Lausanne

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Deux quartets pour un Friday night détendu mais sérieux chez Jazz Onze+

Le festival JazzOnze+ était de retour la semaine dernière, et L’Agenda a eu l’immense plaisir d’occuper un siège de la salle Paderewski et d’être ainsi baigné dans l’astmosphère envoûtante et bienfaisante du jazz pour deux moments très distincts et rassasiants. En effet, vendredi soir, après le guitariste suisse Louis Matute Quartet en première partie, c’est le saxophoniste canado-haïtien Jowee Omicil qui a joué, sublime et impétueux, mettant le feu à la scène lausannoise de Montbenon pour une édition avancée dans ses dates.

Texte: Marion Besençon

Louis Matute Quartet, dans l’intimité d’un créateur suisse
Profondément ancrée dans l’ADN du festival, la musique classique sera mise à l’honneur au travers d’une sélection d’œuvres phares. Pour cette édition retour après l’annulation du festival en 2020, la soirée jazz du vendredi avait programmé Louis Matute et le quartet qu’il forme avec Léon Phal, Virgile Rosselet et Nathan Vandenbulcke. Une première partie foisonnante pour un public de salle hélas encore clairsemé ce qui n’aura pas suffi à désenflammer ou débrancher le guitariste trend et chouchou du festival (en showcase d’ailleurs lors de la conférence de presse), qui a rapidement partagé avec la salle Paderewski qu’il était encore la tête dans ses polyphonies de la Renaissance, de retour de la BâtieFestival de Genève… Et c’est tant mieux! puisque les festivalier∙ère∙s ont eu le privilège de voir un musicien-compositeur à la recherche de mélodies et peut-être de paroles, avec simplicité et aisance, ce qui aura aussi permis de mettre le doigt sur ce que l’artiste porte du contemporain et sans doute de suisse par cette accessibilité gentille et sans manière d’inclure ceux qui l’écoutent.

Une performance livrée avec brio par un quartet qui participe aux grandes rencontres musicales de l’année et qui aura su faire le spectacle crescendo pour un final feux-d’artifice à la Whiplash.

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photo: Thea Moser

Jowee Omicil, du saxo et les registres du crime
En musicien confirmé quand il entre en scène, le très prisé (The Eddy, Netflix) Jowee Omicil ouvre le show en sortant ses nombreux instruments d’un cabas bien que ce soit du saxophone dont il jouera. Très stylé, il ôtera ses couches de t-shirts successives comme à Montreux pour en débardeur nous laisser voir ses bras fins et musclés – ndlr il faudrait lui demander s’il fait du yoga. Une prestation rocambolesque pour une narration enlevée où les racines du jazz seront détournées pour ne pas dire moquées, une attention de tous les instants qu’il exige dans un face-à-face avec son public qu’il excite jusqu’à la réaction. Et c’est à propos qu’il cherche une interface à sa hauteur, s’affirmant très frontal dès ses premières foulées, taquinant l’audimat suisse réputé frileux. Après avoir écumé quelques clichés lausannois, et en sorcier, il convoquera le mythe Nina Simone et mettra tout en oeuvre pour que nous donnions de la voix, portant éventuellement jusqu’à nos conscience une large question: aime-t-on plutôt oui ou non participer aux festivités?

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Photo: Yann Laubscher

Et c’est ce qu’il obtiendra des réactions vives et contrastées révélant que personne n’est indifférent.
Démontrant s’il le fallait qu’il est un performeur hors-pair, il parviendra ensuite à faire se lever et se trémousser un public conquis après qu’avec classe il nous ait ramené à sa réalité d’être un jazzman complet, jouant quelques notes de piano, instrument qui, il l’apprendra tard, était l’instrument d’une mère qu’il n’a pas connu longtemps.

Dans une salle presque pleine, il nous a été donné de voir un grand nom se déchaîner puis sortir de scène et s’asseoir l’espace d’un instant sur les marches à nos côtés. L’intention sans doute d’une performance musclée dont nous n’avons pas fini de reconstituer le fil rouge puisqu’elle s’impose en dialogue avec les tribulations qui toutes et tous nous secouent présentement.

JazzOnze+
Du 8 au 12 septembre 2021
Casino de Montbenon, Lausanne
www.jazzonzeplus.ch

Sugar, butter, flour

Ou “sucre, beurre, farine” – ce qui ne perd rien de son charme, c’est officiel. Mercredi soir au CPO, des artistes de comédie musicale de Paris et d’ici ont joué, en première mondiale, Waitress en français.

Texte: Katia Meylan

Écrite et composée d’après le film du même nom par la chanteuse pop Sara Bareilles, la comédie musicale Waitress a débuté en 2015 et se joue depuis à Broadway et dans le West End à Londres. La version française est toute fraîche puisqu’elle s’est créée – en version concert – pour la première fois sur scène avant-hier soir, à Lausanne!

Deux énergies ont convergé pour ce faire: celle des Parisiens Jérôme Bortaud et Laurent Stachnick, qui ont obtenu les droits pour devenir directeurs artistiques et co-auteurs/traducteurs de l’œuvre en français, et celle de l’équipe lausannoise de l’OPEN MIC & CO, qui travaillent passionnément à faire vivre la comédie musicale dans la région, notamment en organisant des workshop ainsi que des soirées concert suivi de scènes ouvertes au CPO.

Hier, la deuxième partie scène ouverte n’a pas pu avoir lieu pour cause de mesures sanitaires, mais personne parmi le public ne semblait déçu∙e. L’ambiance générale était plutôt à l’émotion d’avoir entendu Waitress sur scène, offerte par onze voix toutes plus généreuses les unes que les autres.

La troupe éphémère a pris le parti de présenter les chansons de Waitress en étant disposée en chœur, les solistes s’avançant pour chanter leurs solos, duos ou trios, accompagné∙e∙s en live par deux musiciens, au piano et à la basse électrique. Entre les différents morceaux, Laurent Stachnick narrait la trame de l’histoire, tragicomique, nous permettant de suivre pas à pas l’histoire de Jenna. Serveuse dans un “diner”, enceinte de son mari violent, elle qui fait de si bonnes tartes, elle qui vient de rencontrer l’amour mais n’ose pas le vivre, rêve de refaire sa vie ailleurs…

Même sans avoir vu une version théâtrale, on découvrait chacun des personnages dans les attitudes des chanteur∙euse∙s. Aude Gilliéron, qui interprétait le rôle principal, était formidablement touchante. Elle était bien entourée, et les regards qui se lançaient sur scène, en plus d’être ceux de Jenna, Dawn, Becky ou du Dr. Pomatter, disaient aussi le plaisir d’être là.

