Classique et opéra

Turan-2.0

Du 20 juin au 3 juillet 2022, le Grand Théâtre de Genève vous propose de découvrir l’un des opéras les plus connus de Puccini, Turandot. Un classique du genre, le dernier du compositeur, qui n’avait plus été joué à Genève depuis 1995-1996. Pour marquer ce retour, le Grand Théâtre a donc décidé de faire les choses en grand en proposant une version ultra moderne de l’œuvre. Une cure de rajeunissement que les amateur∙trice∙s d’art lyrique sauront sûrement apprécier!

Texte de Mélissa Quinodoz

Turandot, c’est l’histoire d’une femme, d’une princesse chinoise qui rejette un à un les prétendants qui tentent de la conquérir. Pour ceux qui espèrent l’épouser, la règle est pourtant simple: il faut résoudre les trois énigmes qu’elle leur soumet. Pour ceux qui échouent, pas d’espoir possible: la mort les attend. Alors que des dizaines d’hommes ont déjà tenté de relever le défi, le prince Calaf décide à son tour de s’essayer aux énigmes de la princesse. À la surprise générale, il  parvient à les résoudre mais Turandot, devant l’obligation qui lui est faite d’épouser cet homme, hésite à tenir sa promesse.

Photos : Magali Dougados

Présentée pour la première fois en 1926 à La Scala de Milan, Turandot est une œuvre résolument moderne. Femme forte et libre, cette princesse qui refuse d’être soumise à un époux pose la question du consentement, du doit à disposer de son corps et, plus généralement, des rapports qui existent entre les genres. Une thématique très actuelle que la mise en scène de Daniel Kramer modernise encore davantage. Sous nos yeux le monde traditionnel de Turandot évolue ainsi en un environnement futuriste et dystopique qui rappelle à la fois La servante écarlate et Hunger Games. Les costumes sont tout simplement splendides et dévoilent une myriade de détails tantôt drôles, tantôt dérangeants. Enfin, au niveau de la scénographie, le collectif artistique teamLab propose un mélange assez bluffant d’effets visuels ultra immersifs à base de projections et de lasers. C’est tout simplement beau, sans pour autant en faire trop. Surtout, l’ensemble permet au public de se plonger totalement dans ce Turandot 2.0. Pour finir, on soulignera la qualité indéniable du casting et, en particulier, l’excellente performance des deux personnages féminins principaux. Les sopranos Ingela Brimberg et Francesca Dotto, qui interprètent respectivement les rôles de Turandot et Liù ont offert au public un moment musical de pur bonheur.

Avec cette adaptation de Turandot, le Grand Théâtre de Genève est donc parvenu à apporter une touche de modernité à cette œuvre tout en conservant l’essence même du blockbuster puccinien. Un défi qui n’était pas forcément gagné d’avance et qui a été parfaitement relevé. La réussite s’est ressentie au terme de la représentation, les applaudissements ayant durés pendant de longues minutes.

Turandot, c’est donc à découvrir pendant encore quelques jours au Grand Théâtre de Genève. À noter encore que le 24 juin, l’œuvre sera projetée gratuitement au parc des Eaux-Vives. L’occasion de passer une belle soirée les pieds dans l’herbe et la musique de Puccini dans les oreilles.

Informations et billetterie: https://www.gtg.ch/saison-21-22/turandot/

PSO Nicolás Duna

Vers l’infini et au-delà – Musique (pas si) classique

Il n’y a pas (si) longtemps, dans une galaxie proche, très proche, un drôle de vaisseau errait dans l’espace. À son bord, quelques voyageur∙euses intrépides prêt∙e∙s à braver le vide intersidéral pour quelques notes de musique. Dans l’espace, si personne ne les a entendu crier, les applaudissements eux ont dû réveiller quelques martiens…

Texte de Mélissa Quinodoz

Le vendredi 22 avril 2022, le Philharmonic Show Orchestra prenait son envol pour la première fois. Depuis la piste de lancement genevoise du Victoria Hall, les passager·ère·s étaient donc nombreux·ses à vouloir prendre place à bord du vaisseau mère pour ce voyage inaugural. Il faut dire que la feuille de route était des plus attractives. Au programme, des œuvres classiques bien sûr, et notamment les incontournables Planètes de Holst, mais également des morceaux issus de la pop-culture, E.T, Interstellar et Star Wars. Un mélange de saveurs assumé par le Philharmonic Show Orchestra qui souhaite proposer à son public une nouvelle définition du concert, celle de “spectacle symphonique”! Avec pour objectif la transversalité, il s’est ainsi fixé comme mission d’offrir un espace de rencontre et de réflexion pour les acteurs culturels de tous bords.

PSO2 Photo de Nicolás Duma

Photo: Nicolás Duma

Confortablement installé·e·s dans leurs sièges, les tablettes relevées et accueilli∙e∙s par une charmante hôtesse de l’air, les passager∙ère∙s sont donc parti∙e∙s vers de nouveaux horizons musicaux. Un vol des plus réussi, grâce notamment au commandant de bord Pierre-Antoine Marçais (ou PAM pour les intimes), qui a su éviter toute forme de turbulence. Si la première partie était des plus agréables, c’est après une courte escale que la magie a véritablement opéré. Dans la pénombre du cockpit, quelques passager·ère·s se sont alors levé·e·s pour entonner la magnifique chanson Stars du Letton Eriks Esenvalds. Un pur moment d’apesanteur qui a mis en lumière les voix quasi extraterrestres de certain·e·s voyageur·euse·s!

En descendant de l’appareil, on ne pouvait que souhaiter y remonter prochainement pour un nouveau périple d’une ou deux années lumières. Le sourire des passager·ère·s en disait d’ailleurs long sur la réussite de ce premier envol. Le Philharmonic Show Orechestra est définitivement un orchestre du 21e siècle (voire même du 22e siècle) prêt à relever les défis et les enjeux culturels d’aujourd’hui et de demain. C’est avec impatience qu’on attend les prochains épisodes de cette nouvelle série musicale!

Toutes les informations et les prochaines dates du Philharmonic Show Orchestra sont à découvrir ici:

philharmonicshoworchestra.com/#pso

Vous pouvez également les suivre et les soutenir sur les réseaux sociaux:

Instagram @Philharmonic_Show_Orchestra

Facebook @PhilharmonicShowOrchestra

Nicolás Duma

Photos: Nicolás Duma

Week-End Musical de Pully: Vocation de transmission

Lorsque l’on arrive au Week-End Musical de Pully pour écouter des concerts de musique classique, on tombe tout d’abord sur une brochette de polos violets de toutes tailles, chacun affairé à sa tâche et fermement fier d’être là. Puis l’on réalise également bien vite que, si le festival réserve une belle part de sa programmation au classique, il n’hésite pas à s’aventurer hors des sentiers battus.

Texte de Katia Meylan Propos recueillis auprès de Caroline Mercier et Guillaume Hersperger, co-fondateurs du festival, Jonathan Gerstner et Léonard Wüthrich, membres du comité d’organisation, et Raphaël Bollengier, staff.

