Exposition

Papyrus 101

Un papyrus de trois mille ans ressort au jour

Grâce aux doigts de fée de Florence Darbre, restauratrice de la Fondation Martin Bodmer, un Livre pour sortir au jour (aussi appelé Livre des morts) datant de la 21e dynastie d’Egypte a fait hier son grand retour à l’institution de Cologny, après plus d’un an de travail.

Texte de Katia Meylan
Propos recueillis lors de la présentation à la presse du 19 mai 2022, Fondation Martin Bodmer

Photos de Naomi Wenger

Acquis par Martin Bodmer en 1937, cent ans après sa découverte en Egypte puis son achat par un baron anglais collectionneur, le Papyrus Bodmer 101 est l’un des huit Livres des morts de la collection de la Fondation. Ces véritables “modes d’emploi de l’au-delà” faisaient partie du matériel funéraire déposé dans les pyramides avec les momies des rois et des membres du clergé. Leurs textes listaient les étapes – environ 200! – à suivre pour réussir son chemin après la mort.

Jacques Berchtold, directeur de la Fondation Martin Bodmer, et Nicolas Ducimetière, vice-directeur, ont les yeux qui brillent aux côtés de ce document qu’ils viennent de retrouver dans de toutes nouvelles conditions, et nous donnent volontiers des éléments d’Histoire ou d’analyse qui nous le font voir bien plus que comme une relique exotique.
Ils nous apprennent ainsi qu’il était rare qu’un papyrus contienne l’entièreté des 200 étapes; le plus long connu de nos jours fait une dizaine de mètres, mais souvent, un document était fait d’une sélection résumée, selon la personne pour qui il avait été écrit. Le Papyrus 101, mesurant 117 x 23 cm et composé de six feuilles collées les unes aux autres, est un incipit, un fragment de la 17e étape. Le défunt (à droite), un prêtre d’Amon, est représenté jeune, en habits de fête, afin de voyager sous son meilleur jour. Il fait une offrande au dieu Osiris, dont le visage noir, loin d’être un symbole funèbre, est plutôt celui du renouveau, rappelant la couleur du limon qui remonte pendant les crues du Nil. Nicolas Ducimetière pointe un hiéroglyphe ayant la forme d’un œil comme étant le début du texte – pour commencer la lecture, il faut rencontrer les regards – ainsi que le sens de lecture, de gauche à droite pour une partie, de droite à gauche pour l’autre.

Papyrus 101 de près

Photo: Pierre Albouy

Florence Darbre évoque quant à elle l’émotion qui survient devant un tel objet, et la nécessité, dès le travail commencé, de la mettre de côté pour n’observer plus que l’aspect technique. Membre de la fondation, cette restauratrice retraitée depuis 2020 avait accepté de reprendre du service pour travailler sur cette pièce d’exception, dans son atelier à Nyon. Pensant d’abord en avoir pour trois mois, elle est aujourd’hui fière, près d’un an et demi plus tard, d’avoir passé par les étapes du nettoyage, de l’observation, de l’analyse et des tests, d’avoir déjoué les pièges des vernis, colles et autres matériaux de restauration que le papyrus avait reçu au cours de restaurations des siècles passés, pour finalement avoir rendu au Papyrus 101 un bel aspect.

Si la Fondation Bodmer a un budget alloué à l’acquisition, de telles entreprises de restauration demandent quant à elles de trouver des financements externes. C’est là qu’entre en jeu Optima Climatisation; étant partenaire de l’institution depuis de nombreuses années, l’entreprise décide en 2014 de contribuer à la restauration d’objets d’Egypte Antique. Grâce à ce mécénat, une statue en bois d’un marcheur debout datant de 2500 av. J.-C. avait déjà été restaurée en 2015, avant le papyrus 101. Le suivant sera peut-être le papyrus 102, que l’on découvre encore très abimé dans l’exposition permanente du musée. Passera-t-il lui-aussi entre les mains de Florence Darbre? Forte de cette belle expérience, celle-ci répond l’envisager.

Ce type d’initiatives de restauration, ainsi que de numérisation, permettent notamment d’insérer des objets dans des corpus plus larges, de permettre aux chercheur∙euse∙s du monde entier d’avoir accès à des documents, ainsi que de donner accès au grand public à des trésors vieux de 3000 ans.

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Dans le cadre des Journées européennes de l’archéologie, il sera possible d’admirer ce témoin plusieurs fois millénaire, et de réveiller l’émotion, l’imagination, le vertige que suscite la pensée du voyage qu’a fait ce papyrus, à tous les siècles qui séparent la société qui l’a créé de la nôtre.

Présentation au public du Papyrus 101
Les 18 et 19 juin, 14h30 et 16h30
Sur inscription

Pour en savoir plus:
fondationbodmer.ch/la-restauration-dun-papyrus

Collection Haute Couture

Haute-Couture Dans les interstices de l’imaginaire

“Yves Saint Laurent et Mondrian, Elsa Schiaparelli et Dali, Coco Chanel et Cocteau…”, Anna-Lina de Pontbriand, directrice du Musée suisse de la Mode, ne manque pas d’exemples pour illustrer la perméabilité du monde de l’art et de la mode et présenter, aux côtés du directeur du Centre d’Art Contemporain d’Yverdon-les-Bains, Rolando Bassetti, la deuxième collaboration entre leurs deux institutions: l’exposition Collection Haute-Couture.

Texte de Clara Boismorand
Propos recueillis auprès d’Anna-Lina de Pontbriand, directrice du MuMode, Rolando Bassetti, directeur du CACY et Xénia Lucie Laffely, artiste

Deux mondes, un univers

“L’art, la mode…où est la frontière?”, se demande Rolando Bassetti. Il y a la frontière que l’on dresse, que l’on imagine, que l’on justifie par différents moyens mais somme toute… tout l’intérêt des frontières n’est-il pas de les franchir plutôt que de les renforcer? L’art contemporain et la hautecouture sont deux mondes, certes, mais ensemble ils sont l’expression d’un univers fantastique. Ce printemps, au CACY, se rencontrent l’art contemporain et la mode. Le MuMode y présente, pour la première fois, 35 pièces de (très) haute-couture. Ces pièces d’exception sont exposées et exhaussées aux côtés du travail de Xénia Lucie Laffely. L’artiste invitée mêle son monde à celui des pièces choisies.

Une collection personnelle

Le choix de l’artiste comme des tenues ne sont pas anodins. De par sa sélection des pièces, Anna-Lina de Pontbriand rend hommage à une donatrice du musée: “Depuis vingt ans, cette femme fait don de sa garde-robe au musée. Elle nous a cédé plus de 300 pièces de créateur∙trice∙s: des tenues de cocktail, d’après-midi et du soir, chacune unique, originale, faite main et sur-mesure. Ce sont de véritables pièces d’excellence.” Quant à Rolando Bassetti, à la vue des pièces choisies, ce dernier a pensé à Xénia Lucie Laffely. Cette artiste qui mêle tissus et arts plastiques allait pouvoir établir un dialogue entre son art et cette collection personnelle de haute-couture.

Photo (c) Anne-Laure Lechat
Photo: Anne-Laure Lechat

Aux frontières de la fiction

Les créations de Xénia Lucie Laffely sont de l’ordre de l’intime et de l’étrange. Elle réalise, sur ordinateur, des peintures inspirées de ses proches et de son quotidien, les imprime sur tissu, et les travaille ensuite avec des techniques telles que le matelassage et le patchworking avant de les mettre sur des cadres. De par son étonnant travail, Xénia révèle et génère fictions et imaginaires.

Son parti pris pour Collection Haute- Couture est d’habiter ces tenues qui ne furent, souvent, portées qu’une seule fois, par une seule femme: “Je veux les faire porter, de manière imaginaire, à plusieurs personnes; les faire descendre de leur tour d’ivoire, les rendre plus accessibles”, nous dit-elle. Aussi, s’est-elle appropriée certains motifs, détails et imprimés des tenues afin de les magnifier à travers des peintures murales qui forment un décor pour les habits et finissent par habiller du regard les visiteurs de l’exposition.