Monter cette comédie musicale serait un travail titanesque, la version concert était donc un premier pas vers ce qui pourrait se faire dans le futur… On a hâte!

www.concert-openmic.com

Une fenêtre virtuelle sur l’espace créatif d’un∙e artiste

Lancement des résidences numériques saisonnières de la Ville de Lausanne

En ces temps contrariés de rencontres en chair et en os émergent à point nommé les résidences littéraires virtuelles de la Ville de Lausanne. À chaque saison, son artiste et la proximité de votre écran pour des incursions au sein d’univers variés. Et c’est avec toute la souplesse et le confort d’un contenu accessible en ligne sur un temps étiré que vous décidez des plages libres que vous dévouez à la culture en train de s’élaborer.
Alors que la 6e édition du Printemps de la poésie est sur le point de démarrer (faites donc un détour par son édito mordant!), c’est le poète, musicien et chanteur vaudois Stéphane Blok qui inaugure le cycle mars-avril débarquant du côté de chez vous avec sa poétique urbaine et à n’en point douter une guitare sous le bras. Faites-lui bon accueil!

Texte et propos recueillis par Marion Besençon

Photo: JP Fonjallaz

Un printemps lausannois poétique

Deux mois en connexion virtuelle avec un artiste donc et le partage de sa bibliothèque idéale constituée de ses lectures formatrices, la visite des bibliothèques municipales comme témoignage du lien précieux aux livres, des interviews filmées et écrites qui révèlent le travail artistique ainsi que des photographies privées nous dévoilant les rencontres marquantes de ces vies riches.

“Devant notre local en 1996, avec Arthur Besson, Marcket Besson et Grégoire Guhl, à la création de l’album Les Hérétiques qui sera plus tard signé par Boucherie Production à Paris. © Stéphane Blok

Autant de rituels de découvertes de ces artistes lausannois∙es que nous aurons vite fait d’intégrer quotidiennement, ainsi que des surprises… En effet, comme nous l’expliquait Isabelle Falconnier, déléguée à la politique du livre à Lausanne et en charge du projet: “Pas de maisons physiques mais virtuelles qui s’adaptent à l’univers d’un auteur: internet et ses nouvelles habitudes permettent de présenter un auteur dans toute sa variété”.

Aussi, le poète et musicien Stéphane Blok – également président du jury du concours Écris tes lignes de vie! (dont les meilleurs poèmes seront diffusés sur le réseau tl du 20 mars au 3 avril) – livrera une performance en forme de lecture musicale de son recueil Autres poèmes le 1er avril prochain. Un live depuis la Bibliotheca du Lausanne Palace à suivre dès 19h sur la page Facebook “Lire à Lausanne”.

Et cet été?

Après un printemps résolument tourné vers la poésie, c’est l’écrivaine, peintre et présidente de l’association vaudoise des écrivains (AVE) Marie-José Imsand qui nous ouvrira les portes de son univers créatif. En juin et juillet, il sera ainsi spécifiquement question des métiers de l’écriture et du statut de l’écrivain∙e à l’époque qui est la nôtre. “Un regard large sur les écrivains, le métier, et la réalité d’écrire” promis par Isabelle Falconnier et que L’Agenda suivra avec passion et intérêt.

Les résidences littéraires de la Ville de Lausanne, un nouveau rendez-vous culturel chaleureux et intimiste à rejoindre dès à présent depuis le site de la Ville et la page Facebook.

Il était une fois… Cendrillon décapitant sa marâtre

Le Conte des contes, c’est un recueil de contes populaires italiens assemblé par Giambattista Basile entre 1634 et 1636, soit un demi-siècle avant Charles Perrault et deux siècles avant les frères Grimm. Et à en juger par cette adaptation théâtrale, ils sont aussi bien plus violents et crus! Comment Omar Porras, qui a déjà démontré son univers onirique et coloré, s’est-il emparé du recueil?

Texte: Yohann Thenaisie

La métahistoire est posée par sept personnages hauts en couleurs: un extravagant narrateur empruntant à Gomez de la famille Adams, une femme fatale, un jeune garçon à l’air nigaud, une soubrette ténébreuse, un père à la pilosité faciale d’un loup-garou, un cuisinier métalleux aux paroles entravées par un masque et une gamine binoclarde je-sais-tout. L’enjeu, c’est de sortir le jeune garçon de sa torpeur par le remède… des contes! Cette structure permet de naviguer d’un conte à l’autre. Mais au fil de la plongée, la métahistoire se délite de plus en plus et ses contours deviennent flous… Le parcours se fait sans itinéraire, au gré des chahuts des courants divers. On barbotte gaiement dans le monde du gag, avec des effets comiques de chœur et des chansonnettes infantilisantes. Soudain, une créature nous entraîne par le fond pour une violente plongée dans le glauque, le morbide, inspirée du théâtre parisien du Grand Guignol. Des bêtes décharnées. Du viol. De l’inceste. Des membres tranchés. On nage en eaux troubles… les personnages disparaissent, se dédoublent, les histoires se mélangent. Le manque d’oxygène laisse progressivement place au délire, et le style transitionne à la comédie musicale, au cabaret burlesque avec son lot de paillettes. À la question: “À quelle sauce présenter ces contes?”, le spectacle répond par: “Toutes!”.

Photos: Mario Del Curto

Le jeu d’acteur est excellent – une belle place étant faite à Philippe Gouin tenant le rôle du narrateur. Les comédien·ne·s démontrent leur polyvalence en chant, slam, danse et instruments, et le rythme est supporté par la musique composée pour le spectacle par Christophe Fossemalle. Comme toujours, Omar Porras apporte une grande attention à l’esthétique, à l’atmosphère dégagée par l’ensemble des costumes, accessoires, lumières et effets spéciaux.

