Cinéma

Tourne-Films Festival

Tourne-Films Festival: le petit qui devient grand

Créé par des jeunes lausannois∙es d’origine et d’adoption, le Tourne-Films Festival Lausanne revient pour une 4e année. Après la comédie musicale, le band movie et Ennio Morricone, c’est le biopic qui sera au centre de cette édition. Entre concerts et projections, tout en passant par un programme de médiation et une compétition officielle, le TFFL se prépare à monter d’un cran et prendre un nouveau statut.

Texte de Simon Coderey

Depuis maintenant quatre ans, le cinéma et la musique possèdent une nouvelle maison pour cohabiter. Après une première année à Malley, c’est à la villa de Mon Repos que le festival a pris ses quartiers. Toujours début septembre, le TFFL vient clôturer en beauté une saison estivale soutenue dans la capitale vaudoise. Après une édition réussie en 2021, et ceci malgré les restrictions sanitaires, le TFFL revient grandi et mature. Il a repensé le terrain et a doublé son espace en prenant l’entièreté du pourtour de la villa de Mon Repos. La musique et le cinéma, bien que frères et sœurs au TFFL, font maintenant chambre à part. Du côté des gradins naturels, la musique viendra commencer les festivités tous les soirs. Joueront des musicien∙ne∙s de la région, avec notamment les Lausannois Crux Sledge ou la productrice, compositrice et interprète d’électronica La Colère. La française Wendy Martinez, avec sa pop rétro, fera écho à Barbara, dont le biopic de Mathieu Amalric sera projeté en seconde partie de la soirée du vendredi. Puis du côté de la villa, l’équipe du festival a décidé de collaborer avec RoadMovie, un cinéma itinérant qui fait vivre le 7e art depuis des années en Suisse romande.
Tourne-Films Festival

Photos: Audrey Manfredi

La programmation de films se focalise donc sur le biopic avec un twist. Les deux co-présidents expliquent que le TFFL propose des long-métrages “sortant des sentiers battus et jouant aux niveaux formel ou narratif avec les limites du genre du film biographique”. Cette rétrospective commencera le mercredi à la salle Paderewski du Casino de Montbenon avec le I’m not there de Todd Haynes qui retrace la vie d’un artiste, très semblable à Bob Dylan, interprété par six acteurs et une actrice. Ce sera ensuite à Mon Repos que la programmation se poursuivra avec le Barbara de et avec Mathieu Amalric mettant en scène une réalisation d’un biopic sur la chanteuse. Les limites entre raconter la vie d’un∙e artiste et la créer de toute pièce seront questionnées avec le film Eden racontant l’histoire d’un DJ fictif dans le contexte bien réel de la french touch. Puis deux grands noms de la musique seront également mis avec avant avec l’interprétation de Ray Charles par Jamie Foxx ou encore le The Doors d’Oliver Stone. Des films de patrimoine à voir ou à revoir.

En parallèle, une double compétition officielle vous fera découvrir des court-métrages musicaux et internationaux ainsi qu’une sélection de clips 100% suisses montrant la volonté du TFFL de promouvoir cette forme créative si connue et pourtant oubliée des événements cinématographiques. Le jeudi et le vendredi vous pourrez ainsi découvrir ces œuvres sur grand écran et voter pour votre coup de cœur via le prix du public. 

Le Tourne-Films Festival ce sont aussi des ateliers pour les plus jeunes et des conférences le samedi et le dimanche. Pour les plus grand∙e∙s, les soirées du jeudi, vendredi et samedi se poursuivront à la Cave du Bleu Lézard pour des afters qui vous feront danser jusqu’au bout de la nuit.

Tourne-Films Festival

Photos: Audrey Manfredi

Au-delà de la soirée d’ouverture payante, le TFFL est gratuit et ouvert à tous∙tes. Que vous soyez mélomanes, cinéphiles ou avides de découvertes, n’hésitez pas, le Tourne-Films Festival est là pour vous. Un petit avant-goût? Le TFFL organise ce vendredi 26 août, en collaboration du bar éphémère La Bourgette à Vidy, une soirée avec DJ et la projection de Love and Mercy, un biopic sur Brian Wilson des Beach Boys et réalisé par Bill Pohlad.

Le Tourne-Films Festival recherchent encore des bénévoles pour la réussite de son édition.

Pour plus d’informations et programmation complète: www.tffl.ch

Tourne-Films Festival
Du 7 au 11 septembre 2022
Cinémathèque, Parc de Mon Repos et Cave du Bleu Lézard, Lausanne

Your Fault portrait ©MarySmith_Marie Taillefer

Culture estivale à Lausanne

La plateforme CultureDebout! recense toutes les actions et initiatives mises en place en un temps record par la scène culturelle lausannoise. Rivalisant de créativité, elle vous propose cet été un programme inédit et majoritairement gratuit dans des conditions respectueuses des normes sanitaires.

Texte: Sandrine Spycher

Un des rendez-vous phares de l’été lausannois est, depuis de nombreuses années, Le Festival de la Cité. Annulé à cause de la pandémie de coronavirus, il vous donne rendez-vous pour sa version revisitée, Aux confins de la Cité, qui se tiendra du 7 au 12 juillet 2020. Les différents lieux, choisis avec attention afin de respecter les normes sanitaires tout en garantissant une expérience de spectacle enrichissante, ne sont dévoilés qu’aux participant·e·s. En effet, les projets, in situ ou sur des scènes légères, ne sont accessibles que sur inscription. C’est donc après tirage au sort que les chanceux et chanceuses pourront profiter de spectacles de danse, théâtre, musique et bien plus encore Aux confins de la Cité!

