Théâtre

Charroi de la michée, Eric DEBONNEVILLE;

Des contes et des vignobles

La légende raconte que dans la campagne genevoise circulerait une drôle de troupe de comédien∙ne∙s. De gai∙e∙s luron∙ne∙s qui, à la nuit tombée, s’installeraient au cœur des vignobles pour raconter histoires et contes d’autrefois et qui, une fois la fin de l’été venue, disparaîtraient au détour d’un chemin…

Texte de Mélissa Quinodoz

Durant tout l’été, la Compagnie La Mouette propose, en collaboration avec plusieurs vigneron∙ne∙s genevois∙es, une œuvre un peu à part, présentée au cœur même des différents domaines. Dans la plus pure tradition du théâtre ambulant, les comédien∙ne∙s se produiront ainsi aux quatre coins du canton pour présenter La Charroi de la Michée, une pièce mêlant petite et grande histoire. Un spectacle inédit et populaire avec en guise de scène un simple chariot de bois et pour toile de fond la beauté du ciel nocturne.

Pour construire ce spectacle, la Compagnie La Mouette a choisi comme fil conducteur l’histoire de Michée Chauderon, dernière sorcière brûlée à Genève en 1652. Une histoire tragique, reflet d’une époque, à laquelle elle entremêle des contes et des légendes bien connus des Genevois∙es. Sont ainsi contées l’histoire de la Pierre aux Dames de Troinex, celle des pierres du Niton ou encore de Madeleine la fileuse. L’occasion de (re)découvrir ces légendes qui font partie intégrante de l’histoire genevoise.

Organisée en plein air, la pièce a aussi été imaginée pour mettre en valeur les domaines viticoles ayant accepté d’accueillir la troupe. À chaque lieu son décor et ses spécificités, le public découvre ainsi une œuvre un peu différente à chaque représentation. De village en village et de domaine en domaine les soirées seront par ailleurs l’occasion de goûter aux produits du terroir proposés par les vigneron∙ne∙s. Un moment convivial et festif en perspective, pour profiter pleinement de la chaleur de l’été.

Eric DEBONNEVILLE;

Photos: Eric Debonneville

En mêlant chansons, musique, mimes, comédie et danse, la nouvelle production de la Compagnie La Mouette a sans aucun doute de quoi plaire aux petit∙e∙s et aux grand∙e∙s. La pièce est drôle, pleine d’entrain et incroyablement chaleureuse. Pensée comme une œuvre de partage entre artistes, vigneron∙n∙es et spectateur∙ice∙s, La Charroi de la Michée évoque forcément la Commedia dell’Arte ou les théâtres itinérants si chers, par exemple, à Molière. Un format réussi qui convient parfaitement aux chaudes nuits d’été. Pour les amoureux∙ses de théâtre, de contes, d’histoires au coin du feu ou de nuits à la belle étoile, La Charroi de la Michée est sans conteste la pièce à ne pas rater cet été. Un moment suspendu hors du temps à partager entre ami-es ou en famille, un verre de vin à la main!

La Charroi de la Michée
Jusqu’au 28 août 2022
Divers lieux, Genève
Attention, certaines représentations sont déjà complètes.

Toutes les informations sur: www.cielamouette.ch

 

if...une odyssée verte

If… Une Odyssée Verte – Avec des arbres on refait le monde

La tournée romande de If… une Odyssée verte s’est terminée hier à Fribourg, sous le chapiteau des arTpenteurs établi pour l’occasion dans le jardin de l’Espace Nuithonie. Par son théâtre dans lequel se mêlent organiquement danse, musique et chant, la troupe nous parle d’héroïsme, de liens, de passé, de présent et du futur de la planète.

Texte de Katia Meylan
Photos: Félix Imhof

Lorsque l’on entre sous un chapiteau tout entouré de roulottes… on a envie de se faire raconter des histoires. On a les yeux écarquillés, les oreilles grandes ouvertes, on s’attend à croiser des regards, des chemins, des esprits qui ont voyagé loin. Et en effet, les artistes qui habitent ce beau lieu ont bien bourlingué. Depuis vingt ans, le théâtre itinérant des arTpenteurs partage ses créations au-delà de sa terre natale d’Yverdon-les-Bains. Pour sa trilogie consacrée à Homère, dont If… une Odyssée verte est le dernier volet, la compagnie a traversé l’Adriatique à la rencontre de publics et d’artistes de Grèce et de Bulgarie. Après Odysseus Fantasy (2018), voyage tout en songeries sur le thème de l’exil, et Odysséia (2019) qui se penchait sur l’hospitalité et l’hostilité, If… une Odyssée verte se préoccupe d’écologie en s’inspirant du passage d’Ulysse aux enfers, de façon un brin futuriste.