C’est un beau monstre à plusieurs têtes, plusieurs styles, et plusieurs histoires qui a été mis au monde après la gestation prolongée imposée par la pandémie. Un monstre qui donne nous fait rire, mais nous donne aussi envie de vérifier sous notre lit le soir…

Suite aux mesures prises le 28 octobre par le Conseil Fédéral, la pièce sera jouée au TKM jusqu’au 1er novembre (au lieu du 22 novembre), avec une limite de 50 spectateur∙trice∙s par séance: www.tkm.ch/representation/le-conte-des-contes-2/

Puis au Théâtre de Carouge du mardi 12 au dimanche 24 janvier 2021:
theatredecarouge.ch

Angoisse à Vidy: La Possession ou le cauchemar de n’être plus soi-même

Jusqu’au 31 octobre, le Théâtre de Vidy présente La Possession de François-Xavier Rouyer. À l’heure où les animations macabres d’Halloween, qui essaiment en général à cette période de l’année, succombent les unes après les autres aux restrictions sanitaires, la grand-messe annuelle du frisson se tiendra cette année sur les planches. Sous une lumière blafarde, la pièce de Rouyer se déploie lentement comme un monstre tentaculaire, pour donner corps à l’une des angoisses humaines les plus profondes: la perte du moi, aspiré par un corps étranger, rongé de l’intérieur par une force hostile. Avis aux adeptes de sueurs froides…

Texte: Athéna Dubois-Pèlerin

“Je voudrais savoir s’il est possible d’épouvanter au théâtre, de faire dresser les cheveux sur la tête comme cela arrive parfois au cinéma ou dans la vie”, s’interroge l’auteur et metteur en scène. Depuis sa genèse littéraire, le genre dit “d’épouvante” a pour vocation de mettre au jour nos terreurs primitives, dont la plus fondamentale est sans doute la peur de l’altérité menaçante, quelle que soit sa forme. Le fantasme spécifique de la possession a été exploré tant de fois à l’écran qu’il est devenu l’un des principaux ressorts du cinéma d’horreur: l’imaginaire collectif est hanté (c’est le cas de le dire) par des scènes d’Alien ou de L’Exorciste, qui figurent une invasion – matérielle ou psychique – du corps, espace intime supposé jusque-là inviolable.

S’il reste plus difficile d’effrayer sur les planches qu’à l’écran (effet de réel oblige), transposer cette thématique-là sur la scène s’impose presque comme une évidence, le théâtre étant l’art de la possession par excellence. Transfiguration du comédien, métamorphose de la comédienne, qui exécutent dans la chair cette “expérimentation éternelle d’être autre, […] de se dédoubler”. L’interprète se laisse posséder par son personnage, qui se voit à son tour possédé par une puissance qui le subjugue. Délicieux vertige de la mise en abyme théâtrale.

Photo: Samuel Rubio

L’intrigue de la pièce est aisément résumée: une femme, mal dans sa peau, décide de prendre possession d’un autre corps. Mais on ne brise pas impunément le lien qui unit un corps à son esprit… Et c’est bien là que repose la charge horrifique de la pièce, brillamment emmenée par un casting des plus affûtés. Au-delà de la performance impressionnante des comédiennes, qui se métamorphosent sous nos yeux, on se sent saisi∙e de malaise à la vue de ces êtres vidés de ce qui faisait leur singularité un instant auparavant. Corps parasité par une conscience qui n’est pas la sienne, esprit piégé dans une enveloppe qu’il ne reconnaît pas, carcasse humaine abandonnée à l’état de coquille vide: on s’étonne soi-même de constater à quel point l’indivisibilité du corps et de l’âme répond à une loi naturelle, qu’il est angoissant de voir enfreindre. La scission est vécue comme une mutilation, et perçue comme telle par le spectateur, qui ne peut que s’interroger sur sa propre essence – et se laisser gagner par la peur de la perdre. N’est-ce pas là la fonction d’une excellente œuvre d’horreur: susciter l’introspection par le biais de l’épouvante?

La Possession
Jusqu’au 31 octobre
Théâtre de Vidy
www.vidy.ch

Your Fault portrait ©MarySmith_Marie Taillefer

Culture estivale à Lausanne

La plateforme CultureDebout! recense toutes les actions et initiatives mises en place en un temps record par la scène culturelle lausannoise. Rivalisant de créativité, elle vous propose cet été un programme inédit et majoritairement gratuit dans des conditions respectueuses des normes sanitaires.

Texte: Sandrine Spycher

Un des rendez-vous phares de l’été lausannois est, depuis de nombreuses années, Le Festival de la Cité. Annulé à cause de la pandémie de coronavirus, il vous donne rendez-vous pour sa version revisitée, Aux confins de la Cité, qui se tiendra du 7 au 12 juillet 2020. Les différents lieux, choisis avec attention afin de respecter les normes sanitaires tout en garantissant une expérience de spectacle enrichissante, ne sont dévoilés qu’aux participant·e·s. En effet, les projets, in situ ou sur des scènes légères, ne sont accessibles que sur inscription. C’est donc après tirage au sort que les chanceux et chanceuses pourront profiter de spectacles de danse, théâtre, musique et bien plus encore Aux confins de la Cité!

Pour ce qui est des arts de la scène, L’Agenda conseille, au cœur de cette riche sélection, la pièce Sans effort de Joël Maillard et Marie Ripoll. Déjà présenté à l’Arsenic en octobre 2019, ce spectacle est un joyau de texte et de créativité, qui explore les questions de la mémoire humaine et de la transmission entre générations. Côté musique, vous retiendrez notamment la pop velours de Your Fault, projet de Julie Hugo (ancienne chanteuse de Solange la Frange). Cette musique aux notes envoûtantes ne manquera pas de rafraîchir la soirée à l’heure où le soleil se couche. Enfin, pour apporter une touche grandiose dans ce festival, Jean-Christophe Geiser jouera sur les Grands Orgues de la cathédrale de Lausanne. Ce monument symbolique de la Cité où se déroulent les festivités contient le plus grand instrument de Suisse, que l’organiste fera sonner. Bien d’autres projets et spectacles seront présentés au public inscrit. En prenant soin de respecter les consignes sanitaires, on n’imaginait tout de même pas une année sans fête à la Cité !

Your Fault portrait ©MarySmith_Marie Taillefer
Your Fault, © MarySmith : Marie Taillefer

Les cinéphiles ne seront pas en reste cet été grâce aux différentes projections, par exemple dans les parcs de la ville. Les Toiles de Milan et les Bobines de Valency ont repensé leur organisation afin de pouvoir offrir un programme de films alléchant malgré les restrictions sanitaires. Les Rencontres du 7e Art, ainsi que le Festival Cinémas d’Afrique – Lausanne se réinventent également et vous invitent à profiter de l’écran en toute sécurité. La danse sera également à l’honneur avec la Fête de la Danse ou les Jeudis de l’Arsenic, rendez-vous hebdomadaires au format décontracté, qui accueillent aussi de la performance, du théâtre ou encore de la musique.

La plupart de ces événements sont rendus possibles grâce au programme RIPOSTE !. Selon leurs propres mots, RIPOSTE !, « c’est la réponse d’un collectif d’acteurs culturels lausannois pour proclamer la vitalité artistique du terreau créatif local ». L’Esplanade de Montbenon et son cadre idyllique avec vue sur le lac Léman a été choisie pour accueillir, chaque vendredi et samedi en soirée, une sélection de concerts, films en plein air et performances de rue. L’accès y sera limité afin de respecter les mesures sanitaires.