Pour ce qui est des arts de la scène, L’Agenda conseille, au cœur de cette riche sélection, la pièce Sans effort de Joël Maillard et Marie Ripoll. Déjà présenté à l’Arsenic en octobre 2019, ce spectacle est un joyau de texte et de créativité, qui explore les questions de la mémoire humaine et de la transmission entre générations. Côté musique, vous retiendrez notamment la pop velours de Your Fault, projet de Julie Hugo (ancienne chanteuse de Solange la Frange). Cette musique aux notes envoûtantes ne manquera pas de rafraîchir la soirée à l’heure où le soleil se couche. Enfin, pour apporter une touche grandiose dans ce festival, Jean-Christophe Geiser jouera sur les Grands Orgues de la cathédrale de Lausanne. Ce monument symbolique de la Cité où se déroulent les festivités contient le plus grand instrument de Suisse, que l’organiste fera sonner. Bien d’autres projets et spectacles seront présentés au public inscrit. En prenant soin de respecter les consignes sanitaires, on n’imaginait tout de même pas une année sans fête à la Cité !

Your Fault portrait ©MarySmith_Marie Taillefer
Your Fault, © MarySmith : Marie Taillefer

Les cinéphiles ne seront pas en reste cet été grâce aux différentes projections, par exemple dans les parcs de la ville. Les Toiles de Milan et les Bobines de Valency ont repensé leur organisation afin de pouvoir offrir un programme de films alléchant malgré les restrictions sanitaires. Les Rencontres du 7e Art, ainsi que le Festival Cinémas d’Afrique – Lausanne se réinventent également et vous invitent à profiter de l’écran en toute sécurité. La danse sera également à l’honneur avec la Fête de la Danse ou les Jeudis de l’Arsenic, rendez-vous hebdomadaires au format décontracté, qui accueillent aussi de la performance, du théâtre ou encore de la musique.

La plupart de ces événements sont rendus possibles grâce au programme RIPOSTE !. Selon leurs propres mots, RIPOSTE !, « c’est la réponse d’un collectif d’acteurs culturels lausannois pour proclamer la vitalité artistique du terreau créatif local ». L’Esplanade de Montbenon et son cadre idyllique avec vue sur le lac Léman a été choisie pour accueillir, chaque vendredi et samedi en soirée, une sélection de concerts, films en plein air et performances de rue. L’accès y sera limité afin de respecter les mesures sanitaires.

L’Agenda vous souhaite un bel été culturel !

Informations sur culturedebout.ch


 

La Cinémathèque suisse se dévoile à Penthaz : portes ouvertes exceptionnelles en septembre

Afin d’inaugurer son Centre de recherche et d’archivage, la Cinémathèque suisse ouvre ses portes aux visiteur·euse·s les 7 et 8 septembre prochains. Au programme de ce weekend à Penthaz, la découverte des archives de l’institution grâce à un parcours fléché et à une exposition temporaire présentée dans le verger. L’occasion pour le public de mesurer la richesse de ce patrimoine cinématographique unique en Suisse.

Texte: Marion Besençon

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Photo: Marion Besençon

Fondée en 1948, la Cinémathèque suisse occupe actuellement trois sites dont la Dokumentationsstelle à Zürich, son centre germanophone. Alors que tout au long de l’année le Casino de Montbenon à Lausanne propose à son public cinéphile des cycles thématiques, des rétrospectives et des hommages à la production cinématographique suisse et mondiale, le nouveau site de Penthaz se charge de conserver et de restaurer une impressionnante collection de plus de 85’000 films de fiction et documentaires, des millions d’affiches, photographies, scénarios, livres, périodiques, appareils anciens, décors et objets de cinéma les plus variés.

Avec sa façade en acier oxydé d’inspiration industrielle, le nouveau site de Penthaz incarne la mémoire audiovisuelle suisse et se profile en témoin de la cinématographie et de la cinéphilie helvétique comme mondiale. Au sein de cet espace architectural qui évoque le cinéma par ses fenêtres de

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Photo: Marion Besençon

la taille d’un écran et ses effets de cadrage, qui expose ses photographies et ses affiches, archivistes, chercheurs, cinéastes professionnels et visiteurs ont accès à l’histoire du cinéma suisse et international. Avec près de 100 collaborateurs, le Centre de recherche et d’archivage à Penthaz est aussi une vitrine des métiers de la Cinémathèque suisse : documentalistes, archivistes, restaurateurs ou encore techniciens du film.

C’est donc une entrée merveilleuse dans les coulisses de l’institution qui attend le public lors de ces deux journées portes ouvertes. Une sensibilisation aux enjeux éthiques et aux prouesses techniques et technologiques de l’archivage et de la conservation qu’on vous promet passionnante !

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Photo: Marion Besençon

Cinémathèque Suisse – Journées portes ouvertes

Centre de recherche et d’archivage, Penthaz
Samedi 7 et dimanche 8 septembre 2019

Toutes les informations sur Cinémathèque Suisse – Journées portes ouvertes

La Ruée vers l’or

Ciné-concert Charlie Chaplin “La Ruée vers l’or”, par l’Orchestre de Chambre de Genève, dirigé par Philippe Béran, le mardi 11 juin au Rosey Concert Hall, Rolle.

Chargé·e·s de la distribution des programmes et du contrôle des billets, les élèves de l’Institut Le Rosey, dont l’emblème doré brille sur le revers gauche de leur veston, accueillent chaleureusement les spectateur·trice·s au dernier événement de la saison 2018-2019.