Le public est accueilli sur une musique électro par des personnages affublés de casques de silent party, réunis pour l’anniversaire de Télémaque. L’esprit peu à la fête, l’intéressée, inquiète, cherche à comprendre. Pourquoi son père a-t-il fait abattre l’if dans la cour? Pourquoi les membres de sa famille n’arrivent-ils pas à communiquer, pourquoi les liens semblent-ils coupés? Pourquoi manque-t-elle d’air? Quel est cet arbre dont elle rêve?
Son père arrive et chasse les fêtards. Il est le personnage pressé, agacé, qui a oublié l’anniversaire de sa fille, qui a autre chose à faire que se soucier d’un arbre coupé. Il parle fort, il se saoule. Il délaisse sa femme, Pénélope, passionnée de mathématiques. Est-il le méchant du conte? Non, il doit en être le héros, puisqu’il est Ulysse. Qui est cet Ulysse? Un homme de notre époque, engoncé dans les habitudes de sa vie confortable et qui ne comprend plus sa famille, qui aimerait jouir de la vie avant d’être vieux. Mais il est aussi le héros grec qui a voyagé et combattu victorieux, puisqu’il se souvient encore de cette vie-là, comme si son âme avait traversé les siècles… Ce personnage, le public veut le voir changer; il faut qu’il se réveille, qu’il écoute sa fille qui tire la sonnette d’alarme. Les dieux – qui n’ont pas été oubliés dans cette adaptation de l’Odyssée – veulent eux-aussi le voir changer… un peu de divertissement, que diable!

les arTpenteurs

Photo: Félix Imhof

De leurs hauteurs invisibles, ces derniers envoient alors sur terre leurs sirènes gesticulantes et hypnotiques, dont le langage saccadé est entremêlé de termes marketing, et les laissent planifier pour Ulysse un voyage dans les endroits les plus “hot” de la planète, tout au long duquel il devra se faire remarquer sur les réseaux sociaux. Arrivé dans l’espace, en plein doute, Ulysse, seul, observe la planète Terre à feu et à sang. Il veut alors redescendre, retrouver sa fille, prévenir la société.

Tout file dans ce texte de Domenico Carli, publié aux Editions d’En-bas et commandé spécialement par les arTpenteurs. Il faut dire que l’Odyssée est un sacré morceau à adapter, raison pour laquelle celui qui en 2014 s’était déjà attaqué à l’Iliade pour le metteur en scène Michel Voita, a choisi de se concentrer sur l’épisode de la descente aux enfers. “Me replonger dans L’Iliade et L’Odyssée a changé ma vie”, nous confie-t-il, alors que nous le croisions vendredi dernier à l’issue du spectacle. De la même manière qu’il a dû régulièrement le faire lors de représentations scolaires qui ont jalonnée l’année 2020, Domenico Carli nous partage son admiration pour Homère, heureux si sa pièce donne envie de retourner aux sources.

Dans ces scènes qui s’alternent rapidement, la mise en scène de Chantal Bianchi, co-fondatrice de la troupe, donne de nombreuses choses à voir, à entendre et à interpréter. Les rencontres, décisives dans l’action des personnages, sont évoquées en mouvement, en musique et en quelques paroles énigmatiques. Le superbe costume de l’arbre dont rêve Télémaque n’apparaît que quelques instants, qui nous laissent toutefois témoigner de l’étendue de la tessiture du comédien – et deuxième co-fondateur de la troupe – Thierry Crozat. Les artistes, dans la moiteur de ce mois de mai, changent de costumes, montent le long des poutres en bois, dansent, courent et sautent, accompagnés tantôt par une bande-son, tantôt par une pianiste et une violoncelliste en live.

if...une odyssée verte

Photo: Félix Imhof

Toutes et tous sont superbement justes dans leurs interprétations; les sirènes, à la fois drôles et effrayantes dans leur soumission au pouvoir, croisent leurs regards surnaturels avec ceux du public, tout proche. Mathilde Soutter, qui interprète Télémaque, fait preuve de coffre et de sensibilité, emplissant l’espace d’une énergie particulière – en plus de jouer du violon!