L’Agenda vous souhaite un bel été culturel !

Informations sur culturedebout.ch


 

Adriano Koch: “Lone” mais bien entouré

Hier soir au Romandie, L’Agenda était au vernissage de l’album Lone du jeune pianiste Adriano Koch, que nous avions rencontré en été 2018 à l’occasion de la sortie de son premier album. Lone, troisième et dernier en date puisqu’il sort aujourd’hui-même, chemine toujours au travers d’inspirations classiques, jazz, électro et de sonorités israéliennes et arméniennes, avec quelques nouveautés.

Texte: Katia Meylan

Photo: Valentin Cherix

Lone, paru chez Irascible, porte bien son nom car il est le fruit d’un travail solitaire, pour la composition comme pour l’enregistrement. Sur d’autres plans de la réalisation de ce projet le talentueux pianiste est toutefois bien entouré, comme ce soir dans la salle du Romandie, où il prend un moment pour remercier les artistes, les programmateurs et les proches qui participent à son succès.

Ce qu’on remarque en premier lieu dans Lone est que l’artiste intègre à sa musique un élément nouveau, la voix. Hier en live, un micro rajoutait un paramètre de plus au piano, à la percussion et aux machines qu’il gère seul. Sur certaines chansons sa voix se fait comme un écho crié au loin, sur d’autres il chante un motif répétitif. “Quand un élément humain vient s’insérer dans l’instrumental, ça touche le public différemment”, nous fait constater Adriano lorsqu’on lui demande d’où vient l’envie d’ajouter des voix à sa musique. “De mon côté ça me permet de mieux rentrer dans un état de flow”, ajoute-t-il encore.

Photo: Katia Meylan

Une réflexion qui s’apparente à celle qui s’est imposée à nous au sujet de la lumière; au début du concert, les spots puissants en contre-jour laissaient planer le mystère, puis dès la deuxième chanson, l’éclairage fait apparaître l’humain. On admire ainsi le pianiste tout à sa musique, jongler avec plusieurs instruments. La création lumière, travaillée et rythmique, est partie intégrante du concert et ajoute une épaisseur d’interprétation.

L’instrument lui aussi attire l’attention et on aime à imaginer qu’il rassemble les différents univers d’Adriano Koch: sa carrure de piano droit en bois fait penser à l’apprentissage de la musique classique, le fait qu’il soit ouvert avec les cordes et les marteaux apparents serait comme une improvisation personnelle propre au jazz, et l’éclairage bleu représenterait l’électro.

 

Parti dans ce genre de pensées insolites, on reste néanmoins à l’écoute de la musique, où l’on décèle une note répétée obsédante sur plusieurs morceaux qu’on retrouvait déjà dans les premières compositions. Peut-être une marque de fabrique? Et dans chaque titre, tant d’amplitude; Quand le classique prend l’ascendant il est vite nuancé par un vocabulaire oriental ou un phrasé jazz. L’électro amène des moments intenses où le public commence à se met en mouvement, puis soudain retour au calme, et l’on entend la voix d’un homme à côté souffler “c’est beau!”. C’est vrai!

LONE
Sortie le 6 mars 2020

Sur Spotify: www.open.spotify.com/artist/

Prochaine date de concert:
Jeudi 26 mars à 21h, Le Bar King, Neuchâtel
www.adrianokoch.com

 

(Pour un petit retour en arrière: l’article au sujet d’Adriano Koch dans L’Agenda n°75, septembre-octobre 2018 www.l-agenda.online/archives en p. 30)

Thomas Wiesel & la nouvelle vague

Si on ne présente plus Thomas Wiesel, lui se fait un plaisir de présenter la nouvelle vague de l’humour romand. Quitte à disposer d’un des meilleurs humoristes de sa génération, autant utiliser sa notoriété pour mettre la lumière sur la relève.

Texte: Yann Sanchez

Photo: Laura Gilli

La salle de spectacles de Renens accueillait vendredi dernier un plateau de cinq humoristes pour une soirée riche en rires et en découvertes grâce au partenariat entre la ville de Renens et Jokers Comedy, ainsi qu’à la capacité de la salle inférieure à mille personnes. La décision du Conseil fédéral d’interdire toute manifestation de plus de mille personnes en raison du coronavirus était tombée plus tôt dans la journée.

Thomas Wiesel se jette à l’eau le premier. Entre l’avancée des travaux de la gare de Renens et autres faits divers concernant la ville, Thomas, comme à son habitude, taquine son hôte histoire de briser la glace. Véritable marque de fabrique, qu’il joue en France, en Belgique, au Québec ou dans le plus anecdotique des petits villages de Suisse, il est toujours renseigné sur l’histoire ou l’actualité du lieu en question. Et de l’actualité ce vendredi, il y en avait! Le virus chinois en tête, Roman Polanski aux Césars, Trump, l’UDC, tout y est passé. Plus mobile derrière son micro qu’à l’accoutumée, l’humoriste lausannois a clairement amélioré sa gestuelle sur scène, ce qui lui permet ainsi d’accentuer certaines de ses blagues. D’ordinaire pas trop porté sur l’interaction, il échange cette fois directement avec des membres de l’audience et ça fait mouche. Apparemment, même les meilleurs peuvent toujours s’améliorer. À n’en pas douter, voici un très bon exemple à suivre pour la nouvelle vague romande.

Les premières gouttes de la vague arrivent: Jeremy Crausaz, la trentaine, originaire de La Broye fribourgeoise, homme de radio et de scène, grand enfant qui ne veut pas grandir. Délit de fainéantise qui engendre son lot de problèmes et anecdotes pour le moins cocasses, son set déborde d’autodérision.

Cinzia Cattaneo prend le relai. La gagnante du tremplin de Morges-sous-Rire 2019 fait dans l’humour un peu plus crû et sarcastique. Qu’elle s’en prenne à sa famille, à son mec ou à elle-même, le résultat est le même, chacun·e en prend pour son grade. La jeune genevoise a du potentiel, talent à suivre.

Entre deux réapparitions de Monsieur Wiesel, les derniers talents de la relève à passer ce soir s’appellent Renaud de Vargas et Bruno Peki.

Le premier avait déjà connu le succès en duo il y a quelques années [Melvin & Renaud, ndlr] et s’attaque à présent au seul-en-scène. Avec son CV d’humoriste/journaliste sportif, il a de la matière à décrypter. Très dynamique et enjoué, il est une vraie boule d’énergie sur scène.

Last but not least: Bruno Peki. Le benjamin de la soirée, récent vainqueur du concours Mon premier Montreux 2019, vient radieusement clôturer cette soirée avec un passage où il se raconte dans les grandes lignes sans se la raconter. Malgré son visage innocent, le jeune homme est déjà très à l’aise sur scène, en radio et sur Internet avec la clique de Tataki.

