Lorsqu’on entend chanter Alex Breahna, ce qui frappe, c’est la façon dont la musique semble la transformer. À leur contact mutuel, c’est une réaction chimique qui s’opère, libère une énergie qui emplit l’espace. Et pourtant, il y a peu, cette autrice-compositrice-interprète de 23 ans oscillait encore entre doute et espoir. Entre l’inquiétude face à un métier incertain et la confiance lue dans les yeux de celles et ceux qui l’écoutent. Son premier EP, The Things I’ll Never Tell You, est sorti cette semaine et elle le vernira le 19 mars 2026 à La Datcha à Lausanne.
Texte et propos recueillis par Katia Meylan
Alexandra prend le temps de se poser avec moi à une table à l’HEMU pour discuter. Ça y est, l’EP est sorti, l’objectif du wemakeit pour l’impression des vinyles est atteint. Enfin, il y a toujours quelque chose à faire : un loop à tester, du contenu pour les réseaux à créer, une répétition de groupe à mener… surtout que le concert approche. « J’ai un planning de mes tâches quotidiennes. Ma mère est très impliquée aussi, rit la jeune femme. Le soir, on fait le point, pour savoir ce qu’on a fait et ce qui reste à faire ».
Cela fait un peu plus d’une année qu’Alexandra, baignée dans la musique depuis l’enfance, a décidé de quitter ses études en Lettres et en Psychologie, s’étant soudainement retrouvée bloquée devant un essai à écrire. La veille venait de se terminer Tilt, un événement musical organisé par l’EJMA lors duquel elle avait chanté. « Je devais rendre ce travail pour l’Uni et je n’arrivais pas à écrire, je ne pensais qu’à ce que j’avais vécu pendant ces trois jours, où on était dans les coulisses, où on répétait ensemble… C’est là que j’ai pris la décision de faire de la musique. Petite, j’ai toujours eu peur de passer à côté de quelque chose. Je m’imaginais sur mon lit de mort, à me dire, mince, j’ai pas été assez courageuse ! Quand les gens m’encourageaient après un concert, me disaient de continuer dans cette voie, j’étais triste, je me sentais coupable de ne pas y croire assez. Le temps passe vite… mais maintenant, j’ai la chance de pouvoir le dédier à ça. Et au moins, même si ça ne marche pas, j’aurai fait de la musique ! », glisse Alexandra dans son sourire mystérieux.
Depuis, elle poursuit son petit bonhomme de chemin, intégrant divers projets artistiques et initiant son activité d’autrice-compositrice-interprète. Cette année, elle fait partie de la volée de 10 artistes sélectionné∙e∙s pour le programme On Stage, un soutien aux artistes émergent∙e∙s porté par la Fondation EJMA Live. Une belle reconnaissance, qu’ils et elles étaient plusieurs centaines à espérer.
Le doute ne s’éloigne cependant jamais bien longtemps. « Plus j’avance, plus je me dis que pour être artiste, il faut avoir la personnalité qui va avec. Il faut tout le temps se mettre en avant, se confronter à ce côté ‘regardez-moi’, qui est un peu bizarre. J’aime faire de la musique pour moi, pour les autres, mais je sais pas encore si je peux briller. Plein de fois, j’appelle ma mère en pleurant et je lui dis, je sais pas si j’y arrive, en fait. », avoue la jeune femme avec une sincérité renversante. Sincérité qui, paradoxalement, fait sa force. S’il y a des passages obligés, des réseaux sociaux à inonder, des images à soigner, des autres à impressionner, elle semble suivre ces injonctions, mais en réalité, les transforme en douceur. Quitte à se montrer, à quoi bon ne montrer qu’une facette parfaite ? « Il faut tout mettre en avant, même ce qui nous terrifie ».
« J’ai cru pendant trop longtemps que mes secrets, s’ils venaient à naître au monde, allaient devenir la mort de mon âme, de mon ego, de tout ce que je m’étais construit. Je sais maintenant que c’est faux. Je crois maintenant que les secrets se transforment une fois de plus en des chansons qui ont la capacité d’être aimées. Quand vous écoutez mes chansons, j’écoute vos secrets ».
Sur scène et dans sa musique, qu’elle qualifie de sad pop, Alexandra se permet d’être tragique. Les cinq titres de son premier EP, The Things I’ll Never Tell You, sont des états d’esprits momentanés. Recherche de sens, liens transformés par le temps, âme chamboulée ; les thèmes comme les mélodies sont mélancoliques et lancinants. « Parfois je ne me rappelle plus où ni comment j’étais quand j’ai écrit la chanson, c’est l’intention qui reste plus que l’extraction des fleurs du mal ! Le temps passe et au fur et à mesure que les gens me disent les significations qu’une chanson a pour eux, je me les approprie ».
La composition et l’enregistrement ont quant à eux été un long processus. Sur cinq titres, quatre ont été réalisés avec des personnes différentes, de manière différente et même dans des villes différentes, entre Paris, Lausanne et Chisinau. Le but : découvrir des gens et des façons de travailler. « Chaque producteur me fascine ! Je trouve incroyable le gars devant son ordi qui va chercher des sons dans des pistes dans des documents qu’il ouvre je ne sais pas où… et ça marche ! » s’amuse-t-elle. La musicienne a eu l’occasion de s’essayer elle aussi à l’arrangement lors d’une résidence de cinq jours de studio à Artefax, financée par la Ville de Lausanne. Sur son titre Your Sympathy, enregistré dans ce cadre, elle a convié Nicolas Broguière, guitariste/bassiste et Paul Schaffner, batteur de leur groupe commun Geometry of Chance. Dopamine et Blackbird Café ont tous les deux été mixés par Vyprss, un producteur issu de l’univers du rap et dont Alex Breahna était la première artiste pop. « Je sens vraiment des influences de rap et de trap dans Dopamine, et c’est ce que j’aime dans le fait de travailler avec des gens de différents milieux. Pour Blackbird Café, Vyprss avait d’abord posé des cordes et un piano synthétique, mais en écoutant la première version, j’ai eu l’intuition qu’il fallait un vrai piano. J’ai trouvé deux micros, je suis allée enregistrer ma prof de piano au Conservatoire pour l’intégrer à la chanson ».
Ainsi The Things I’ll Never Tell You est une réalisation commune, empreinte de sons qui racontent chacun leur histoire. C’est aussi une expérience différente à écouter sur les plateformes ou en concert, puisque pour les prochaines dates à venir, Alexandra sera entourée de quatre musicien·ne·s de l’EJMA et l’HEMU.
Alex Breahna – The Things I’ll Never Tell You
EP sorti le 10 mars 2026
> Linktr.ee/alexbreahna
> wemakeit
Dates de concert à venir :
- Vernissage de l’EP
Jeudi 19 mars 2026 à 19h
La Datcha, Lausanne
la-datcha.ch/jeudi-19-mars-release-party-de-alex-breahna - Brux’stival
Vendredi 20 mars 2026 à 19h
Bruxelles Café, Lausanne - Miam Festival
Dimanche 24 mai 2026
Rue Centrale et places des Pionnières et Pépinet, Lausanne