 

A tout juste neuf ans, le Week-End Musical de Pully, WEMP pour les intimes, n’a à rougir d’aucune comparaison avec certains frères aînés ou cousins des grandes villes. Gratuit depuis ses origines et comptant bien le rester, il convie depuis 2013 des grands noms tels que Marina Viotti, Beatrice Berrut, Cédric Pescia, Louis Schwizgebel ou encore le Quatuor Sine Nomine. 

Une programmation éclectique 
Cette année, le festival s’étendra du 5 au 8 mai. Pour donner une idée de la diversité des styles qu’offre la programmation 2022 pensée par Guillaume Hersperger, prenons la journée du dimanche: un spectacle d’opéra dédié aux familles et un conte musical porté par des jeunes artistes de la région côtoieront The Beggar’s Ensemble et Sneaky Funk Squad, deux formations exubérantes, l’une baroque, l’autre funky. Un récital du pianiste Nelson Goerner, lui aussi en entrée libre, clôturera les festivités – et Guillaume Hersperger de présager en souriant qu’il faudra peut-être arriver un peu en avance. 

La genèse
Depuis la première édition où les trois co-fondateurs géraient l’entièreté de l’organisation, le WEMP a pris de l’ampleur. Devant l’évidence que son trio aurait besoin d’aide, Guillaume Hersperger, professeur de piano au Conservatoire, en parle à ses jeunes élèves qui acceptent de venir donner un coup de main. “Ils savaient tous qu’il enseignait aussi les arts martiaux, ils n’ont pas osé refuser!” plaisante Caroline Mercier, directrice générale du festival. Une équipe d’une vingtaine de bénévoles s’est ainsi formée, motivée et efficace. Si la démarche semble née d’une nécessité pratique, elle devient aussitôt la marque de fabrique du festival, qui adopte une vocation de transmission: en effet, le jeune staff, dont le rôle consistait d’abord à mettre des chaises en place ou distribuer des goodies, se responsabilise petit à petit, se forme auprès de professionnels à des tâches telles que la régie son ou lumière, la logistique ou encore la communication.

Raphaël Bollengier en masterclass avec Christian Chamorel. Photos: Emilie Steiner

Le staff en scène
La plupart sont musicien·ne·s, élèves du conservatoire ou au début de leur parcours professionnel, et le festival leur donne l’occasion de monter sur scène. Lors du spectacle intitulé La hotline musicale de Blaise Bersinger, six bénévoles feront partie du Pully-Région Orchestral Ultimate Trio qui, mené par l’humoriste lausannois reconverti en responsable d’antenne radio, devra répondre instantanément à toute demande des auditeur·ice·s. Le but du spectacle: aborder la musique classique sous son aspect “cool”. Autant dire que le moment est attendu avec impatience par le staff! Les bénévoles que nous avons rencontrés sont unanimes: “C’est l’opportunité de l’année!”, s’enthousiasme Léonard Wüthrich, 22 ans, clarinettiste et assistant à la direction. “Sans le WEMP, un étudiant en musique classique se retrouverait difficilement à faire un spectacle avec un humoriste de la nouvelle génération”. ” Pour moi, Blaise est la personne qu’il nous fallait. Il arrive à me faire rire de tout”, confirme Jonathan Gerstner, 19 ans, violoncelliste, également assistant à la direction, et arrangeur d’une partie des morceaux qui seront joués durant le spectacle. 

Ce dernier aura une autre opportunité de se produire sur scène lors de cette édition 2022, et de taille! Il s’est vu confier un récital, pour lequel il a choisi d’interpréter la 5e Suite pour violoncelle seul de Bach et la Sonate pour violoncelle et piano en Fa Majeur nº 2 de Brahms. Il jouera également une création mondiale, commandée par le WEMP au compositeur Jean-Sélim Abdelmoula pour l’occasion. 

La confiance accordée
Parmi les tâches déléguées au binôme que forment Jonathan Gerstner et Léonard Wüthrich, la programmation de l’esplanade open-air du samedi après-midi. Encore une belle preuve de confiance de la part de la direction! Inspirés par l’esprit libre du festival, ils décident d’y convier le jazz, en proposant carte blanche à l’École de Jazz et Musiques Actuelles (EJMA). En effet, la porosité entre les styles de musique parle aux deux jeunes musiciens, qui regrettent qu’elle ne soit pas toujours une évidence au stade des études. “Ayant débuté mon parcours dans la région lausannoise, je trouve qu’il manque encore des liens entre classique et jazz”, constate Léonard, actuellement élève à la Hochschule Luzern. “En Suisse alémanique, on développe beaucoup plus ces connexions; j’ai des cours d’improvisation, et les musiciens des deux filières ont accès aux modules des uns et des autres”. 

Ce constat encourage le WEMP à donner, lors des masterclass qu’il met en place, la priorité aux élèves de Bachelor ou pré-professionnels plutôt qu’aux Master, qui bénéficient déjà d’une offre plus large. Cette année, les participant·e·s rencontreront le violon baroque d’Augustin Lusson, le répertoire à deux pianos de Sélim Mazari et Tanguy De Williencourt et le violoncelle jazz de Stephan Braun.

 “Grâce au WEMP, j’ai créé des contacts avec des artistes locaux et européens que je n’aurais pas forcément rencontrés, ou beaucoup plus tard”, exprime Léonard. Il pense notamment au Quintet Ouranos et à sa rencontre avec le clarinettiste parisien Amaury Viduvier, dont le partage d’expérience lui a été très enrichissant. 

Les plus jeunes ne sont pas en reste, et même à 12 ans, on a sa place au WEMP, preuve en est de Raphaël Bollengier, nouvelle recrue et benjamin du staff. L’année dernière, ce pianiste en herbe avait eu l’occasion de travailler la Polonaise de Chopin en do dièse mineur avec Christian Chamorel, de jouer avec des camarades lors d’un pré-concert, et d’assister à des concerts assis dans le public. Il verra cette année le festival du côté de l’organisation… Et qui sait, peut-être que celui qui ne se voit pas pianiste professionnel, car “c’est compliqué d’avoir une renommée pour être à l’aise financièrement”, y verra une autre piste de vocation musicale? 

Retrouvez tout le programme du Week- End Musical de Pully sur: wempully.ch  

Week-End Musical de Pully Du 5 au 8 mai 2022 Divers lieux, Pully 

                                                                                                        

1001 Harmonies

La vie à deux pianos, à milles histoires, à 1001 Harmonies

Ailleurs, l’herbe est simplement d’une autre teinte, et c’est un sentiment différent lorsqu’on s’y étend pour se faire conter 1001 Harmonies. Cela vaut bien un détour à Neuchâtel, où les pianistes Myassa et Francisco Leal présentent leur 2e saison de concerts ainsi intitulée: 1001 Harmonies, d’un joli mélange entre la musique qui les fait vibrer et leurs histoires de rencontres et d’amitiés.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Myassa est neuchâteloise, Francisco est colombien. Frayés par la passion du piano, leurs chemins se rejoignent à la Haute École de Musique de Genève à Neuchâtel. Et là… c’est le coup de foudre musical? “Ce qui t’a plu, c’est plutôt que je te faisais rire, non?”. Coup d’œil malicieux de Francisco à sa complice. Dans leur appartement, leur photo de mariage orne le mur du salon, non loin d’un grand piano à queue et d’un chat qui se prélasse sur le tabouret.