La scène humoristique suisse romande se développe de plus en plus, la culture du stand up s’étend en permanence et les soirées d’humour deviennent toujours plus fréquentes. La Suisse, bientôt un pays d’humour? N’oublions jamais les propos de l’ancien président de la Confédération Johann Schneider-Ammann: “Rire c’est bon pour la santé”.

Prochaines dates:

Thomas Wiesel en tournée en 2020 pour son spectacle Ça va à travers toute la Suisse.

Jérémy de Crausaz dès avril 2020 au théâtre Le Lieu à Paris pour son spectacle Jeremy Crausaz ne veut pas grandir.

Renaud de Vargas le 8 avril 2020 au CPO d’Ouchy et le 23 avril au Caustic Comedy Club à Carouge pour son spectacle Comment on va l’appeler?

Bruno Peki et Cinzia Cattaneo de mars à juin 2020 au Caustic Comedy Club à Carouge pour leurs spectacles respectifs Innocent et Toi-même.

Retrouvez également Cinzia Cattaneo le 25 mars 2020 au Lounge Bar La Rive à Morges pour une soirée des nouveaux talents francophones dans le cadre du Festival Morges-sous-Rire.

Pour plus d’informations :

www.l-agenda.online/evenements/

www.thomaswiesel.com

www.renens.ch

www.jokerscomedy.ch

www.morges-sous-rire.ch

www.causticcomedyclub.com

www.cpo-ouchy.ch

 

Diana Rikasari, créatrice – TEDxLausanneWomen

TEDxLausanneWomen 2019 se tiendra ce jeudi 5 décembre au SwissTech Convention Center de l’EPFL. L’événement donne une fois encore la parole aux pionnières de divers domaines et promeut les idées novatrices dans l’optique d’un changement positif du quotidien. Parmi les belles personnalités qui y seront réunies, nous retrouvons Diana Rikasari.

Texte et propos recueillis par Clara Le Corre

Diana, c’est une artiste de 34 ans qui nous vient d’Indonésie. Auteure et entrepreneuse dans le milieu de la mode, elle habite désormais en Suisse depuis 3 ans. Passionnée, elle s’efforce d’apporter des messages positifs dans les créations qu’elle réalise grâce à sa personnalité pleine de couleurs.

Quels sujets vas-tu aborder pour ce TedxTalk?
Diana Rikasari
: Je parlerai de l’importance d’être fidèle à soi-même et du pouvoir de l’authenticité. J’espère vraiment faire passer un message inspiré à l’audience.

Comment a commencé ton chemin?
Je n’ai jamais eu un chemin tout tracé. J’ai  exploré beaucoup de possibilités dans la vie jusqu’à trouver les choses qui faisaient vibrer mon cœur. J’adore la mode depuis que je suis petite et j’ai compris très récemment que cela pouvait aussi devenir ma profession.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’exprimer publiquement?
Je suis une personne très timide en fait, je ne parle pas beaucoup… sauf si je le dois =D. Mais je sens que la communication est la clé pour faire changer notre monde, car les mots sont puissants. Ils peuvent amener le changement et la révolution.

Qu’est-ce qui te rend particulièrement fière?
Je suis fière d’avoir une famille qui m’encourage. Je suis fière de mon esprit juvénile et d’être authentique.

Comment reconnaître les opportunités?
Quand il y a un problème, il y a une opportunité de créer une solution. Quand tu sens que quelque chose manque, c’est une opportunité pour innover. Quand tu échoues, il y a une opportunité de devenir meilleur le jour suivant.

Comment reconnaître le succès? Penses-tu avoir réussi?
Pour moi, le succès c’est quand ta vie a un sens. Ce n’est pas gagner ou atteindre un certain statut social. Le succès, c’est quand tu t’endors la nuit en te disant “aujourd’hui, j’ai fait de mon mieux”.

Quels conseils donnerais-tu pour un premier pas dans la réalisation de nos rêves?
Commencer pas à pas, s’ouvrir aux erreurs et se donner les moyens pour réussir. Avoir un plan solide, avoir un plan de rechange, écouter son cœur et non les autres.

TEDxLausanneWomen 2019
Jeudi 5 décembre à 18h30
EPFL Swisstech Convention Center

“J’aime tout” Dixit Maurice Béjart

Depuis mardi, le Béjart Ballet danse “Dixit”, un spectacle danse-théâtre-cinéma en hommage à Maurice Béjart, créé en 2017 et remonté cette année pour six dates au Théâtre de Beaulieu, avant les grandes rénovations qui demanderont à la troupe de temporairement changer de “maison”.

Texte: Katia Meylan

©Ilia Chkolnik

“D’où vient l’inspiration?” c’est cette question qui a été la matière première du spectacle imaginé et mis en scène par Marc Hollogne. Ce dernier, inventeur du cinéma-théâtre, fut en 1989 l’assistant de Maurice Béjart et l’avait suivi caméra au poing durant une année. À travers ces images, à travers des interviews, des mises en scène de l’enfance de Béjart tournées pour l’occasion, et enfin à travers les chorégraphies du maître et de son successeur Gil Roman, on retrace la vie du chorégraphe, de la culture qui l’a entouré si naturellement dans son enfance, sa capacité hors-norme de créer, à l’envie qu’à sa troupe de perpétuer son œuvre.

©Gregory Batardon

Le cinéma est un double moyen d’entrer dans la danse: d’abord en donnant une forme 2D à l’amour de Béjart pour le théâtre. Théâtre avec un grand “T” qui a “forgé la théâtralité de ses visions chorégraphiques”, analyse Marc Hollogne. On voit donc ce dernier, poudré et perruqué en comédien du 17e siècle, essayer de défendre la noblesse du texte alors que son interlocuteur voit déjà dans la danse la puissance des mythes. Les chorégraphies prennent alors le dessus; les archives et les vidéos des danseurs filmés, projetées sur huit écrans apparaissant de cour, de jardin ou des cintres, entrent en dialogue – mots et mouvement – avec les danseurs de chair, d’os et de plumes.

Aux côtés de l’inspiration se tient la transmission: dans “Dixit” se mêlent les chorégraphies de Béjart et celles de Gil Roman, directeur artistique de la compagnie depuis douze ans déjà. Et ce dernier prend la main de Mattia Galiotto, danseur de la compagnie qui interprète le jeune Béjart, en dialogue avec lui-même.