Collection Haute-Couture se présente alors comme un délicat rappel du rôle fondamental que peuvent jouer les institutions muséales lorsqu’elles collaborent: elles provoquent la rencontre, encouragent les croisements, magnifient le dialogue, et ouvrent des portes.

Collection Haute-Couture – MuMode
Du 6 février au 17 avril 2022
Centre d’Art Contemporain, Yverdon-les-Bains
www.centre-art-yverdon.ch

Photo en tête d’article: Danielle, peinture digitale préparatoire, 2022

Marcher dans les villes, marcher dans le MCBA

“Quelle que soit la direction prise, marcher conduit à l’essentiel”, écrit Sylvain Tesson. Il est probable que Francis Alÿs partage au moins une partie de cette réflexion. L’exposition qui est consacrée à son œuvre au MCBA de Lausanne montre en effet de nombreuses vidéos dans lesquelles l’artiste belge parcourt des kilomètres dans Mexico, Londres et d’autres villes. Il nous emmène également dans un Afghanistan dont on doute qu’il existe encore aujourd’hui.

Texte et photos de Marc Duret

Au premier étage du MCBA, Alÿs nous montre le fruit de ses années passées en Afghanistan dans les années 2010. Dans les vidéos, on observe par exemple des jeux d’enfants, qu’il s’agisse de cerfs-volants ou de pneus qu’ils font rouler le plus vite et le plus loin possible en les poussant avec un bâton. L’artiste s’inspire de ces jeux dans son œuvre Rell-Unreel, où les pneus sont remplacés par des bobines de film. On traverse avec Alÿs  et les enfants une Kaboul que les événements récents semblent avoir déjà projetée dans un passé lointain. Ces vidéos s’accompagnent de dessins, de peintures et de carnets de croquis, dans lesquels l’artiste  dessine, écrit et juxtapose les couleurs des insignes militaires (il était rattaché aux forces armées britanniques comme “artiste de guerre”) aux paysages et aux images de l’Afghanistan: portraits du commandant Massoud, jeeps militaires, croquis de ses montages vidéo, etc.

Le 2e étage fait office de rétrospective, parfaite pour un·e visiteur·euse qui découvrirait, comme l’auteur de ces lignes, l’œuvre de l’artiste marcheur. Une vingtaine d’écrans disposés dans une salle immense du MCBA montrent Alÿs en train de déambuler dans des villes, souvent en réalisant une action à priori futile, comme pousser un énorme bloc de glace dans Mexico, ou vider des pots de peinture verte dans Jérusalem. En réalité, dans le premier cas il montre ainsi la dureté du métier des vendeurs de rues ou transporteurs des cités d’Amérique latine, dans le second il rappelle le changement de frontières après la Guerre des Six jours, qui a conduit à l’occupation de territoires palestiniens par Israël. On le voit par ailleurs traverser des quartiers londoniens équipé d’une baguette de batterie, jouant une drôle de mélodie sur les portails, capots et autres objets passant sous sa main. À Ciudad Juarez, cité réputée pour la violence qui la parcourt, il pousse avec ses pieds un ballon enflammé. D’autres vidéos présentent des itinéraires plus courts, mais au sens toujours étendu.

L’une des grandes réussites de cette exposition est la scénographie de la vaste salle du deuxième étage. Il est en effet possible de regarder plusieurs (très grands) écrans simultanément, en étant immergé dans l’œuvre de Francis Alÿs, souvent hypnotique. On pense ici, par exemple, à un amusant kaléidoscope de feux de signalisation pour piétons photographiés dans des villes du monde entier. L’ambiance sonore, créée par le mélange des bandes sons des diverses vidéos, nous plonge elle aussi dans un intriguant voyage. Quelques chaises disposées ça et là, rappelant celles sur lesquelles on s’assoit dans les écoles primaires, permettent de reposer nos jambes du piétinement muséal, alors que l’artiste, lui, marche infiniment. Puisque ces chaises tournent sur elles-mêmes, elles invitent aussi à s’offrir un panorama à 360°, assis au milieu de la mobilité des vidéos et de l’artiste. On se dit alors qu’il est plus agréable de se remettre en marche et de partir découvrir la suite de l’exposition et, pourquoi pas, avant que le musée ne ferme car 18h approche, l’exposition permanente du MCBA. Dans les rues lausannoises que l’on retrouve après ce voyage avec Alÿs, les décorations de Noël illuminent les balcons dans le silence dominical du froid de décembre.

Francis Alÿs. As Long as I’m Walking
Du 15 octobre 2021 au 16 janvier 2022
MCBA, Lausanne
www.mcba.ch/expositions/francis-alys/

Data Blossom

L’exposition Data Blossom, ayant eu lieu à L’Arboretum du Vallon de l’Aubonne du 16 octobre au 7 novembre, a rassemblé les œuvres de trois artistes: Refik Anadol, Dr. Kirell Benzi et Florent Lavergne. La rédaction de L’Agenda l’a visitée le weekend passé et, à présent, vous partage avec plaisir ses impressions.

Texte: Margarita Makarova

Plongée dans le cadre idyllique du parc de L’Arboretum, un samedi matin, je m’approche de la salle d’exposition. À l’entrée, je deviens tout de suite fascinée par une explosion de couleurs. L’installation Quantum Memories (2020) de Refik Anadol, jeune artiste de Los Angeles originaire de Turquie, est au centre de l’exposition. C’est un écran LED de 5 x 5 mètres visualisant en 3D une expérience immersive basée sur un corpus d’environ 200 millions de photographies de la nature. Des recherches sur l’utilisation de l’ordinateur quantique menées par Google, l’apprentissage automatique et la statistique ont rendu possible la naissance de cette œuvre.

Le titre de l’exposition, Data Blossom, renvoie d’une part à la nature et à l’épanouissement des fleurs, par le jeu de mot avec l’expression Cherry Blossom, et d’autre part, à la beauté cachée de l’abondance des données.

L’ordinateur de travail habituel n’est pas suffisamment rapide pour traiter une vaste collection de données, et le superordinateur est déjà plus puissant pour le faire, bien qu’il soit difficile pour un non-chercheur d’y avoir accès. L’ordinateur quantique (qui n’est pourtant pas encore utilisé à large échelle même par les chercheurs) est quant à lui parfait: il effectue une tâche donnée en environ trois minutes, tandis que le superordinateur y aurait passé 10 000 ans! C’est donc à cette technologie-là que l’artiste a confié l’apprentissage automatique basé sur son corpus de 200 millions de photographies. Non seulement le processus de création est novateur et inédit, mais le résultat n’en est pas moins impressionnant!

Refik Anadol s’est déjà fait remarquer sur la scène artistique romande. En 2020, son installation Melting Memories, basée sur le traitement des électroencéphalogrammes, en collaboration avec un laboratoire de neurosciences de Stanford, avait été présentée au Festival Images de Vevey. Son futur projet, dont on peut avoir un aperçu sur son site, semble être encore plus immersif.

Dr. Kirell Benzi, chercheur et artiste de l’EPFL travaille également sur le traitement et la représentation des données par des algorithmes d’intelligence artificielle. C’est son œuvre Connaissance secrète (Secret Knowledge, 2016) qui a attiré mon attention. Au premier abord, l’œil est confronté à une fleur de forme inhabituelle, mais en l’observant de plus près, on remarque une multitude de lignes créant une structure bien définie. Ce sont plus de 300 millions de liens hypertextes de Wikipédia regroupés en fonction des visites d’utilisatrices et utilisateurs. Chaque nœud représente un groupe de pages visitées. Les nœuds sont liés les uns aux autres, s’ils ont au moins une page en commun, et forment des pétales. Une vraie floraison des données!

Les œuvres de Florent Lavergne invitent à réfléchir aux sujets écologiques et se marient avec l’ambiance de l’Arboretum. L’artiste offre par exemple une visualisation par continent des pays les plus pollués au monde. Il fonde son travail sur des travaux de recherche publiés.

Toute l’énergie électrique utilisée dans le cadre de l’exposition est 100% renouvelable et provient du barrage de l’Arboretum du vallon de l’Aubonne. Les organisateurs souhaitant accueillir Data Blossom peuvent se manifester auprès de l’équipe de l’AI Transparency Institute (contact@aitransparencyinstitute.com).

