Ça y est, c’est ce week-end que Concorde ouvre ses portes ! Plus tôt dans la semaine, je me suis aventurée sur place pour m’entretenir avec Eve-Anouk Jebejian et Frédéric Steinbrüchel, le binôme à la tête de ce nouvel Espace Culture genevois. L’imminence du coup d’envoi du projet sur lequel ils travaillent sans relâche depuis plus d’un an n’altérait ni la complicité ni la disponibilité du duo, qui a pris le temps de s’assoir avec moi pour parler de leur programmation. Autour, c’est un ballet de régisseur∙euse∙s, chargé∙e∙s de communication, électricien∙ne∙s, responsables billetterie et sûrement même déjà quelques artistes. Une fête se prépare.
Texte et propos recueillis par Katia Meylan
Photo: Nikita Thévoz
Concorde ouvre ses portes !
Du 25 au 27 septembre 2026
Vernier
www.concorde.ch/week-end-douverture
Lancement de la saison 2026-2026
Samedi 3 octobre 2026 avec Isha & Limsa d’Aulnay
Voir toute la saison sur : www.concorde.ch/saison-2026-2027
Si certains lieux sont encore en travaux ou remplis de cartons, si le gril de la scène principale était en cours de montage, si le bar terminait les dernières installations, si les traces de pas imprimées dans la poussière matérialisaient les milliers d’aller et venues des derniers jours,… qu’à cela ne tienne!
Concorde est prêt à accueillir, ce week-end et comme promis, son public pour la première fois. L’occasion d’assister à un spectacle ou un atelier, se glisser dans les coulisses, échanger avec les artistes et les équipes, et faire la fête.
Puis, le 3 octobre, débutera la toute première saison de ce nouveau lieu culturel.
Rêvée et réalisée
Très éclectique, la programmation, révélée jeudi, reflète une pluridisciplinarité héritée de la mission qu’assumait jusqu’ici Vernier Culture. 47 spectacles, 97 représentations entre danse, théâtre, musique, cirque, magie et formes hybrides. Une programmation qu’Eve-Anouk et Frédéric avaient commencé à élaborer « sans attendre d’avoir le job ». Ils me racontent que, pendant le processus de postulation, ils avaient été jusqu’à contacter des compagnies pour construire une saison hypothétique. « Évidemment, beaucoup d’éléments ont changé depuis, mais la toute première personne qu’on avait appelée – en lui précisant bien le contexte hypothétique – c’était Edouard Hue… qui est arrivé en résidence il y a quelques jours ! », raconte Frédéric, réjoui que leurs premières intuitions figurent au programme de cette saison où de celles à venir.
La perméabilité de Concorde
D’autres projets s’entrelacent avec la saison, notamment ceux visant à créer un lien très direct entre Concorde et les citoyen∙ne∙s alentours. Plusieurs spectacles ont un format participatif, invitant, par exemple, le public à venir travailler au plateau avec des artistes professionnels. « C’est une façon de découvrir, en étant au cœur du processus de création, que fabriquer un spectacle c’est long, fatigant, chouette, joyeux, étonnant, … c’est tellement de chose ! », sourit Eve-Anouk. La directrice mentionne notamment les spectacles Pillowgraphies, dont une version se donnera avec une douzaine d’amateur∙ice∙s, et Marelle dans lequel des enfants exploreront la création avec un compositeur et une danseuse. « Et ce ne sont pas activités de médiation annexes ; elles sont une partie intégrante des spectacles programmés dans la grande salle!».
