La chronique littéraire d’Isabelle Falconnier
« Du goût pour le bonheur », de Lorraine Fouchet
J’ai rencontré Lorraine Fouchet dans une piscine. Elle participait à un salon du livre que j’organisais. Nous avions toutes deux choisi d’entamer la longue journée qui nous attendait par quelques brasses dans la piscine de l’hôtel qui nous hébergeait. Nous avions papoté en brassant, c’était charmant et amical. Je la regardais comme une sainte parce que dans une ancienne vie, elle était médecin urgentiste pour SOS Médecins et qu’un dimanche matin, appelée rue Saint-Benoît dans le 6e arrondissement de Paris, c’est le certificat de décès de Marguerite Duras qu’elle avait signé – Duras, idole de toujours, si chère à mon cœur.
Lorraine était devenue médecin pour faire plaisir à son père, mort d’un infarctus un mois après son bac, qui lui avait confié la veille que c’était le plus beau métier du monde. Mais c’est écrire qu’elle voulait, Lorraine, depuis l’enfance. Lorsqu’elle signe le fameux certificat de décès de Marguerite Duras, elle a quarante ans. Elle est alors une médecin qui vole du temps pour écrire. Quelques mois après, elle démissionne, décide de vivre sa propre vie, et devient écrivain à temps plein.
Elle publie un livre par an depuis trente ans – dont J’ai rendez-vous avec toi, émouvante et belle lettre ouverte à son père, homme politique et diplomate, ami de Charles de Gaulle, Saint-Exupéry, Alexandra David-Néel et André Malraux. Elle vit entre les Yvelines, près de Paris, et sa chère île de Groix, en Bretagne. J’adore suivre son fil Facebook parce qu’on y voit ses deux amours : ses lectrices et lecteurs, auxquels elle donne rendez-vous quasiment chaque week-end que Dieu fait dans les librairies et festivals d’un bout à l’autre de la francophonie, et ses chiens, deux adorables terriers Westie, Lisa et Muffin, qui viennent de succéder à Mon Pote dans la vie et le cœur de Lorraine.
Son autre amour est plus discret : l’an dernier, à plus de 60 ans, Lorraine est devenue maman d’une fille de 23 ans. Mère adoptive d’une Mathilde qu’elle connait depuis l’enfance, tout comme sa mère biologique. Une histoire d’amour – et de loyauté, et de liens familiaux choisis, et d’amitié de jeunesse – qu’elle raconte, indirectement, dans son irrésistible nouveau roman, Du goût pour le bonheur : ou comment Pia, 20 ans, qui a grandi entre sa mère célibataire, Rose, et son parrain, Max, découvrent qu’ils pourraient devenir fille et père. Et Pia et Max de se lancer dans une procédure d’adoption qui chamboulent forcément leur entourage.
A Lorraine Fouchet et ses romans, libraires et critiques ont peu à peu accolé l’étiquette « feel-good », les vendant comme une boîte de bonbons ou un petit remontant de fin de repas. C’est réducteur et misogyne. Foin de bons sentiments sempiternellement optimistes façon Pollyanna: dans l’univers romanesque de cette femme à l’empathie contagieuse, qui perce à jour ses semblables mieux que personne, c’est la vie qui domine, dans ses chambardements, ses joies, ses surprises, ses drames. L’immense bienveillance dont elle fait preuve envers ses personnages, qu’ils soient paumés, héros ou victimes, bouleverse les certitudes. Que ses histoires finissent – souvent – bien n’est pas une faiblesse mais une façon d’avoir foi en nous, ses semblables. Qu’elle nous montre parfois la voie n’est pas le moindre de ses talents ! Médecin un jour, médecin toujours : désormais, Lorraine Fouchet soigne nos âmes.
Isabelle Falconnier
« Du goût pour le bonheur », de Lorraine Fouchet.
Éditions Héloïse d’Ormesson, 250 p.
PS :
Vous avez aimé Du goût pour le bonheur ? Vous craquerez itou pour Les Amants du Loto (Presses de la Cité) de Catherine Siguret, l’histoire d’un jeune couple qui, en 1975 à Paris, gagne le premier jackpot du Loto. Leur vie en sera chamboulée. Pour le meilleur ? Le pire ? Faites vos jeux… Catherine Siguret sera au Festival du LÀC (Lire à Collonges) près de Genève les 6 et 7 juin !
« Les Amants du Loto », de Catherine Siguret.
Presses de la Cité, 304 p.