Actif dans diverses branches qui prennent toutes leurs racines dans la musique (solistes, enseignants, organiste titulaire pour Francisco, médiatrice culturelle pour Myassa), le couple se rajoute une casquette lorsqu’il y a plusieurs années de cela, il imagine organiser sa propre saison de concert. L’initiative n’était pas un coup d’essai: “Pendant nos études, nous avons mis sur pied une journée de concerts, rééditée à plusieurs reprises, lors de laquelle nous engagions différents musiciens de la région”, raconte Myassa. Un premier test qui fonctionne à merveille et sème l’idée. Quelques lieux inspirants, tels que l’Église St-Pierre, le Temple du Bas et bien sûr la fameuse Salle de musique de La Chaux-de-Fonds, leur fait souhaiter une saison qui appartienne à la fois à Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds. L’idée murit durant trois ans et en 2019 éclot la première édition de 1001 Harmonies

Pour une jeune saison, c’est une prise de risque immédiate. S’il prend la responsabilité de la programmation et de plusieurs concerts, le couple s’entoure de spécialistes, du graphisme à l’audiovisuel en passant par la communication, mettant les moyens à la forme. Et pour le fond, il convie des invité·e·s de marque: des premières suisses-romandes – notamment le violoncelliste Santiago Cañón, lauréat du concours Tchaïkovski – ainsi que des artistes au rayonnement international, citons le pianiste Arcadi Volodos ou le ténor Bernard Richter.

“Pour construire une programmation, on part des pièces que l’on aimerait entendre ou jouer. Le but est aussi de présenter au public des configurations variées, et de coupler d’autres arts à la musique”, s’accordent Francisco et Myassa. Entre eux, les idées fusent et les artistes inspirant·e·s à inviter ne manquent pas. Mais ce qui les guide, ce sont les histoires, les rencontres qui mènent au concert, les liens qui se créent. Pour eux, Arcardi Volodos ou Bernard Richter sont certes de grands noms, mais avant tout des amis.

flamenco 1001

Le Concert n° 4, intitulé Flamenco et ayant eu lieu en mars dernier, est un exemple amusant de leur fonctionnement au coup de cœur. “La rencontre avec le Barcelona Guitar Trio était un vrai hasard: on devait partir en vacances à Londres, et à cause d’un souci administratif, on s’est rendu compte une fois à l’aéroport que c’était impossible”, nous racontent-ils à deux voix. “On a regardé quel était le prochain vol, et à la place, on a pris nos billets pour Barcelone. Là-bas, on est allé au Palau de la Música, où on a vu ces musiciens et ces danseurs. C’était incroyable! On a tout de suite pensé à eux pour 1001 Harmonies, et à la fin du concert on est allé voir leur manager. C’était en 2018, avant même le début de notre première saison!”.
Un savant mélange entre la spontanéité qui caractérise le couple et la folle planification que requiert une saison classique, en somme!

Dès demain 29 avril, puis dimanche 1er mai, Myassa et Francisco seront eux-mêmes sur scène pour un récital intitulé La vie à deux… pianos, composé d’œuvres puisées dans le répertoire de leur sensibilité commune. En première partie de concert, ils interpréteront deux pièces classiques: la Suite pour deux pianos de Rachmaninov et la Danse macabre de Saint-Saëns. La seconde partie se fera latine, avec trois magnifiques tango nuevo de Piazzolla, rêveurs, romantiques, dramatiques, teintés de jazz et d’élans de courage. Le final sera une fête, avec un arrangement du Danzon n° 2, du compositeur mexicain Arturo Márquez, auquel le duo amène sa touche pianistique.

Parmi leurs prochains couple goals, l’envie de convier d’autres arts encore à leurs saisons. La danse reviendra pour sûr, dans de nouveaux pas de deux à quatre mains. Myassa la littéraire imagine également faire dialoguer, lors d’un concert, des grands textes classiques, des pièces musicales et les biographies des compositrices et compositeurs. Gageons qu’elle saura aisément convaincre sa moitié de ce beau projet…

La nuit est tombée depuis longtemps et on laisse Neuchâtel derrière nous, suivant des yeux les rails, avec en tête les notes entraînantes du Danzon interprété par Francisco et Myassa dans leur salon!

La vie à deux… pianos
Vendredi 29 avril à 19h30
Salle Faller, La Chaux-de-Fonds

Dimanche 1er mai à 17h
Temple du Bas, Neuchâtel

Tout le programme sur www.1001harmonies.ch


Maria Callas

Concert de Gala en hommage à Maria Callas avec Angela Gheorghiu

En 2023, le centenaire de la naissance de Maria Callas sera fêté dans le monde entier. L’amour et l’admiration que voue la soprano arménienne Varduhi Khachatryan à la divine cantatrice n’ont pas patienté jusque-là avant de lui rendre hommage. En effet,  l’association AVETIS, qu’elle préside, donnera un concert d’airs du répertoire de Maria Callas le jeudi 12 mai au Victoria Hall de Genève. Avec, en tant qu’invitée d’honneur, la Diva Assoluta Angela Gheorghiu.

Texte de Katia Meylan

Maria Callas disait ne pas avoir d’identité. Née de parents grecs aux États-Unis, ayant vécu le sommet de sa carrière en Italie puis ayant habité à Paris, elle ne se sentait entièrement d’aucun de ces lieux. Si la cantatrice continue à vivre éternellement, c’est par son talent inégalé qui reste dans les cœurs et les mémoires… mais aussi, comme l’imagine poétiquement Varduhi Khachatryan, peut-être pour retrouver en celles qui lui rendent hommage un peu de l’identité, de la simple féminité qu’elle cherchait, elle qui avait été transformée en icône.

AVETIS conviera ainsi la légende Angela Gheorghiu, dont le nom est étroitement lié à celui de Maria Callas, à un moment chaleureux de partage et d’émotion sur scène.

Angela Gheorgiu

Angela Gheorghiu

Le choix d’Angela Gheorghiu en tant qu’invitée d’honneur a été une évidence; comparée maintes fois à Maria Callas, la soprano s’est hissée au rang de Diva assoluta après avoir tourné sur toutes les grandes scènes du monde. Elle élargit son public en prenant part à l’opéra filmé, remporte deux fois le titre d’Artiste de l’Année aux Classical Brit Awards (2001 et 2010), et été nommée chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres par le ministère de la Culture français.
Varduhi Khachatrian®point-of-views.ch

Varduhi Khachatrian. Photo: point-of-views.ch

Varduhi Khachatryan a vu sa jeunesse musicale parsemée de rencontres avec Maria Callas, dès lors que son père, baryton-basse et artiste national de la République d’Arménie, lui transmet le goût de l’art lyrique. L’artiste chemine et gagne de nombreux prix dont l’un lui tenant particulièrement à cœur: le Grand Prix Maria Callas à Athènes, en 2001, qui mène par la suite à de nombreuses invitations internationales. D’autres grands projets en hommage à la Diva naissent de son initiative personnelle, notamment le concert VIVA CALLAS, porté jusqu’au Carnegie Hall de New-York.