Des complices
Pour cette mission d’intégration, Concorde bénéficiera notamment du concours de quatre artistes complices. Le Collectif du Feu de dieu, la compagnie d’improvisation Alliance Créative, le danseur Kiyan Khoshoie et le musicien Pekodjinn seront ainsi les premiers colocataires et ambassadeur·ice·s du lieu, pour une période de trois ans, selon une convention souple qui se verra modifiée au fil des besoins. « Les critères importants pour nous étaient que les compagnies ne se connaissent pas, que leurs pratiques soient complémentaires, et qu’elles aient déjà un lien fort avec Vernier », explique Eve-Anouk. Frédéric ajoute : « L’idée derrière ce concept d’artistes complices est d’être un échange, un dialogue. On se demande à la fois comment Concorde peut se mettre à l’écoute des rêves et des besoins des artistes, et à la fois ce que ces artistes ont à apporter à ce lieu de diffusion, de création, de participation culturelle et de vie ».
Eve-Anouk Jebejian et Frédéric Steinbrüchel à l’inauguration Concorde le 25 septembre 2026.
Photo: Sébastien Moritz
Mini Questionnaire de Proust
À Frédéric Steinbrüchel et Eve-Anouk Jebejian
Si vous étiez… un lieu de Concorde ?
Eve-Anouk : … toi tu sais ?
Frédéric : Ouaiiiis !
Eve-Anouk : Commence alors.
Frédéric : Moi, je serais le sol noisette. Enfin, c’est pas que je serais le sol noisette – ce serait étrange – mais plutôt que j’aime ce qu’il représente : on peut marcher dessus sans y penser, le trouver joli… mais il est surtout très représentatif de ce qu’on a voulu faire à Concorde, de la façon dont on y est accueilli, même sans s’en rendre compte. [ndlr : le sol de Concorde est incrusté de coquilles de noisettes, un matériau recyclé et très résistant]
Eve-Anouk : Moi je serais… Je serais une loge. On y est fébrile, fragile, concentré, c’est la grande tension avant, le grand soulagement après. Un lieu un peu magique, où on a besoin de se sentir bien… et ce n’est pas un endroit complètement privé non plus, on peut aussi aller y féliciter quelqu’un après le spectacle. Une loge, c’est petit, mais ce qui s’y passe est assez primordial.
Une étape de la saison culturelle ?
Eve-Anouk : L’ouverture des portes ce week-end au public ! C’est un moment complètement charnière pour nous. Depuis un an, ce lieu est déjà riche de beaucoup de personnes, de personnalités, d’inspirations, de questions, d’enjeux en tout genre… mais ça restait à huis-clos, quelque part. Là, c’est comme donner naissance ! À la seconde 1 de la vie de mon premier enfant, j’avais été frappée de réaliser à quel point c’était déjà complètement quelqu’un, mais pas celui qu’on avait imaginé ! Là, je pense que ce sera un peu pareil.
Frédéric : Moi, je m’inscrirais une année après. Jusque-là, on a été dans une course effrénée à l’ouverture et ça va continuer. L’été prochain, il y aura du silence à Concorde. Dans le silence, il y aura une année de choses qui se seront passées. Je me réjouis d’avoir le temps d’absorber tout ça, voir comment ça résonne.
Une musique pour vous sentir bien ?
Frédéric : Captain, de Danitsa. C’est à la fois simple et très bien construit, joyeux, avec une forme d’affirmation positive… j’adore.
Eve-Anouk : [en voulant aller chercher sur son téléphone] Je peux répondre à côté ? J’ai réalisé que sur mes fils d’actualité, j’ai soit des vidéos de surfeurs de l’extrême qui frôlent la mort, soit des bébés dans des baignoires d’eau tièdes qui ont l’air d’être au Nirvana. Les deux états résument assez bien ma vie depuis quelques mois. Si on donnait ça à un psy il saurait quoi faire avec ! … mais ça n’a rien à voir avec la musique. J’écoute de la musique brésilienne en ce moment, je voulais aller chercher les titres mais je ne les connais pas.
Ce que vous avez le plus dit ces derniers jours ?
Eve-Anouk : Y a du réseau ?
Frédéric : (rire) Non… le mot qu’on a utilisé le plus ces derniers mois, c’est –
Les deux en même temps : – la joie.