La lumière s’éteint, le public regagne les sièges, Marie-Noëlle Gudin monte sur la scène afin de prononcer un bref discours, à la fois d’introduction (à une nouvelle saison) et de clôture (de celle en cours), puis apparait l’Orchestre de Chambre de Genève, suivi de Philippe Béran, leur irremplaçable dirigeant, comme le présente M.-N. Gudin.

Avant que public et musicien·ne·s n’entrent

Charismatique et charmant, le chef d’orchestre fournit au public quelques informations plus détaillées et assez curieuses sur la projection. Par exemple, la première a eu lieu le 26 juin 1925 et est considérée comme la plus luxueuse de son époque. Le nombre de figurant·e·s s’élève à 2500 personnes, un chiffre important pour le cinéma d’antan. Le film dure une heure vingt-six minutes et vingt-six secondes et ne prévoit aucune pause dans la musique, bien qu’il y ait toutefois quelques minutes de répit lors de la transition d’un épisode à l’autre.
Après nous avoir distraits par ces faits intéressants, Philippe Béran nous explique la composition de l’orchestre, en faisant lever à chaque musicien·ne son instrument, une façon inhabituelle et originale de présentation.

Les premiers sons retentissent, la salle retient son souffle, fascinée par la magie du cinéma muet. L’union dans lequel se marient l’image et la musique est juste parfaite. Dès le début, le contraste musical entre le Vagabond, Charlie Chaplin, et les autres chasseurs d’or est basé sur la lourdeur des uns et la légèreté de l’autre, souvent rendu par staccato. La musique nous induit en illusion tout le long, par exemple, en faisant croire que les personnages chantent de leur propre voix.

Quant à l’intrigue, elle se fonde sur un fait historique. En 1896, dans la région canadienne du Klondike, l’or fut découvert. Une année plus tard, de nombreux prospecteurs américains arrivèrent à sa recherche, malgré les conditions climatiques extrêmement dures. Ils quittaient leur poste et se jetaient dans l’affaire le corps perdu. C’était une véritable “fièvre de l’or”. Le film reprend la traversée du col Chilkoot, à la frontière entre les États Unies et le Canada.

“La Ruée vers l’or”, 1295

Chaplin représente un chercheur d’or qui se balade tout seul à la montagne en espérant  tomber un jour sur un trésor. Lorsqu’une tempête de neige le surprend, il est obligé à entrer dans la cabane d’un bandit, sans s’en rendre compte. Il échappe néanmoins à la mort grâce à l’apparition d’un autre chercheur d’or, Jim. Comme la tempête persiste, les trois hommes sentent l’appel de la faim. C’est à ce moment-là que le spectateur voit la fameuse et épouvantable scène de famine où Charlot cuisine et déguste un soulier. Qui pouvait savoir alors qu’elle se reproduirait à Leningrad assiégé, sans le moindre but comique cette fois-ci? Le bandit part à la recherche de provisions et les personnages bientôt se séparent. Après une suite d’événements, Charlot descend au village où il tombe amoureux de Georgia, une fille de saloon, qui non seulement le rejette, mais aussi le prend constamment en dérision. Jim resurgit et demande au Vagabond de lui montrer la cabane. Il est persuadé d’y trouver de l’or et ne se trompe pas. Ils deviennent riches. Ainsi l’amante est finalement conquise!

Anti-capitaliste, touchante, semblant être tout à fait d’actualité, cette comédie sème un grain de réflexion dans l’esprit du spectateur, sans oublier de l’amuser d’abord.

Texte: Margarita Makarova

Pour découvrir ce que le Rosey nous réserve pour sa saison 2019-2020:
www.roseyconcerthall.ch

 

Il était une fois Hollywood à la cinémathèque suisse

Pour notre plus grand plaisir en ces temps de compétition cannoise, la Cinémathèque suisse mise sur le glamour et les paillettes avec un cycle sur Hollywood. Retour sur quatre films à l’affiche, à découvrir ou à redécouvrir, jusqu’au 16 juin.

Texte: Marion Besençon

“Singin’ in the Rain” de Stanley Donen (1952)

Classique universel du cinéma, “Chantons sous la pluie” enchante son public depuis bientôt 70 ans. Cette comédie musicale nous parle d’amour en période de transition du cinéma muet au cinéma parlant. Avec humour et à grand renfort de situations burlesques, l’histoire des studios d’Hollywood est abordée dans l’esprit des meilleurs divertissements. Alors que les numéros dansés et chantés d’anthologie se succèdent, la bonne humeur est contagieuse. C’est le feel good movie de la rétrospective avec l’inoubliable Gene Kelly en as des claquettes!

“A Star is Born” de Frank Pierson (1976)

“Une étoile est née” est un remake à la signature musicale forte grâce à une bande son originale interprétée par Barbra Streisand qui tient d’ailleurs le premier rôle féminin. C’est l’histoire d’une passion entre un rockeur alcoolique sur le déclin et une chanteuse talentueuse sur le point d’être révélée au public. Dans cette version post-Woodstock de la naissance d’une star, préserver le couple des conséquences néfastes du succès consiste à adopter un mode de vie en autarcie dans les grands espaces américains. Malgré les garde-fous, l’utopie restera sans effet sur les pulsions destructrices du chanteur… Les rançons de la gloire et son lot d’émotions fortes: le tout façon hippie et en chanson.

