C’est en 2017 que Mélisa Godet découvre le centre de santé La Maison des femmes à Saint-Denis. À ce moment-là, la jeune scénariste, qui sera ensuite également réalisatrice, ne se sent pas encore prête à en faire un film. En 2022, l’idée ne l’a toujours pas quittée et elle décide d’en faire son premier long métrage. Nous avons assisté à sa projection le 10 mars au cinéma CityClub de Pully qui était suivie d’une discussion avec la réalisatrice et la comédienne Laetitia Dosch.
Critique et propos recueillis par Marie Butty
Fiction inspirée du lieu du même nom, La Maison des femmes plonge dans le quotidien de l’équipe de soin et des patientes qui, toutes ensemble dans une sororité pleine d’entraide et de solidarité, s’attèlent à redonner le sourire, la confiance, le corps et la dignité aux victimes de violences sexistes et sexuelles. Dans ce film, il ne s’agit pas de parcours individuels, mais plutôt de celui du collectif, celui d’un lieu qui accueille, soigne, écoute et panse les plaies tant physiques que psychologiques.
Un casting essentiellement féminin
Les actrices Oulaya Amamra, Laetitia Dosch, Eye Haïdara, Juliette Armanet et Aure Atika forment notamment le casting de ce film choral. Il y a environ 50 rôles, dont 98% sont des femmes, informe Mélisa Godet. Elle ajoute : « Représenter à ce point des visages de femmes si différentes, multiples et toutes ces formes de féminité a été un challenge, mais surtout une vraie joie. Nous n’avons pas souvent l’occasion de mettre autant de femmes à l’image ». Tant dans les représentations que dans les parcours de vie, c’est un pari réussi puisque les femmes, de tout âge, viennent de tous horizons et de tous milieux. Elles incarnent un collectif solidaire où l’entraide ne va pas seulement de la soignante à la patiente, mais se fait à tous les niveaux.
© Marie Rouge
Une réalité de terrain
Dès les premiers instants, le public est embarqué au cœur du lieu dans un groupe de parole de femmes ayant subi des violences. Loin d’une représentation triste et obscure, le film alterne entre joie, désespoir, rire et surmenage, ce qui a pour effet de dévoiler la réalité vécue tant par les patientes que par l’équipe soignante.
Faite de haut et de bas, cette vérité de terrain, brillamment rendue à l’écran, la réalisatrice l’a développée tant en se documentant qu’en se rendant dans le lieu – tout en discrétion pour ne pas prendre le risque d’interférer sur les parcours de soin en cours. Elle explique également que le regard et les relectures, étape par étape, de la gynécologue-obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer, fondatrice du lieu, incarnée à l’écran par Karin Viard, ont été d’une précieuse aide. La justesse de la représentation est également rendue possible grâce au jeu des actrices. Laetitia Dosch indique, lors de la discussion, qu’à l’instar de la réalisatrice, elle s’est rendue sur place pour assister à une consultation avec Ghada, avec l’accord de la patiente : « J’ai vu le corps de Ghada s’ouvrir je l’ai vu respirer, elle avait quand même des émotions, elle ne se blindait pas. Elle était touchée, mais elle évacuait, elle prenait son temps avant de parler et on sentait qu’elle était solide. C’était très beau de voir comment elle écoutait ».
En plus d’une aventure humaine, le film dépeint une dure réalité : celle du besoin de financement. En effet, l’institution est menacée de fermer ses portes faute de moyens suffisants. La passion et la vocation de l’équipe ne suffisent pas à pouvoir ouvrir les portes d’un tel établissement tous les jours. La fondatrice doit ainsi se battre pour maintenir en vie le lieu d’accueil, pourtant si nécessaire…
Des femmes sujets plutôt qu’objets
Bien que représentant parfaitement la thématique des violences, la réalisatrice est parvenue à traiter le sujet sans les montrer. Lors de la discussion, Mélisa Godet explique qu’il était important pour elle de déplacer le regard, de changer le prisme, dans ce film, les femmes ne sont plus l’objet des violences, mais sont les sujets de leurs vies : « Pour être fidèle aux intentions de cet endroit, c’était très important de changer ce regard-là. Je ne pouvais pas les représenter comme des choses qu’on maltraite, car elles sont beaucoup plus que cela ».
Un film nécessaire, touchant et joyeux
Le film est une réussite complète, il a d’ailleurs fait salle comble ce jour-là à Pully. Mélisa Godet est parvenue avec aisance à montrer une réalité, très peu traitée : le quotidien de celles qui vivent des violences et les équipes qui se tiennent à leur côté, le long métrage revêt ainsi une importance d’utilité public. La réalisatrice fait justice à ce lieu dans un équilibre parfait entre drame et résilience ainsi qu’à ces héroïnes du quotidien tant abîmées que fortes et magnifiques qui nous font passer du rire aux larmes et terminent sur une note d’espoir et de sororité !
Plein d’humour et véhiculant un message fort, le film est en salle depuis le 4 mars 2026 dans toute la Suisse romande.