Pour ce grand concert de Gala, les deux artistes seront accompagnées, sur des airs d’opéras du répertoire de Maria Callas tels que Tosca ou La Bohème de Puccini, Carmen de Bizet ou encore Roméo et Juliette de Gounod, par l’orchestre du Festival Pucciniano en Italie, dirigé par Corrado Valvo.

Comme l’association l’a déjà prouvé en invitant Angela Gheorghiu, Tigran Hamasyan, Elīna Garanča, Khatia Buniatishvili, Maxim Vengerov ou encore Mikhail Pletnev, AVETIS, grâce au soutien de la Fondation Francis et Marie France Minkoff, poursuit son ambition de réaliser des moments de grâce à Genève.

Gala-Concert dédié à Maria Callas
Jeudi 12 mai à 20h
Victoria Hall, Genève
Site internet d’AVETIS: www.avetis.ch
Lien vers la billetterie

 

Pauline Inspirée

Pauline Inspirée – réaffirmer le talent d’une compositrice romantique

Qui aujourd’hui ne connait pas Saint-Saëns, Fauré ou Chopin? Mais qui cite à leurs côtés leur contemporaine et amie, compositrice au talent non moins admirable, Pauline Viardot? La mezzo-soprano Laure de Marcellus et le pianiste Alberto Urroz participent, avec leur album intitulé Pauline Inspirée – Mélodies par et pour Pauline Viardot enregistré en 2021, à rendre à cette artiste accomplie l’attention qu’elle mérite.

Texte de Katia Meylan

L’Histoire de la musique classique n’a pas fait la part belle aux compositrices du 19e siècle, dont peu de noms nous sonnent encore aussi familiers que ceux de leurs collègues romantiques masculins.

Lors d’un concert samedi dernier au Palais de l’Athénée à Genève, Laure de Marcellus et Alberto Urroz ont présenté un programme de mélodies écrites ou inspirées par Pauline Viardot. En effet, la compositrice et interprète “inspirait tout le monde. Soit on était amoureux d’elle, soit on lui écrivait des pièces, soit on faisait son portrait…”, sourit Laure de Marcellus, qui pèse ses mots et profite de plusieurs petits intermèdes durant lesquels elle prendra le temps de donner au public quelques éléments biographiques passionnants.

Accentué encore par la présence de l’arrière-arrière-petite-fille de Pauline Viardot assise au premier rang dans la salle, c’est une adrénaline qui semble primer dans les deux premières mélodies espagnoles composées par Pauline. Les artistes laissent transparaitre le fier enthousiasme de mettre la compositrice à l’honneur, et le public montre une fébrilité de la découvrir.

Pauline Inspirée

Les airs suivants dévoileront plus amplement la voix de Laure de Marcellus, chaleureuse et déterminée. On découvre deux mazurkas de Chopin mises en paroles, puis deux mélodies inédites de Chapí, enregistrées pour la première fois et qui, par leur aspect théâtral, mettent superbement la mezzo-soprano en valeur. À la dernière note de La canzone contadina, mélodie d’un cycle de cinq compositions inspirées de chansons populaires toscanes, les applaudissements et exclamation fusent. Laure de Marcellus nous emporte finalement dans Mon cœur s’ouvre à ta voix tiré de l’opéra Samson et Dalila, composé par Saint-Saëns pour Pauline. Sur ce même air, Alberto Urroz révèle de délicates cascades de caresses, son piano n’ayant rien à envier aux vents de la partition initiale.

Avant de nous quitter, Laure de Marcellus partage encore une information, en soignant son effet comme un twist final: Tout le monde ou presque a déjà entendu la Habanera tiré de l’opéra Carmen. Mais rares sont celles et ceux qui savent que Pauline Viardot a aidé Bizet dans la composition du célèbre air. “Non?!…” chuchote une voix dans le public. Et c’est sur ce bis, qui prend la teinte de tout ce qui l’a précédé, que se termine le concert. L’amour est un oiseau rebelle…

Pauline Inspirée – Mélodies par et pour Pauline Viardot
Sortie en mars 2022
Vers le site de Laure de Marcellus
Vers le site de Alberto Urroz

L'Ombra - scène

L’Ombra – l’aventure d’un opéra jamais mis en scène

Une minute, une heure, qu’est-ce que c’est? C’était le temps, samedi dernier sur la scène du Reflet – Théâtre de Vevey, de raconter une histoire, celle de l’amour impossible de deux adolescents, Wolfango et Marguerite. Wolfango, devenu des années plus tard un étudiant sans âge halluciné. Marguerite, emportée si jeune par la maladie, qui revient à lui sous la forme d’une ombre pour lui faire raconter cet amour et en faire le deuil.

Texte de Katia Meylan
Propos recueillis lors de la rencontre publique avant la pièce, avec Luc Birraux, metteur en scène. Rencontre menée par Brigitte Romanens-Deville, directrice du Reflet

L’Ombra n’avait jamais été mise en scène, mon travail a donc simplement été de raconter cette histoire”, pose modestement le metteur en scène Luc Birraux.

S’il est des opéras pour lesquels on compte des centaines – si ce n’est des milliers – d’interprétations scéniques différentes, il existe aussi des œuvres encore inconnues même des mélomanes. C’est le cas de L’Ombra, une œuvre du compositeur Ugo Bottacchiari, écrite dans la tradition des grands mélodistes italiens au 20e siècle, tombée dans l’oubli et aujourd’hui portée à la scène par la toute jeune compagnie Operatic. Le “tuyau” était venu de la professeure de chant de Louis Zaitoun, ténor passionné qui a désormais pu ajouter le rôle de Wolfango à son répertoire.
L’histoire a commencé comme une quête: Quelque part, dans le petit village de Castelraimondo en Italie, se trouve un manuscrit dont il n’existe qu’un seul enregistrement, et que personne n’a jamais encore mis en scène…

Une fois la photographie de la partition en poche et de retour de voyage, la compagnie découvre une œuvre à la forme inhabituelle: tandis qu’à l’époque d’Ugo Bottacchiari, la tendance était plutôt de faire se dérouler un maximum d’actions dans des lieux exotiques et de déployer sur scène des décors fastes et une troupe nombreuse, le compositeur, alors encore étudiant, signait un opéra de chambre en un acte, en huis clos, pour deux solistes et un chœur de quatre femmes.

Luc Birraux et le chef d’orchestre Antoine Rebstein, cofondateurs de la Cie Operatic, imaginent pour cette pièce un accompagnement mobile, adaptable à différents lieux. Ils commandent au Lausannois Kevin Juillerat une réduction d’orchestre, interprétée par douze instrumentistes de la Camerata Ataremac. Quant au livret existant, assez succinct, il est étoffé par la librettiste Sabryna Pierre et livre la raison de cet amour impossible.

L'Ombra: les acteurs sur scène

Photos de Lauren Pasche.

