Le 23 octobre marque un moment important dans la carrière de musicien et compositeur d’Alex Carmin, avec la sortie de son premier album, « Sérieusement ». Il nous raconte comment l’humour, la nostalgie, le personnage du dandy désinvolte, le monde du travail et son passé de comédien sont autant de mosaïques qui composent son nouveau projet… avec sérieux.
Texte et propos recueillis par Jeanne Möschler
De la radio à ses compos
« Je me réjouis tellement de sortir l’album et, en même temps, ça me paraît irréel d’être arrivé au point de la publication, après y avoir consacré deux ans de travail », raconte Alex Carmin. « C’est vraiment un projet qui marque l’aboutissement d’une certaine période de ma vie. »
Enfant, il a été bercé par le son de la radio qu’écoutaient ses parents, ainsi que par celui de sa grand-mère au piano. Le jeune artiste a pu développer sa sensibilité musicale à travers des cours de guitare et de chant, ainsi que de manière très personnelle, en composant en autodidacte. Aujourd’hui, il est à la fois musicien, photographe et animateur musical pour les enfants dans les classes. Alex Carmin aime développer sa créativité dans des disciplines variées, qui l’inspirent pour créer sa musique. « Pour écrire une chanson, le processus varie, mais je pars souvent d’une émotion ou d’une idée, puis pose quelques mots, suivis d’une mélodie à la guitare. Je peux m’inspirer de chansons existantes, mais je recrée toujours une mélodie qui vient de moi. »
Le musicien met son expérience de comédien au Conservatoire de Genève au service de son écriture, afin de travailler le texte en profondeur pour le faire vivre lors de la composition, puis sur scène. L’artiste aime aussi se mettre dans la peau d’un « dandy moderne, un peu coquet, à la fois classe, mais qui ne roule pas sur l’or ». S’identifier à un tel personnage permet au musicien de dépasser certains moments difficiles de son histoire personnelle : « C’est une figure qui passe à travers les événements comme si ça ne l’impactait pas trop, ce que moi-même, j’ai eu plus de peine à faire au travers d’expériences passées. Alors, me mettre dans la peau de quelqu’un pour avancer peut m’aider. »
Photo: © Jocelyne Rouge
Un album… sérieusement ?
Le titre Sérieusement questionne notre rapport aux choses du quotidien et au monde qui nous entoure. « Est-ce qu’on est sérieux dans la vie de tous les jours ? Est-ce que je suis sérieux dans ma pratique musicale ? C’est une question que beaucoup de gens me posent. Sortir un album en 2026, est-ce vraiment sérieux au niveau commercial ? Aujourd’hui, moins d’artistes en réalisent, car sortir toutes les chansons en même temps est moins valorisé dans l’industrie musicale, à moins d’être extrêmement connu. »
Sur ce dernier point, l’artiste poursuit son idée depuis des années : il aime l’album comme objet, avec un sujet global et des chansons connectées entre elles. En sortir un est un rêve qu’il nourrit depuis l’adolescence. « Je suis quelqu’un qui écoute beaucoup d’albums. Je suis un fan de chanson française et de musique anglo-saxonne. Wish You Were Here de Pink Floyd, par exemple, m’accompagne depuis plus de 15 ans et me donne encore des frissons aujourd’hui. Ce n’est pas dans le même style que mon projet, mais on retrouve la thématique de la solitude. Après, mon album est un patchwork. Je mélange les époques, entre des inspirations des Beatles, de Led Zeppelin, de Philippe Katerine, avec le côté robotique, ou de Benjamin Biolay, pour le côté moderne… Le tout arrangé avec une touche funky. »
Photo (et photo de haut de page): © Blaise Collaud
Rire aide à avancer, créer aide à rassembler
Dans son deuxième EP, Enfariné, il engageait une réflexion sur l’approche de la trentaine, avec notamment un clip vidéo musico-culinaire, poétique et ironique, réalisé avec FOG Artistics, basé à Renens. Entre humour, ironie et sérieux, son nouvel album vient dépeindre les contradictions de notre monde, ainsi que des sujets personnels et de santé publique. « L’humour aide à prendre de la distance. Sur des sujets difficiles comme la nostalgie ou la santé mentale, mettre des mots plus légers peut créer du lien entre les gens, en apportant une bulle d’oxygène dans la morosité. »
Pour Alex Carmin, l’art, que ce soit au théâtre, en photographie ou sous d’autres formes, permet de montrer des émotions et de faire sortir quelque chose de soi, afin que d’autres personnes puissent s’y reconnaître. « J’étais un enfant et un ado sensible, et grandir dans la campagne vaudoise a rendu le processus de se confier et d’en parler plus difficile. Même au 21e siècle, les garçons doivent encore être des hommes forts », confie le musicien, énervé par ces clichés qui persistent. « Les émotions, maintenant, je peux en parler en musique et ça aide. Par exemple, la chanson Accroche-toi, sur la dépression, j’ai mis cinq ans à l’écrire. Mais, à la fin, ça m’a permis de tourner une page de ma vie. »
Il se réjouit de faire découvrir son premier album et de laisser les auditeur∙ice∙s écouter librement les chansons, à la maison ou lors de son concert du 23 octobre à L’Amalgame, à Yverdon. « J’ai un côté perfectionniste et je suis plutôt stressé avant… mais ensuite j’aime beaucoup être sur scène, m’amuser et partager avec les gens. »
Alex Carmin – Vernissage de l’album Sérieusement
Soirée partagée avec le concert du duo Bonne Nuit
Vendredi 23 octobre à 20h
L’Amalgame, Yverdon-les-Bains

