À l’approche de la 29e édition du Festival Chopin Genève, nous avons eu l’occasion d’interviewer le pianiste Mateusz Krzyżowski, qui se produira en récital lors du concert de clôture. Le jeune homme de 27 ans partage quelques réflexions au sujet de son art, avec sincérité et le petit côté compétitif qui semble le caractériser.
Propos recueillis et traduits par Katia Meylan
Festival Chopin Genève
Du 4 au 13 octobre 2026
www.societe-chopin.ch/fr/programme/festival-chopin-geneve
L’Agenda : Quels sont vos souvenirs de la première fois où vous avez entendu Chopin versus la première fois où vous avez joué Chopin ?
Mateusz Krzyżowski : Quand j’étais petit, je devais avoir six ans, j’ai entendu pour la première fois Rafał Blechacz, le lauréat du Concours Chopin 2005. C’était une expérience incroyable, je suis tombé complètement amoureux de la musique de Chopin. La jouer n’a pas été la même évidence tout de suite… Je pense que ma première pièce de Chopin, je l’ai apprise à 12 ou 13 ans. Je jouais déjà du piano depuis quelques années pourtant, mais dans l’école où j’étais, Chopin, c’était un compositeur à part. Les professeurs nous disaient : « Tu joueras Chopin quand tu seras prêt ».
En 2021 et 2025, vous avez vous-même participé au Concours Chopin, qui est le concours de référence non seulement en Pologne mais à l’international. Que retenez-vous de ces deux expériences ?
La première fois était un grand moment, une expérience formidable, très stressante, très formatrice. Je suis allé jusqu’en demi-finale. J’ai eu énormément de concerts suite à cette édition ! En 2025, j’y suis allé en ayant surtout hâte de partager de la belle musique avec le public. Mais je me suis arrêté à la première étape, ce qui, bien sûr, n’était pas le plan ! J’étais un peu déçu car atteindre la finale était un rêve, ou plutôt un but. J’aime les concours – ce qui est une opinion assez rare, je crois ; en général, les musiciens trouvent qu’à être évaluée, notée, la musique perd de son essence artistique. Pour être honnête, personnellement, j’aime savoir où j’en suis, tester mes capacités et m’améliorer constamment. Mais c’est une compétition avec moi-même.
Vous enseignez la musique à la Chopin University of Music de Varsovie et fréquentez donc la génération suivante. Quelles réflexions vous faites-vous sur l’enseignement ?
Ce que je constate chez la jeune génération, c’est qu’elle est vraiment talentueuse… mais un peu paresseuse (rire). On a envie de tout résoudre tout de suite. Ce que j’essaie de d’enseigner à mes élèves, c’est entre autre la patience. Dans ma pratique, il y a des choses pour lesquelles j’ai de la facilité, d’autres pour lesquelles j’ai parfois plus de peine, mais je travaille à des « solutions musicales ». Quand j’enseigne ces solutions, je vois les choses d’un œil extérieur, et quand je retourne au piano je réalise que j’ai évolué moi aussi. J’aime beaucoup ce travail de professeur – même si c’est au plus près du clavier que je me sens le mieux.
Qu’écoutez-vous quand d’autres pianistes jouent Chopin ?
La qualité du son. Aujourd’hui, il existe de plus en plus de bons enregistrements, alors la façon donc chacun s’approprie le phrasé, le style, c’est ce qui le rend unique. Il me semble aussi très important de comprendre le compositeur. Qu’est-ce qui l’a fait s’assoir et composer cette partition. Alors oui, bien sûr, parfois, c’est le besoin de gagner sa vie ! (rire). Mais parfois, c’est l’expression de quelque chose d’émotionnel, de profondément personnel, et c’est ça que j’essaie de comprendre. En concert, j’apprécie les pianistes qui essaient, qui expérimentent, qui suivent leurs émotions plutôt que ceux qui s’attachent à une interprétation et la vendent comme un produit.
Quelles sont les frustrations et les moments de grâce que vous expérimentez en tant qu’artiste ?
J’expérimente les deux lors de chaque concert. J’essaie de partager avec le public toutes les émotions que la musique provoque en moi, et l’adrénaline est tellement forte qu’après, il m’est impossible de dormir, je dois aller courir ou à la salle de sport. Pour être honnête, je suis souvent frustré après un concert parce que je sais de quoi je suis capable et j’aurais envie d’être parfait. Je n’écoute jamais les enregistrements tout de suite car j’ai l’impression d’avoir été mauvais. Lorsque je les écoute une semaine plus tard… je me rends compte que c’était plutôt bien !
Parmi les pièces du programme que vous avez choisi de jouer au Festival Chopin à Genève, laquelle vous est la plus précieuse ?
La Ballade en Sol mineur. C’est ma pièce préférée de tous les temps. J’y découvre toujours quelque chose de nouveau, et elle évolue avec moi ; je ne la joue pas du tout de la même manière aujourd’hui que l’année dernière ou qu’il y a deux ans.
Là, ce sera la troisième fois que je jouerai toutes les Ballades de Chopin. J’adore ce format où le pianiste se fait narrateur. Et la musique est à la fois belle, virtuose et intellectuelle.
Quels sont vos projets pour cette nouvelle saison musicale qui démarre ?
Ce sera intense ! En septembre je vais jouer dans des petites villes en Pologne, puis je serai à Genève, et en novembre quatre concerts sont prévus au Japon ; deux récitals et deux concerts avec l’Orchestre AUKSO de la ville de Tychy. J’aime jouer autant que possible avec orchestre. Le fait de devoir planifier ou respecter un tempo commun ne me contraint absolument pas. Au contraire c’est là que je me sens le plus libre, entouré par les autres musiciens, inspiré par les autres instruments.
Dernière question : quel son a été au top de votre playlist Spotify cet été ?
Aucune idée, je vais checker (en souriant et en prenant son téléphone)... Oh : les Impromptus de Schubert !
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Ainsi, après avoir passé les vacances d’été en compagnie de Schubert, Mateusz Krzyżowski retrouvera Chopin à Genève en octobre prochain !
Mateusz Krzyżowski
Concert de clôture
Mardi 13 octobre 2026 à 20h
Conservatoire de Musique de Genève, Salle Franz Liszt
Festival Chopin Genève
Du 4 au 13 octobre 2026
www.societe-chopin.ch

