est né d’une discussion sur le lait maternel que les scientifiques ne peuvent pas encore dupliquer par manque de connaissances. Cet ouvrage explore le désir de rester en vie et éternellement jeune. En septembre, cet auteur, primé par le prix du Quai des Orfèvres en 2013, va sortir son nouveau livre : « Tabou » qui étudie la violence faites par les femmes.

Quand Louise Anne Bouchard demande à Nicolas Feuz si son travail a finit par l’atteindre psychologiquement, il répond sur le ton de l’humour « non, mais c’est peut-être du déni ». Très marqué par les auteurs de thrillers français, comme Jean-Christophe Grangé, il décide de se mettre à l’écriture. Ses histoires, sans jamais reprendre d’affaires réelles, sont le mélange de son travail et de sa passion. Dans « Les Bouches », son dernier roman, le héros, Eric Beaussant, s’inspire un peu de son caractère, mettant un peu de ses qualités et défauts dans chaque personnage, flics comme sérial killer. Cette affaire se passe en Corse, île que Feuz a visitée pour s’imprégner de l’atmosphère, parce que les sensations ne sont pas les mêmes si les écrivains décrivent un endroit en observant Google Maps ou s’ils décrivent des souvenirs. Les limites à ne pas franchir dans le roman policier sont fixées par l’avis des lecteurs. Sinon il ne s’en pose pas, sauf en ce qui concerne les noms réels. Il ne met jamais une institution connue dans ses livres pour éviter toute accusation de diffamation.

Mark Zellweger ne peut en aucun cas s’inspirer de son travail pour écrire ses livres. Encore étonné aujourd’hui, il révèle que jamais il n’aurait pensé devenir auteur. C’est en lisant Constantin Malnik, un ancien coordinateur des services de renseignement français, que l’envie de faire de même se développe. Grâce à sa nouvelle passion, il crée sa maison d’édition réservée au roman policier écrit en langue française. « Double jeu », son dernier roman, met en scène la face cachée des relations internationales. A l’intérieur de son livre, des déplacements géographiques incroyables sont effectués. Contrairement à Nicolas Feuz, Zellweger n’a pas pu aller dans tous ces pays parce que certains sont en guerre, comme la Syrie.

Une même question a été posée à ces trois auteurs : Est-ce que certains crimes sont particuliers à certaines zones géographiques ?

Zellweger n’a pas pu répondre à cette question puisque ce n’est pas son domaine d’expérience. Il s’intéresse aux enjeux d’états et aux affaires réglées en secret. Il connait beaucoup moins le monde du crime de sang ou de la drogue que ces deux confrères. Thiéry et Feuz pensent que les crimes sont partout les mêmes mais que parfois il y a une recrudescence d’un certain type de crimes, comme le braquage, mais le crime de sang, comme la drogue, reste universel. Le nouveau crime qui paye beaucoup et dont la peine reste faible, est l’escroquerie. Alors… a quand le grand roman policier d’escroquerie ?

Texte: Adélaïde Offner

28 avril 2016: Achetés au salon 2

Quand je suis arrivée en haut des escalier et je me suis retrouvée face à une marée de livres,
j’ai tout de suite pensé que ce mois j’aurai volontiers fait des économies alimentaires pour
pouvoir acheter plein de livres. J’ai quand même essayé de me limiter et de ne pas m’arrêter à
tous les stands pour acheter un livre (je n’avais malheureusement pas de valise pour les
ramener) mais quand je suis arrivée au stand des livres en anglais j’ai craqué. Parce que
j’adore cette langue et sa littérature, ensuite parce qu’en traînant mes yeux le long des
étagères j’ai vu des livres qui attendaient depuis longtemps sur ma « to-read list ».(Céline Stegmüller)

200px-CuckoosCallingCoverThe Cuckoo’s calling, Robert Gailbraith
Ce livre a été écrit par une écrivaine très très connue à l’international, mais qui a décidé d’utiliser un autre nom pour publier une série de romans complètement différente de celle qui l’a rendue fameuse aux quatre coins du globe. Ayant aimé son style, je me suis dite que j’aurais bien aimé voir comment elle s’y prend au genre thriller-policier.

 

the-girl-on-the-trainThe girl on the train,  Paula Hawkins
J’ai beaucoup entendu parler de ce livre, et le petit résumé offert par le quatrième de couverture m’a tout de suite dit que c’était un livre à lire. Déjà parce que je passe infiniment de temps dans le train aussi, et surtout parce que, comme la protagoniste, j’invente souvent des petites histoire pour les gens que je vois défiler au delà de la fenêtre.

 

The g17235026irl with all the gifts, M. R. Carey
Je n’avais pas entendu parler de ce livre, mais le jaune fort de la couverture a tout de suite attiré mon regard, et je l’ai retourné pour en découvrir l’histoire. Intriguée, je me suis sentie un peu obligée d’acheter ce livre dont on a écrit « si vous lisez un livre cette année, faites que ce soit celui-ci ». Bref, il ne faut vraiment pas grand chose pour me convaincre.

 

Dans le sac de l’Agenda, on trouve aussi:

thumb-large_brugger_140x210_102_2L’oeil de l’espadon, Arthur Brügger, Éditions Zoé
Depuis “L’élégance du hérisson”, il paraît que les animaux ont la cote auprès des titres de livres… Premier roman d’Arthur Brügger, L’oeil de l’espadon nous plonge dans le quotidien des employés d’un Grand Magasin, à travers le regard à la fois tendre et critique du gentil Charlie. Déjà commencé et mordu à l’hameçon….