Pour découvrir ces différents univers:
Arboretum du Vallon de l’Aubonne: www.arboretum.ch/
Refik Anadol: refikanadol.com/works/machine-memoirs-space/
Kirell Benzi: www.kirellbenzi.com/
Florent Lavergne: www.behance.net/florentlavergne
AI Transparency Institute: aitransparencyinstitute.com

Image en haut de la page: Kirell Benzi

Multiples et pourtant uniques

À la fois publicitaire et peintre, aussi adulé que controversé, Andy Warhol, obsédé par la mort et la finitude, a tout de même fini par entrer dans l’histoire en rendant éternel l’éphémère. Celui que l’on considère comme le Pope of the Pop semble effectivement être l’homme de tous les paradoxes. Ces différentes facettes qui font la singularité de l’artiste mais aussi de son œuvre sont justement ce que Pop Art Identities, produite et organisée par l’Association Métamorphose à l’Auditorium Stravinski de Montreux, vous propose d’explorer du 10 juin au 29 août 2021.

Texte: Kelly Lambiel

Bien qu’il n’en soit pas le créateur, Andy Warhol est aujourd’hui considéré comme une figure non seulement emblématique mais également indissociable du pop art. Né en Angleterre autour des années 50, ce mouvement a d’abord été utilisé outre-manche pour parodier ou critiquer l’Amérique et ses symboles, incarnant alors presque à elle seule les dérives de la société de consommation. Récupéré ensuite par des artistes américains comme Roy Lichtenstein ou Jasper Johns, il continuera à dénoncer le capitalisme mais poussera également plus avant les principes établis par son théoricien Richard Hamilton qui le souhaitait “destiné aux masses, éphémère, à court terme, consommable, facilement oubliable, produit en série, peu coûteux, jeune, spirituel et sexy”.  À l’image des ready-mades de Marcel Duchamp ayant bousculé le milieu quelques années plus tôt, le pop art cherche donc à désacraliser l’art des élites afin de devenir, de ce fait, plus accessible pour le grand public.

Plus intelligible d’abord – chez Warhol notamment – parce qu’il se sert, afin d’ancrer ses œuvres dans le réel, d’objets du quotidien: boites de conserve, bouteilles de soda, billets de banque. Alors que depuis les impressionnistes l’art a, en quelque sorte, opéré un important virage vers l’abstraction, voilà qu’il s’ancre à nouveau dans le concret, mettant en scène des sujets, des motifs ou des visages connus. Plus abordable ensuite grâce au procédé de la sérigraphie qui permet de multiplier les impressions à l’infini – ou presque – jusqu’à leur faire perdre le statut de pièce unique, d’œuvre d’art en somme, devenant elles-mêmes des biens de consommation. Ironie du sort, alors qu’il se voulait dissident, irrévérencieux, le pop art a fini par gagner le cœur des amateur∙trice∙s d’art et a vu sa cote grimper en flèche, de même que ses prix. De nombreux artistes et aristocrates ont alors passé commande afin d’être immortalisé∙e∙s par Warhol, obtenir une pièce signée de sa main ou entamer une collection. Ce sont donc ici plus de 160 œuvres dites “originales” issues de fonds privés qui nous sont données à voir.

Divisée en 7 sections, l’exposition retrace, d’une part, le parcours artistique du peintre, mettant en évidence ses choix esthétiques et idéologiques ainsi que son évolution technique. On observe par exemple une certaine froideur émanant de ses premiers portraits, reflets d’un monde hostile, standardisé. Elle revient également, d’autre part, sur la vie de l’homme, en faisant la lumière sur ses thèmes de prédilection ou ses obsessions. Les séries intitulées Flash et Ladies and gentleman, témoignent du statut accordé par Warhol à l’art qui lui sert à la fois de tribune pour critiquer la société mais aussi de tremplin pour mettre en avant certaines thématiques. La première revient sur l’acharnement de la presse lors de l’assassinat de Kennedy qu’il perçoit comme malsain et étouffant. La deuxième aborde le thème du genre en prenant pour sujet des Drag Queens newyorkaises qu’il fait poser comme des stars d’Hollywood.

Marilyn, 1967, screen printing on paper, 91x91cm Private Collection Stefano Pirrone Padua

Regroupant différentes séries très célèbres comme celle des fameuses boites de soupe Campbell ou des portraits de Mao Zedong, la scénographie permet d’ailleurs de rendre parfaitement compte du caractère à la fois singulier et pluriel de chacune. Chaque pièce est en réalité la reproduction pas tout à fait conforme d’une autre et est donc à ce titre “remplaçable” mais participe dans le même temps à la construction d’un tout parfaitement original et unique qui apporte un nouvel éclairage sur le sujet. On le perçoit très bien avec l’accrochage de la série des Marylin dont le caractère répétitif crée une sorte de vertige qui souligne la fragilité et la tristesse du regard de la célèbre icône. Conçue par Maurizio Vanni, Pop Art Identities nous éclaire donc sur les questionnements et les prises de position opérés par Warhol tout au long de sa carrière en tant qu’artiste et être humain et nous invite, dans le même temps, à nous questionner à notre tour sur nos propres identités.

Pop Art Identities
Du 10 juin au 29 août 2021
Auditorium Stravinski, Montreux
www.warholmontreux.ch

Image en haut de l’article:
Rolling Stones guitar, Emotional Tatoo cover, 1982.
Private collection Marco Rettani Switzerland

Un mois de juin aux couleurs grecques à Lausanne

Nous sommes tous des Grecs” (Percy Shelley, dans la préface de son poème Hellas: A Lyrical Drama)

Durant le mois de juin, Lausanne et Ouchy fêtent l’indépendance de la Grèce en mettant en vedette l’un de ses principaux artisans, Ioannis Capodistrias. 200 ans après que la Grèce a retrouvé son indépendance politique, une exposition se penche sur les liens entre la Grèce moderne et la Suisse durant le 19e siècle au Forum de l’Hôtel de Ville de Lausanne.

Texte: Marc Duret

Né à Corfou en 1776, premier Bourgois d’honneur de la Ville de Lausanne, Citoyen d’honneur de Genève, Capodistrias a connu plusieurs vies: il fut ambassadeur puis ministre des Affaires étrangères pour le Tsar Alexandre Ier, organisateur du philhellénisme depuis la Suisse et à travers l’Europe, architecte du Pacte fédéral suisse signé en 1815 et enfin gouverneur de la Grèce dès 1827. Il est assassiné en 1831 à Nauplie, capitale grecque de l’époque, après avoir ouvré une grande partie de sa vie à l’indépendance grecque.

Ce personnage, dont on découvrira la vie en détails à la Place de la Palud, est le fil rouge de l’exposition, qui fait aussi la part belle au contexte européen et suisse durant ces années révolutionnaires en Grèce. Relativement discret dans l’exposition malgré sa présence dans le titre, le canton de Vaud, qui a alors connu sa propre révolution quelques années auparavant, a été l’un des lieux ou le philhellénisme a pu prendre son envol – notamment grâce à des personnages comme Benjamin Constant ou Frédéric-César de la Harpe. Au bout du lac, c’est notamment Jean-Gabriel Eynard et sa femme Anna ou Charles Pictet de Rochemond qui sont les moteurs de cet effort financier et politique pour soutenir la Grèce.

L’exposition se compose principalement de grands panneaux, joliment organisés et illustrés, ce qui allège le côté forcément très didactique et historique d’un tel sujet. Plusieurs livres anciens, des monnaies (antique et du 19e siècle) ainsi qu’une maquette de bateau construite par des réfugiés grecs donnent une matérialité intéressante aux thématiques abordées. On prend un plaisir certain à lire les nombreux textes, littéraires ou officiels, qui donnent une bonne image de l’ambiance de l’époque, durant laquelle une grande partie de la population européenne prend fait et cause pour les Grecs, au rythme des quêtes, des congrès et, pour plus d’un millier de personnes (dont une trentaine de Suisses), d’un engagement militaire sur le terrain.