“The Anniversary Party” de Jennifer Jason Leigh et Alan Cumming (2001)

Une actrice et un écrivain sélects réunissent leurs proches dans leur très chic villa hollywodienne pour célébrer leur sixième anniversaire de mariage. Les intentions sont pures: dire la longévité d’un amour, les réussites professionnelles de chacun et l’importance de l’amitié. Pourtant, la consommation d’alcool et de drogue autour de la piscine va faire surgir des vérités d’abord pour pimenter la soirée avant de la transformer en véritable cauchemar. Quels liens survivront aux nombreuses révélations explosives?

“Maps to the Stars” de David Cronenberg (2014)

Le retour inopiné d’une jeune psychopathe dans les quartiers huppés de Los Angeles va pousser au drame deux acteurs en quête d’une renaissance. Benjie est un enfant-star toxicomane sous pression sur le tournage d’une grosse production qui doit lui permettre de renouer avec le succès; Havana est une actrice dépressive qui vit dans l’ombre de sa célèbre mère et place tous ses espoirs dans l’obtention d’un rôle pour lequel elle n’a plus l’âge. Malgré un désir partagé d’affranchissement, ils seront rattrapés par leurs addictions et leurs démons – ceux-ci étant exacerbés par l’arrivée d’un personnage déviant à la casquette double de sœur et d’assistante personnelle. De cette vision radicale et morbide de l’industrie du cinéma ressortent les manies des stars et les pièges de la célébrité. Dirigée par Cronenberg, Julianne Moore crève l’écran (Prix d’interprétation à Cannes) et justifie en soi de voir le film.

Hollywood: l’envers du décor
Cinémathèque Suisse, Lausanne

Projections jusqu’au 16 juin

Tous les films de la rétrospective et horaires sur https://live.cinematheque.ch/films

 

 

“It’s showtime, folks !”, Hollywood sous l’œil de ses propres caméras

Du 2 mai et 16 juin, la Cinémathèque suisse propose une rétrospective dont le thème est “Hollywood: l’envers du décor”. Le public est invité à vivre le trouble et les obsessions, le faste et le glamour de l’industrie cinématographique hollywoodienne.

Texte: Marion Besençon

Hail, Ceasar!”, de Joel et Ethan Cohen, USA, 2016.

Intentions paradoxales et intérêts inconciliables, l’industrie du cinéma à Los Angeles met en lumière sa mécanique ambigüe. Amusée d’être le symbole du divertissement contemporain, elle montre sur grand écran les ressorts de son système. C’est précisément l’objet de la vingtaine de films du cycle américain projetés au Casino de Montbenon ce printemps.

En confiant ses splendeurs et ses misères au public, l’industrie du film américain développe sa mythologie et vivifie son mythe. En effet, elle dégage l’harmonie de sa chaotique usine à produire et, créant du sens, prouve qu’elle maîtrise sa force d’attraction sur le monde. Elle fascine parce qu’elle incarne les possibles d’une existence à l’écran comme à la vie. Ce pouvoir sur les imaginaires, elle l’entretient par des mises en scène auto-référencées. La Cinémathèque dévoile justement cette puissante usine à rêves avec un programme dédoublé et complémentaire: le remake et les fictions qui alimentent la légende hollywoodienne.

“A Star is Born”, de William A. Wellman. USA, 1937.
“A Star is Born”, de George Cukor. USA, 1954.
“A Star is Born”, de Frank Pierson,. USA, 1976.

Ainsi, l’art du remake est à l’honneur avec “A Star is Born”: trois films éponymes mettant en scène des stars comme Judy Garland et Barbra Streisand – et qui sont des versions antérieures à la production récente dont le rôle phare est tenu par Lady Gaga. En parallèle, la caméra introspective d’Hollywood décline les genres: du musical au drame sans négliger le thriller, la romance et la comédie. En voici un aperçu:

– Sur le thème de la gloire, du glamour et d’un âge d’or: le monumental “Sunset Boulevard” et son royaume de l’illusoire, la plus célèbre des comédies musicales “Singin’ in the Rain” et l’avènement du cinéma parlant ou le dernier phénomène musical en date “La La Land” qui réenchante la cité des stars.

– Quant au star-système, à la question de la réputation et les dérives du show-business: les tribulations d’une playmate avec “Star 80”, l’hypocrisie et les faux-semblants de l’industrie vu par les Coen avec “Hail, Caesar!” ou encore la névrose et les délires narcissiques des stars avec l’incandescent “Maps to the Stars”.

– Enfin, concernant la démesure, les jeux de pouvoir et l’arrivisme: Johnny Depp en réalisateur de nanars dans “Ed Wood” de Tim Burton, l’habile “The Bad and the Beautiful” sur les compromissions et la trahison qui conduisent au succès ou encore Hollywood comme repère de producteurs cyniques dans le virulent “The Player”.

Hollywood: l’envers du décor
Cinémathèque Suisse, Lausanne

Projections jusqu’au 16 juin

Tous les films de la rétrospective et horaires sur live.cinematheque.ch/films

Soirée d’ouverture: le Black Movie commence!

Plus de 600 personnes sont venues à l’Alhambra, à Genève, le 17 février au soir pour inaugurer la vingtième édition du Black Movie, festival international de film indépendants.

Après un discours à l’image de “l’esprit festif et rebelle” du festival rendant un bel hommage aux réalisateurs, aux partenaires ou encore au public qui suit le Black Movie depuis vingt ans, place au cinéma.