 

thumb-small_meier_140x210_104Le nom du père, Sébastien Meier, Éditions Zoé
En 2014, Sébastien Meier publiait un premier roman, “Les Ombres du métis” qui s’est rapidement fait une jolie place parmi les policiers romands. On se réjouit de découvrir la suite des aventures de l’ancien inspecteur Paul Bréguet à sa sortie de prison…

 

 

 

28 avril 2016: Déambulations 2

On a tous un détective caché au fond de nous, c’est sûrement pour cela que l’on apprécie tant les romans policiers, faisant le pari intérieur de trouver la solution avant le dénouement de l’auteur…

Parmi les animations proposées au Salon du Livre, le Cluedo littéraire du jeudi 28 avril donnait la possibilité à une classe d’adolescents de revêtir l’imper du détective et de partir à la recherche d’indices éparpillés dans cinq postes du Salon. Le jeu de piste, conçu par Rachel Maeder et Hélène Gaillard, fournit aux élèves les éléments d’une trame policière, dont ils devront se servir pour imaginer et écrire un scénario original à présenter à leur camarades.

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Si, dans le cadre du salon, l’activité était proposé à des scolaires, le projet se décline à l’infini et pour les adultes, pour des entreprises, des institutions culturelles ou des particuliers. Le projet est né en 2012 à l’initiative de Rachel Maeder, égyptologue de formation et auteur de romans policiers, et son amie Hélène Gaillard. Pour chaque Cluedo littéraire, elles imaginent un scénario unique, s’appuyant sur les spécificités culturelles, historiques ou secrètes des lieux qu’elles ont la possibilité d’explorer. L’idée est de pouvoir s’amuser, créer tout en découvrant des lieux insolites.

Texte et photo: Marie-Sophie Péclard

27 avril 2016: Achetés au Salon I

Le salon du Livre, c’est un piège. Les monstres ne sont pas des créatures morbides aux dents redoutables prêtes à tout pour aspirer votre âme, mais des centaines de pages reliées criant : “Achète-moi ! Achète-moi !” En plus de votre argent, ces dernières risquent bien de vous voler votre âme… Mais à L’Agenda, nous sommes faibles, et avons craqué !

acte1L’Igifou- Scholastique Mukasonga – Folio

La couverture de ce livre m’a d’emblée touchée parmi la foule de romans du salon africain. Un regard transperçant qui se veut témoin du génocide rwandais des années nonante. Un recueil de nouvelles qu’il m’empresse de débuter …

Au-fond-du-jardin-Au fond du jardin – Encre Fraîche

Le traditionnel recueil de nouvelles des Éditions Encre Fraîche. Les textes publiés sont les gagnants d’un concours organisé chaque année par la maison d’édition, cette année sur le thème “Au fond du jardin”… 20 auteurs à découvrir tout au long de l’année en attendant le prochain!

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Les ailes d’émeraude, tome 2. L’exil – Alexiane de Lys – Nouvelles Plumes

J’avais acheté le premier tome de la jeune Alexiane de Lys à l’édition 2015 du Salon, alors autant garder les bonnes habitudes ! Un monde fantastique peuplé par des êtres ailés, un peu de romance, quoi de mieux pour passer un bon après-midi lecture en totale détente ?

acte3Les accords toltèques, une chevalerie relationnelle – Olivier Clerc – Éditions Guy Trédaniel

Acheté pour ma maman qui me parle de ces fameux « accords » depuis un moment maintenant, je me suis rendu compte en rentrant chez moi… qu’elle l’avait déjà acheté ! Qui sait, je vais finalement peut-être finalement moi aussi me mettre au développement personnel ! Affaire à suivre …

Nage-libre-couvNage Libre, Olivier Chapuis, Encre Fraîche

Celui-ci, on nous l’a offert (les avantages du métier!). Parce que le Salon, c’est aussi pouvoir rencontrer les éditeurs et leur coups de coeur. “Nage libre”, dernier roman de l’auteur Olivier Chapuis, parle (à en croire le quatrième de couverture) d’une piscine… Mais on sent que c’est un peu plus compliqué que cela et qu’une tragédie est sur le point d’éclater… ça donne envie de plonger.

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Automassages : Le bien-être au bout de vos mains – Gil Amsallem

Faut-il comprendre un message caché derrière ce livre offert par une libraire des éditions France Loisirs ? Comme quoi, tenir un stand au Salon, ça fatigue ! Alors rien de mieux qu’un peu de détente après une journée à arpenter les rayons… Moi, je dis oui !

27 avril 2016: Interview I

L’Agenda est parti à la rencontre des stands présents au salon du Livre. Interview d’Alexandre Regad, Président des Éditions Encre Fraîche.

L’Agenda : Quand les éditions Encre Fraîche ont-elles été créées ?

A.R. : On publie depuis 2004 mais on existe depuis 2001. On commence à être ancré dans le paysage local.

L’Agenda : Depuis combien d’années les éditions Encre Fraîche tiennent-elles ce stand ?

Alexandre Regad : Ça va bientôt faire une dizaine d’années.

L’Agenda : Au fil des éditions, avez-vous perçu une évolution du Salon ?

A.R. : Oui. C’est vrai qu’au début, les gens ne connaissaient pas du tout le cercle des libraires et des éditeurs, et maintenant on voit qu’ils savent que ça existe, ils viennent nous trouver et ils ont envie de découvrir les maisons d’édition locales.

L’Agenda : Quelles sont vos attentes, et celles des éditions Encre Fraîche par rapport au Salon du Livre ?

A.R. : Alors pour nous, le Salon offre une bonne visibilité à la maison d’édition. Il y a beaucoup de passage, et on a un contact direct avec les gens, ce qui est vraiment agréable. En librairie, le livre est disposé, il y a des dédicaces d’auteur, mais l’éditeur n’est pas là.

L’Agenda : Cette année, plus de mille exposants sont présents au Salon du Livre. Comment vous démarquez-vous parmi la foule ?