D’autres événements en lien avec ce personnage et la Grèce se tiendront dans les prochains jours: Une allée homonyme a été inaugurée de manière festive le samedi 5 juin sur les quais d’Ouchy; le Théâtre grec de Genève présente une pièce de théâtre le 11 juin au Casino de Montbenon; enfin, deux conférences et une table ronde sur Capodistrias et le philhellénisme se dérouleront les 10, 14 et 18 juin au même endroit que la pièce.

Si vous n’avez pas encore l’opportunité de voyager vers les rivages grecs, ces divers événements vous permettront de glisser quelques touches d’hellénisme et de culture grecque dans votre programme des prochains jours!

www.lausanne.ch

En lien:

Ioannis Capodistrias: Chronologie
Théâtre: Vendredi 11 juin à 19h30: Jean Capodistrias – Gloire et solitude
Conférence: Lundi 14 juin à 19h: Ioannis Capodistrias, héros grec ou vaudois?

Moi, monstre macabre et merveilleux

Si vous avez le goût de l’onirique, l’exposition Je est un monstre présentée à la Maison d’Ailleurs d’Yverdon vaudra sans doute le détour. Dédié à la science-fiction et à l’imaginaire, cet espace si singulier présente une sélection des œuvres de deux illustrateurs, Benjamin Lacombe et Laurent Durieux, dans l’écrin d’une scénographie étudiée. La visite s’apparente à une déambulation placée sous le signe de l’étrange, qui oscille tantôt vers le rêve, tantôt vers le cauchemar. Envoûtant.

Texte: Athéna Dubois-Pèlerin

Ce n’est pas innocemment que l’exposition nous dévoile les mystérieux personnages de Lacombe: à la manière d’un cabinet de curiosité, les dessins se plaisent à nous apparaître derrière un grillage, ou sous les néons d’un chapiteau de cirque. Références limpides à un temps (guère lointain d’ailleurs), où les « anomalies » humaines se voyaient tantôt enfermées à l’abri des regards, tantôt exhibées sur les scènes foraines à titre de divertissement. Endossant malgré lui le rôle du voyeur, le public est amené à se questionner sur ses propres rapports à l’altérité: pourquoi avoir accouru pour voir cette exposition, aussitôt qu’on a pu lire le mot « monstre »? Pourquoi cette fascination pour l’étrange, le bizarre, le difforme? Pourquoi le monstre, toujours ramené à son étymologie, reste-t-il celui que l’on montre, pour le pointer du doigt?

Je est un monstre, ce titre détourne la fameuse phrase de Rimbaud « je est un autre », pour mieux souligner les luttes inconscientes auxquelles nous nous livrons pour triompher de la « bête » en nous. C’est elle que nous aimons tant à voir livrée à nous pieds et poings liés, sur une estrade de cirque ou fermement enserrée par le cadre rassurant d’un tableau, croyant ainsi nous exorciser d’une image angoissante et déformée de nous-mêmes. L’altérité monstrueuse, ce Mr Hyde que nous portons toutes et tous en nous, constitue d’ailleurs l’une des pierres d’angle de la psychanalyse freudienne, à laquelle nous renvoient inévitablement les innombrables images adaptées du folklore oriental ou des contes de fées européens.

Benjamin Lacombe

Dans un style qui emprunte beaucoup à l’esthétique de Tim Burton (pour lequel Lacombe n’a jamais caché son admiration), l’illustrateur nous présente une galerie de personnages d’une poésie inquiétante, imprégnés d’un parfum victorien, qui explorent en le revisitant l’imaginaire foisonnant du romantisme noir. Si Rimbaud prête son vers au titre de l’exposition, c’est davantage Baudelaire que l’on retrouve dans le lyrisme grinçant des portraits, dont le mélange de candeur et d’horreur rappelle la tonalité ambivalente des Fleurs du Mal. Frêles, silencieuses, les créatures de Lacombe nous fixent de leurs grands yeux pensifs, et leurs poses ont la grâce mélancolique d’enfants qui auraient grandi trop vite – comme c’est si souvent le cas dans les contes.

Il nous semble que l’enthousiasme passionné que suscitent souvent les œuvres de Lacombe tient effectivement à leur capacité à faire écho au « monstre en nous », et plus précisément à la dualité d’ombre et de lumière qui caractérise la nature humaine. Si on s’émeut devant ces personnages, c’est parce qu’on se retrouve témoin d’une sublimation de la laideur du monde: par un curieux sortilège, la bête se change en belle, la morsure du macabre se change en caresse. Le mal est conjuré par la beauté du trait qui le capture.

Comme en contrepoint à l’univers gothique et feutré de Lacombe, Durieux nous emmène à la découverte de ses affiches de films, dont l’esthétique pop se réclame autant du Golden Age hollywoodien que d’un réseau d’influences plus classiques, comprenant notamment le peintre Edward Hopper. Ces monstres à lui sont ceux du cinéma américain: King Kong, Hannibal Lecter, les Corleone du Parrain ou le requin des Dents de la Mer, qu’il s’agit pour l’artiste de se réapproprier pour les mettre en scène dans des affiches de films alternatives.

Laurent Durieux

Le travail d’adaptation représente ici un défi de taille, puisqu’on attend de l’illustrateur qu’il capture l’essence d’un film très connu du grand public, tout en abordant l’œuvre sous un angle original, puisque la nouvelle image ne doit ressembler à aucune des affiches du film déjà existantes. Pour Durieux, le processus créatif passe donc par une mise à distance nécessaire des représentations préexistantes, qui ont pourtant participé à forger son imaginaire artistique: entre orgueil et humilité, apparaît le besoin de s’arracher aux modèles, de tuer le maître (le père?) pour faire émerger une nouvelle vision de la même œuvre. Dans une démarche qui touche au symbolisme, l’illustrateur retient du film à peine quelques éléments-clés, qu’il doit ensuite méticuleusement agencer, mettre en scène et colorer d’une ambiance très précise. Bien exécuté, le dessin agit comme un catalyseur: et c’est le film entier qui ressurgit dans la conscience du spectateur qui contemple la nouvelle affiche.

À ne surtout pas manquer: le passionnant documentaire Out of the Box de Laurent Frapat, diffusé au dernier étage de l’exposition. Entre découragements et illuminations, on suit Laurent Durieux dans son parcours artistique en réponse à une requête d’un commanditaire, demandant une affiche alternative du Silence des Agneaux. Au terme d’un cheminement éprouvant, le résultat s’impose, éclatant: fruit d’un accouchement magnifique et monstrueux.

Je est un monstre
Jusqu’au 24 octobre 2021
Maison d’Ailleurs, Yverdon-les-Bains
www.ailleurs.ch

Triennale2020_Industria ©BexArts

“Industria”: la Triennale 2020 de Bex & Arts

À quelques dizaine de kilomètres à peine de l’Arc lémanique, Bex accueille en 2020 son incontournable Triennale de sculpture contemporaine. Cette année, c’est la thématique du domaine de l’industrie qui regroupe les œuvres. Bienvenue dans le monde
d’ “Industria”!

Texte: Sandrine Spycher

Terme polysémique, “Industria” caractérise, depuis le 18e siècle, l’habilité à produire, et désigne toute forme d’activité productive (culturelle, artistique, intellectuelle, etc.). Point de départ notamment du Bauhaus, l’idée d’ “Industria” cristallise la volonté, particulièrement d’actualité, de nouer des liens entre art et société industrielle. Dans le contexte de la Triennale de Bex & Arts, cette thématique rappelle l’activité industrielle de Bex comme lieu historique d’exploitation du sel. Dans une incitation à la réflexion, ce sont 34 artistes qui ont été invité·e·s à s’approprier ce terme pour la création d’une œuvre inédite à l’occasion de la Triennale. Combinant les notions d’espace, de lieu et de production, les œuvres in situ sont destinées à fonctionner dans une logique durable qui tient compte de la situation unique du Parc de Szilassy.

 

Parmi les 34 œuvres, la rédactrice de ces lignes a été particulièrement intéressée par les créations de Daniel Zea, Pierre Mariétan, Olivier Estoppey et Nicole Dufour. L’œuvre Cabeza de Hongo de Daniel Zea vous invite à écouter des sons industriels tout en vous baladant sous un arbre. Les cymbales suspendues à l’arbre y sont presque camouflées pour vibrer des sons qui les animent. Un moment poétique et musical proposé par l’artiste de Bogota, qui met en avant sa formation en musique informatique et électroacoustique.

