Montreux

Prix de Lausanne 2020

La finale de la 48e édition du concours international Prix de Lausanne, visant à mettre en valeur les jeunes danseurs et danseuses de 15 à 18 ans au début de leur carrière, a eu lieu le 8 février 2020 à Montreux. L’Agenda a saisi l’occasion de contempler la beauté des artistes et de suivre une compétition effrénée entre eux pas à pas.

Texte: Margarita Makarova

Marco Masciari © Gregory Batardon et Rodrigo Buas

Parmi les premiers délices de la danse classique, il y avait Kaito Matsuoka, candidat japonais, avec sa technique impeccable. Il s’est distingué notamment par son grand jeté (du niveau le plus élevé possible) après lequel le public a poussé des ha!

Il n’était pas le seul à avoir fait preuve d’une technique haut de gamme: la Chinoise Lin Zhang, le Brésilien João Vitor Santana et l’Italien Marco Masciari nous ont montré un bel enchaînement de jetés en manège. Marco Masciari en a effectué tant qu’il devait en avoir la tête qui tournait, à en juger selon sa position finale.

Les spectateur∙trice∙s avaient des vertiges, eux aussi, en regardant les costumes des filles coréennes brillants, tant au sens figuré qu’au sens propre. Le charisme des candidat∙e∙s fascinait également le public: de forts applaudissements à Vitor Augusto Vaz, danseur brésilien, en servaient de justification.

Bien qu’il fût difficile de sélectionner notre favori de cette partie classique, notre choix s’est finalement porté sur Kaito Matsuoka.

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Après une série de vidéos présentant les entraînements de jeunes candidat∙e∙s, a débuté la deuxième partie, celle de la danse contemporaine.

Loin des exigences académiques, le ballet contemporain donne plus de liberté et permet d’interpréter le même morceau par la danseuse comme par le danseur. Il était donc curieux d’observer les différences dans la mise en mouvement des mêmes chorégraphies. Ainsi, Abstract de Jean-Christophe Maillot était dynamique chez Vitor Augusto Vaz et Chun Hung Yan mais douce chez Sophie Beaty. À notre avis, bien évidemment subjectif, c’est Ava Arbuckle, candidate américaine, qui a le mieux exprimé le dessein de J.-C. Maillot.

Ava Arbuckle © Gregory Batardon et Rodrigo Buas

Un véritable défi du point de vue technique était la chorégraphie Rossini Cards de Mauro Bigonzetti. La difficulté consiste à faire coexister deux facettes, la grâce et son antipode. L’équilibre final, le dos tourné, n’est d’habitude jamais parfait chez les finalistes. Cela n’a pas été le cas de Lin Zhang, son exécution était formidable et juste, sans déplacements ni hésitations.

L’Australien Jackson Smith-Leishman avec son interprétation de Furia Corporis de Mauro Bigonzetti a laissé la salle la bouche bée. Ayant dépassé João Vitor Santana, Marco Masciari (le plus âgé des concurrents) est devenu notre favori de la deuxième partie. Sa perfection et son élégance lors de la présentation de Chroma de W. McGregor n’a laissé personne indifférent∙e. Ce spectacle inoubliable était comparable à celui du candidat roumain Matei Holeleu. Le Japonais Kaito Matsuoka, par contre, ne semblait pas aussi sûr de lui que pendant sa danse classique.

L’Agenda n’était pas seul à apprécier la chorégraphie de Marco Masciari. Étudiant de la fameuse Académie Princesse Grace (d’où vient également le Premier Prix 2018 Shale Wagman), il a non seulement remporté le Premier Prix, mais aussi celui d’interprétation contemporaine.