La mise en scène moderne et captivante de Luc Birraux souligne la dimension actuelle de l’opéra de Bottacchiari. Ses choix rendent L’Ombra à la fois accessible et foisonnante d’éléments sur lesquels s’arrêter. Le contact n’effraie pas ses chanteur-euse-s; ainsi, un ceinturage musclé des infirmières ou un baiser passionné des amants chevillent au corps les sentiments distillés par la musique. Louis Zaitoun impressionne tant par son timbre clair que par l’aisance de ses mouvements et la sincérité de ses expressions, graves et comiques. Car oui, on trouve aussi quelques traits d’humour dans cette mise en scène au sujet dramatique: la scène où Wolfango est mené à raconter son histoire au micro devant un public grignotant du pop-corn pourrait sembler cynique; elle nous est au contraire apparue touchante et prêtait à sourire, précisément grâce à l’expressivité du ténor et aux attitudes des choristes et des deux danseuses.

L’Ombra est ainsi à la fois une découverte pour les mélomanes et une porte d’entrée dans le monde lyrique pour les non-initiés, de par sa courte durée d’une heure, sa modernité et par la beauté de ses mélodies.

Une représentation reste à venir:

L’Ombra
Samedi 12 mars 2022 à 20h
Théâtre Bicubic, Romont
operatic.ch

Nostalgie des années folles

L’Ensemble Tiffany est une espèce rare qui compte une quinzaine de musicien∙ne∙s se rassemblant uniquement dans les alentours du 31 décembre, pour plusieurs traditionnels concerts du Nouvel An. Mercredi 5 janvier, l’Association des Concerts de Savigny avait créé un terrain propice à leur accueil et a ainsi permis au public de profiter d’un répertoire de musique des années folles.

Texte de Katia Meylan

Si depuis 25 ans, l’Ensemble Tiffany est particulièrement actif lors de la période du Nouvel An, ses membres, tous professionnels, n’hibernent pas les mois restants: on peut repérer notamment le violoniste François Gottraux au quatuor Sine Nomine, le violoncelliste Dan Sloutskovski parmi l’OCG, le tromboniste Ross Butcher dans l’ensemble Ad’libitum et le percussionniste Claude Meynent dans le Centre de Percussions de la Côte.

Leurs traditionnels Concerts du Nouvel An leur permettent de mettre leur technique au service d’un répertoire jazzy et rétro de l’après-guerre, et de présenter, chacun∙e à son tour, à sa façon et parfois dans sa langue, les œuvres du programme. Hier, le compositeur Kurt Weill et son “jazz symphonique” était à l’honneur, avec toute une série de titres de L’Opéra de quat’sous. Ces morceaux ont côtoyé durant la soirée d’autres grands tubes contemporains tels que In the Mood du Glenn Miller Orchestra, ou alors la plus tardive Valse n°2 de Chostakovitch, le tout dans des arrangements pour l’orchestre de salon que forment ces joyeux lurons.

Dans un orchestre de salon, on trouve un accordéon; à Savigny, il est placé au centre de la scène. On tend parfois l’oreille pour le distinguer parmi la belle homogénéité de l’ensemble. Denis Fedorov semble comme happé dans un rêve; on s’amuse à imaginer que les airs joués par l’ensemble sortent de la nostalgie de cet accordéoniste aux yeux fermés.

Chaque instrument a sa place, et l’on se balade de l’un à l’autre. Durant Foxtrot-Potpourri de Kurt Weill arrangé par Hartwig von Platen particulièrement, c’est un vrai plaisir d’assister à la conversation entre le saxophone, la flûte et la clarinette, qui laisse place à un court monologue de trompette, avant que nos oreilles se rivent sur le piano… pour finalement arriver aux dernières mesures, que les quatorze interprètes tendent comme un élastique jusqu’au coup percussif final.

Pour retrouver l’Ensemble Tiffany l’année prochaine: www.ensembletiffany.com

Pour connaître le programme de l’Association des Concerts de Savigny: www.concerts-savigny.ch

Voilà la vie parisienne

Voilà la Vie Parisienne

Les énergiques Raphaëlle Farman et Jacques Gay de la Comédie Lyrique sont de retour en ce moment à Genève, avec une création de leur crû, intitulée Voilà la Vie Parisienne, librement adaptée de l’opéra bouffe d’Offenbach (1866). Le livret, signé Raphaëlle Farman, est tissé autour d’airs lyriques et de chansons françaises familières à la troupe, qui en modifie les paroles aux besoins de sa trame humoristique.

Texte de Katia Meylan

Le décor est posé: un petit couvent, abritant cinq Sœurs et un Frère, décide de se transformer pour une nuit en maison des plaisirs afin d’entourlouper un riche baron, le faire dépenser son argent et ainsi éviter la ruine et la fermeture.

Si on dit que l’humour est personnel et que son sens varie d’une personne à l’autre… il est aussi sans aucun doute influencé par les fréquentations et par les discours qui nous nourrissent. Intéressée par les mouvances qui tendent à fluidifier plutôt qu’à exacerber les différences, je suis sceptique lorsque qu’un spectacle tire sur des ficelles genrées pour faire rire, mettant en scène hommes et femmes dans des rôles clichés bien définis. Si le rire passe en partie par la surprise, de voir un baron veuf à l’accent belge voulant s’en “fourrer jusque-là” de jeunes filles parisiennes, les reluquant, les consolant sur ses genoux, ne me surprend (malheureusement) pas plus que ça, ni de voir des filles se faire juger constamment sur leur beauté ou leur âge et toutes risquer de passer à la casserole contre leur gré.
(Un petit twist final dans les couples constitués a tout de même été inattendu, mais je ne vous le révélerai pas!)

Comme le chante le personnage du Frère dans une reprise en duo de Vous les femmes, travesti pour l’occasion et poursuivi par le baronJe comprends si bien les femmes qui balancent leur porc!“. Quelques clins d’œil de ce type rappellent que le tout est à prendre au second degré, et que ces personnages aux traits grossiers sont surtout là pour chanter, danser et faire rire d’eux.

Jacques Gay nous confie à la fin du spectacle: “tout aseptiser, tout aplatir, et il serait difficile de rigoler!”. Les opérettes ou les vaudevilles, jupes courtes, paillettes, perruques et léopard à l’appui, ont de tout temps joué sur ces clichés. La Comédie Lyrique reprend ces codes, et le public est réceptif, tant sur les blagues que sur les chansons qu’il lui arrive d’entonner en chœur. À la fin de la pièce, de façon sympathique et familiale, les artistes présentent les jeunes de leur troupe et discutent volontiers avec la salle.

C’est très personnel, mais je me dis que, couplé à cette bonne humeur et à ce talent, plutôt qu’une trame pastiche, on aimerait une fois voir une proposition plus actuelle!