Autre musicien et compositeur, Pierre Mariétan, Montheysan vivant à Paris, met en place un périple à travers l’espace et le son avec Écoute, Son Silence Bruit. En marchant le long de son œuvre, tendez l’oreille attentivement. Au fil de la marche, il y a d’abord le silence, puis les sons du parc, ensuite le bruit distant de la ville, et enfin l’industrie et ses bruits caractéristiques. Les inscriptions au sol prennent alors tout leur sens tandis que les bruits et les silences alentours se mêlent pour vous révéler la proximité de la ville.

Dans un autre registre, l’artiste vaudois Olivier Estoppey bouscule votre perception de l’espace à l’aide d’un simple dispositif architectural. Le Quartier des fous, voilà une œuvre qui porte bien son titre. Dès la porte de cette étrange maison franchie, le sol semble basculer et on perd l’équilibre. Comment est-ce possible? Grâce à une illusion qui embrouille le cerveau: les murs étant perpendiculaires au sol, on a l’impression que celui-ci est plat alors que nous marchons sur une pente. Il faut se muer en véritable dahu pour ne pas tomber !

La genevoise Nicole Dufour, quant à elle, propose avec Maîtrise (Dieu est une couturière, projet au long cours) une sculpture fascinante – et, avouons-le, un peu effrayante – où une figure de femme se libère des liens qui l’emprisonnent. Le fil à coudre et l’aiguille géante ont de quoi impressionner, tout comme le réalisme des traits de la femme représentée, notamment la force se dégageant de son poing serré. Une œuvre qui marque et donne des frissons.

Pas à Bex? Essayez la visite virtuelle !

©BexArts_Triennale2020_Industria

En marge de la Triennale en plein air dans le parc, L’Agenda recommande la visite de l’exposition de photos de Jean-Marc Cherix, dans la buvette de Bex & Arts. Vous y trouverez 25 clichés de la Fête des Vignerons (mêlant les éditions de 1999 et 2019). “Le défi était de faire des photos en noir et blanc d’une fête avec autant de couleurs”, explique le photographe. Mais si les couleurs disparaissent, le mouvement est, lui, bien présent pour rendre hommage à cette fête historique. Les photos vous transportent immédiatement vers la place du Marché de Vevey, avec les souvenirs et les émotions!

Jusqu’au 18 octobre 2020

bexarts.ch

Contempler l’horizon et s’y projeter

Simon Mastrangelo vous invite à découvrir son exposition de photographies ethnographiques Émigrer en quête de dignité. Ces mots titrent aussi son premier livre paru en 2019 aux Presses universitaires François-Rabelais (PUFR) dans la collection Migrations qui a pour objectif de favoriser la diffusion des connaissances scientifiques vers un public large.

Texte: Gauvain Jacot-Descombes

La rétine du savant

Diplômé de l’Université de Lausanne, Simon Mastrangelo est l’auteur d’une thèse de doctorat sur les migrations tunisiennes dites “clandestines”. Il précise lors de notre entretien: “La publication de ces images n’était pas préméditée, car durant les trois ou quatre années de cette recherche, je me suis servi de la photographie comme d’un outil mnémotechnique. Or, je souhaite aujourd’hui qu’elles puissent avoir leur propre voix. Je pense que ces images sont pertinentes à montrer, car elles se situent dans le cadre d’une recherche ethnographique. C’est la raison pour laquelle ces images sont toujours liées dans l’exposition à des scènes ethnographiques ou à des extraits d’entretiens”.

Un choix qui est bien inspiré, car d’autres scientifiques n’ont eux aussi pas pu résister à l’appel de la photographie. En 1904, par exemple, le sociologue américain Lewis Wickes Hine travaille sur les immigré·e·s d’Ellis Island et réalise une série de clichés stupéfiants d’une époque où c’était au tour des Européen·ne·s de prendre la mer, de rêver à un Ailleurs et de se construire un imaginaire migratoire. Si cette proposition photographique a un ancrage scientifique, ce n’est pas l’histoire de cette discipline qui pourra contredire l’approche du chercheur. En effet, “c’est à partir des années 1880 que la photographie devient un auxiliaire fiable des sciences”. (Bajac, 2004)

Une arme de dénonciation?

Ces images ont certes un axe scientifique, mais pas uniquement. Dans la mesure où la migration est une problématique contemporaine, sociale, politique et législative, il faut aussi relever l’axe du témoignage photographique. Dès la fin du 19e et le début du 20e siècle, “la photographie a été reconnue comme le meilleur moyen de témoigner du réel. Elle devient une arme de dénonciation dans les mains d’hommes ou de femmes désireux de révéler aux yeux de leurs contemporains l’injustice du monde qui les entoure” (Bolloch, 2004).

Il est toutefois nécessaire de clarifier le positionnement de Simon Mastrangelo: “Quand on parle de migration, c’est toujours très politique. Dans mon cas, bien que l’on ne puisse pas être toujours totalement objectif, j’essaie de produire quelque chose qui ne soit ni dans un déni des souffrances du genre humain ni dans une perspective militante qui viserait à diaboliser les politiques migratoires. J’essaie plutôt de documenter et de donner la parole aux personnes elles-mêmes, pour qu’elles puissent raconter leurs récits, et qu’elles s’expriment politiquement si elles le souhaitent. Mais que ça ne soit pas moi qui leur impose ce prisme de lecture politique”.

Émigrer en quête de dignité

Du 25 juillet au 15 août 2020,
Galerie du Faubourg, Porrentruy. Vernissage le 25 juillet à 19h

Du 11 au 25 septembre 2020,
Péristyle de l’Hôtel de Ville de Neuchâtel, à l’occasion de la Semaine d’actions contre le racisme

 

Pour aller plus loin:

Mastrangelo Simon (2019), Émigrer en quête de dignité. Tunisiens entre désillusions et espoirs, Tours: Presses universitaires François-Rabelais.

Bajac Quentin (2004), La photographie scientifique, la révélation d’une autre réalité, in Brigitte Govignon, La petite encyclopédie de la photographie, Paris: Éditions de la Martinière, pp. 48-49.

Bolloch Joëlle (2004), “D’authentiques cas” de misère sociale, in Brigitte Govignon, La petite encyclopédie de la photographie, Paris: Éditions de la Martinière, pp. 50-51.

La Cinémathèque suisse se dévoile à Penthaz : portes ouvertes exceptionnelles en septembre

Afin d’inaugurer son Centre de recherche et d’archivage, la Cinémathèque suisse ouvre ses portes aux visiteur·euse·s les 7 et 8 septembre prochains. Au programme de ce weekend à Penthaz, la découverte des archives de l’institution grâce à un parcours fléché et à une exposition temporaire présentée dans le verger. L’occasion pour le public de mesurer la richesse de ce patrimoine cinématographique unique en Suisse.

Texte: Marion Besençon

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Photo: Marion Besençon

Fondée en 1948, la Cinémathèque suisse occupe actuellement trois sites dont la Dokumentationsstelle à Zürich, son centre germanophone. Alors que tout au long de l’année le Casino de Montbenon à Lausanne propose à son public cinéphile des cycles thématiques, des rétrospectives et des hommages à la production cinématographique suisse et mondiale, le nouveau site de Penthaz se charge de conserver et de restaurer une impressionnante collection de plus de 85’000 films de fiction et documentaires, des millions d’affiches, photographies, scénarios, livres, périodiques, appareils anciens, décors et objets de cinéma les plus variés.

Avec sa façade en acier oxydé d’inspiration industrielle, le nouveau site de Penthaz incarne la mémoire audiovisuelle suisse et se profile en témoin de la cinématographie et de la cinéphilie helvétique comme mondiale. Au sein de cet espace architectural qui évoque le cinéma par ses fenêtres de

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Photo: Marion Besençon

la taille d’un écran et ses effets de cadrage, qui expose ses photographies et ses affiches, archivistes, chercheurs, cinéastes professionnels et visiteurs ont accès à l’histoire du cinéma suisse et international. Avec près de 100 collaborateurs, le Centre de recherche et d’archivage à Penthaz est aussi une vitrine des métiers de la Cinémathèque suisse : documentalistes, archivistes, restaurateurs ou encore techniciens du film.