A.R. : Alors déjà, les gens commencent à nous connaître. Avant, quand on demandait si les gens connaissaient Encre Fraîche, ils répondaient non, ils n’en avaient jamais entendu parler. Tandis que maintenant, les gens lisent nos livres, entendent notre nom à la radio ou autre, c’est un autre rapport. Quand les gens ne connaissent pas une maison d’édition, ils se disent souvent « Oh non, encore une petite maison, ce n’est pas intéressant. » Je pense qu’il y a aussi toute une dynamique autour des petites maisons d’éditions qui existe maintenant. On a lancé le Salon des Petits Éditeurs qui a lieu une fois par an. Les gens ont envie de voir du local, ce qui se passe. On a des éditeurs de qualité au niveau local.

L’Agenda : Comment se ressent l’ambiance entre les exposants du Salon? Est-elle conviviale, ou y a-t-il une certaine compétitivité?

A.R. : Alors sur l’espace du Cercle, c’est vrai qu’on est tous au même niveau, on se connaît tous, alors l’ambiance est plutôt bon enfant. On se réjouit de retrouver les autres éditeurs. Il n’y a pas de concurrence. Je pense qu’on est tous complémentaires, on a chacun notre ligne éditoriale, des coups de cœur différents. Au tout début, c’est vrai qu’on se regardait un peu comme si on était des ennemis, on pensait que si quelqu’un allait à un stand il ne viendrait pas voir le nôtre, alors que pas du tout. Les gens viennent et regardent, il s achètent…

L’Agenda : Vos éditions participent-elles à d’autres événements ?

A.R. : Oui, on organise des événements tout au long de l’année, comme des lectures musicales, des balades à pied, à vélo, toutes sortes d’activités. On aime que les textes soient portés vers les gens, qu’ils soient vivants. Je trouve qu’il n’y a rien de pire que des livres alignés contre une paroi dans les librairies, que personne n’ouvre… Il faut qu’ils vivent, qu’ils existent.

L’Agenda : Vos éditions organisent aussi un concours « Encre Fraîche », avec un thème différent chaque année…

A.R. : Tout à fait. Celui qu’on a lancé l’année dernière était « Au fond du jardin… », le recueil est disponible. Et le nouveau titre, c’est « Un jour de pluie ».

L’Agenda : Comment choisissez-vous les nouvelles qui seront publiées ?

A.R. : On a un jury de cinq personnes, on lit toutes les nouvelles, puis on se réunit. On n’est pas toujours d’accord sur nos coups de cœur, etc. On avait cent cinquante-sept textes, et on devait en choisir dix-sept.

L’Agenda : Quid de vos projets futurs ?

A.R. : Le prochain Salon des Petits Éditeurs aura lieu le 12 novembre au Grand-Saconnex. Sinon, il y aura aussi une journée à Lausanne avec l’association Tulalu!? le 21 mai, avec des lectures musicales le matin, et une balade dans la vieille-ville de Lausanne l’après-midi, dans des lieux insolites…

L’Agenda : Comment voyez-vous l’avenir du paysage littéraire romand?

A.R. : Je pense qu’il y a un vrai foisonnement de plein de choses. On a des auteurs créatifs, et je vois l’avenir plutôt positivement. Je pense qu’avant, l’écrivain écrivait son livre et faisait des dédicaces, c’était tout. Alors que maintenant, on lui demande d’être plus actif, original. Il y a une belle dynamique entre les écrivains aussi, ce que je trouve intéressant.

Propos recueillis par Lorraine Vurpillot

 

27 avril 2016: Déambulations 1

Début des déambulations. On serpente sans but entre les libraires, les éditeurs et les auteurs. On aura l’occasion de parler d’eux, mais avant tout arrêt  au jardin d’enfance. Pour la deuxième année, le Salon Internationale du Livre et de la Presse accueille La Fabrique. Une fabrique à pensées, une fabrique à mots, une fabrique à post-it. Jusqu’à dimanche, des blouses blanches tout sourire animent des ateliers en papiers, en feutres et en couleurs. Je suis d’accord, cela ne dit pas grand chose mais la Fabrique ne se raconte pas, elle s’écrit. En ce moment-même.

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Le passant est interpellé par la maisonnette aux couleurs criardes…. visuellement, il se passe quelque chose. Alors on entre dans le salon aux haïkus éparpillés sur les murs. Une table nous invite à nous asseoir se découvrir une âme de poète. La chambre rouge – celle des parents- appelle à la déclaration d’amour sur napperons brodés en papier, tandis que celle des enfants nous incite à rêver. « Miroir, mon beau miroir » : dans la salle de bain, on se prend en photo, en mode acteur de cinéma ou avec les copains. Dans l’atelier, on déchire des pages, on découpe des mots, on fabrique des romans à nos images. Pour les gourmands, des idées de recettes sont affichées dans la cuisine.

Les enfants se prêtent facilement au jeu. Dans l’appartement de la Fabrique, la littérature vit sur les murs.

Texte et photos: Marie-Sophie Péclard

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Histoire d’un désamour: interview de Guy Mettan

GuyMettanLes clichés sont souvent tenaces, et la Russie en fait les frais depuis dix siècles. Catalyseur des peurs et des ambitions, la russophobie s’est développée en Europe qui a fait de la Russie son miroir négatif. C’est l’idée que développe le journaliste et directeur du Club Suisse de la Presse Guy Mettan dans son dernier livre ” Russie-Occident: une guerre de mille ans”. En se basant sur la production journalistique et historique occidentale au sujet de la Russie, Guy Mettan pose les fondements d’une rivalité originelle qui vont mener à l’image caricaturale de “l’ours russe menaçant”, et explique les différences entre les russophobies française, anglaise, allemande et américaine. Il pose ainsi les balises des relations entre la Russie et l’Occident,  confrontant de nombreux faits au regard de l’histoire. Il dénonce encore certaines pratiques journalistiques et cherche à rétablir la désinformation que subit la Russie, tout en jetant un éclairage stimulant sur la position ambigüe de l’Union Européenne.

