Lavaux Classic Anne Laure Lechat

Une journée au festival Lavaux Classic

Du 19 au 28 juin 2026, le festival Lavaux Classic s’immisce dans les paysages classés du Lavaux pour dessiner une constellation de lieux musicaux où se croisent les talents locaux,  internationaux, émergents et confirmés. Entre concerts IN et rendez-vous OFF, le public se laissera charmer et surprendre au rythme d’une programmation exigeante, accessible et audacieuse. Directeur artistique depuis 2019, Guillaume Hersperger a imaginé chaque journée comme une immersion musicale complète.

Texte et propos recueillis par Marie-Sophie Péclard
Photo: Anne-Laure Lechat

Pour sa 26e édition, le festival Lavaux Classic réunit à Cully plus de quatre-vingts artistes. Prenons par exemple la journée du 20 juin, qui propose huit rendez-vous musicaux répartis dans six lieux d’exception. Dès 10h30 et jusqu’au cœur de la nuit, les instruments se succèdent et les genres se répondent : balades musicales et récitals, cordes et claviers, œuvres classiques et folkloriques, rythmes populaires et improvisations composent une programmation aussi foisonnante qu’éclectique. Vous suivez le guide ?

Le IN, une traversée musicale

Le Quatuor Trapèze ouvre cette journée à 10h30 en accompagnant les balades musicales au cœur des vignobles d’œuvres classiques, folkloriques et populaires. Le festival propose trois itinéraires classés par niveau de difficulté et encadrés par des guides certifiés, pour découvrir toute la richesse de ces terrasses viticoles. Promeneur∙euse∙s et musicien∙ne∙s se retrouvent ensuite au Temple de Cully pour un dernier moment de partage musical.

C’est dans cette même église que se produira le jeune violoncelliste Lyam Chenaux. Pendant une heure (dès 13h30), le public pourra écouter et échanger avec le virtuose de 16 ans, révélé par l’émission « Prodiges ». Il sera succédé, à 18h, par le duo alto et piano formé pour l’occasion par Sarah Strohm et Lidija Bizjak. De Schubert à Chostakovitch en passant par Bach et Stravinski, les deux musiciennes offrent un véritable éventail d’émotions. La même exigence expressive guide le pianiste et improvisateur Jean-Baptiste Doulcet qui clôture le volet IN à 20h dans la salle Davel.

Jean-Baptiste Doulcet, improviser l’instant

Artiste multifacettes, le pianiste Jean-Baptiste Doulcet propose une parenthèse singulière et réjouissante dans laquelle le répertoire rencontre l’improvisation. Il nous explique la genèse du projet :

Jean-Baptiste Doulcet : J’ai rencontré Guillaume Hersperger lors d’un de mes concerts et il m’a proposé très vite de venir cette année. Ensuite, on a eu plusieurs échanges au téléphone. Il était très intéressé par cette fusion entre improvisation et répertoire, et c’est aussi ce que j’aime le plus. Cela permet de montrer au public deux facettes de ce que je fais et de proposer une expérience unique, dans le sens où elle n’est pas reproductible. Les gens sont très sensibles à cela. Il tenait à ce qu’il y ait de l’improvisation, mais pour le répertoire il était assez ouvert. Pour l’instant, je ne sais pas encore exactement comment je vais structurer le concert. Je le saurai probablement le jour même : est-ce que je fais d’abord du répertoire puis de l’improvisation ? Est-ce que je demande des idées au public ? Est-ce que j’improvise entre les œuvres ? J’aime bien cette idée de connivence avec le public, de le faire participer. Cela engage tout le monde dans l’écoute.

L’Agenda : Quand vous recevez des idées du public, qu’est-ce qui se passe concrètement dans votre esprit ?

Ça va très vite. Si quelqu’un me donne quelque chose d’abstrait, qui n’est pas musical, par exemple « le rouge », je vais essayer d’aller chercher ce que cela signifie pour moi. C’est forcément très subjectif. Mais même lorsqu’une idée n’a pas de représentation musicale tangible, chacun va projeter quelque chose dans la musique. Il y a des stéréotypes, des imaginaires personnels… L’idée, c’est de trouver un équilibre entre quelque chose de reconnaissable et ce que cela évoque en moi. Et je pense que les gens sont très attentifs à cela : comment l’artiste perçoit lui-même le thème proposé.