C’est donc une entrée merveilleuse dans les coulisses de l’institution qui attend le public lors de ces deux journées portes ouvertes. Une sensibilisation aux enjeux éthiques et aux prouesses techniques et technologiques de l’archivage et de la conservation qu’on vous promet passionnante !

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Photo: Marion Besençon

Cinémathèque Suisse – Journées portes ouvertes

Centre de recherche et d’archivage, Penthaz
Samedi 7 et dimanche 8 septembre 2019

Toutes les informations sur Cinémathèque Suisse – Journées portes ouvertes

Kimono et Années folles

Alors que les motifs asiatiques font depuis quelques décennies partie intégrante de notre culture, la Fondation Baur rappelle les influences de l’Asie sur la mode occidentale des Années folles dans une élégante exposition intitulée “Asia Chic”, du 10 avril au 7 juillet 2019.

Texte: Katia Meylan

Vue de l’exposition

L’exposition est une occasion de présenter la large collection de tissus japonais et chinois que possède la Fondation Baur tout en abordant une part de l’Histoire du point de vue de ces textiles. Estelle Niklès van Osselt, commissaire de l’exposition “Asia Chic”, a choisi la période spécifique et bien délimitée dans le temps qu’est l’entre-deux-guerres, qui a connu un enthousiasme pour ce qui provenait d’Asie. En effet, dès le début du 20e siècle naissent deux mouvements artistiques qui s’inscrivent dans cette vague d’influence: d’abord l’Art Nouveau, puis l’Art Déco apparu dans les années 1920. Notre vision a tendance à être européano-centrée, nous dit la scientifique, et l’exposition est une occasion de faire ressortir les influences qu’a eu l’Asie dans les arts occidentaux; opéra, théâtre, cinéma mais surtout ici dans la mode. Elles font partie de ce qui nous entoure aujourd’hui sans qu’on le relève comme étant asiatique – ici un motif kikko, là un motif asanoha (que la commissaire désigne sur mon sac, que j’arbore depuis trois ans et dont je n’ai appris le terme qu’en allant chercher sur internet par la suite).

Estelle Niklès van Osselt a donc imaginé mettre en résonance dans les vitrines les textiles asiatiques et la mode des Années folles. Les plus belles pièces de tissus de la collection de la Fondation Baur en tête, elle se rend dans les archives de la  Bibliothèque d’art et d’archéologie des Musées d’art et d’histoire, sur les archives de la BNF en ligne, et parcourt des centaines de magazines. Dans les pages de La Gazette du Bon Ton, de Vogue ou du Harper’s Bazaar, elle trouve les planches couleurs présentant des similitudes avec les kimonos et robes chinoises de la collection. L’influence devient indubitable.

Vue de l’exposition

Le côté occidental est majoritairement représenté sous forme de reproduction de magazines et illustrations – plus une petite incartade dans le cinéma et le théâtre avec des extraits de vidéo et des costumes de spectacle. Les sources sont diverses, mais on retrouve pour notre plus grand délice un grand nombre d’illustrations de robes de soirées et d’accessoires imaginées par le grand couturier Paul Poiret, et gravées par le peintre et illustrateur Georges Barbier, icône de l’Art déco.

Le côté asiatique assemble également différentes provenances, notamment des robes chinoises de la collection Baur avoisinant de magnifiques kimonos. La Fondation Baur a eu la chance de recevoir, ces dernières années, deux impressionnantes collections de kimonos offertes par mesdames Sato Mariko et Sugawara Keiko. Descendante d’une lignée de samurai de Kyoto, Sato Mariko , à présent décédée, était arrivée en Suisse avec son mari diplomate. Sugawara Keiko, quant à elle, est fille d’une famille aisée de Tokyo.
La collection de kimono, au Japon, se constitue au fil des événements d’une vie: Fête des 7-5-3 ans (shichi-go-san), cérémonie de majorité (seijin shiki), mariage… et se perpétue avec les héritages familiaux. Les deux femmes n’ayant que peu l’occasion de porter ces précieux habits à Genève, elles décident de les confier à la Fondation Baur. Un véritable trésor, que les conservatrices nous avouent avoir été saisies en découvrant: les kimonos de trois générations traversant la fin de l’ère Meiji (1868-1912) et les ères Taishō. (1912-1926) et Shōwa (1926-1989), dans deux styles légèrement différents puisque provenant les uns de la région du Kansai et les autres du Kantō.

La curatrice et la scénographe retransmettent la beauté et l’émotion de ces objets chargés d’histoire dans cette exposition où dessins de mode et textiles se répondent et se mettent mutuellement en valeur, en racontant l’histoire d’une fascination pour une culture.

L’un des temps forts de l’exposition aura lieu mardi 11 juin, où le musée invitera Sugawara Keiko à faire une démonstration d’ajustement du kimono et du obi.

Asia Chic – L’influence des textiles chinois et japonais sur la mode des Années folles
Fondation Baur – Musée des Arts d’Extrême Orient, Genève
Jusqu’au 7 juillet 2019

Visites commentées publiques:
8 et 22 mai
5 et 19 juin
3 juillet à 18h30

Visites de la commissaire:
7 mai et 13 juin à 14h30

Conférences:
– “L’Asie dans la musique et le cinéma des années 1920”, par Didier Hagger, le 7 mai à 18h30

– Démonstration de l’ajustement du kimono et des nœuds du obi par Sugawara Keiko, le 11 juin à 18h30

www.fondation-baur.ch/fr/expositions

Avec la carte de membre L’Agenda Club, une entrée offerte pour une entrée payante!

 

Ramon Llull et son héritage – D’un ordinateur en papier aux codes et algorithmes actuels

Jusqu’au 10 mars prochain, l’exposition d’ArtLab à l’EPFL propose de découvrir Ramon Llull, philosophe, logicien et théologien catalan dont les travaux ont une influence universelle non seulement dans le domaine technologique mais également dans le domaine de l’art, de la littérature, de la musique ou encore de la conception des religions. “Thinking Machines. Ramon Llull and the ars combinatoria” présente l’une des premières machines d’acquisition de connaissances et tente de laisser entrevoir sa complexité, tout en explicitant les liens de ce système de pensée avec les créations qui en ont découlé, jusqu’à aujourd’hui.

Texte: Katia Meylan

Thinking Machines. Ramon Llull and the ars combinatoria, EPFL ArtLab, 03.11.2018 – 10.03.2019. Exhibition view. Left: Ralf Baecker, Rechnender Raum / Computing Space, 2007. Right: Philipp Goldbach, From the series Read Only Memory, 2016 © EPFL ArtLab Photo © Alain Herzog

L’exposition a été créée pour la première fois au Centre de Cultura Contemporània de Barcelone, organisée par le Professeur Amador Vega, spécialiste de Llull, en collaboration avec la ZKM|Center for Art and Media et l’EPFL. Dans son accrochage à Karlruhe, elle s’est enrichie de nombreuses œuvres rassemblées par les Professeurs et co-organisateurs Peter Weibel et Siegfried Zielinski. Pour l’accueillir à l’ArtLab, la directrice du lieu Sarah Kenderdine a choisi de se concentrer principalement sur la pensée computationnelle et les réalisations, du 13e siècle jusqu’aux artistes contemporain∙e∙s, dans lesquelles ce concept est présent.

En effet, l’ensemble de la pensée de Ramon Llull, ancrée au Moyen-Âge, influence encore aujourd’hui philosophes, programmateur·trice·s et artistes.

Voir crédits au bas de l’article (1)

Le point de départ de l’exposition est son l’Ars Combinatoria, machine de papier complexe qui, en agençant différemment des concepts codés, et en laissant une part à l’aléatoire, crée du sens, formule des questions, ouvre sur des discussions.

