À quelques semaines de sa venue au Festival Chopin Genève, pour lequel il jouera en concert de clôture avec la violoniste Olivia Vilmart-Jacobson et le pianiste Pawel Mazurkiewicz, le violoncelliste Marcin Zdunik nous a accordé une interview en direct de Varsovie.
Propos recueillis et traduits par Katia Meylan
C’est un Marcin Zdunik en mouvement que nous rencontrons à l’autre bout du fil, mi-septembre. Arpentant la pièce, tout sourire, il nous confie qu’il vient de terminer la composition d’un oratorio de 45 minutes pour deux chœurs et orchestre, livré – juste à temps – à l’institution commanditaire. Avant sa venue à Genève, il devait penser ensuite au Concerto pour violoncelle en la mineur de Schumann, qu’il jouait deux jours plus tard avec le Cavatina Philharmonic Orchestra. Une vie remplie que celle de soliste ! Ouf : il finit par s’arrêter quelques minutes sur son balcon, au soleil.
↑ Marcin Zdunik en appel vidéo avec nous :)
L’Agenda : Le Festival Chopin sera votre premier concert à Genève, et également la première fois que vous jouerez avec Olivia Vilmart-Jacobson et le pianiste Pawel Mazurkiewicz. Comment préparez-vous habituellement vos “première rencontre” ?
Marcin Zdunik : En musique de chambre, avant de se connaitre, on ne sait pas encore l’interprétation qui surgira d’une répétition. L’important est de se préparer à plusieurs options d’interprétation, d’être ouvert à ce que notre vision de certaines phrases se trouve changée. C’est ça qui est excitant ! Après avoir joué le répertoire de Chopin tant de fois dans ma vie, après l’avoir enregistré, j’en ai indéniablement une certaine vision. Mais jouer avec des musiciens que je n’ai jamais rencontrés me force à chercher d’autres solutions. C’est lorsque je me mets à la recherche de quelque chose de nouveau en moi que je me développe. Je me réjouis beaucoup de ce processus !
Le temps de répétition avant un concert est souvent plutôt court, est-ce que ça vous laisse le temps nécessaire ?
Par chance, Pawel sera bientôt à Varsovie quelques jours, ce qui nous donnera l’occasion de nous préparer plus longuement. On s’est dit qu’avec un répertoire si complexe, ce serait trop “tricky” de n’avoir qu’un seul jour de répétition. La Sonate en sol mineur pour violoncelle et piano, particulièrement, serait presque impossible à jouer en un jour – ou alors, le résultat serait discutable. C’est une pièce qui, à son époque, était avant-gardiste ; quand Chopin l’a composée, il craignait de ne pas être compris par le public en France. Lui et son collègue violoncelliste Auguste Franchomme n’avaient d’ailleurs pas joué le premier mouvement en France pour cette raison. Ça en dit beaucoup sur la complexité de cette musique, sa singularité. Par conséquent, en tant qu’interprète, ça demande de trouver comment en raconter toutes les histoires. On prendra notre temps pour le faire ici à Varsovie, et ainsi on aura aussi plus de temps à Genève un jour avant le concert pour répéter le trio avec Olivia.
Quelles configurations privilégiez-vous dans vos collaborations ? Les collègues de longues dates ou les nouvelles rencontres ?
J’essaie de trouver l’équilibre. De rencontrer à la fois de nouvelles personnes sur certains projets, et en parallèle, de développer une vision sur le long terme. J’ai un trio avec lequel je joue depuis longtemps, nous nous connaissons par cœur, on improvise, on trouve un chemin sans avoir besoin de parler. Ce genre d’amitiés musicales sont fructueuses, elles sont ce qui nous permet de pousser plus loin notre vision du répertoire.
Et… êtes-vous bon équilibriste ?
Oui, je crois que pour moi ça se fait naturellement. Ma vie de musicien me plait, me permet de combiner mes activités de soliste, de musicien de chambre, de compositeur, d’improvisateur… Je n’aimerais pas être enfermé dans une case.
Vous êtes aussi enseignant à la Fryderyk Chopin Music University. Y a-t-il un sujet de discussion récurrent que vous abordez avec vos élèves à propos de Chopin ?
Oui, on a notamment des discussions inspirantes sur le rôle des instruments. Chopin n’était pas violoncelliste, et quand il composait pour piano et violoncelle, il bénéficiait de l’aide de son ami Auguste Franchomme. Personnellement je trouve les parties de violoncelle très bien écrites ! Leur particularité, si on les compare aux sonates allemandes de Beethoven ou Brahms, est de ne pas faire jouer la même structure, la même matière aux deux instruments, mais d’être attentif aux caractéristiques de chacun. Chopin les mène dans des directions complètement différentes. Le violoncelle est chantant, touchant, il n’a pas besoin de briller de façon virtuose comme le piano.
Que faut-il selon vous pour comprendre Chopin ?
Beaucoup d’expérience, beaucoup d’écoute aussi. Même si j’ai entendu les pièces de Chopin un nombre incalculable de fois, à chaque fois que je les joue, je redécouvre en elles quelque chose de nouveau. Sa musique est profonde et complexe, elle comporte tant de détails… C’est ce qui fait son génie. Ce qui apporte beaucoup aussi est de se pencher sur le contexte, les inspirations du compositeur. Écoutez de la musique traditionnelle polonaise, mais pas uniquement : les sonates, par exemple, se réfèrent plus à Schumann et à Beethoven qu’à la musique folklorique. Chopin fréquentait les salons, les fêtes dans lesquelles les compositeurs s’amusaient à rivaliser en improvisant sur les airs d’opéras les plus connus. C’est tout un contexte qui enrichit la compréhension de son œuvre.
Le 12 octobre au Festival Chopin, vous allez jouer quatre pièces que vous avez enregistrées en 2021 dans votre album Chopin Chamber Music, avec Szymon Nehring et Ryszard Groblewski. Comment ces pièces évoluent-elles au fur et à mesure du temps ?
C’est difficile à dire précisément, car à chaque fois qu’on joue, la musique change avec nous. Mais je pense qu’une des constantes est que je tends à épurer. Au début, j’étais tout enthousiasmé par la musique de Chopin et je cherchais à faire des phrasés spéciaux, je cherchais des “solutions” originales. Plus je joue, plus je reviens à quelque chose de simple. Je découvre la beauté dans la simplicité.
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Festival Chopin Genève
Du 2 au 12 octobre 2025
www.societe-chopin.ch/fr/programme/festival-chopin-geneve
Marcin Zdunik jouera avec la violoniste Olivia Vilmart-Jacobson et le pianiste Pawel Mazurkiewicz lors du concert de clôture, le 12 octobre à 17h au Conservatoire de Genève.