Le chapiteau, plus perméable aux éléments extérieurs qu’une scène de théâtre, a même permis certains moment de grâce inattendus, comme lorsque le vent a accompagné la dernière traversée de scène de Pénélope, dans un port d’héroïne, en venant soulever ses cheveux…

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Pour en savoir plus sur les volets 1 et 2 de la trilogie, où comment les arTpenteurs ont voyagé à travers l’Europe: l’article d’Aurélia Babey dans L’Agenda 80 

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Les arTpenteurs ont plusieurs actualités dans la région cet été, retrouvez leur programme sur www.lesartpenteurs.ch

Utopolis©Ana Lukenda

Utopolis – La ville et ses alternatives en partage

Si l’on considère que le théâtre permet d’observer notre réalité au travers du prisme de l’art, par son format inhabituel, le théâtre ambulatoire et participatif du collectif Rimini Protokoll ajoute à cela une dimension: celle qui nous implique, vous, nous, “professionnel·le·s du quotidien”,  dans le processus de création et de réflexion. Leur pièce, intitulée Utopolis, débutera le 13 mai prochain et propose d’envisager des alternatives à nos fonctionnements actuels le temps d’un cheminement dans Lausanne avec des compagnons inconnu·e·s. Stefan Kaegi, co-fondateur du collectif, nous parle de ce projet, cadeau éphémère à vivre dans le présent.

Texte de Katia Meylan
Propos recueillis auprès de Stefan Kaegi

Pour l’homme de théâtre maintes fois récompensé, l’occasion est spéciale, car s’il a monté plusieurs projets personnels à Lausanne ces dernières années, c’est la première fois depuis 2013 à Vidy que les trois membres fondateurs de Rimini Protokoll, Helgard Haug, Stefan Kaegi et Daniel Wetzel, y sont à nouveau réunis dans un projet commun. 

Parmi les créations de Stefan Kaegi, on se souviendra notamment de Boîte noire, théâtre-fantôme pour personne seule à Vidy pendant la période 2020… ou encore Remote Lausanne au Festival de la Cité en 2014. Se réunir au cimetière de Prilly avec un groupe de personnes, se munir d’écouteurs, monter dans le LEB et en perturber très légèrement l’environnement, marcher, passer devant ce que l’on voit tous les jours en se le faisant raconter par une voix informatisée, hésiter puis ne pas adresser un doigt d’honneur à l’autre moitié du groupe même si ladite voix nous le demandait, s’asseoir par terre dans le CHUV… sans aucun doute, les souvenirs de Remote Lausanne il y a huit ans sont encore bien présents dans mon esprit.

Retrouvera-t-on en Utopolis un dérivé de Remote Lausanne? Pas exactement, nous répond Stefan Kaegi. Dans Remote, une voix dématérialisée nous chuchotait comme un secret, dans des écouteurs individuels, ses réflexions sur une société telle qu’elle existe déjà. Alors qu’Utopolis, pour imaginer des alternatives à cette société, donne la parole aux voix et aux dialectes d’ici, aux intonations diverses, qui parlent d’utopie à travers un haut parleur à partager avec toute la ville. “L’histoire commune se crée par petites parts personnelles”, explique Stefan Kaegi.

Utopolis2©Ana Lukenda

Photo: Ana Lukenda

Ainsi, guidé par un “orchestre de hauts-parleurs qui synchronise et sonorise la ville”, le public déambule dans Lausanne par petits groupes de 5-6 personnes, avec pour point de départ l’un des 48 endroits participants. En effet, pour planifier cette déambulation d’environ 3 heures, Rimini Protokoll s’est adressé à 48 interlocuteur·ice·s, leur a posé des questions sur leur fonctionnement, sur leur idée de possibles utopies. Ce sont leurs réflexions que l’on entendra durant notre voyage. Parmi ces “agents d’accueil décentralisés”, on trouve des magasins, des bars, des associations, des kiosk, des bureaux d’architecte, des gymnases, parfois même des lieux auxquels on n’a habituellement pas accès… 

Lausanne, sur l’initiative du Théâtre de Vidy et de Plateforme 10, est la quatrième hôtesse de l’expérience Utopolis, après Manchester, Köln et Saint-Pétersbourg. “Vous imaginez que c’est tout autre chose de jouer dans un endroit où ils disent que l’utopie est quelque chose qu’ils ont déjà connu”, mentionne Stefan Kaegi à propos d’une expérience vécue en Russie. Ainsi, du point de vue du contenu et des réflexions, les visions diffèrent, tout comme les problématiques plus “techniques”: le metteur en scène nous raconte une ancienne billetterie de train ou un tribunal, lieux fascinants investis dans les autres villes, qui n’existaient pas à Lausanne ou auxquels ils n’ont pas eu accès. “Il faut réinventer d’autres histoires, d’autres points de départ à chaque fois. On continue à écrire notre grand livre de l’Utopie!”.