Pour nous faire entrer dans l’époque du créateur catalan, on commence par nous présenter des manuscrits de Ramon Llull, de “pseudo-Ramon Llull” (auteurs non-identifiés s’inspirant des écrits du premier), ou encore des manuscrit dans un style proche, qui suivent le même courant de pensée. Certains de ces documents rares ont pu être trouvés directement dans la bibliothèque de l’EPFL.

Si but de Llull était d’arriver aux vérités théologiques et philosophiques qui mèneraient à la paix des religions, d’autres après lui ont bénéficié de son influence, parfois explicitement parfois indirectement, que ce soit à des fins pratiques ou artistiques. Parmi les esprits “pratiques”, Gottfried W. Leibniz, qui invente au 17e siècle sa magnifique machine à calculer, jalon de l’histoire du calcul mécanique.
Pour le côté artistique, un exemple d’une interprétation concrète de l’usage combinatoire et aléatoire est une œuvre bien connue: “Cent mille milliards de poèmes” de Raymond Queneau, dont le découpage permet au lecteur de constituer son propre poème.
Une partie des œuvres présentes dans l’exposition impressionnent par leur mouvement autosuffisant, notamment la grande pièce en bois et en ficelle motorisée de Ralf Baecker, ou encore le tableau “Moving objects” de Pe Lang.

Nouvelle interprétation de l’Ars Generalis Ultima, 2018, Philipp Tögel * 1982, Nuremberg, DE

La “Nouvelle interprétation de l’Ars Generalis Ultima” créée en 2018 par l’artiste allemand Philipp Tögel retient notre attention. Elle propose une version “simplifiée” de la machine de Llull, et permet aux visiteur·teuse·s de créer des agencements de lettres qui représentent différents objets, concepts et questions. Ainsi, pour chaque combinaison possible apparaît une question avec sa piste de réflexion.

 

 

 

Une autre œuvre interactive intrigue: celle de Bernd Lintermann intitulée “YOU: R: CODE”. Ce titre peut être interprété par you are a code (tu es un code), renvoyant à l’ADN de chacun∙e, ou your code, (ton code), présentant effectivement à chacun∙e une interprétation de son propre code. Constituée d’une suite de “miroirs” devant lesquelles on se place, l’œuvre commence par nous présenter notre simple reflet, puis nous transpose dans une virtualité, avant de nous passer au scanner pour afficher une estimation de notre taille, de notre âge et de certains signes distinctifs (couleur des yeux et des cheveux, barbe, lunettes)… jusqu’à nous représenter entièrement sous forme de code industriel.

Photo © Alain Herzog. Voir crédit au bas de l’article (2)

Chaque œuvre de l’exposition présente une dimension spécifique de la pensée de Llull, et prête à développer des réflexions dans divers domaines… on ne peut que vous conseiller de la visiter et d’y faire votre propre voyage!

Thinking Machines. Ramon Llull and the ars combinatorial
À voir jusqu’au 10 mars à ArtLab, sur le campus de l’EPFL

Entrée libre:
Mardi à dimanche de 11h à 18h
Jeudi de 11h à 20h
Lundi fermé

Visite guidée samedi 2 mars à 11h15, entrée libre sans inscription

www.thinkingmachines.world

 

(1) Ramon Llull, Ars compendiosa inueniendi ueritatem  France (or Espagne ?), XIVe siècle, Reproduction de manuscrit. Cologny Fondation Bodmer et de e-codices : Bibliothèque virtuelle des manuscrits en Suisse, MS Bodmer 109. Avec l’aimable autorisation de la Fondation Bodmer et de e-codices : Bibliothèque virtuelle des manuscrits en Suisse

(2) Crédits photo: Bernd Lintermann, YOU:R:CODE, 2017, Interactive Installation, Idea: Peter Weibel. Concept, Realization: Bernd Lintermann. Audio design: Ludger Brümmer, Yannick Hofmann. Installation originally conceived for the exhibition Open Codes at the ZKM | Center for Art and Media Karlsruhe. Thinking Machines. Ramon Llull and the ars combinatoria, EPFL ArtLab, 03.11.2018 – 10.03.2019 © EPFL ArtLab

Liu Bolin disparaît au Musée de l’Elysée

Depuis cet automne, le Musée de l’Élysée propose “Le Théâtre des apparences”, une exposition rétrospective d’une sélection de travaux de l’artiste chinois Liu Bolin réalisés entre 2005 et 20017. Il s’agit du premier accrochage en Suisse pour le photographe, composé d’une cinquantaine de photographies monumentales formant une série intitulée “Hiding in the City”. Sur chacune d’elles, on retrouve la silhouette cachée de l’artiste, entièrement peinte de manière à se fondre dans le décor. Sa posture est récurrente; statique, vêtu d’une vareuse à col mao, les yeux fermés.

Texte: Mathilde Morel

Liu Bolin, “The Laid Off Workers”, 2006

Tout commence avec un événement-choc et déclencheur dans la vie de l’artiste: en novembre 2005, Pékin subit une restructuration en vue des Jeux Olympiques de 2008. Les autorités chinoises décident alors de démolir le quartier de Suo Jia Cun, en banlieue, où de nombreux artistes étaient établi·e·s. Subissant le même sort que ses compatriotes, Liu Bolin s’est donc fait expulser de son antre sans ménagement. Tous les ateliers ont ensuite été détruits. Face à une réelle négation de l’identité d’artiste, Liu Bolin décide de protester, en créant en contrepartie une œuvre liée à cette destruction. Il va alors poser debout, immobile, devant les ruines de son atelier.

Un lieu doit me permettre d’interroger quelque chose, de susciter un doute, de remettre en question ce qui est montré. Ma première œuvre du genre, qui date de 2005, était un message de protestation contre une injustice. Le gouvernement chinois avait démoli mon studio, et j’ai posé sur ses ruines’’ –  Liu Bolin

 La démarche de Liu Bolin pousse à s’interroger sur l’idée du corps humain qui se fond dans un décor, dont l’existence est reniée à tel point qu’il disparaît dans l’arrière-fond.

Dans ces véritables trompe-l’œil, retrouver l’artiste n’est pas toujours évident. Le processus et la préparation font partie du travail, nécessitant patience et réflexion. Avec l’aide de quelques peintres assistants, Liu Bolin est recouvert de peinture afin d’être habilement dissimulé dans le fond choisi. Garanties sans trucage numérique, les œuvres sont d’une envergure impressionnante.

Par son jeu d’apparition et de disparition au sein de ses œuvres, Liu Bolin dénonce une réalité de la société chinoise contemporaine. Il souhaite mettre en lumière les stratégies politiques, économiques et de propagande du pouvoir, l’industrialisation de sites ruraux et urbains, l’hyperconsommation et d’autres problématiques auxquelles le monde fait face.

Liu Bolin tente de préserver sa liberté de penser, d’être et de s’exprimer sans restriction, faisant face au gouvernement chinois où la censure cadre drastiquement l’expression. L’artiste joue parfois avec le feu, utilisant des symboles politiques dans ses œuvres tels que le drapeau national ou différents slogans de propagande qui sont interdits d’usage en Chine.

On découvre dans l’exposition que l’artiste a investi de nombreux lieux et utilisé des symboles forts dans lesquels se fondre. Le·la spectateur·trice est alors interpellé·e; il·elle est poussé·e à faire des liens entre l’arrière-plan et la présence de l’humain dans cette scène. Il·elle peut alors interroger sa condition, au-delà des apparences, sur les rapports de force et de pouvoir.

Liu Bolin, “Mobile Phone”, 2012

Liu Bolin s’intéresse aux problèmes sociaux découlant des bouleversements de la République populaire de Chine depuis sa fondation. Il veut révéler l’indicible, le caché, qu’il souhaite dénoncer. L’artiste parle aussi d’écologie, sujet qui lui tient spécialement à cœur. Il dénonce la pollution et l’humain délaissé. L’artiste questionne l’identité de chacun·e, face à aux changements qui s’opèrent, fragilisant l’humain au passage. Il propose des images étonnantes, dans une société où profusion matérielle est synonyme de progrès. Mais Liu Bolin, caché dans cet environnement, au milieu de ces tonnes de marchandise, rappelle qu’il n’est rien de plus qu’un numéro, une pièce interchangeable dénuée d’humanité.