L’Agenda: Quels événements particuliers vous ont poussé à écrire ce livre?
Guy Mettan: Je suis l’actualité russe avec attention depuis longtemps et j’ai toujours été surpris de la manière tronquée dont la grande presse parle de la Russie. Cela m’est apparu notamment avec les Jeux Olympiques de Sotchi. À ce moment, il n’y avait pas de guerre, pas d’annexion, on ne pouvait rien reprocher à la Russie et les journalistes ont trouvé des milliers de reproches à faire: c’était trop cher, il y avait de la corruption, des familles avaient été déplacées, ainsi que des choses ridicules comme des robinets qui ne fonctionnaient pas… Et puis il y a eu la révolution de Maidan en Ukraine, avec le putsch du mois de février 2014 qui a déclenché un déferlement antirusse qui m’a vraiment agacé, j’ai eu envie de remettre les choses au clair. Mais on pourrait écrire ce livre sur d’autres pays. La Russie n’est pas la seule concernée mais c’est le cas que je connais le mieux pour y aller régulièrement et voir ce qui s’y passe.

La russophobie est bâtie sur une vision déformée de ce pays, une succession de clichés qui construit un mythe. D’où vient-il?
Le fondement du mythe a une base religieuse, c’est le schisme entre orthodoxes et catholiques à partir de Charlemagne. Cette rupture a d’ailleurs été provoquée par les Occidentaux pour des questions géopolitiques, de concurrence entre le Saint-Empire romain germanique et l’Empire byzantin. Cela a généré quantité de clichés négatifs à l’égard des Grecs qui se sont répercutés sur la Russie quand cette dernière a repris la succession de l’Empire byzantin. Au dix-huitième siècle, quand la Russie réapparait comme grande puissance, le mythe revient: une Russie despotique, annexionniste, qui voudrait envahir l’Europe, contrairement à tous les faits historiques! On constate en effet que c’est la Russie qui a été envahie par l’Europe et non le contraire, une dizaine de fois entre les Chevaliers teutoniques, les Polonais en 1612, Napoléon en 1812, les Allemands et Hitler deux fois pendant le vingtième siècle. Maintenant l’OTAN progresse en Ukraine et en Géorgie…. Alors que la Russie n’a jamais envahi l’Europe occidentale. Quand les troupes russes d’Alexandre étaient à Paris c’est parce qu’elles avaient été attaquées par Napoléon. La même chose pour Berlin en 1945, Hitler avait d’abord envahi la Russie! Ce sont des choses qu’on oublie et l’on tend à prendre la conséquence pour la cause: il y a une distorsion historique et journalistique dans la présentation des faits. C’est ainsi qu’on voit que la russophobie est avant tout une idéologie, un mythe qui est construit pour les opinions publiques européennes .

En quoi ce mythe est-t-il nécessaire à la construction de l’identité européenne?
L’Europe a toujours été divisée. Jusqu’en 1914, entre plusieurs nations, puis entre les blocs soviétique et occidental. Aujourd’hui, la construction européenne est très laborieuse et compliquée, avec de grandes divisions internes. Ce mythe de l’ours russe menaçant conforte l’identité et l’union forcée des pays d’Europe. Quand on a un adversaire commun, c’est toujours plus facile de faire l’union sacrée.

Vous évoquez les lobbies russophobes, qui sont-ils?
Les lobbies existent partout et toujours. Dans le cas de la Russie, il est vrai que cette présentation des faits est encouragée par l’existence de puissants lobbys. Le premier est le lobby militaire qui est bien connu, car on ne peut pas vendre d’armes si le monde est en paix et si l’on n’a pas de prétendus ennemis à vaincre et contre lesquels on doit se protéger. Il y aussi le lobby des ressources énergétiques, du pétrole et du gaz. La Russie possède d’immenses ressources: dans une industrie qui a toujours des besoins énormes, il est plus utile d’avoir une Russie servile et dominée qu’indépendante et autonome. Ce fait se voit clairement en 2003: après les attentats du 11 septembre les relations entre les États-Unis et la Russie étaient bonnes, mais l’attitude des États-Unis a complètement changé quand la Russie a décidé de conserver la gestion de ses ressources en interdisant à Khodorkovsky de brader les ressources pétrolières aux Américains. Le lobby gazier pétrolier américain a été fâché de n’avoir pas pu racheter pour une bouchée de pain les ressources russes. Le troisième lobby est celui de l’ est-européen, les Polonais et les pays baltes qui nourrissent une crainte vis-à-vis de la Russie. Ils se sont toujours appuyés sur les anglo-saxons pour accroître leur importance au sein de l’Union Européenne dans laquelle ils avaient un problème de légitimité.

Le sentiment russophobe existe-t-il ailleurs qu’Europe ou aux États-Unis?
Je n’ai pas la prétention d’avoir couvert le sujet mais l’une des surprises de ce travail a été de constater que la russophobie est une forme de racisme propre à l’Occident. Dans mon livre, je parle de russophobie religieuse, de russophobie française, bien que les français aient eu des moments de russophilie. La russophobie anglaise est très forte à cause des querelles géopolitiques. La russophobie allemande apparaît vers la fin du 19e et la russophobie américaine, plus récente, commence en 1945. Mais on ne trouve pas ce sentiment par exemple en Chine ou au Japon, alors que ces pays ont connu des conflits territoriaux avec la Russie. Il y a eu une guerre entre le Japon et la Russie en 1903 et en 1945. La Chine et la Russie ont connu des accrochages frontaliers dans les années 70 sur le fleuve Amour. Mais on ne trouve pas de russophobie chinoise ou japonaise, malgré ces conflits. Ce paradoxe montre à nouveau que la russophobie est une création de l’Occident justement provoquée par son ambition de vouloir dominer le monde, mais qui a trouvé la Russie sur son chemin. Et les lobbies russophobes entrent en action à chaque fois que la Russie résiste. On peut prévoir un tel comportement avec la Chine puisqu’à chaque résistance l’Occident tend à la décrédibilisation et la délégitimation. Il cherche à interférer dans les affaires des autres pays au nom de la démocratie et les Droits de l’homme, non sans une certaine ambiguïté puisque la question des Droits de l’homme en Arabie saoudite ne lui pose aucun problème alors qu’ils sont violés de façon mille fois plus grave qu’en Russie.