Il y a aussi une part de surprise…

Oui, exactement. Aller parfois à rebours des idées reçues. J’essaie surtout de ne pas me demander comment les gens perçoivent le rouge, mais plutôt comment, moi, je peux mettre de la musique sur cette idée.

Le concert s’organise autour du Carnaval de Vienne de Schumann et de la Ballade op. 24 de Grieg. Comment avez-vous choisi ces œuvres ?

Ce sont surtout des œuvres que j’aime beaucoup et que j’ai beaucoup jouées récemment. J’ai remarqué que Grieg, et plus largement la musique nordique, ont un impact énorme sur le public. Les gens y sont très sensibles. Et puis la Ballade n’est pas une œuvre qu’on entend si souvent, donc j’aime aussi cette idée de faire découvrir certaines pièces. C’est une musique très évocatrice, qui traverse tout un spectre d’émotions. Le Carnaval de Vienne, lui, est peut-être plus populaire, plus enjoué aussi. C’est une œuvre pleine de vitalité.

Donc si tout se passe bien… ce sera un moment joyeux.

Si tout se passe bien… oui !

Retrouvez ici l’entretien complet de Jean-Baptiste Doulcet

Le OFF en mouvement

Le Quatuor Trapèze, que l’on aura déjà rencontré dans le IN, est également au rendez-vous du OFF, avec une proposition de concerts itinérants dans le village du Cully, entre le Temple (12h), le bord du lac (16h) et l’ancien pressoir de la Maison Jaune (19h). Ne vous éloignez pas trop du lac où se succéderont entre 13h et 16h les lauréat∙e∙s du concours de piano Lavaux Classic. Le Léman se fait alors le théâtre d’une véritable Odyssée de piano, menée par une dizaine de pianistes de tous âges.

Le OFF vous invite ensuite à passer côté jardin, dans le décor poétique du Domaine Potterat. À 16h30, les jardins deviennent un lieu de passage où le Duo Transfiguration, se fait passeur du monde classique à la musique populaire d’Amérique Latine. Cette dernière trouve toute son expressivité dans le dernier concert de la journée, à 21h30. La chanteuse Dominique Hunziker présente son premier album Regresar, accompagnée de l’altiste Jacinta Balbontin Odi.

Duo Transfiguration, le voyage émotionnel

Pour le festival, la soprano Valentina Merlo et le pianiste Jean Hiron vous invitent à découvrir leur univers tissé de mélodies et de chants populaires sud-américains. L’occasion d’aller à la rencontre de ce duo formé en 2023. 

L’Agenda : Qu’entendez-vous par « Transfiguration » ?

Jean Hiron : Il y a le voyage intérieur : permettre au public d’être traversé par des émotions que l’on propose musicalement, et que chacun reçoit différemment. Mais il y aussi le partage extérieur, on est souvent amené à faire chanter les gens ensemble. On apporte parfois des musiques qu’ils ne connaissent pas, mais aussi des morceaux familiers, parce qu’on trouve important de créer cette connexion. L’idée, c’est surtout de se mettre au service des gens.

Valentina Merlo : Pour moi, cela fonctionne beaucoup de manière instinctive. Bien sûr, quand on prépare un concert, il y a un répertoire, une idée principale, une histoire que l’on veut raconter. Mais ensuite, beaucoup de choses se passent dans l’intuition. Je me déplace beaucoup dans la salle, je vais vers les gens et peux ressentir l’état du public : est-ce que je peux les inviter à chanter avec moi, à applaudir, à faire des rythmes, parfois même à danser ? Ou est-ce qu’au contraire c’est un public plus calme, plus dans l’écoute ? Il y a toujours une ligne générale, mais il peut aussi se passer des choses magnifiques et spontanées.