En profitant du développement qu’il a accompli, l’homme est en train de creuser sa tombe par sa propre cupidité. Les gens exigent trop de la nature et de l’environnement. Nous réaliserons bientôt combien nous sommes minuscules. Notre désir domine notre comportement. Nous allons faire face à beaucoup de problèmes à l’avenir’’. – Liu Bolin

Dans le cadre de cette exposition, le Musée de l’Elysée propose un atelier créatif de “Camouflage”, qui permet au visiteur·euse de réaliser sa propre œuvre, puis de s’y fondre.
L’équipe responsable, enjouée, accueille les visiteurs à réaliser un collage à partir de tirages d’œuvres de Liu Bolin, puis leur propose de se faire photographier en se dissimulant à leur guise derrière une étoffe…  Un montage mélange ensuite la photographie et le collage, pour un résultat surprenant!

Le Théâtre des apparences
Musée de l’Elysée
Du 17 octobre 2018 au 27 janvier 2019

Atelier Camouflage tous les mercredis après-midi, jusqu’au 23 janvier.

www.elysee.ch

Carouge au carrefour de l’art

L’espace d’un week-end, la jolie ville de Carouge devient l’hôte de vos envies culturelles, honorant ainsi sa riche tradition artistique et artisanale. Comme de coutume depuis la création de l’association ArtCarouge en 2005, sept galeries et le Musée de Carouge ouvrent leurs portes pour  faire découvrir au public leurs nouvelles expositions et créations d’art contemporain. 

Texte: Marie Pichard 

Cette année, il faudra se rendre du côté de la place de Sardaigne pour assister à l’évènement phare du week-end, signé Christian Gonzenbach. À mi-chemin entre sculpture et machine, son installation nommée « Appareil reproducteur » permettra au visiteur curieux de repartir avec sa propre œuvre d’art; une manière de questionner les notions de propriété intellectuelle et de gratuité. 

Quelques pas plus loin, la galerie d’Annick Zufferey située à la place des Charmettes ravira les amateurs de bijoux contemporains. On pourra y admirer le travail d’Akiko Kurihara, artiste japonaise basée à Milan, dont les créations minimalistes s’inspirent de découvertes du quotidien, non sans humour et poésie. 

 

La suite de la promenade vous mènera peut-être à la galerie Aubert Jansem, pour une plongée dans l’univers atypique de Gene Mann, peintre autodidacte reconnaissable dans les rues de Carouge à sa chevelure de feu. Vous vous laisserez emporter par ses œuvres puissantes empreintes d’humanisme, lors du vernissage de sa nouvelle exposition intitulée « Archéologie du Silence ». 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme dernier aperçu de cette balade automnale, les amoureux de design seront accueillis par la NOV Gallery, rue Joseph-Girard. Véritable vitrine d’artistes émergents – tant designers que photographes – tout droit sortis de la HEAD et de l’ECAL, NOV vous invite à explorer le concept d’artefact dans le cadre d’une série imaginée pour la Milan Design Week d’avril dernier.

 

 

 

 

 

 

 

 

ArtCarouge, les 3 et 4 novembre de 11h à 17h
Plus d’informations sur : www.artcarouge.ch

 

 

Exclusivement contemporain depuis 1918

Jusqu’au 3 février 2019, le Cabinet d’arts graphiques du Musée d’art et d’histoire de Genève rend hommage à la Société suisse de gravure par une exposition qui retrace un siècle de création imprimée suisse et internationale.

Texte: Emmanuel Mastrangelo

Markus Raetz, “Ein Auto und einige Menschen auf der Strasse”, 1977. Cabinet d’arts graphiques du Musée d’art et d’histoire. © 2018, ProLitteris, Zurich

Alice Bailly, Cuno Amiet, Ernst Ludwig Kirchner, Paul Klee, Hans Arp, Alberto Giacometti, Max Bill, Sam Francis, Meret Oppenheim, Georg Baselitz, Claes Oldenburg, John M Armleder… Tous ces artistes ont en commun d’avoir réalisé une œuvre pour la Société suisse de gravure. Une pléiade de grands noms à laquelle de nombreux artistes contemporains rêveraient d’appartenir… De la première estampe éditée en 1918, “Paysanne s’habillant” d’Édouard Vallet, à la lithographie “Sans titre” de Wade Guyton (2017), la Société suisse de gravure, fondée à Zurich en 1917, n’a cessé de s’engager en faveur de la création artistique en Suisse, et, à une époque où le statut d’œuvre d’art de la pièce reproduite en plusieurs exemplaires n’allait pas de soi, d’encourager les artistes contemporains à la réalisation d’estampes. Se tenant délibérément en dehors du marché de l’art et refusant la spéculation, elle édite les œuvres en cent vingt-cinq exemplaires, réservés aux membres de la Société et interdits de revente. Produisant des artistes suisses renommés, tels que les déjà mentionnés Armleder, Meret Oppenheim et Max Bill, mais aussi Markus Raetz, Philippe Decrauzat et Claudia Comte, elle s’ouvre dès les années vingt à des créateurs étrangers étroitement liés à la Suisse, comme Paul Klee, Ernst Ludwig Kirchner ou Emil Nolde, puis dès 1973 avec Sam Francis, figure de l’abstraction lyrique américaine, à des artistes sans lien avec la Suisse. Cette ouverture  se généralise dans les années quatre-vingt, qui voient l’avènement d’une globalisation qui estompe les spécificités nationales des courants artistiques. La Société, qui dès 1925 édite Alice Bailly, cherche également à mettre en avant les femmes et les artistes émergents. Les techniques, longtemps limitées à celles de la gravure traditionnelle, xylographie, taille-douce, lithographie, se sont peu à peu élargies à la sérigraphie, à la photographie, aux impressions à jet d’encre, ainsi qu’aux techniques mixtes. Les collections de la Société, élargissant le champ de l’estampe conventionnelle, comprennent aussi des livres illustrés, des portfolios, ou des œuvres pluridisciplinaires.

Claudio Moser, “Instrumental”, 2001. Cabinet d’arts graphiques du Musée d’art et d’histoire. © 2018, ProLitteris, Zurich, photo : André Longchamp.

La Société suisse de gravure fête son siècle d’existence par des expositions dans différentes villes suisses, qui présentent chacune un fonds propre. Parmi les deux cent cinquante-cinq œuvres de deux cent vingt artistes reconnus sur le plan national et international éditées par la Société, et couvrant tous les mouvements esthétiques, le Cabinet d’arts graphiques en présente quelque cent cinquante pièces. D’emblée, le spectateur est ébloui par la diversité technique et expressive des œuvres, et par l’audace et l’esprit d’ouverture de la Société. L’exposition s’organise autour de quatre thèmes majeurs.

Ian Anüll/ Paul Klee. “Specimen”. Cabinet d’arts graphiques du Musée d’art et d’histoire. © Ian Anüll

La figure humaine, d’abord, garde une importance primordiale, par les questions existentielles qu’elle soulève. La photographie, ensuite, qui entretient depuis les années soixante un lien de plus en plus étroit avec l’estampe, a gagné une place particulière dans les collections de la Société ; son utilisation peut intervenir à différentes étapes du processus créatif, de l’inspiration visuelle à la technique de tirage ou d’impression. L’approche traditionnelle de la gravure, dont la limitation à deux éléments, la ligne et l’aplat, suscite une variété expressive sans cesse renouvelée, n’est pas pour autant reléguée au second plan. Enfin, la relation entre l’estampe et l’espace se retrouve dans une approche de la gravure par des sculpteurs (Alberto Giacometti, Germaine Richier), ainsi que par des réalisations tridimensionnelles. Le parcours se termine ainsi par deux œuvres mixtes, “Crash” de Vincent Kohler et “Untitled” de Shahryar Nashat, qui débordent largement de l’idée que le visiteur se fait de l’estampe, et en rafraîchissent la pratique par une approche conceptuelle et ludique.

Exclusivement contemporain
Cabinet d’arts graphiques du Musée d’art et d’histoire, Genève
Jusqu’au 3 février 2019
www.institutions.ville-geneve.ch/fr/mah