 

 

L’objectif primordial étant de promouvoir majoritairement les productions non-occidentales, c’est “Grass” , le dernier film du réalisateur sud-coréen Hong Sang-soo, qui a été diffusé lors de cette inauguration. Fidèle à ses compositions minimalistes et prenantes, racontant fréquemment les sinuosités de l’amour, Hong Sang-soo nous offre, avec “Grass” , un regard différent sur les relations humaines. La forme épurée des plans laisse toute la place aux émotions et réflexions invisibles et pourtant palpables. Un film qui nous sort des carcans habituels et nous expose les relations amoureuses avec subtilité et poésie, parfois avec tristesse, touchant les cordes sensibles des individus. Hong Sang-soo vient creuser des sillons délicats mais profonds dans le terreau complexe des relations humaines. “Grass” est une entrée en matière qui garantit l’originalité du regard et l’ouverture d’esprit pour la suite du festival!“Grass”, de Hong Sangsoo, Corée du Sud, 2018

À revoir ce soir à 20h au cinéma Spoutnik et vendredi 25 à 17h au Cinélux.

Tout le programme du Black Movie (jusqu’au 27 janvier) sur www.blackmovie.ch/2019/

Texte: Jennifer Barel

 

 

Festival Archipel – Musiques d’aujourd’hui, Genève – Maudite soit la guerre

La guerre. L’homme. La machine. Pour la vingt-septième édition du Festival Archipel, l’homme et la machine sont à l’honneur. Dans une démarche historique et prospective, les activités proposées tentent de parcourir les soixante dernières années de recherche artistique touchant à l’intelligence artificielle.

Texte: Sumiko Chablaix

C’est dans ce cadre que s’est inscrit la projection de “Maudite soit la guerre”, premier film d’Alfred Machin. Réalisé à la veille de la Première Guerre mondiale, le film est sorti au cinéma en juin 1914. Production pacifiste muette colorée à la main, elle illustre le premier conflit où la mécanisation des armes a eu raison des hommes. À l’écran ? Des acteurs tels que Suzanne Berni, Albert Hendrickx, Fernand Crommelynck, Nadia D’Angely, Zizi Festerat, Gilberte Legrand et Willy Maury.

Le chef d’orchestre, debout dos au public, lève son bras droit: “Cinématek” s’affiche à l’écran. La projection commence. Pendant plus d’une heure, les spectateurs sont transportés dans les méandres d’un amour impossible. Accompagnant la projection, la musique “A Film Music War Requiem” d’Olga Neuwirth. Composée pour neuf musiciens, interprétée par l’Ensemble 2e2m sous la direction de Pierre Roullier, elle donne du relief aux personnages et aux actions. Le synthétiseur appelle à la séduction et l’amour tandis que la trompette sonne la désillusion de la guerre: maudite soit-elle!

Petit retour sur le Festival Archipel

Prisme

Le Bâtiment industriel à conception unique au centre de Carouge a accueilli une fois de plus les spectacles de l’association Ensemble Vide. Lieu de résonances et de rencontres, cette performance mettait en lumière la création suisse: Céline Hänni, compositrice et performeuse, allie écriture et improvisation au rythme d’une quinzaine de caisse claires, fond sonore créé par Alexandre Babel. Une visite tant des œuvres classiques à l’image de la “Messe en Si mineur BWV 232″ ou l'”Ave Maria” de Giuseppe Verdi que des compositions plus contemporaines telles que “In Intimacy pulsation” de Philip Corner et “Opera with objects” de Alvin Lucier.

Back into Nothingness

Un texte. Une composition. Telle est l’essence de “Back into Nothingness”, fruit de la collaboration entre la compositrice Núria Giménez-Comas et l’écrivaine Laure Gauthier. Ce monodrame scénique conte l’histoire de Kaspar Hauser, un enfant sauvage ayant perdu le langage. Son destin, tragique, nous a été livré au son de mélodies vocales, chorales et électriques.

Geek bagatelles

À l’occasion du concert du dimanche de la Ville de Genève, l’Orchestre de Chambre de Genève a interprété, sous la direction d’Arie van Beek, cette création musicale pour le moins originale. Écrite par le compositeur iconoclaste Bernard Cavanna, elle reprend l'”Hymne à la joie” de la 9e Symphonie de Beethoven. À l’aide de Smartphone et de la participation du public, cette mélodie a résonné au cœur même du Victoria Hall.

www.archipel.org

 

Lech Kowalski au festival Histoire et Cité à Genève

Du 21 au 24 mars 2018, le festival Histoire et Cité prendra place au centre de la ville de Genève. A l’honneur? La Liberté. Une thématique actuelle déclinée en mille et une façons. Que ce soit en conférences, tables rondes, visites guidées ou projections de film, chacun pourra y trouver son compte.

Texte: Sumiko Chablaix

Photo: Coraly Jazz

Parmi ces activités, la venue du Lech Kowalski est un rendez-vous à ne pas manquer. Né à Londres de parents polonais, il étudie à la School of Visual Arts de New York. Tout au long de son cursus, il est amené à rencontrer de grandes figures telles que Vito Acconci, Nam June Paik et Shirley Clarke. Pionniers des techniques cinématographiques, ils influenceront le travail du réalisateur. Témoin de la naissance du mouvement punk-rock new-yorkais, il y consacre en 1981 un film entier : “D.O.A”. Armé d’une caméra d’épaule, il suit les Sex Pistols lors de leur tournée aux États-Unis. Ne s’arrêtant pas là, il réalise en association avec La Lucarne d’Arte “The Boot Factory” sorti en 2000.

“The Boot Factory”

Ce film retrace la vie de trois ex-punks polonais, Lukasz, Piotr et Wojtek, travaillant dans une fabrique de bottes. Filmant de manière intimiste les trois protagonistes, le réalisateur capte l’essence même de la philosophie du Do It Yourself (DIY). Tout en tentant de s’insérer dans une culture de plus en plus capitaliste, les trois amis ne renoncent pas à leur passé punk. Les valeurs qui les unissent ne sont qu’une facette de leur volonté de vivre tel qu’ils le souhaitent allant jusqu’à parfois se démarquer.