A-t-on pu connaître un sentiment russophobe en Suisse?
Non, je ne dirai pas ça. La Suisse est toujours prudente ou réservée face à l’étranger. Il n’y a pas de russophobie suisse, et c’est pour ça que je n’en parle pas dans ce livre. En revanche il y a eu à un moment un anti-communisme très fort, et je déplore que la Suisse ait suivi les sanctions européennes contre la Russie. Mais c’est plus un effet de suivisme qu’une russophobie active et délibérée. L’autre avantage en Suisse est qu’on peut toujours s’exprimer et qu’il y a toujours une écoute pour les voix minoritaires. Je crois que ça fait partie de l’ADN national et c’est plutôt positif.

Texte et propos recueillis par Marie-Sophie Péclard

Guy Mettan, Russie-Occident: Une Guerre de Mille Ans, Éditions des Syrtes, mars 2015.

 

Sur la route de la Fureur de Lire

La Fureur de lire ouvre son festival littéraire par une soirée consacrée à une œuvre majeure de la Beat Generation, Sur la route de Jack Kerouac. La qualité d’écriture et les thématiques du roman, orientées vers la fureur de vivre, l’évasion, l’intensité et la liberté, rejoignent assurément le cœur du festival : la fureur…de lire, le plaisir et la passion…des mots.

Dans ce récit autobiographique, Jack Kerouac relate ses expéditions à travers les Etats-Unis, entre 1947 et 1950, avec son compagnon de route, Neal Cassady. Véritable anticonformiste face à la société américaine, Kerouac embrasse une vie de liberté, d’exaltation, de voyage et de frénésie. Ses pérégrinations vers l’Ouest américain sont nourries par une quête de sensations et l’aspiration vers de nouveaux horizons. Fondé sur une critique et une révolte face à la société, Sur la route repose sur une soif de liberté, le désir de vivre intensément et la volonté de dépasser les conventions sociales de l’époque.

Photo: Guillaume Perret
Photo: Guillaume Perret

La Fureur de lire nous propose un concert-lecture de toute beauté, guidé par la musique de Shani Diluka et la lecture d’Hippolyte Girardot, soulignant le goût de Kerouac pour les mots et le jazz. Les récitations et la piano se succèdent, puis se mélangent sublimement. Accompagnés par ces sonorités puissantes et intenses, nous partons, nous aussi, sur la route, aux côtés de Kerouac. La musique et le texte sont empreints d’une folie, d’une puissance et d’une intensité communicative, mais également d’une part de délicatesse, de fragilité et de douceur. Ce concert-lecture est une invitation au voyage, qui nous emporte véritablement.

Texte: Pauline Santschi

33, rue des Grottes

Après avoir travaillé quelques années dans le marketing, Lolvé Tillmans décide de faire de sa passion son métier et consacre désormais tout son temps à l’écriture. Refusant de se limiter à un seul genre, ses créations vont du roman de fantasy aux courts essais, en passant par des notules littéraires. Avec “33, rue des Grottes”, paru aux éditions cousu mouche, l’auteur nous propose une descente aux enfers sur fond genevois !

33ruedesgrottes

Le quartier des Grottes, qui se niche juste au-dessus de la Gare de Genève, abrite aujourd’hui un ensemble d’habitations charmant et hétéroclite, les vieux immeubles du XIXe siècle côtoyant les bâtiments colorés résolument modernes. Cette ambiance singulière se retrouve également dans la diversité de ses habitants : étudiants, femmes d’affaire, ouvriers, étrangers, genevois pur souche… Ces rue typées sont donc, pour un écrivain, un excellent point de départ pour un essai littéraire sur la société actuelle genevoise, ce que semble nous proposer de prime abord Lolvé Tillmans….

Nous faisons donc la connaissance, dans les premières pages, des habitants d’un immeuble de ce fameux quartier. Il y a ainsi Caroline et Stéphane, un jeune couple amoureux, Nicolas et Hélène, qui traversent les difficultés d’une première grossesse, la famille de Mei, une petite fille chinoise, Carlos, un étudiant gay, Bekim et ses collègues ouvriers clandestins et finalement Julieta, la vieille concierge de l’immeuble. Comme nous, ces personnages avancent dans leur vie tranquillement, malgré leurs petits soucis quotidiens, avec la naïve impression que les horreurs et catastrophes qui se déroulent à l’étranger, et dont font régulièrement écho les médias, ne pourraient jamais se produire en Suisse. Jusqu’au jour où leur train-train quotidien bascule par l’arrivée d’une mystérieuse épidémie meurtrière. Les habitants vont dès lors faire resurgir leurs instincts primaires de survie, se battant chacun pour soi dans une Genève devenue soudainement sauvage !

Si vous cherchez votre prochaine lecture du soir, passez votre chemin : vous risquez une nuit agitée remplie de cauchemars ! En effet, l’auteur maîtrise parfaitement les tensions psychologiques d’un plume noire et sans pitié, tandis que le choix du mode narratif interne (on passe de la tête d’un personnage à l’autre) renforce l’idée de panique et de non-information vécue par les protagonistes. On soulignera également le crescendo dramatique bien dosé et l’on ne regrettera que la fin, brutale, qui nous laisse dans un sentiment de frustration et d’insécurité tenace !