De ce ballet de deux heures que je voyais pour la seconde fois, je redécouvre certains tableaux presque totalement effacés de mon esprit, ou j’attends avec impatience que se rematérialisent devant mes yeux les souvenirs vifs de certaines images.

©Gregory Batardon

Même depuis le fond de la salle, je vois celle qui, depuis, a dansé le rôle-titre de “Tous les hommes presque toujours s’imaginent”, création de Gil Roman présentée pour la première fois en avril dernier qui se voit d’ailleurs insérée à “Dixit”. Jasmine Cammarota est l’une des danseuses de la troupe dont il est difficile de détacher les yeux tant la présence sur scène est forte. Ici elle prend à l’écran le rôle de Juliette, et réalise notamment le pas de deux de “Dibouk” (Béjart), ballet inspiré des danses traditionnelles juives.

Parmi les autres images fortes, la scène de “Syncope” (Gil Roman) qui précède le “Boléro” final: elle réunit les danseurs et danseuses de toute la troupe dans une course effrénée, et suscite une émotion viscérale même à qui la pour la troisième fois. Sans oublier le tableau magistral où, sous l’œil du petit Maurice qui tourne les boutons de la radio, sept ballets aux inspirations diverses s’alternent, campés sur un spectre audio. Piaf, la musique grecque, Mahler, Mozart, Bartok, la musique indienne ou Queen: “J’aime tout!” dixit Maurice.

Avec une telle curiosité, une capacité de s’imprégner et de transmettre si puissantes, on comprend pourquoi il touche au plus profond d’eux-mêmes tous ces gens qui étaient dans le public ce soir-là!

Dernière représentation ce soir, dimanche 16 juin à 18h. Aux dernières nouvelles il restait moins d’une dizaine de billets!

www.bejart.ch

Il était une fois Hollywood à la cinémathèque suisse

Pour notre plus grand plaisir en ces temps de compétition cannoise, la Cinémathèque suisse mise sur le glamour et les paillettes avec un cycle sur Hollywood. Retour sur quatre films à l’affiche, à découvrir ou à redécouvrir, jusqu’au 16 juin.

Texte: Marion Besençon

“Singin’ in the Rain” de Stanley Donen (1952)

Classique universel du cinéma, “Chantons sous la pluie” enchante son public depuis bientôt 70 ans. Cette comédie musicale nous parle d’amour en période de transition du cinéma muet au cinéma parlant. Avec humour et à grand renfort de situations burlesques, l’histoire des studios d’Hollywood est abordée dans l’esprit des meilleurs divertissements. Alors que les numéros dansés et chantés d’anthologie se succèdent, la bonne humeur est contagieuse. C’est le feel good movie de la rétrospective avec l’inoubliable Gene Kelly en as des claquettes!

“A Star is Born” de Frank Pierson (1976)

“Une étoile est née” est un remake à la signature musicale forte grâce à une bande son originale interprétée par Barbra Streisand qui tient d’ailleurs le premier rôle féminin. C’est l’histoire d’une passion entre un rockeur alcoolique sur le déclin et une chanteuse talentueuse sur le point d’être révélée au public. Dans cette version post-Woodstock de la naissance d’une star, préserver le couple des conséquences néfastes du succès consiste à adopter un mode de vie en autarcie dans les grands espaces américains. Malgré les garde-fous, l’utopie restera sans effet sur les pulsions destructrices du chanteur… Les rançons de la gloire et son lot d’émotions fortes: le tout façon hippie et en chanson.

“The Anniversary Party” de Jennifer Jason Leigh et Alan Cumming (2001)

Une actrice et un écrivain sélects réunissent leurs proches dans leur très chic villa hollywodienne pour célébrer leur sixième anniversaire de mariage. Les intentions sont pures: dire la longévité d’un amour, les réussites professionnelles de chacun et l’importance de l’amitié. Pourtant, la consommation d’alcool et de drogue autour de la piscine va faire surgir des vérités d’abord pour pimenter la soirée avant de la transformer en véritable cauchemar. Quels liens survivront aux nombreuses révélations explosives?

“Maps to the Stars” de David Cronenberg (2014)

Le retour inopiné d’une jeune psychopathe dans les quartiers huppés de Los Angeles va pousser au drame deux acteurs en quête d’une renaissance. Benjie est un enfant-star toxicomane sous pression sur le tournage d’une grosse production qui doit lui permettre de renouer avec le succès; Havana est une actrice dépressive qui vit dans l’ombre de sa célèbre mère et place tous ses espoirs dans l’obtention d’un rôle pour lequel elle n’a plus l’âge. Malgré un désir partagé d’affranchissement, ils seront rattrapés par leurs addictions et leurs démons – ceux-ci étant exacerbés par l’arrivée d’un personnage déviant à la casquette double de sœur et d’assistante personnelle. De cette vision radicale et morbide de l’industrie du cinéma ressortent les manies des stars et les pièges de la célébrité. Dirigée par Cronenberg, Julianne Moore crève l’écran (Prix d’interprétation à Cannes) et justifie en soi de voir le film.

Hollywood: l’envers du décor
Cinémathèque Suisse, Lausanne

Projections jusqu’au 16 juin

Tous les films de la rétrospective et horaires sur https://live.cinematheque.ch/films

 

 

“It’s showtime, folks !”, Hollywood sous l’œil de ses propres caméras

Du 2 mai et 16 juin, la Cinémathèque suisse propose une rétrospective dont le thème est “Hollywood: l’envers du décor”. Le public est invité à vivre le trouble et les obsessions, le faste et le glamour de l’industrie cinématographique hollywoodienne.

Texte: Marion Besençon

Hail, Ceasar!”, de Joel et Ethan Cohen, USA, 2016.

Intentions paradoxales et intérêts inconciliables, l’industrie du cinéma à Los Angeles met en lumière sa mécanique ambigüe. Amusée d’être le symbole du divertissement contemporain, elle montre sur grand écran les ressorts de son système. C’est précisément l’objet de la vingtaine de films du cycle américain projetés au Casino de Montbenon ce printemps.

En confiant ses splendeurs et ses misères au public, l’industrie du film américain développe sa mythologie et vivifie son mythe. En effet, elle dégage l’harmonie de sa chaotique usine à produire et, créant du sens, prouve qu’elle maîtrise sa force d’attraction sur le monde. Elle fascine parce qu’elle incarne les possibles d’une existence à l’écran comme à la vie. Ce pouvoir sur les imaginaires, elle l’entretient par des mises en scène auto-référencées. La Cinémathèque dévoile justement cette puissante usine à rêves avec un programme dédoublé et complémentaire: le remake et les fictions qui alimentent la légende hollywoodienne.

“A Star is Born”, de William A. Wellman. USA, 1937.