S’inscrivant dans une philosophie de vivre selon des idéaux et non selon les attentes de la société, ce témoignage de la culture underground sera projeté le jeudi 22 mars à 20h30 au Cinérama Empire et précédée d’une brève introduction par Lech Kowalski et Jean Perret, directeur du Département Cinéma de la HEAD Genève.

www.histoire-cite.ch

Richesses dans la désignation de la pauvreté

Photo: Miguel Bueno

Quelle belle soirée! L’équipe de L’Agenda s’est rendue jeudi passé à la soirée d’ouverture du Black Movie. Après un discours d’accueil dynamique accompagné d’un petit mot du maire de la ville de Genève en personne, suivi de la visite inattendue d’un “ambassadeur de l’inconnu” –  comprendra  qui se rendra au Black Movie –, Kate Reidy et Maria Watzlawick ouvrent le festival sur un film aussi beau qu’engagé, “LOVE AND SHUKLA”.

Dans ce long-métrage réalisé par Siddharth Jatla, nous découvrons de nombreuses facettes des régions pauvres de l’Inde du point de vue d’un jeune marié, conducteur d’un fourgon: Shukla. Malgré les roupies qu’il perd au lieu d’en gagner, affairé à longueur de journée à des arnaqueurs, manipulateurs et pilleurs de tous les côtés, il garde l’espoir de s’enrichir, dans le but de faire plaisir à sa jeune épouse Lakshmi. On retrouve dans ce désir de la rendre heureuse un intérêt personnel, puisque Shukla est conditionné dans une société libidineuse. Ses amis soulignent l’importance d’une vie sexuelle réussie dans un couple. Les photos de cette idole indienne dans son fourgon trahissent ses désirs. Il est difficile de dire s’il est dommage ou raisonnable que ce caractère libidineux n’ait pas été davantage poussé. Shukla semble se résigner très vite aux conditions de vie qui lui sont imposées.

“Love and Shukla”

De nombreuses conditions qui forment tout autant d’axiomes rendant ce film cohérent et logique: Shukla vit avec sa famille dans une région très pauvre d’Inde. Leur appartement est trop petit et Shukla doit se résigner, faute d’argent, à y rester avec sa femme… en dépit d’une mère envahissante, d’une soeur rebelle venant de fuir son époux, et d’un père trop effacé.

Un contraste apparent se fait d’ailleurs entre les visions de l’amour qu’ont ces membres: le père semble lui aussi plaider en faveur de la vie sexuelle dans un couple (il sépare l’appartement par une pile de valises pour y créer un lieu d’intimité aux tourtereaux). Mais son point de vue est violemment écrasé par les valeurs de sa femme et de sa fille qui prônent le bien-être des membres de la famille. Le film montre subtilement que ces valeurs laissent place à quelques contradictions chez ces dames. Elles rejettent le rôle de femme-objet mais considèrent Lakshmi davantage comme une servante qu’une bru. Elles prônent le bonheur au sein de leur famille mais réduisent à néant l’intimité dont a besoin leur fils et frère. Il est important de constater que Shukla et Lakshmi, voulant vivre leur amour et partageant vraisemblablement les valeurs du père sont aussi effacés que lui et écrasés par les deux femmes de la famille. Paradoxal, puisqu’il s’agit des protagonistes de ce film.

Photo: Miguel Bueno

Tous ces éléments font la recette d’un film subtil et riche d’informations: sans forcément passer par le pouvoir des mots, le spectateur en découvre énormément sur les conditions de vie dans certaines régions d’Inde, le tout en 107 minutes.

Texte: Annie Sulzer

Découvrez les films du Black Movie jusqu’à dimanche 28 janvier: http://blackmovie.ch/

“Lord of the Rings in concert”: un ciné-concert pour les captiver tous!

Les trois chefs d’œuvre adaptés de l’univers de Tolkien ont eu une influence que beaucoup des épigones de Peter Jackson ne peuvent que lui envier. Ils ont à ce point bouleversé toute une génération qu’ils sont perçus comme étant véritablement intemporels. Or, voilà déjà quinze ans que la Communauté de l’Anneau a accédé au royaume du septième art.

Photo: concertnews.be

Texte: Florian Mottier

Copyright Kaitlyn Lusk

Comment une telle œuvre a-t-elle résisté aux assauts du temps? Les harmonies d’Howard Shore participent-elles encore à donner un souffle épique à la saga de Tolkien? Ces questions, l’OSR de Genève y a répondu avec brio vendredi et samedi derniers en projetant le dernier volet de la trilogie, “Le Retour du Roi” sous les ors du Victoria Hall, à Genève. Dirigé d’une main de maître par Ludwig Wicki, le 21st Century Orchestra a une fois de plus démontré avec brio sa capacité à sublimer une des plus belles compositions de l’histoire du cinéma. Si l’on y ajoute encore le Motet de Genève, dirigé par Romain Mayor, et Kaitlyn Lusk, dont la voix de soprano donne tout son relief aux chants elfiques du film, on obtient un ciné-concert inoubliable et une série d’irrépressibles frissons.

Au final, c’est une redécouverte de deux chefs d’œuvre que nous a offert l’OSR de Genève. D’une part, celle de la trilogie de Jackson, qui n’a pas pris une ride, et d’autre part celle du 21st Century Orchestra, qui n’a pas perdu de sa capacité à sublimer le travail des compositeurs de films. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé, le Victoria Hall affichant complet les deux soirs de la représentation. C’était d’autant plus agréable d’y voir se côtoyer habitués du lieu et amateurs les plus mordus de la trilogie, uni sous la bannière du seigneur de tous les films d’héroïc fantasy!