 

Voilà la Vie Parisienne
Du 13 au 16 décembre à 20h
Salle Centrale Madeleine
www.comedielyrique.com/voila-la-vie-parisienne-2

 

La fougue, le mystère et le flegme

Fourmillant Victoria Hall. À l’entrée des artistes, ça bavarde joyeusement entre musicien∙ne∙s de l’OSR, l’instrument sur le dos, tandis qu’à la porte principale fusent des bribes de conversations de toutes parts, en anglais, en français, en japonais. Trois finalistes, en coulisses, sont probablement en pleine concentration avant leur passage sur scène dans un concerto choisi. Hier soir a eu lieu la Finale de violoncelle du Concours de Genève, qui a récompensé le Japonais Michiaki Ueno. Ce soir, cette 75e édition se clôturera par la Finale de hautbois.

Texte : Katia Meylan

Sur les 37 violoncellistes sélectionné∙e∙s parmi les 259 ayant envoyé leur candidature au Concours de Genève par vidéo, onze auraient choisi d’interpréter le concerto d’Elgar. Ils ont été deux à avoir l’occasion de prouver leur talent au travers de cette magnifique œuvre composée en 1919.

Le premier à paraître devant le public, les membres du jury et les caméras pour Medici TV, The Violin Channel et YouTube Live est Jaemin Han, quinze ans seulement et déjà plusieurs grands prix internationaux à son actif. La fougue se fait sentir, son émotion se transmet sur son visage et ses mouvements. Certains passages attirent l’attention, notamment son énergie presque rock dans les cordes pincées du premier mouvement. Est-ce que les mêmes passages attireront l’attention chez Bryan Cheng dans la même œuvre? Le Canadien et son Stradivarius « Bonjour » m’ont conféré un sentiment plus flegmatique, et soulevé quelques frissons dans le 3e mouvement, dans son entente avec l’orchestre.

Comme des grands frères encourageants, les violoncelles de l’Orchestre de la Suisse Romande sont placés au centre, derrière les solistes.

Le gagnant du concours, Michiaki Ueno, 25 ans, a interprété le concerto de Lutosławski. Ils n’auraient été que cinq à avoir choisir cette œuvre contemporaine. L’audace a-t-elle joué en la faveur du candidat? Ou son assurance mystérieuse alors qu’il commence seul sur un ré « indifférent », une corde à vide, sa main libre gracieusement tendue au loin? La profondeur de son interprétation et sa prestance a dans tous les cas convaincu le jury ainsi que le jeune public, qui lui décerne son Prix. Le public lémanique aura une occasion de le réentendre jouer prochainement, lundi 1er novembre dans le cadre des Concerts de Jussy.

Le Concours de Genève, au-delà d’un simple prix monétaire, s’organise en une structure complète, forte de partenariats qui offrent aux candidats de nombreuses possibilités de concerts, rencontres et apprentissages.

Un dernier concert reste à venir pour cette édition 2021: la Finale de hautbois, qui verra concourir Natalie Auli (Venezuela), Louis Baumann (France) et Zhiyu Sandy Xu (Australie).

75e Concours de Genève
Jeudi 28 octobre – Finale de violoncelle
Vendredi 29 octobre à 19h – Finale de hautbois, Victoria Hall
Lundi 1er novembre à 20h – Concert du lauréat du Concours de violoncelle, Temple de Jussy

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Les Héroïnes du Léman Lyriques Festival

Vendredi soir au Bâtiment des Forces Motrices, le Léman Lyrique Festival offrait au public matière à découverte dans son concert intitulé Héroïnes, avec un Concerto pour cor et un chanteur dont la voix de mezzo-soprano en a fait frissonner plus d’un·e.

Texte: Katia Meylan

Le festival, né de la passion du chef d’orchestre Daniel Kawka, a eu pour postulat de départ de faire se côtoyer dans ses programmations répertoire romantique et créations contemporaines.

Ainsi, le concert débute par un Concerto pour cor du compositeur franco-libanais Bechara El-Khoury, une œuvre jouée pour la première fois en Suisse. Si l’on ne compte plus les œuvres au répertoire pour piano, violon ou violoncelle, les concertos où le cor se voit attribuer la partie soliste sont beaucoup plus rare – les quatre plus connus étant probablement ceux composés par Mozart. Belle découverte donc que le cor du musicien Guillaume Tétu au devant de la scène; son éclat semble réhausser toutes les teintes de des cuivres et suggère une écoute différente de l’orchestre. Présent depuis les débuts du festival, l’orchestre OSE! de Lyon séduit par sa versatilité.

Lenneke Ruiten, Adrian Angelico et Camille Schnoor

Après deux éditions dédiées successivement à Wagner et Mahler, c’est à Richard Strauss que Daniel Kawka fait honneur dans cette édition du Léman Lyriques. Ainsi, en deuxième partie, le public a eu la chance d’écouter la séquence de valse ainsi que des extraits lyriques de l’opéra Der Rosenkavalier. 

Les rôles de Sophie et La Maréchale sont interprétés ici par les talentueuses soprano Lenneke Ruiten et Camille Schnoor. En général, le rôle d’Octavian, dans la lignée des rôles de jeunes hommes à l’opéra tels que Chérubin ou encore Sesto, est joué par une femme; il est ici joué par Adrian Angelico, mezzo-soprano transgenre. Lorsqu’il entre en scène pour donner la réplique à La Maréchale, sa voix éveille instantanément un sentiment indicible, offrant les frissons que l’on recherche en concert. Elle ne devient que plus belle lorsque les trois solistes se répondent, dans un final chaleureux.

Un moment très plaisant en somme, pour ce troisième rendez-vous de l’édition 2021 du Léman Lyriques Festival. 

Prochain concert: Take a Walk on the “Wilde” Side  
Mardi 12 octobre à 20h au Bâtiment des Forces Motrices 
www.lemanlyriquesfestival.com  

chaperon rouge

On le croque à pleines dents

Mercredi soir avait lieu la première du Petit Chaperon Rouge, une création lyrique originale présentée à l’Opéra de Lausanne. Signé Guy-François Leuenberger à la musique et Stefania Pinelli au libretto, ce court opéra conçu spécialement pour le jeune public attendait déjà depuis un an d’être dévoilé au public: c’est à présent chose faite. Le résultat, charmant, a largement convaincu.

Texte: Athéna Dubois-Pèlerin

Le conte de la fillette et du grand méchant loup, lu et relu à l’envi, est un matériau décidément bien connu des enfants. Tout l’enjeu de l’adaptation consistait dès lors à trouver une manière inventive de raconter ce grand classique, en emmenant son public sur un sentier certes battu, mais au détour duquel se cachent toutefois quelques surprises.

Si la trame reste fidèle au conte original, les créateurs ont ainsi tenu à colorer leur Chaperon Rouge de problématiques actuelles, qui entrent en résonance avec les thèmes de l’histoire: on découvre ainsi une héroïne adolescente, plus rebelle et assertive que le personnage de Perrault et Grimm, actrice de sa propre histoire et responsable de sa propre évolution. À la fois fraîche et familière, cette création s’empare habilement de la matière sombre du conte pour s’attaquer de biais à la problématique du consentement et des violences sexuelles, sous un angle facétieusement féministe.

fillette et méchant loup
Photo: Jean-Guy Python

Qu’on se rassure toutefois, ces lectures en filigrane viennent enrichir la portée psychologique de l’œuvre sans en rendre évidents tous les ressorts, et le spectacle reste largement approprié pour tous les yeux et toutes les oreilles.