Pour en savoir plus sur l’auteur et ses textes, rendez-vous sur son site internet : http://www.lolvetillmanns.ch.

Texte : Aurélie Quirion

« L’immortelle » De Geny Laffitte

Article paru sur le site Plumes Genevoises

C’est une gageure, ce roman on le manipule avec circonspection, il faut dire que la lecture est intrigante, le phrasé court, ponctué.

L’invraisemblable dans le vraisemblable- on nous invite à l’ultime frisson.

Imbriqué dans la danse du suspens, entre un kidnapping et un attentat sans pour autant entrer dans le pathos ni le tragique.On y décèle l’au-delà qui nous parle et se fait entendre. Il s’agit d’un rendez-vous avec l’ailleurs.Le futur devient au galop déjà du passé. La souplesse des dialogues, la dureté de l’expressionse nuance petit à petit et on commence à comprendre que prévoir est nécessaire, et ressentir aussi.

Alaïss le personnage principal est son propre miroir, elle part en croisade au secours des autres un peu aussi d’elle-même, transcendée par la voix invisible qui la guide. L’épreuve est ardue, semée d’embûches, mais essentielle-au service de ses propres croyances-sans jugement aucun. Elle nous invite à se reconnaître dans nos faiblesses, nos forces. Pour s’y confondre au plus profond de nous. Et si cela pourrait m’arriver, quelle serait ma réaction ?

L’enchaînement de l’histoire c’est de l’adrénaline qui se partage.

Alaïss est happée par les conséquences et défend ses droits  à l’ingérence.

A l’amour inconditionnel, à ses limites à ne pas franchir, l’enseignement salvateur et ne dira jamais « C’est impossible ». La complicité, l’amour joue un grand rôle dans sa quête de spiritualité.

L’audace de courir, de sauter, de croire, de glisser, de combattre et enfin de survivre. Pour la rédemption – sa rédemption.

Texte: Isabella Coda-Bompiani

Référence: Jenny Laffitte, Alaïss, L’immortelle, ed. Pierre Philippe, 2012.

L’Association Plumes Genevoises prend le parti de l’art et de la culture et est désireuse de promouvoir et de soutenir les artistes du canton de Genève. 

Jenny Laffite
Jenny Laffitte

Tulalu !? Spéciale Lausanne

Rendez-vous à 15 heures 20 sur l’esplanade de la cathédrale. Mais est-ce que les amoureux des lettres le seront assez pour braver la neige qui tombe à gros flocons et passer une heure trente à parcourir Lausanne dans le froid en compagnie d’Ariane Devanthéry, Victor Hugo, Rousseau et les autres écrivains voyageurs qui passèrent par là un jour ? Eh bien oui !

Nous sommes entre quarante et cinquante à nous rassembler devant la cathédrale, encore plus belle en manteau blanc, pour écouter Ariane Devanthéry nous parler des voyageurs qui s’arrêtèrent plus ou moins longtemps dans cette ville. Textes à l’appui nous entrons en matière en 1687 avec Burnett, un anglican qui accompagnait en tant que précepteur un jeune aristocrate lors de son Grand Tour. Le Grand Tour, qui durait entre un et deux ans, était indispensable à l’éducation des jeunes bourgeois qui souhaitaient embrasser une carrière dans les relations internationales: ils se créaient leur réseau sur place, ou pour plus tard, car ceux qui avaient effectué ce voyage auraient les mêmes références et se “reconnaîtraient”. Leur but est souvent l’Italie, mais en chemin ils s’arrêtent parfois des mois dans une ville ; ils vont à la rencontre de la population, prennent le temps de connaître les lieux, de parler de leurs écrits et de ceux des autres. On se sent presque rougir lorsque Ariane Devanthéry lit le texte de Burnett : la Suisse et ses habitants sont toujours décrits dans des termes élogieux : la première un eldorado magnifique, les seconds généreux et accueillants.

On se déplace sur l’esplanade, d’où la vue est majoritairement blanche. Et on apprend des anecdotes intéressantes au passage, comme le fait qu’au Moyen-Âge la cathédrale était traversée par un passage routier, ou que certains récits décrivaient très sérieusement les différentes sortes de dragons qui vivaient dans les Alpes.

Mais il commence à faire rudement froid et l’on se dit que les voyageurs émerveillés n’étaient sûrement pas venus en janvier… après un vote à main levée la visite se poursuit bien au chaud dans le musée historique.

Photo: Katia Meylan
Photo: Katia Meylan

On apprend que les voyageurs commencent à utiliser les récits de leurs prédécesseurs comme des sortes de guides. Ils prennent avec eux un coffre de livres, des classiques mais aussi ces récits, qu’ils relisent sur place, comme pour vérifier par eux-mêmes ce qui y est dit.

Avec sa “Nouvelle Héloïse”, Rousseau a beaucoup fait pour l’histoire du voyage en Suisse. C’est la première fois qu’une génération de lecteurs part pour se rendre sur les lieux non plus d’autobiographies ou de poèmes mais d’une fiction. Rousseau voulait situer son roman dans le plus beau lieu qu’il connaisse, pour qu’il soit en adéquation avec la beauté intérieure de ses personnages. Alors certains seront déçus en découvrant Clarens, d’autres touchés par le même émerveillement que l’auteur. Une vague d’écrivains Romantiques passe par la Suisse, et “si l’on devait tous les citer, on n’ aurait pas fini”.

Les choses se gâtent au milieu 19ème siècle : les voyages deviennent plus courts, trop de monde passe sur ces routes. La qualité du voyage en pâtit, ont parle alors de tourisme… et parallèlement les écrits sont beaucoup plus critiques, autant contre la Suisse que contre cette manière de voyager.