Oak Foundation
Marco Masciari – Italie

Bourse Jeune Espoir
Ava Arbuckle – États-Unis

Donateur anonyme
João Vitor Santana – Brésil

Emile Chouriet
Lin Zhang – Chine

Fondation Coromandel
Chaeyeon Kang – Corée du Sud

Fondation Albert Amon
Matei Holeleu – Roumanie

Fondation Caris – Jeune Espoir
Vitor Augusto Vaz – Brésil

China Nobleness
Yuyan Wang – Chine

Autres Prix:

Nureyev Foundation
Prix du meilleur jeune talent: Ava Arbuckle – USA

Minerva Kunststiftung
Prix d’interprétation contemporaine: Marco Masciari – Italie

Donateur anonyme
Prix du meilleur candidat suisse: Matei Holeleu – Roumanie

Prix du public web: Yuyan Wang – Chine

Prix du public: Catarina Pires – Portugal

Il est à noter que, en dehors du concours principal, a eu lieu le Projet Chorégraphique avec la participation de 26 danseurs et danseuses du monde entier, dirigé par Mauro Bigonzetti. Une mise en scène digne d’être mentionnée car elle était la cerise sur le gâteau qui nous a suscité des émotions cathartiques.

Quant aux représentant∙e∙s de la Suisse, deux personnes, la Portugaise Catarina Pires et le Roumain Matei Holeleu, font partie des écoles suisses Tanz Akademie Zürich et Ballettschule Theater Basel respectivement. Catarina Pires a remporté le Prix du public, tandis que Matei Holeleu le Prix du meilleur candidat suisse. En espérant en retrouver davantage l’année prochaine, nous félicitons les gagnant∙e∙s de cette 48e édition du Prix de Lausanne et leur souhaitons bonne chance!

www.prixdelausanne.org

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Septembre musical: Brahms et Grieg reprennent vie

Du 31 août au 9 septembre, le Septembre Musical fait vibrer de magnifiques instruments entre le Lac Léman et les montagnes. Le 6 septembre, c’est à l’Auditorium Stravinski, au cœur de Montreux, que jouait le European Philharmonic of Switzerland. Cet ensemble regroupe des jeunes musicien∙ne∙s ayant entre 20 et 35 ans d’origines très variées. Pour cet occasion, dirigés par Gergely Madaras, ils ont fait résonner les mélodies d’Edvard Grieg et de Johannes Brahms.

Texte: Maëllie Godard

European Philharmonic of Switzerland, EPOS. Photo © Céline Michel

Il est certain que même le plus expérimenté des spectateurs ne fut pas insensible à l’arrivée de cette armée de musicien∙ne∙s, dont le calme et la concentration précéda un sublime effort. Puis il y eut cette surprise presque enfantine qui répondit à la première explosion sonore, cet instant de jubilation où l’on entendit la flûte traversière jouer les premières notes d'”Au Matin” dans cette salle boisée. Même si on est en droit de l’espérer de la part d’une formation de cette envergure, on peut saluer la précision, la justesse et la dextérité de ce gigantesque instrument; chaque musicien∙ne précieux rouage d’une immense machine.
Si on retrace l’origine de cette Suite d’Edvard Grieg, on se retrouve dans son pays natal, la Norvège. Au 19e siècle, Henrik Ibsen écrivit un drame poétique devenu pièce de théâtre: “Peer Gynt”. Cette farce relate le voyage d’un anti-héros prétentieux qui découvre, un échec après l’autre, sa solitude. Ce sont les mots de cet auteur qui inspirèrent par la suite Edvard Grieg.

Le European Philharmonic of Switzerland a ensuite interprété le Concerto pour piano et orchestre en la mineur du même compositeur. Ronaldo Rolim, pianiste brésilien de renom les avait alors rejoints sur scène. Ils ont servi avec ferveur et subtilité cette superbe partition dont beaucoup connaissent sans doute les contours. Les vagues des archets, le souffle des instrumentistes et la baguette de Gergely Madaras ont su épouser les mouvements des mains du pianiste. Il y avait quelque chose de galvanisant à observer ces corps réaliser de telles prouesses.
Enfin, pour clôturer cette soirée, c’est la Symphonie n°1 en do mineur de Johannes Brahms qui a envahi les murs de l’Auditorium Stravinski. Pleine de nuances, et quelque peu mélancolique, cette symphonie s’est achevée dans les applaudissements enthousiastes du public relativement hétéroclite venu pour l’occasion.

Pour ce soir et demain encore le Septembre Musical va réunir des musicien∙ne∙s, mélomanes, curieux∙ses, et de nombreux humain∙e∙s en tout genres, en ferez-vous partie?

Septembre Musical
Jusqu’au 9 septembre

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