J.H. : Après, cela dépend aussi du cadre. Pour le concert que nous jouerons au Lavaux Classic, il y a un programme établi. Mais pour d’autres concerts, notamment ceux du Cœur [ndrl : les Concerts du Cœur sont donnés notamment en EMS, en prison ou en hôpitaux pour des personnes ayant difficilement accès aux salles de concerts], on peut modifier le déroulé, ajouter une chanson plus entraînante que les gens connaissent afin de les reconnecter… C’est un équilibre qui dépend vraiment du public.

V.M. : C’était aussi l’une des idées de notre duo. Souvent, dans nos autres projets, nous acceptons un répertoire déjà défini. Ici, il s’agit vraiment de créer notre propre univers et de le partager avec les autres. C’est pour cela qu’on a choisi beaucoup de répertoire argentin, de musique latino-américaine, mais aussi des chansons françaises. Le duo nous offre l’opportunité de créer nos propres spectacles, ainsi qu’une grande liberté.


Pour ce concert au Lavaux Classic, vous avez choisi de puiser dans le répertoire populaire argentin, pour quelles raisons ?

Jean Hiron :  Ce sont des cycles que nous avions déjà travaillés, notamment dans le cadre de mon master en accompagnement. J’ai ensuite reçu un prix de la Fondation Leenaards qui nous a permis d’enregistrer un disque qui devrait sortir à la fin de l’année. Ce concert reprend le programme du CD, dans son ordre original. Le cycle Edad del Asombro de Guastavino est à l’origine écrit pour chœur d’enfants, Valentina le chantait déjà quand elle était petite. C’est presque un classique des chœurs d’enfants là-bas. L’idée était donc d’en proposer un nouvel enregistrement, différent de ce qui existe déjà, et surtout de défendre cette musique que nous trouvons extrêmement poétique et magnifique.

Valentina Merlo : Ce que je trouve très beau chez Carlos Guastavino, c’est la simplicité de sa musique, et surtout la poésie de ces pièces. Elles parlent de la vie d’un enfant, de sa découverte du monde, et je trouve cela profondément beau. Même ici, les gens réagissent très bien à ce répertoire. Même sans comprendre l’espagnol, il y a une simplicité dans la musique qui fait que tout le monde peut y entrer. Après tout, nous avons tous été enfants. Cela nous amène aussi à nous demander comment retrouver cette innocence dans notre quotidien.

J.H. : Oui, retrouver cette innocence, cela rejoint complètement l’idée de transfiguration. Et ce qui est intéressant, c’est que ces textes sont d’une très grande simplicité dans leur expression artistique, mais en même temps l’écriture est remarquable. Il y a vraiment plusieurs niveaux de lecture, et c’est ce qu’on aime dans ces pièces : elles parlent à des publics très différents. C’est aussi le cas chez Ginastera : ce sont des chansons populaires, donc on garde cette dimension très accessible. Mais son écriture reste extrêmement reconnaissable. Ceux qui veulent aller dans l’analyse musicale peuvent le faire, mais ceux qui veulent simplement se laisser porter peuvent aussi profiter pleinement de la musique.

V.M.: Je crois que la musique latino-américaine a une force particulière. Comme la musique andalouse ou espagnole, que j’aime aussi beaucoup interpréter, elle a quelque chose de très terrestre, de très incarné. Elle invite à se laisser porter par les émotions.

J.H. : Et puis, dans le cadre de cette journée complète du 20 juin, le fait de terminer avec des chansons populaires permet aussi de faire le lien avec la suite du OFF, qui sera également autour d’un projet sud-américain. C’était l’idée de Martin Jollet : commencer avec un concert plus classique et aller progressivement vers quelque chose de plus populaire dans la soirée. Tout cela a vraiment été pensé comme un ensemble.

Retrouvez ici l’entretien complet du Duo Transfiguration

Que vous le parcouriez en marathonien∙ne ou en flâneur∙euse, le festival saura embrasser votre rythme et, au détour d’une balade ou d’un concert, vous initiez à ceux des nombreux∙ses artistes invité∙e∙s. Retrouvez la programmation complète sur le site du Lavaux Classic.

Lavaux Classic – 23e édition
Du 19 au 28 juin 2026
Cully et alentours
www.lavauxclassic.ch

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