Une heure de tranquillité Carole Parodi

« Une heure de tranquillité » au théâtre

Alors qu’il s’accorde enfin avoir un moment de tranquillité pour écouter son nouveau 33 tours, Michel est sans cesse interrompu. Femme, fils, amis, maîtresse, toutes et tous ont soudain besoin de lui, poussant le protagoniste à multiplier la ruse et la manipulation. Avec ce vaudeville de Florian Zeller, Didier Carrier invite le public à s’octroyer un moment pour soi dans une réalité où le rythme ne cesse d’augmenter. Échange avec le metteur en scène avant de découvrir Une heure de tranquillité au Théâtre le Crève-Cœur à Cologny du 15 septembre au 11 octobre 2026.

Texte et interview : Eugénie Rousak

Une heure de tranquillité
Du 15 septembre au 11 octobre 2026
Théâtre le Crève-Cœur, Cologny
www.lecrevecoeur.ch

Eugénie Rousak, pour L’Agenda : Ce n’est pas la première fois que vous mettez en scène une pièce de Florian Zeller. Qu’est-ce qui vous interloque dans son travail ?

Didier Carrier : Si Florian Zeller est surtout connu pour ses drames, comme Le Père ou Le Fils, il a également écrit des comédies truculentes, parfois un peu féroces. Après avoir monté L’Envers du décor au Crève-Cœur en 2023, j’ai exploré plus largement son œuvre et suis tombé sur Une heure de tranquillité. J’ai trouvé cette pièce complètement folle, avec un mélange de plusieurs registres, du tragique au fantastique, avec parfois quelque chose qui rappelle l’univers de Harold Pinter. Comme souvent chez Florian Zeller, les relations familiales occupent une place centrale et permettent de questionner sur les valeurs du couple. Faut-il toujours dire la vérité ? Existe-t-il une vérité absolue ? Peut-on finir par se convaincre soi-même de sa propre vérité ? À travers l’humour, l’auteur aborde finalement des questions très profondes, presque métaphysiques pour émouvoir la salle, tout en faisant réfléchir le public.

Par sa légèreté, est-ce que le genre de comédie permet de rendre les messages plus accessibles et favoriser la réceptivité du public ?

Fondamentalement, je ne pense pas. En revanche, le mot « comédie » attire davantage. Aujourd’hui, le public ne recherche pas forcément une simple gaudriole avec un amant caché dans le placard, mais plutôt des pièces plus pointues, qui font rire, tout en l’amenant à réfléchir.

Michel, le personnage principal, est en permanence interrompu. Comment abordez-vous cette situation, pour à la fois avoir ce comique de répétition, mais en même temps transmettre son agacement grandissant à la salle ?

La pièce débute avec cette envie de Michel d’écouter tranquillement le disque qu’il vient enfin d’acheter. Mais très rapidement l’histoire se concentre sur les échanges humains. Dans cette farce, les personnages de plus en plus inattendus surgissent les uns après les autres et souvent au plus mauvais moment. Michel est alors dépassé, se réfugie dans le mensonge et ses émotions grandissantes se transmettent sur le public, curieux de voir comment il va s’en sortir ! Pour mettre en scène cette mécanique comique, nous avons beaucoup travaillé avec les comédiens sur la psychologie et les émotions des personnages. J’aime aussi jouer avec des tics ou des éléments qui se répètent pour faire passer des messages assez simples, en faisant des clins d’œil aux spectateurs.

Et justement, comment s’est passé ce travail de création avec les comédiens ?

Même si je débute le travail créatif par une lecture attentive de la pièce, il est important de ne pas trop prévoir pour laisser une place à l’improvisation. Les comédiens peuvent ainsi explorer le texte, faire de l’improvisation, proposer leur vision du texte, apporter des idées auxquelles je n’avais pas forcément pensé. Ensuite, nous regardons ensemble ce qui fonctionne bien ou moins bien avançons progressivement dans la construction de la pièce. C’est vraiment un travail collectif, qui se construit petit à petit, cube par cube, structure par structure. Et même après presque quarante ans de métier, j’ai encore l’impression de débuter à chaque fois. J’aime cette exploration perpétuelle, qui permet d’essayer de nouvelles formes et de prendre les risques. Par exemple, je travaille actuellement sur les poèmes de Victor Hugo, qui ne sont initialement pas destinés au théâtre. C’est justement cette transformation d’un texte en spectacle qui me passionne !

Une heure de tranquillité
Du 15 septembre au 11 octobre 2026
Théâtre le Crève-Cœur, Cologny
www.lecrevecoeur.ch

 

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