Jusqu’au 15 novembre 2026, la galerie du Boléro à Versoix donne à voir deux expositions temporaires : Cités délaissées de Jean-Marc Yersin et Mirages Antoine Roth. Je suis allée les découvrir.
Texte de Katia Meylan
Cités délaissées – Jean-Marc Yersin
Mirages – Antoine Roth
Du 27 août au 15 novembre 2026
Galerie du Boléro, Versoix
Date à venir:
Samedi 10 octobre à 15h : visite guidée (vers le lien)
À Versoix, les bureaux du service de la culture sont en colocation avec la galerie du Boléro. J’adore l’idée de ce lieu où employées, habitant∙e∙s et amateur∙ice∙s d’art se croisent à deux pas de la gare (littéralement, mettons quinze pas), et dont l’espace laisse place aux rencontres.
En ce moment, deux expositions temporaires de photographes romands y cohabitent : Cités délaissées, de Jean-Marc Yersin, et Mirages, d’Antoine Roth. Une concordance des agendas qui offre un contraste inattendu entre l’implacabilité de l’une et l’immatérialité de l’autre.
Entrevoir le futur
Cités délaissées expose une sélection de 60 images prises de 2011 à 2024 entre la Suisse, la France, l’Espagne et l’Italie par Jean-Marc Yersin, ancien directeur du Musée suisse de l’appareil photographique de Vevey et co-fondateur du Festival Images.
Dans sa préface, l’auteur et historien de l’art Philippe Kaenel dit de la méthode de l’artiste qu’elle se rapproche de celle du touriste « qui déambule dans des paysages choisis », des paysages « suspendus entre leur industrieux passé et leur ruine future ». Je pars donc sur ses traces, en touriste, à la découverte de ces villes. En guise de guide, le feuillet de salle me rassure. Ah, il me semblait bien avoir reconnu cette tour, place Chauderon. Et là, oui, c’est bien La Défense. Mais l’essentiel est ailleurs, et bientôt je ne le consulte plus mais adopte la même posture flâneuse que le photographe. Je reste à l’extérieur, ne rentre presque jamais dans les bâtiments – à une exception près, l’École de Commerce et de Culture générale de Sierre. J’admire tant l’architecture suisse du 21e siècle que la cité ouvrière désaffectée bâtie à Viviers en 1880. Les lignes et les courbes sont imposantes à la fois de créativité et de massiveté ; figées dans le temps par le cadre et le noir/blanc, on les imagine pourtant à tout moment rouler, basculer, transpercer, sans plus rien à anéantir sur leur passage. En l’absence d’âme qui vive, c’est la leur qui s’impose. Je ne croise d’ailleurs personne ou presque ; ici un visage, au loin une nuée d’oiseaux. Sans ces rencontres, je me serais crue seule au monde. Seule à braver ces cités aux « pénuries fréquentes » et au « climat suffoquant » que décrit l’artiste dans son « carnet d’un autre temps n°5 ». Quel temps ? Est-ce le passé ? Le futur ? Proche ou lointain ?
Entrevoir un mirage
Une cimaise traversée et la touriste que je suis se trouble. À l’horizon – ou à la verticale –, rien que des mirages. Les formes aperçues ne sont pas l’effet d’un appareil photo, ni le résultat de retouches mais bien de la patience du scientifique et photographe autodidacte qu’est Antoine Roth, posté au bord du Léman, aux aguets de ce phénomène atmosphérique rare appelé Fata Morgana. Au loin les voiles ondulent, les immeubles et les arbres glitchent. Lac, ciel et terre se confondent dans ces « zones de densité variable qui dévient les rayons lumineux ». Plisser mes yeux et questionner la réalité physique de notre monde devant les formats paysages, plisser mes yeux et questionner ma psychologie devant les fentes surréalistes des formats que l’artiste a choisi d’exposer renversés.
Réunies presque par hasard, les deux expositions offrent, par leurs respectives flâneries citadine et lacustre, une distanciation avec notre temps et notre réalité.
***
Cités délaissées – Jean-Marc Yersin
Du 27 août au 15 novembre 2026
Mirages – Antoine Roth
Du 27 août au 15 novembre 2026
Galerie du Boléro, Versoix