“A Star is Born”, de George Cukor. USA, 1954.

“A Star is Born”, de Frank Pierson,. USA, 1976.

Ainsi, l’art du remake est à l’honneur avec “A Star is Born”: trois films éponymes mettant en scène des stars comme Judy Garland et Barbra Streisand – et qui sont des versions antérieures à la production récente dont le rôle phare est tenu par Lady Gaga. En parallèle, la caméra introspective d’Hollywood décline les genres: du musical au drame sans négliger le thriller, la romance et la comédie. En voici un aperçu:

– Sur le thème de la gloire, du glamour et d’un âge d’or: le monumental “Sunset Boulevard” et son royaume de l’illusoire, la plus célèbre des comédies musicales “Singin’ in the Rain” et l’avènement du cinéma parlant ou le dernier phénomène musical en date “La La Land” qui réenchante la cité des stars.

– Quant au star-système, à la question de la réputation et les dérives du show-business: les tribulations d’une playmate avec “Star 80”, l’hypocrisie et les faux-semblants de l’industrie vu par les Coen avec “Hail, Caesar!” ou encore la névrose et les délires narcissiques des stars avec l’incandescent “Maps to the Stars”.

– Enfin, concernant la démesure, les jeux de pouvoir et l’arrivisme: Johnny Depp en réalisateur de nanars dans “Ed Wood” de Tim Burton, l’habile “The Bad and the Beautiful” sur les compromissions et la trahison qui conduisent au succès ou encore Hollywood comme repère de producteurs cyniques dans le virulent “The Player”.

Hollywood: l’envers du décor
Cinémathèque Suisse, Lausanne

Projections jusqu’au 16 juin

Tous les films de la rétrospective et horaires sur live.cinematheque.ch/films

Eugénie Rebetez dans son habitat naturel, entre authenticité et espièglerie

Dans son troisième spectacle, l’artiste jurassienne Eugénie Rebetez, en résidence à la Grange de Dorigny, nous convie chez elle. On y découvre son “moi protéiforme”; un cocktail survitaminé dont elle a le secret, à la fois généreux, incongru et plein de finesse!

Texte: Julia Jeanloz

Photo: Augustin Rebetez

Dans “Bienvenue”, sa dernière création, Eugénie Rebetez, mise en scène par Martin Zimmermann, son compagnon à la vie comme à la scène, invite le public à entreprendre un voyage dans son univers intime. Ce spectacle est ponctué de nombreuses scènes, tantôt cocasses, tantôt déroutantes, tantôt maladroites, tantôt gracieuses. Mais toujours poétiques. Le corps de l’interprète y est envisagé comme une maison qui accueille des souvenirs, des émotions, un langage. Non sans fantaisies, Eugénie manie l’art des contradictions dans ce seule en scène étonnant, à la croisée du numéro de clown tragi-comique et de la danse contemporaine.

La scène représente un intérieur, le sien. Dans ce dernier, chaque pièce de mobilier, porte ou fenêtre est autant d’opportunités de jeu pour l’artiste. En femme de ménage, Eugénie aspire, astique, panosse, spraie, avec énergie. Soudain, Rihanna retentit: “Shine bright like a diamond”. L’occasion pour la comédienne-chorégraphe de redoubler d’efforts dans son intention de faire reluire cet intérieur. Avec une redoutable maîtrise de son corps, elle transforme l’exercice du ménage en une farandole de mouvements savamment chorégraphiés. Ce personnage, c’est vous, c’est moi, c’est nous.

– Eugénie, tu viens?
– J’arrive

La narration explore les multiples manières de provoquer des rencontres entre monde intérieur et monde extérieur, à l’aide de bruitages, de borborygmes et d’autres sons. Comment être en relation avec les autres, avec la société, tout en restant dans son jardin intérieur?

https://www.instagram.com/p/Bv300x9h06Z/?utm_source=ig_web_copy_link

Le spectacle qui s’est donné à la Grange de Dorigny a connu un succès retentissant auprès des spectateurs et spectatrices présent·e·s. Il avait pour particularité d’être le fruit d’une collaboration avec l’association Écoute Voir qui vise à favoriser l’accès aux arts vivants des personnes en situation de handicap sensoriel. Effectivement, il a mobilisé les services d’une audio-descriptrice qui avait en amont étudié la captation, tout en imaginant des images à convoquer pour mieux décrire les scènes qui se déroulaient, au point de rendre suffisamment curieuses des personnes parmi le public pour les pousser à emprunter le casque d’audio-description. Il s’est clos sur une rencontre avec le public, à la fois composé de voyant·e·s, de malvoyant·e·s et d’aveugles, qui ont montré un grand intérêt pour le travail de l’audio-descriptrice, Séverine Skierski. Eugénie Rebetez, questionnée au sujet de cette collaboration, s’est dite très satisfaite de celle-ci car elle lui a permis de redécouvrir son propre travail, par une relecture artistique de l’audio-descriptrice.

https://wp.unil.ch/grangededorigny/spectacles/

Dans le cadre de sa résidence à la Grange de Dorigny, Eugénie Rebetez présentera son nouveau spectacle, “Nous trois”, en novembre 2019.

L’artiste chorégraphie également le défilé du canton du Jura pour la Fête des Vignerons 2019.

L’Opéra de Lausanne — Scandaleusement lyrique

Présentation du programme 2019-2020

Après la critique de “L’histoire du soldat” dans la presse en octobre dernier, l’Opéra de Lausanne utilise le scandale à son avantage en axant sa campagne de communication pour le programme 2019/2020 autour de celui-ci, mais en recentrant le propos sur les œuvres, comme vous le découvrirez dans les affiches amusantes qui envahiront la ville dans les prochains jours. Candide y est taxé de non écoresponsable, Hoffmann d’être un Don Juan et les aventures amoureuses d’Hélène y sont exposés. Ce scandaleux programme ne réserve pas que des intrigues, mais aussi des moments forts tel le bicentenaire d’Offenbach, la nouvelle édition de la Route Lyrique, des chefs d’œuvres inconnus et une création vaudoise.

Texte: Mallory Favre

Les 200 ans d’Offenbach

Cette année, pour célébrer le bicentenaire de la naissance du maître de l’opéra-comique, l’Opéra de Lausanne sera le seul théâtre francophone à présenter deux Offenbach. “Les Contes d’Hoffman” (sept.-oct. 2019) la plus sérieuse de ses œuvres, ouvriront la saison. La maquette de la scène, en forme de cabinet de curiosité, annonce déjà un spectacle envoûtant.