 

Quand le théâtre croise le cinéma

Le Théâtre de l’Orangerie fait mouche avec “L’illumité”, nous proposant l’histoire d’un chevalier clamant à tout-va les dangers des machines à vapeur, évoluant dans un décor où la scène du théâtre s’associe à l’écran du cinéma pour des rebondissements hauts en couleur!

Texte: Nastassja Haidinger

La pièce de Marc Hollogne semble s’appuyer sur des couples d’opposés qui coexistent d’une manière perspicace, savamment dosée. Le passé dialogue avec le présent à travers l’intrigue de la pièce, entraînée par les déclamations du chevalier Casignac à l’encontre des nouvelles machines à vapeur, en cette année 1788, de ces “monstres” qui ne cherchent pas à définir l’imprévu du quotidien mais bien à le supprimer. Des dangers qui empiéteront sur nos vies, ce qui fait bien évidemment écho à l’omniprésence des technologies modernes et actuelles. Une relation “passé-présent” rendue perceptible par le traitement de la pièce, qui reste classique dans son écriture partiellement en alexandrins, mais qui se fait moderne en usant d’un écran sur scène – le cinéma, une autre technologie qui résulte de l’industrialisation crainte par Casignac.

Photo: Madeho Productions

C’est bien sur ce rapport “théâtre-cinéma” que se joue le tour de force de cette pièce: l’espace scénique se réinvente en accueillant un écran sur une moitié de la scène. Le spectateur peut, dès le début, apprécier l’histoire non seulement face à de vrais comédiens, mais aussi devant une surface bidimensionnelle. C’est surtout le traitement de l’image qui m’a frappé: l’image joue à différents niveaux, instaurant une dynamique intéressante entre les personnages et au sein du décor. L’image peut ainsi faire partie intégrante de la scène, les comédiens étant filmés à leur taille, ce qui leur permet de déambuler sur l’écran et d’en sortir sans crier gare, dans une parfaite continuité. Outil narratif, l’image peut aussi cadencer le récit en juxtaposant l’action en train d’être décrite par des personnages sur scène, et vice-versa (évoquant la technique de l’écran divisé au cinéma), ou en servant de flash-back. En tant que “représentation”, l’image peut enfin incarner les pensées ou les commentaires souvent enflammés de Casignac, comme des illustrations viendraient orner les passages d’un livre.

Relevons enfin les nombreuses notes d’humour à propos de cet usage de l’image, les personnages pouvant tout à coup se laisser surprendre par le “saut” du chevalier de la scène à l’écran, passage au terme duquel son costume change de couleur! Ou encore du chevalier qui s’adresse, depuis la scène située dans le hall, à son acolyte encore sur l’écran et dans une pièce éloignée de la demeure, l’enjoignant à “passer par ici, c’est plus rapide”.

Jouant aussi avec l’échelle, présentant certains personnages en gros plan lorsque l’action s’intensifie, c’est à un vrai divertissement que nous convie Marc Hollogne, et que vous pouvez encore découvrir jusqu’au 14 septembre au Théâtre de l’Orangerie.

www.theatreorangerie.ch/spectacles/l_illumine

Prix du Cinéma Suisse

Vendredi 24 mars a eu lieu le 20ème Prix du Cinéma Suisse, au Bâtiment des Forces Motrices à Genève. Une belle brochette de réalisateurs, acteurs, monteurs ou musiciens heureux à l’annonce de leur nom, des personnalités et des humoristes pour présenter les catégories, placer un bon mot et remettre aux lauréats  le Quartz tant espéré. Une cérémonie –quadrilingue, s’il vous plaît – qui a récompensé la créativité, la maîtrise du dialogue filmique et surtout le travail d’équipe, comme les lauréats l’ont tous rappelé dans les discours de remerciement. Le cinéma suisse existe bel et bien, ses protagonistes nous en ont offert la preuve une nouvelle fois.

Le film de Claude Barras “Ma vie de Courgette”, qui aura mis dix ans à voir le jour, a été sacré “Meilleur film de fiction”. Et en effet, on sent que l’équipe a travaillé ensemble des heures et des années durant; en plus des remerciements chaleureux que chacun adresse à ses collègues et amis, on peut voir les regards complices, les sourires. Le film a également gagné le prix de la “Meilleure musique de film”, qui est allé à Sophie Hunger, et le prix spécial de L’Académie pour Marie-Eve Hildbrand, pour avoir réussi de façon presque magique à donner une identité forte aux personnages grâce à son excellent travail de casting et de direction des acteurs.

Photo: eddymotion photography. Derrière, Claude Barras, réalisateur, Max Karli et Pauline Gygax, producteurs et Alain Berset, conseiller fédéral. Devant, Sixtine Murat, la voix de Camille, et Gaspard Schlatter, la voix de Courgette.

 

“Die göttliche Ordnung” a lui aussi gagné trois prix. Celui du “Meilleur scénario” est allé à sa réalisatrice Petra Volpe, et celui de “Meilleure interprétation féminine” à Marie Leuenberger, rayonnante lors de la soirée. Le Prix de la “Meilleure interprétation dans un second rôle” était ici un peu spécial, et il n’y avait pas beaucoup de suspense quant au film qui allait le remporter: toutes les nominées étaient des actrices de “Die göttliche Ordnung”, incarnant différentes générations de femmes se battant pour la même cause. Pour un film qui traite du droit de vote des femmes en Suisse, c’était une bien belle récompense que ces trois Quartz, l’un remis par la conseillère d’État Anne Emery-Torracinta.