Il ajoute, reconnaissant envers le Théâtre de Vidy avec qui il collabore régulièrement: “C’est un défi pour les théâtres de nous programmer. Ce n’est pas juste un accueil, mais cela témoigne d’une envie de participer à l’invention d’une vision du monde”. 

Comme Rimini Protokoll et les 48 interlocuteur·ice·s avant lui, le groupe qui déambule aura lui-aussi la possibilité de se faire co-auteur de l’histoire. Pour ce faire, le collectif a imaginé un système d’écriture collective de l’Utopie… mais Stefan Kaegi n’en dévoile pas plus, nous laissant la découverte pour la semaine prochaine. Plus que des résultats ou des archives, nous dit-il, l’esprit qui anime Utopolis est l’éphémère, le partage, et l’envie d’attester de réalités sociales ou politiques, mais de réaliser que ces réalités pourraient aussi être différentes, et que ce qui nous entoure est ouvert à des modifications. 

Utopolis Lausanne
Du 13 mai au 4 juin 2022
Divers points de départ seront annoncés aux participant·e·s 12h à l’avance par email

vidy.ch/utopolis-lausanne

Reine

Elektra – Une page sombre 

À l’issue de la répétition générale de sa mise en scène d’Elektra, c’est un Alexandre Païta fatigué mais l’air confiant qui a pris congé de nous aux portes du Théâtre des Grottes. Dans nos têtes, réminiscences de la pièce, quelques images teintées de rouge laissent l’empreinte d’une ombre.  

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Dans le noir et baigné de rouge, le roi Agamemnon, visage casqué, nous apparait pour narrer les détails de son assassinat par son épouse et l’amant de celle-ci. À terre, sa fille Électre se répète ces mêmes mots, ces horribles gestes, litanie qu’elle a dû rejouer dans son esprit sans relâche depuis des années. Obsession, haine, solitude, hystérie sont les états qu’elle traverse dans son envie de vengeance. Seul l’anime le désir de faire payer aux coupables leur crime. Pour cela, elle compte sur l’aide de sa sœur Chrysothémis, enfermée avec elle, ou de son frère Oreste, chassé enfant de la demeure royale, qu’elle espère voir revenir.

Inspirée de la tragédie grecque de Sophocle, la pièce ne nous fait à aucun moment espérer un soulagement.
Ce n’est pas le point culminant dont rêve Électre qui frappe le public. Ce coup, lui, nous laisse de marbre: un homme frappe, l’autre tombe mollement engoncé dans des tissus. Mais après tous ces jeux de pouvoir, ces peurs cachées ou révélées, pouvait-on en sortir indemne? Une autre résolution, plus terrible peut-être que le meurtre, nous fige.

Ce sont sans lumière d’un doute les femmes qui sont les flammes, les cendres et les ombres de la pièce. Dans le trio mère-soeurs se mêlent les passions et s’expriment les troubles de l’âme humaine. “À qui profite un tel tourment?” demande la douce Chrysothémis, frêle lueur essayant de ne pas se laisser éteindre. Les deux sœurs foulent la terre qui couvre le sol de la scène, l’empoignent ou s’y couchent, comme pour trouver un point d’ancrage à leurs sentiments. Plus les sœurs se parlent et se touchent, plus leurs esprits s’éloignent dans les désirs diamétralement différents qui les animent. L’envie d’oublier, de fuir et vivre enfin n’atteint pas Électre, qui creuse son désespoir.

Elektra

Alexandre Païta et Morgane Lerena Lopez. Photo: David Jimenez

Assis dans le public, que faire de ces passions mythiques qu’on juge presque trop hystériques? 