La musique, résolument moderne, est harmonieuse de bout en bout et sert remarquablement le récit, avec notamment des jeux de dialogue très réussis dans la forêt, où la mélodie alterne rapidement entre un mode majeur lumineux (qui souligne l’insouciance du Chaperon rouge) et un mode mineur grinçant (qui annonce l’arrivée du loup, dont on aperçoit déjà la silhouette menaçante entre les arbres). Espiègle et colorée, la mise en scène participe à donner un ton “bon enfant”  à l’œuvre avec une mention spéciale pour la maison de la Mère-Grand, qui s’approprie pleinement l’expression “se jeter dans la gueule du loup”.

Côté casting, on ne peut qu’applaudir le quatuor d’interprètes qui se glissent dans la peau des personnages du récit: le Chaperon, sa Mère, le Loup, la Mère-Grand (pas de Chasseur dans cette version-ci, eh non! le Deus ex Machina sera à chercher ailleurs). On distinguera tout particulièrement la jeune Yuki Tsurusaki dans le rôle-titre, dont le soprano stratosphérique épouse à merveille toute la légèreté bondissante du rôle réinventé par le duo Leuenberger-Pinelli. Un très joli moment de musique, qui ravira aussi bien les têtes blondes que grises. Loup y es-tu?

Le Petit Chaperon Rouge
Jusqu’au 10 octobre
Opéra de Lausanne
https://www.opera-lausanne.ch

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Septembre Musical – Masterclass d’Emmanuel Pahud

Le festival JazzOnze+ était de retour la semaine dernière, et L’Agenda a eu l’immense plaisir d’occuper un siège de la salle P Lors d’un festival de musique classique, il a la programmation de concerts, que l’on compulse pour savoir quelles têtes seront à l’affiche, quelles œuvres seront jouées, quelles dates noter dans son agenda. Il y a aussi les petits cadeaux que nous offre une édition… et que l’on note en priorité parce qu’ils nous permettent d’écouter la musique autrement. Hier après-midi, le Septembre Musical proposait au public d’assister à une masterclass donnée par le flûtiste Emmanuel Pahud.

Texte: Katia Meylan

Dans une salle aux moulures hospitalières de l’Hôtel des Trois Couronnes à Vevey, une scène a été montée pour l’occasion. Un Steinway laisse déjà entendre le son de ses cordes sous les doigts de la pianiste Akvilė Šileikaitė, qui accompagnera les élèves. Sur les chaises, une petite cinquantaine de personnes ont fait comme moi: elles ont pris leur après-midi pour aller écouter une masterclass de flûte traversière .

Le Septembre Musical crée là une opportunité pour des élèves des hautes écoles de musique de Suisse de pratiquer leur art avec un artiste invité du festival, tout en donnant la possibilité au public – et au maître – de rencontrer la relève. Ainsi, cinq flûtistes sélectionné∙e∙s par leur professeur aux Conservatoires de Genève, de Bâle, de Zurich, de Berne et de Lausanne ont eu, successivement, l’occasion de travailler une œuvre de leur répertoire avec Emmanuel Pahud, tout grand nom de la flûte à l’international.

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Photo: Céline Michel

La masterclass commence à 15h tapantes avec Batista Jonadabe, qui interprète le moderne Chant de Linos de Jolivet. Avant la fin de la pièce, Emmanuel Pahud entre en scène, prend les parties séparément afin de les travailler, module la texture du son à l’intérieur des phrasés de l’élève. En tant que public, on se sent bienvenu tout au long de la masterclass – qui durera en tout quatre heures trente (je suis quant à moi restée pour écouter trois élèves). Le professeur sait partager son attention et rendre l’instant instructif pour un côté comme pour l’autre. À l’élève, il distille des conseils pointus; où respirer, s’il faut “penser avec la langue ou avec l’air”, et discute des différentes interprétations possibles. Au public, il explique certains aspects propres au jeu d’un flûtiste, tels que la position des doigts ou l’endroit d’où sort l’air dans les graves ou dans les aigus. Sa gestuelle humoristique nous garde attentifs, et on s’amuse de ses images comme “le staccato sous-marin”, “la basse-court” de Berio et le Schubert “en Cinemax 3D”.

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Akvilė Šileikaitė, piano, Caterina Bruno, flûte, et Emmanuel Pahud. Photo: Céline Michel

C’est justement avec Schubert qu’enchaîne la prochaine élève. Le professeur, se baladant dans la salle à l’écoute de la réverbération du son, la laisse aller d’un bout à l’autre des Introduction et variations en mi mineur. Peut-être car happé par ce qu’il nous confie considérer comme “la plus belle pièce pour flûte de cette époque”? Il relève d’ailleurs la difficulté que cela a dû impliquer pour les deux jeunes musiciennes de jouer la pièce aux passages haletants alors qu’elles se rencontraient pour la première fois.

Si Emmanuel Pahud parle d’une flûte se faisant hautbois ou violoncelle chez Schubert, dans l’œuvre Sequenza de Luciano Berio, l’instrument se transforme en personnages du Carnaval de Venise qui gigotent, vont et viennent. “It doesn’t make any sense!”, déclare-t-il joyeusement à la troisième élève, Natalia Tellez Ramirez, en parlant de l’œuvre. Et il faut dire que le professeur a appris aux sources puisqu’il l’avait jouée devant Berio lui-même, et reçu diverses explications de ce dernier sur la manière d’interpréter ses partitions à la notation particulière.

Photo: Céline Michel

On est décidément friand de masterclass, emplies d’anecdotes et d’aperçus qui enrichissent notre encyclopédie musicale mentale et nous permettent d’entendre les œuvres différemment en concert.

D’ailleurs, pour écouter Emmanuel Pahud aux côtés de l’Orchestra della Svizzera italiana, rendez-vous ce soir à l’Auditorium Stravinski de Montreux

Septembre Musical
Jusqu’au 30 septembre 2021
Montreux et Vevey
www.septmus.ch

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Les Jardins Musicaux refleurissent après une année de jachère

À la fois publicitaire et peintre, aussi adulé que controversé, Andy Warhol, obsédé par la mort et la finitude, a tout de même fini par entrer dans l’histoire en rendant éternel l’éphémère. Celui que l’on considère comme le Pope of the Pop semble effectivement être l’homme de tous les paradoxes. Ces différentes facettes qui font la singularité de l’artiste mais aussi de son œuvre sont justement ce que Pop Art Identities, produite et organisée par l’ on retour pour une 24e édition claironnante, qui se tiendra du 15 au 29 août 2021. Si l’âme du festival reste attachée à la Grange aux Concerts et aux Grandes Serres de Cernier à Neuchâtel, où se tiendront la plupart des représentations, des Bal(l)ades sont également prévues sous la forme de concerts extramuros, pour mieux emmener le public à la découverte du patrimoine suisse. Musique classique et actuelle, théâtre, performances littéraires, ciné-concerts et ateliers viendront rythmer cette nouvelle édition, qui s’ouvre à tous les yeux et toutes les oreilles.