Ariane nous laisse en 1948, avec « Rêver à la Suisse », un texte d’Henri Calet. Le ton est à nouveau admiratif, mais on croit deviner un brin d’ironie aussi, vu ce qu’il décrit avec passion : les différentes toilettes qu’il visite, les lacets de chaussure d’un contrôleur…

Sans réveiller mon chauvinisme lausannois –avouez quand-même que c’est une belle ville, remplie d’histoire et de culture, visitée par les plus grands…- cette visite organisée par l’association Tulalu!? m’a donné envie de me plonger dans ces textes, que près de 300 ans séparent et qui livrent des impressions de voyage dans cette même région.

Texte: Katia Meylan

Tulalu !? Spéciale Lausanne

Rendez-vous à 15 heures 20 sur l’esplanade de la cathédrale. Mais est-ce que les amoureux des lettres le seront assez pour braver la neige qui tombe à gros flocons et passer une heure trente à parcourir Lausanne dans le froid en compagnie d’Ariane Devanthéry, Victor Hugo, Rousseau et les autres écrivains voyageurs qui passèrent par là un jour ? Eh bien oui !

Nous sommes entre quarante et cinquante à nous rassembler devant la cathédrale, encore plus belle en manteau blanc, pour écouter Ariane Devanthéry nous parler des voyageurs qui s’arrêtèrent plus ou moins longtemps dans cette ville. Textes à l’appui nous entrons en matière en 1687 avec Burnett, un anglican qui accompagnait en tant que précepteur un jeune aristocrate lors de son Grand Tour. Le Grand Tour, qui durait entre un et deux ans, était indispensable à l’éducation des jeunes bourgeois qui souhaitaient embrasser une carrière dans les relations internationales: ils se créaient leur réseau sur place, ou pour plus tard, car ceux qui avaient effectué ce voyage auraient les mêmes références et se “reconnaîtraient”. Leur but est souvent l’Italie, mais en chemin ils s’arrêtent parfois des mois dans une ville ; ils vont à la rencontre de la population, prennent le temps de connaître les lieux, de parler de leurs écrits et de ceux des autres. On se sent presque rougir lorsque Ariane Devanthéry lit le texte de Burnett : la Suisse et ses habitants sont toujours décrits dans des termes élogieux : la première un eldorado magnifique, les seconds généreux et accueillants.

On se déplace sur l’esplanade, d’où la vue est majoritairement blanche. Et on apprend des anecdotes intéressantes au passage, comme le fait qu’au Moyen-Âge la cathédrale était traversée par un passage routier, ou que certains récits décrivaient très sérieusement les différentes sortes de dragons qui vivaient dans les Alpes.

Mais il commence à faire rudement froid et l’on se dit que les voyageurs émerveillés n’étaient sûrement pas venus en janvier… après un vote à main levée la visite se poursuit bien au chaud dans le musée historique.

Photo: Katia Meylan
Photo: Katia Meylan

On apprend que les voyageurs commencent à utiliser les récits de leurs prédécesseurs comme des sortes de guides. Ils prennent avec eux un coffre de livres, des classiques mais aussi ces récits, qu’ils relisent sur place, comme pour vérifier par eux-mêmes ce qui y est dit.

Avec sa “Nouvelle Héloïse”, Rousseau a beaucoup fait pour l’histoire du voyage en Suisse. C’est la première fois qu’une génération de lecteurs part pour se rendre sur les lieux non plus d’autobiographies ou de poèmes mais d’une fiction. Rousseau voulait situer son roman dans le plus beau lieu qu’il connaisse, pour qu’il soit en adéquation avec la beauté intérieure de ses personnages. Alors certains seront déçus en découvrant Clarens, d’autres touchés par le même émerveillement que l’auteur. Une vague d’écrivains Romantiques passe par la Suisse, et “si l’on devait tous les citer, on n’ aurait pas fini”.

Les choses se gâtent au milieu 19ème siècle : les voyages deviennent plus courts, trop de monde passe sur ces routes. La qualité du voyage en pâtit, ont parle alors de tourisme… et parallèlement les écrits sont beaucoup plus critiques, autant contre la Suisse que contre cette manière de voyager.

Ariane nous laisse en 1948, avec « Rêver à la Suisse », un texte d’Henri Calet. Le ton est à nouveau admiratif, mais on croit deviner un brin d’ironie aussi, vu ce qu’il décrit avec passion : les différentes toilettes qu’il visite, les lacets de chaussure d’un contrôleur…

Sans réveiller mon chauvinisme lausannois –avouez quand-même que c’est une belle ville, remplie d’histoire et de culture, visitée par les plus grands…- cette visite organisée par l’association Tulalu!? m’a donné envie de me plonger dans ces textes, que près de 300 ans séparent et qui livrent des impressions de voyage dans cette même région.

Texte: Katia Meylan

Retour sur le premier Salon des petits éditeurs romands

L’Association Tulalu !? était présente au premier Salon des petits éditeurs romands le 1er novembre 2014, à l’initiative des Editions Encre Fraîche au Grand-Saconnex. But de l’événement : rendre vivante la littérature dans un esprit de partage et d’échange.

La journée commence par un débat sur la place de la poésie dans le paysage éditorial romand avec :

– Huguette Junod, Ed. des Sables

– Denise Mützenberg, Editions Samizdat

– Tristan Donzé, Torticolis et frères

– Patrice Duret, Le Miel de Le Miel de l’Ours

Animation : Lisbeth Koutchoumoff (Le Temps)

Huguette Junod anime les éditions des Sables depuis 1987 et publie 9 recueils par année. Denise Mützenberg a créé les éditions Samizdat en 1992 et publie 12 œuvres par année. Les éditions du Miel de l’Ours existent depuis 2004 grâce à Patrice Duret qui a édité Jacques Chessex. Enfin les éditions Torticoli et frères sont assez éclectiques et publient aussi bien des romans que de la poésie. Eliane Vernay a publié une centaine d’ouvrages poétiques mais s’est retirée depuis peu.