Ce ne sont pas les mythes qui intéressent Alexandre Païta, mais ce qui le touche dans la poésie des auteurs qui les ont retranscrits. Après Shakespeare, Tchekhov, Anouilh ou encore Lorca, c’est les mots du dramaturge allemand Hugo von Hofmannsthal que le metteur en scène, qu’aucune intensité n’effraie, travaille ici comme un dentellier – selon son image – avec ses comédien·ne·s. En particulier avec Morgane Lerena Lopez, qui tient le rôle d’Electre et qui, dans sa voix, dans ses yeux, dans ses mains, dans sa manière animale de se mouvoir, transmet tout le désespoir d’une âme.

La question reste, que faire de cette noirceur? Simplement la vivre, comme un moment parmi nos tranches de vie, nous suggère Alexandre Païta de sa voix qui vient des tripes. On peut tourner la page, nous répond-il, l’important est de l’avoir vécu. De l’avoir vécu, transcendé par la scène. 

Elektra
Du 26 mars au 3 avril 2022
Théâtre des Grottes, Genève
compagniealexandrepaita.ch 

Photo d’en-tête: David Jimenez

Le père 2

Il faut bien que vieillesse se passe

Chef d’œuvre de Florian Zeller, Molière de la meilleure pièce en 2014 et primé aux Oscars 2021 pour son adaptation cinématographique, Le Père est à découvrir ou à redécouvrir jusqu’au 6 février au Théâtre Alchimic dans une mise en scène de Pietro Musillo particulièrement réussie.  

Texte de Margaux Sitavanc 

“Pardon d’exister!”, lance André, excédé, à sa fille Anne. André, c’est un vieillard de 80 ans au caractère bien trempé mais dont les souvenirs parfois se brouillent. Souvent, il ne sait plus où se trouve sa montre, qu’il a pourtant cachée lui-même pour éviter que l’aide-soignante dont on lui a imposé la présence ne la lui dérobe. André, formidablement interprété par Armen Godel, a bien du mal à comprendre le sang d’encre qu’Anne semble se faire à son sujet. Il soupçonne d’ailleurs que la malheureuse n’ait plus toute sa tête, tant ce qu’elle lui raconte parfois n’a aucun sens. Et puis il y a Pierre, ce “type” avec qui Anne vit désormais et qu’il “ne sent pas”.

Le père

Le Père. Photo de Isabelle Meister. Sur la photo: Céline Goorghmatigh (la fille, Anne) et Armen Godel (le père, André)

De la pièce de Zeller, on oublie parfois son sous-titre, Farce tragique. Face au désarroi d’André, atteint de démence, ou par la maladie d’Alzheimer – le texte renonce à nommer cette force qui le soumet chaque jour davantage – on oscille entre le dramatique et le comique, entre le rire (qui a retenti franchement à plusieurs reprises dans l’assemblée) et les larmes. Car si la détresse du personnage d’André nous émeut lorsqu’il croit être chez lui alors qu’il vit à présent chez sa fille, ou encore quand il surprend une conversation entre elle et Pierre où ce dernier tente de la persuader de placer son père dans une institution spécialisée, on rencontre également, comme dans la vie, des situations incongrues et désopilantes.

L’absence de construction linéaire de la pièce, les nombreux changements d’agencement du décor ainsi que l’interprétation des personnages qui entourent le père par des comédiens et comédiennes différent∙e∙s font que l’assistance n’est pas épargnée par le sentiment de confusion éprouvé par le père. “Ce personnage croit voir une personne alors qu’en réalité il s’agit d’une autre. Les mêmes scènes sont répétées selon plusieurs versions successives. Cette situation laisse le père dans un inconfort terrible car il ne sait plus quelle vérité choisir et à qui il affaire”, indique Pietro Musillo. La dernière partie de la pièce, particulièrement bouleversante et portée par un jeu d’une grande justesse, évoque la chute du personnage fantasque du père, son glissement vers un monde où il appelle sa propre fille “maman” et tente, tant bien que mal, de retenir ses souvenirs qui lui filent entre les doigts.

“J’ai l’impression de perdre toutes mes feuilles, les unes après les autres… Je ne comprends plus ce qui se passe”.

Le Père
Jusqu’au 6 février 2022
Théâtre Alchimic
alchimic.ch

Je Suis Grecque

Chanter la liberté

En incarnant Melina Mercouri dans son nouveau spectacle musical, Nathalie Pfeiffer nous invite à savourer bien plus qu’un parfum de légèreté sur les rives du Léman. Je suis Grecque nous emmène au tournant d’une carrière sacrifiée afin de porter la voix d’un peuple réduit au silence.