Les contes d’Hoffmann maquette décors ©Stefano_Poda

La fête continuera en décembre avec un autre chef-d’œuvre du compositeur allemand, “La Belle Hélène”. Cet opéra en forme de parodie jubilatoire des mœurs de son époque saura célébrer son légendaire humour.

Place aux jeunes

Tout l’été, La Route Lyrique, proposera une vingtaine de représentations en Suisse romande par des jeunes chanteur∙euse∙s et musicien∙ne∙s diplômé∙e∙s des écoles supérieures de musique de la région pour favoriser leur insertion professionnelle. Cette année, ils∙elles ont jeté leur dévolu sur “Les Chevaliers de la Table ronde” du compositeur Hervé. Cette œuvre qui paraît-il, rappelle le “Holy Grail” des Monty Pythons, utilise la parodie pour mieux faire rire sur les travers contemporains.

L’Opéra de Lausanne accueillera aussi la Finale du Concours de Kattenburg (octobre 2019). Les cinq chanteur∙euse∙s finalistes de l’HEMU et ses alumni disposeront de vingt minutes pour convaincre le jury. L’institution ne fait pas que faciliter l’entrée dans la vie professionnelle des artistes de la région, mais en engage aussi. En effet, dans Candide (mars 2020), c’est la Lausannoise Maris Lys à la voix puissante et tout en nuances qui interprétera Cunégonde.

Marie Lys
 © Clive Barda/ ArenaPAL

Finalement, “Pierre et le Loup” (novembre 2019), pour lequel l’orchestre est composé d’étudiant∙e∙s de l’HEMU, sera donné pour la dernière fois. C’est le dernier moment pour y emmener petit∙e∙s et grand∙e∙s !

Les chefs-d’œuvre inconnus

Le directeur artistique de l’Opéra met un point d’honneur à offrir une visibilité à des œuvres moins mises en scène du répertoire lyrique européen. En effet, sur les 41 000 œuvres, seules 800 sont régulièrement jouées. Pour remédier à cela, “Gli amori di Teolinda” (novembre 2019) de Giacomo Meyerbeer seront interprétées en concert exceptionnel. En deuxième partie, on retrouvera “Musik zu einem Ritterballet WoO1” de Beethoven, composé quand il n’avait que 22 ans, ainsi qu’un air et cavatine de Mozart.

La zarzuela genre théâtrale lyrique espagnole qui n’est pas souvent joué en dehors de la péninsule ibérique, se fait également une place dans le programme de cette année avec l’iconique “Dona Francisquita”. Cette comédie met en scène des personnages de la société populaire Espagnole et charme par son ambiance madrilène à la saveur inimitable.

Doña Francisquita, maquette costumes ©Alejandro Andujar

Le patrimoine vaudois

Le clou du programme sera certainement atteint avec “Davel” (mai 2020), une commande de l’Opéra qui se trame depuis déjà deux ans et dont le livret est en cours d’écriture par René Zahnd. Cette œuvre, mise en musique par Christian Favre, ne rendra non pas de manière philosophique ou politique la vie du major vaudois; l’accent sera plutôt mis sur la restitution d’une tranche de vie du héros national.

Pour plus d’information, vous pouvez dès maintenant consulter le tout nouveau site de l’Opéra de Lausanne, plus esthétique et plus interactif comme le présente le directeur. En effet, des extraits musicaux et vidéo sont désormais disponibles avec chacun des évènements.

www.opera-lausanne.ch

Midnight in the Docks

Qu’ont en commun la BO de Titanic, “I Will Survive” ou encore “Nothing Else Matter” de Metallica?
Ce sont des hits des ’20ies!
… pas exactement, mais le Postmodern Jukebox pourrait tout aussi bien nous le faire croire. Passés à travers les arrangements du pianiste et fondateur du groupe Scott Bradlee, les tubes des dernières années, tous genres musicaux confondus, prennent une teinte délicieusement vintage. L’orchestre était au Docks hier soir, a tout donné, a rendu Lausanne fou!

Texte: Katia Meylan

L’affiche ayant attiré de nombreux amateur-trice-s, on serpente patiemment dans la file et on arrive dans la salle alors que le concert a déjà commencé depuis quelques minutes. L’ambiance: euphorique bien qu’encore un peu timide du côté du public – comme souvent dans les concerts de nos contrées, détrompez-moi peut-être – mais ça n’a été qu’une question de temps!

En scène, le maître de cérémonie nous présente la toute dernière vocaliste ayant rejoint la tournée. Tia Simone a apparemment décidé de ne pas se ménager pour sa première chanson de la soirée, et la puissance dans sa voix nous fait tout de suite comprendre pourquoi elle a rejoint l’orchestre.
PMJ, comme on appelle aussi le collectif, a la particularité de compter plus d’une cinquantaine d’artistes qui se produisent en alternance. Au Docks, on a la chance de rencontrer, en plus des musiciens attitrés (piano, guitares, contrebasse, batterie, trombone, saxophone) les chanteuses Hannah Gill et Olivia Kuper Harris, et le danseur de claquettes Caley Carr. LaVance Colley, le maître de cérémonie, présente les artistes, s’assure que le public va bien entre deux chansons.

https://www.facebook.com/LAgenda16/videos/256438921775183/

Olivia Kuper Harris en battle avec le trombone

C’est “Creap” de Radiohead et “All About That Bass” de Meghan Trainor qui ont le plus la cote auprès des Suisses sur YouTube, nous apprend-il encore. Mais dans la salle, chaque chanson remporte son petit succès. Après une reprise de “Feel it Still” du groupe Portugal The Man par les trois chanteuses, qui gardent le côté dansant du titre et le recouvrent de velours, LaVance Colley s’avance et reçoit autant d’acclamations et sifflements admiratifs que les femmes juste avant lui. Et on a bien fait, car on ne le savait pas encore, mais… il allait entonner “Halo” de Beyoncé. L’émotion se diffuse et prend même le dessus sur la performance – qui n’est pourtant pas des moindres puisque le vocaliste traverse plusieurs octaves, donnant à chacune ses nuances.

Les yeux fermés, nous étions partis dans nos mondes, que ce soit sur “Halo” ou sur Metallica, mais l’orchestre a vite fait de nous secouer avec quelques titres bien swing qui nous font revenir aux Docks comme ils auraient été il y a cent ans. Entre chaque changement de costumes scintillants et duveteux, aussi à l’aise au chant qu’à leurs instruments où à la danse, ces showmen et showgirls ont épaté Lausanne, qui crie, tape des mains et en aurait redemandé toute la nuit!

Pour les globe-trotters qui les auraient manqués hier soir, ils sont ce soir à Girona en Espagne, dimanche à Bologne, mardi à Munich… et ainsi de suite, tout leur programme sur: www.postmodernjukebox.com