Quant au prix de la “Meilleure interprétation masculine”, il a été remis par Alain Berset à Bruno Ganz. Ce dernier a d’abord remercié l’Académie de l’avoir récompensé une deuxième fois, ici pour son rôle dans “Un juif pour l’exemple”, et leur a demandé avec humour s’ils étaient sûrs d’avoir une bonne vue. Il a également reçu le Prix d’honneur pour l’ensemble de son œuvre. Entre le discours du conseiller fédéral et le montage – réalisé par un étudiant de l’ECAL – rassemblant les divers rôles de Ganz, du comte dans “La Marquise d’O” en 1976 au grand-père suisse dans “Heidi” ou “Vitus” en passant par Hitler dans “La chute”, le moment était émouvant.

Photo: eddymotion photography

Les courts-métrages ont attiré l’attention, ayant chacun une identité visuelle et un thème fort. Deux films sont sortis ex-aequo: “La femme et le TGV” de Timo von Gunten et “Bon voyage” de Marc Raymond Wilkins.

Qui n’a pas encore vu les films nominés a dû en avoir l’eau à la bouche. Les Cinémas du Grütli, dans la continuité de leur “semaine des nominés”, ont proposé des séances gratuites tout le week-end afin de permettre au public de découvrir les films promus.

Souhaitons une longue vie à ces films, ainsi qu’au cinéma suisse!

Texte: Katia Meylan

Au coeur des émotions

Au cœur des personnages représentant émotionnellement le trouble passager physique du rôle qui leur a été destiné,  les émotions s’entremêlent pendant 95 minutes. Dans l’impossibilité de dissocier le corps et l’esprit, les spectateurs vivent intensivement et intensément la pluie de sensations que lui procure le nouveau dessin animé de Pixar.  Par force et par jeu, les émotions se tiraillent pour savoir laquelle va briller et s’imposer dans nos têtes.

Fortement liés entre elles, nous voyons que nous sommes influencés par chacune d’elles au cours de l’évolution de la journée quotidienne. Gouvernés par nos moteurs personnels, ils nous guident pour nous ouvrir la voie sur le chemin de la pensée positive. Même si nous nous efforçons le matin de se lever de bonne humeur et à regarder la vie du bon côté, il n’est pas rare que des éléments extérieurs à notre confort intime viennent nous chambouler de l’intérieur de nous-mêmes.

La mise en lumière sur nos stimulis profonds nous renvoie au miroir de nos propres besoins à prendre soin de la meilleure manière possible.  Piégés parfois, notre propre interprétation de notre état affectif tenace maquille la représentation initiale. Déformée entre style et intensité, les radars intérieurs s’allument ni au bon moment ni au meilleur endroit.

Autrefois, il était sage de ne pas dissimuler nos émotions. Avec le temps, les cacher n’arrange rien.  Dernièrement, les exprimer, les transformer et surtout ne pas les enfouir en nous trop longtemps serait la nouvelle clé.  Qui saura !

Et vous, comment vous sentez-vous ?

Texte: Jenny Raymonde

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La Ruée vers l’or

Dans le cadre de sa saison 2014-2015, la Haute École de Musique de Lausanne donne vie au « Flon autrement », dans une série de cinq concerts conviviaux dédiés à la découverte. Le 7 mars, les jeunes musiciens de l’orchestre ont interprété en live la musique de “La Ruée vers l’or”.

Que de talents pour un seul spectacle. D’abord Chaplin, qui ne se contentait pas d’être acteur, scénariste et réalisateur, mais composait également la plupart du temps la musique de ses films lui-même ! Il donnait ainsi à cette dernière plus qu’un rôle d’accompagnement, elle était protagoniste du spectacle. C’est le cas pour “La Ruée vers l’or”, dont les thèmes expressifs communiquent tour à tour l’amour de Charlot pour la belle Georgia, le danger imminent ou encore la gêne. Sans oublier le ‘mickeymousing’ très efficace des instruments qui se transforment en coup de feu pour nous faire sursauter, en hoquet pour nous faire rire lorsque Charlot avale une bougie. Pour que cela fonctionne, il faut bien-sûr un timing parfait, défi relevé par le directeur Maxime Pitois.

Ruee

Le film que l’on a pu voir est une restauration de la version originale de 1925, avec les intertitres. Lorsque les musiciens entrent, qu’ils commencent à jouer et que le titre apparaît, je suis émue. Ils jouent magnifiquement bien, et parfois on oublie qu’ils sont là, la musique semble appartenir directement à l’histoire. Dire qu’il y a près d’un siècle, le public allait voir ce film ainsi, accompagné de musique live. Est-ce qu’une fille allait seule au cinéma à cette époque ? Sûrement pas. Le public ne porte pas non plus de guêtres blanches ni de coupe à la garçonne. Mais ce qui doit subsister du siècle passé, c’est la vive réaction : on rit beaucoup ! Un petit garçon crie même “il faut qu’ils sortent !“ lors de la scène incroyable où la cabane qui abrite Charlot et Big Jim est en équilibre au bord de la falaise. Et au moment du baiser final et à l’apparition des deux petits mots éternels, un “oooh“ attendri clôt cette belle représentation.

Le 21 mars aura lieu le dernier concert du programme “Le Flon autrement“ : le résultat de la rencontre entre les étudiants de l’École et l’Erik Truffat Quartet, destinée à travailler le jeu en groupe.

Texte : Katia Meylan