Pour un petit territoire, la production est exceptionnelle et abondante.

Ces éditeurs travaillent tous par amour de la poésie. Constatant que les grandes maisons ne s’intéressaient guère à la poésie, ils se sont lancés dans l’autoédition, puis se sont ouverts à d’autres auteurs. Chacun fait part de l’origine de sa vocation, née le plus souvent dans l’enfance : réalisation de livres dès le plus jeune âge, lecture de Paul Eluard à l’adolescence. Pour eux, la poésie est une perpétuelle source d’inspiration, une forme d’exorcisme aussi.

Les détracteurs de la poésie prétendent qu’elle n’attire pas le public. Denise Müzenberg rétorque qu’en Amérique latine, au Moyen-Orient, en Islande et au Québec par exemple, la poésie est un genre très populaire et draine des milliers de lecteurs ou d’auditeurs, car elle est profondément liée à la musique. Elle est la mère de l’écriture, exprime des émotions, témoigne de l’humanité.

Alors pourquoi le monde francophone est-il si réticent face à la poésie jugée trop compliquée ou élitiste ? Peut-être craignons-nous de partager des émotions. Il faut souligner que la poésie n’est pas au-dessus de nous, mais au contraire, elle tisse un lien intime entre le poète et son lecteur. Elle est frémissement de l’être au contact d’un autre être. Il y a toutes sortes de formes poétiques capables de toucher le cœur et de circuler partout, il suffit le plus souvent de donner la possibilité au public de les découvrir lors d’événements et de lectures publiques.

Quel rôle jouent les médias ? Force est de constater qu’aujourd’hui la plupart des médias ne participent pas à la diffusion de la poésie. D’une manière générale, à part quelques revues spécialisées, ils ne laissent que très peu de place à la littérature.

Dans la cacophonie ambiante, il est important de faire entendre une voix, un langage qui ait du sens. Il est essentiel de créer une relation de proximité avec les amateurs. La poésie est une forme de résistance dans une société mondialisée qui ne parle que de profit, car elle permet de se recentrer, d’écouter le silence et les mots qui éveillent notre part d’humanité.

Le second débat donne l’occasion de s’interroger sur le rôle des petits éditeurs, petits, mais costauds ! Avec :

– Giuseppe Merrone, BSN Press

– Michaël Michael Perruchoud, Cousu Mouche

– Laurence Gudin, Editions la Baconnière

– Alexandre Regad, Encre Fraîche

Animation : Isabelle Falconnier (L’Hebdo)

Leurs points communs : questionner notre époque. L’exiguïté du territoire rend les relations plus faciles qu’en France, l’esprit convivial prévaut. Ils rencontrent les mêmes difficultés pour diffuser et exporter leurs livres. Ils se distinguent des grands éditeurs établis depuis longtemps en publiant des auteurs originaux qui n’entrent pas dans les créneaux commerciaux. Ils prennent paradoxalement davantage de risques vu leurs faibles moyens financiers, mais ils donnent la priorité au contact personnel avec leurs auteurs qu’ils suivent pas à pas. Ils publient les livres qu’ils aiment car ils sont d’abord des lecteurs avertis. Ils fonctionnent avec un comité de lecteurs bénévoles. Ils font un travail d’équipe gratifiant. La plupart se sont formés sur le tas, car en Suisse, contrairement à la France, il n’y a pas de formation professionnelle dans le domaine de l’édition. Il faut beaucoup d’énergie et d’engagement pour persévérer dans cette voie, mais le but est de prendre du plaisir dans cette activité, d’en être fier lorsque paraît un ouvrage sur lequel on a beaucoup travaillé main dans la main avec l’auteur. Des éditeurs vraiment costauds qui ont le courage de se démarquer des autres maisons d’édition. Il y a des inégalités criantes entre les grands et les petits éditeurs au niveau structurel et commercial.

Notons que les magazines parlent toujours des mêmes livres, les petits éditeurs sont les seuls à explorer d’autres formes d’écriture. Bien entendu, ils aimeraient avoir davantage de possibilités de diffusion. Ils publient environ cinq livres par année. Vu leur petite structure, il n’est pas possible d’en faire davantage.

L’émergence des petits éditeurs correspond aussi au désir de proximité qui se manifeste dans plusieurs domaines : vins et gastronomie par exemple.

Giuseppe Merrone souhaite davantage de professionnalisme comme en Suède, par exemple, où les auteurs et les éditeurs sont mieux soutenus. Il souligne la nécessité d’une coordination des efforts. Laurence Gudin va dans le même sens en proposant un label pour les éditeurs romands. Elle pose une question clé : existe-t-il un imaginaire spécifique en Suisse romande ? Elle se propose de mettre en avant l’originalité des auteurs de cette région. Aujourd’hui les choses changent, les auteurs sortent de leur solitude, il y a davantage de rencontres à tous les niveaux. Elle constate un manque cruel de critiques littéraires et souhaite relancer cela.

Depuis dix ans Encre Fraîche a publié 35 livres, ce qui est beaucoup. Alexandre Regad est très satisfait de voir que ces ouvrages ont encore une audience alors que la plupart des livres disparaissent aux yeux des médias au bout de trois ou quatre mois. Il veut créer la continuité, et pour cela, il faut y croire !

Cette journée s’est poursuivie par des lectures d’auteurs et des débats. Pari réussi car le public était nombreux et enthousiaste. Un Salon qui a permis aux auteurs et aux éditeurs de mieux se connaître et de créer des liens qui sont amenés à se développer.

Texte: Sylvie Blondel

Vice-présidente de l’Association Tulalu!?

et auteur du «Fil de soie » éditions de l’Aire