Texte et propos recueillis par Coralie Hornung

Le 21 avril 1967, l’armée prend le pouvoir en Grèce alors que la chanteuse et actrice Melina Mercouri, reconnue internationalement comme meilleure actrice pour le film Never on Sunday au Festival de Cannes de 1960, continue à susciter un engouement pour la Grèce et domine la scène de Broadway. Melina fait face à un dilemme cornélien: poursuivre sa brillante carrière internationale ou profiter de la visibilité que lui offre sa notoriété afin de porter la voix de son pays réduite au silence par l’armée. C’est sur ce dilemme que s’ouvrira la pièce mise en scène par Jean Chollet et interprétée par Nathalie Pfeiffer, Christophe Gorlier et Raphaël Tschudi.

Pour Nathalie Pfeiffer qui porte le projet, la genèse de la pièce remonte au 33 tours qui tourne en boucle dans la maison de son enfance à la Tour-de-Peilz et fait résonner le cri du cœur de Melina Mercouri contre les colonels, à des kilomètres du conflit. D’abord touchée par la voix et l’énergie qui se dégage de cette musique, Nathalie connaîtra rapidement par cœur les chansons de Melina. Elle comprendra ensuite la puissance et la profondeur de ce qu’elle exprime en écoutant les récits d’une proche amie de sa mère, épouse du réalisateur grec Robert Manthoulis. C’est donc naturellement que Nathalie Pfeiffer choisira de porter un projet sur Melina Mercouri, à l’occasion du centenaire de la naissance de cette dernière.

En mars 2020, alors que la Suisse est confinée et que le monde de la culture semble être mis sur pause, on s’affaire dans le studio SUBA CFS sous la direction du percussionniste Robin Vassy qui crée les arrangements musicaux à l’oreille en écoutant les chansons de Melina. Chaque instrument sera enregistré individuellement avant d’être mixé pour que Nathalie Pfeiffer puisse finalement poser sa voix, dans le respect des arrangements musicaux originaux de 1970 et des contraintes sanitaires de 2020. Le résultat est époustouflant et deux extraits sont disponibles sur le site de la Compagnie Paradoxe. Le spectacle donne une importance toute particulière aux chansons qui sont un cri de guerre plutôt qu’une mélodie d’accompagnement. L’auteur et metteur en scène Jean Chollet nous offre bien plus qu’une rétrospective nostalgique et mélodieuse de la carrière de Melina Mercouri. Spectateurs et spectatrices sont invité∙e∙s à découvrir la puissance et l’allégresse avec laquelle une femme brise le silence imposé à son peuple et sacrifie sa carrière pour chanter la liberté.

7_jours Simon Labrosse

La création de Simon par Simon

Les sept jours de Simon Labrosse nous présentent Simon Labrosse, chômeur qui peine à payer son loyer, dans sa quête de travail. Mais pas n’importe quel travail, celui qui comblera ses rêves et qui lui permettra de s’affirmer en tant qu’être vivant. Nous suivons l’homme dans son vaventure de sept jours symboliques, durant lesquels il s’inventera nombre de métiers tout aussi pertinents que vains.

Texte et propos recueillis par Alexandre Romi

Cette pièce a été écrite en 1995 par l’auteure Carole Fréchette, au Québec. Sous le couvert d’un ton léger et d’une aventure rocambolesque, la Canadienne montre les dynamiques humaines modernes et les drames qu’elles engendrent. En effet, Simon Labrosse, pauvre en tous points, sauf en imagination et en bonté, n’a comme seul défaut le fait de vouloir travailler selon ses aspirations, certes abracadabrantes. Il en résulte la solitude, le désarroi, mais toujours dans la bonne humeur. Car c’est bien la comédie poétique d’une tragédie quotidienne que nous dépeint la dramaturge, portant tout autant au rire qu’à la réflexion.

Sylvain Ferron et Dominique Gubser de la compagnie Passe Muraille se sont emparés du texte québécois, qui les a fortement touchés, afin de le mettre en scène. Le duo nous précise que le choix des acteur∙ice∙s s’est fait naturellement, selon l’intuition propre aux gens du métier. D’abord, Dominique Gubser joue le seul rôle féminin de Nathalie, qui rejoint l’aventure de Simon en répondant à une petite annonce afin de gagner des sous et conter son histoire. Ensuite, David Casada incarne Léo, meilleur ami de Simon et pessimiste paumé. Enfin, le choix d’Angelo Dell’Aquila pour incarner le fameux Simon Labrosse est apparu comme une évidence pour représenter ce joyeux désargenté.