Texte: Athéna Dubois Pèlerin

De Beethoven à Debussy
Profondément ancrée dans l’ADN du festival, la musique classique sera mise à l’honneur au travers d’une sélection d’œuvres phares. Sous la houlette de Valentin Reymond, l’Orchestre des Jardins Musicaux interprétera des pièces de Mendelssohn, Mahler et Wagner. Parmi les nombreux artistes invités, le pianiste Roger Muraro conviera son public à découvrir les Années de pèlerinage de Liszt, tandis que le Quatuor Béla s’embarquera pour Venise en donnant à entendre deux œuvres de Britten et Chostakovitch célébrant la Cité des Doges. La célèbre Symphoniepastorale prendra vie sous les doigts du Beethoven Trio Bonn, et c’est à l’Ensemble Fecimeo que reviendra l’honneur de conclure le festival en rendant hommage à Debussy et ses Préludes.

De la musique classique… mais pas seulement
Les adeptes de chant lyrique auront l’occasion de découvrir deux œuvres du répertoire contemporain, l’opéra de chambre The Lighthouse, drame fantastique aux accents de thriller, et Encore une fois, opérette bondissante et délurée. Une incursion dans l’univers de la musique folk est prévue, avec un florilège de chansons populaires du compositeur Luciano Berio, tandis que le quatuor Convulsif ira explorer les confins du rock avec un projet avant-gardiste teinté de jazz. Une place importante sera laissée enfin à l’expérimentation artistique, avec des performances musicales hors des sentiers battus: c’est là l’occasion de se plonger dans le « théâtre alchimique » de Stanislas Pili, de redécouvrir La Disparition de Georges Pérec adaptée à la scène par Luc Birraux, de se laisser sombrer dans la folie musicale de San Clemente de Pierre Jodlowski, ou encore de s’étonner devant les percussions surréalistes de Pascal Pons.

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Encore une fois © Guillaume Perret

À la découverte du patrimoine
Fidèle à sa tradition, le festival encourage le décloisonnement de la scène musicale et le dialogue entre art et patrimoine. Dans cette optique, une série de Bal(l)ades seront organisées sous la forme de concerts-visites dans des lieux surprenants, parfois insolites, toujours chargés d’histoire. Ainsi, le projet musical aux résonances aquatiques Deep Rivers, du pianiste jazz Paul Lay, sera présenté au chantier naval Rohn, et le concert se verra précédé d’une visite guidée des lieux. Die Europaërin, spectacle musical d’après une œuvre de l’écrivain biennois Robert Walser, emmènera son public dans l’ancienne usine de pâte à papier de Rondchâtel, qui a autrefois produit les pages sur lesquelles l’écrivain aura couché son œuvre. Une représentation du Chant de la Terre de Mahler donnera rendez-vous aux spectatrices et spectateurs dans les fours à chaux de Saint-Ursanne, et sera introduite par des géologues et spécialistes de la région.

Pour les jeunes oreilles
Autre habitude de la maison, le ciné-concert garantit un moment ludique et exaltant à partager en famille. Cette édition mettra à l’honneur Buster Keaton et livrera deux représentations du grand classique La Croisière du Navigator: la bande-son, composée pour l’occasion, sera assurée en live par l’Orchestre des Jardins Musicaux. Les petits mélomanes auront également l’occasion de participer à deux ateliers organisés dans le cadre du festival, qui leur dévoileront les coulisses d’une répétition d’orchestre, et leur feront explorer l’univers de la radio lors d’une activité autour du son.

The Navigator - Copyright Collection Cinémathèque suisse - Tous droits reserves
The Navigator – Copyright Collection Cinémathèque suisse – Tous droits réservés

Pour ceux et celles que la distance n’effraie pas, nous ne pouvons que recommander ce joli festival neuchâtelois à la programmation aussi fraîche qu’éclectique !

Les Jardins Musicaux
Divers lieux, Neuchâtel
Du 15 au 29 août 2021
www.jardinsmusicaux.ch

Bach et Chostakovitch – Menuhin Academy

Il y a six mois de cela, le 28 octobre, on nous annonçait que les manifestations seraient interdites dès le lendemain. Le même soir, la Menuhin Academy avait pu de justesse interpréter Métamorphoses, création originale dirigée par Pierre Bleuse. Hier soir au Rosey Concert Hall, les solistes remontaient sur scène avec leur professeur et directeur artistique Renaud Capuçon, devant une cinquantaine de personnes. Le ravissement était réciproque.

Texte: Katia Meylan

À une heure du concert, je suis dans les coulisses du Rosey Concert Hall avec Pascale Méla, la directrice de la Menuhin Academy, qui m’accorde une interview pour la prochaine édition de L’Agenda. L’équipe a encore beaucoup à faire avant le lever de rideau, et je me sens privilégiée de témoigner de petits détails composants la vie des musiciennes et musiciens. On cherche un violoniste qui n’est pas encore arrivé, un autre a perdu son masque noir – affublé d’un bleu, il détonnerait un peu.

Toute une installation se prépare aussi au niveau audiovisuel. Je ne suis finalement pas si privilégiée que ça: photos et vidéos sont postées activement sur les réseaux sociaux et permettent de suivre les coulisses en live.
Si la Menuhin Academy n’a pas joué devant un “vrai” public depuis longtemps, les solistes ont gardé un rythme de travail soutenu et ont présenté des concerts en ligne régulièrement. Toutes et tous sont donc rôdé∙e∙s à l’exercice du live et l’ont réitéré hier soir. Le concert était diffusé en direct, et peut toujours être visionné en streaming.

Les élèves et leur professeur commencent par jouer deux concertos de Bach, le Concerto pour violon avec cordes en la mineur et le Concerto pour violon avec cordes en mi majeur. Ces œuvres pleines de vie, conçues dans l’univers sacré du protestantisme et recelant une influence italienne, nous souffle Pascale Méla, sont interprétées avec finesse. Renaud Capuçon nous offre sa virtuosité, on a tant de plaisir à le voir impliquer tout son corps dans la musique; l’expressivité de son visage, le mouvement de son archet mais aussi ses jambes déliées.

Le professeur laisse ensuite partir ses élèves seul∙e∙s en voyage deux siècles plus tard, pour une Europe plus sombre et marquée par la guerre, dans l’interprétation de la Symphonie de chambre op. 110 de Chostakovitch. Les sonorités mystérieuses et parfois violentes de cette œuvre tendent le corps de l’auditeur. On est à l’affut. Sur l’ostinato du premier violon d’Oleg Kaskiv, sous leurs masques noirs, les solistes se concertent. Un motif récurrent de quatre notes est considéré comme une signature musicale – signature qui rappelle aux musicologues celle de… Bach. Les basses sont mis en valeur dans cette œuvre de Chostakovitch et c’est parmi les violoncelles qu’apparaît, dans le quatrième mouvement, un fin rai de lumière dans la tourmente.

Renaud Capuçon a exprimé hier au nom des musicien∙ne∙s, leur joie d’être à nouveau devant un public. La joie était largement partagée.

www.menuhin.com