Photo: Carole Parodi

Le duo nous a expliqué avoir appliqué une mise en scène résolument théâtrale, selon l’objet de la pièce, mais y avoir ajouté une forte référence à l’image, car désormais le rapport à l’image est prégnant dans notre société, encore plus qu’au moment de l’écriture de la pièce. Pour le retranscrire au mieux, ils ont choisi de placer en fond de décor un mur de téléviseurs cathodiques, vestige des années 80, reflétant les émissions et les publicités vues par Simon tout au long de la pièce, au point qu’elles se reflètent dans ses pensées. Outre le défi technique de programmation et de mise en place, ces écrans auraient pu noyer la pièce en la surchargeant d’images, nous explique Sylvain Ferron, mais, avec sa comparse, ils ont travaillé pour donner un vrai sens narratif à ce mur visuel et l’inscrire comme support de la pièce.

Au-delà de cet artifice narratif, le texte n’a subi que quelques modifications par souci de modernisation. De plus, les références à des lieux précis, notamment au Québec d’origine de l’auteure Carole Fréchette, ont été gommées, afin d’universaliser la pièce, puisque la réalité que brosse Simon est une vérité qui touche l’ensemble des populations des grandes villes.

Cette vérité, c’est celle d’un être humain en accord avec lui-même, qui cherche à poursuivre ses rêves d’enfant tout en pratiquant un travail d’adulte. Néanmoins, la corrélation de ces deux aspects s’avère impossible dans la société capitaliste moderne. En effet, Simon cherche à être utile aux gens, à combler leur manque de présence, à finir leurs phrases et d’autres métiers invraisemblables mais pourtant nécessaires à ses client∙e∙s potentiel∙le∙s. Ce marginal tente de transformer ses idées et ses services en biens monnayables, selon le principe capitaliste et afin de s’assumer économiquement. Mais lorsque vient le moment de payer, aucun∙e de ces client∙e∙s ne comble l’attente de Simon, et le malheureux reste bredouille. Cependant, fort de son imagination et de son intelligence, il n’abandonne jamais.

Photo: Carole Parodi

Simon Labrosse incarne donc l’espoir, la résilience absolue et malheureusement naïve d’un rêveur optimiste qui s’assume en tant qu’adulte, et qui déploie tous les rouages de la société moderne pour apporter du bonheur aux autres tout en gagnant sa croûte. Malgré sa détermination, sa créativité et son argumentaire, sa quête demeure vaine, car, et c’est là l’essence de la critique, notre société ne se préoccupe pas du bonheur des individu∙e∙s, mais du profit impersonnel. Les deux artistes ont souligné l’impact du Covid sur l’équipe et sur la pièce, qui aurait dûêtre initialement jouée l’année dernière. Tout en répétant, l’équipe avait travaillé sans savoir si elle pourrait jouer. En 2020, seul un petit public, majoritairement de collègues, avaient pu assister à la pièce. Comment ne pas être marqué par le message de la pièce, alors même que les théâtres, jugés “non essentiels”, ont été mis sur la sellette, de même que les comédien∙ne∙s? Suivant le message d’espoir de Simon, qui a fortement touché l’équipe d’après nos interlocuteur∙trice∙s, tout le monde avait tenu bon, et l’impact sur les quelques spectateur∙trice∙s s’en était fait ressentir.

En guise de conclusion, nous avons demandé au duo s’ils trouvaient le spectacle drôlement triste ou tristement drôle. Ils nous ont affirmé que le spectacle était tristement drôle, “par la candeur de Simon, qui tente ce qu’un adulte n’ose pas par soucis de conformité”, rendant la pièce à la fois comique et poétique. L’espoir et la persévérance sont désormais récompensés, puisque la pièce est reprogrammée pour la fin de cette année. L’équipe est impatiente de remonter sur les planches et de renouer avec le public, afin “d’enfin voir le bout de l’histoire”.

Les sept jours de Simon Labrosse
Du 30 novembre au 19 décembre 2021
Théâtre Alchimic, Carouge, GE
www.alchimic.ch

Il faut travailler, travailler!

Les Trois Sœurs de Tchekhov, dans une mise en scène de Gianni Schneider, a vu sa première se dérouler hier soir au TKM Théâtre Kléber-Méleau. Auteur russe et compagnie lausannoise, le combo a fait salle comble! On souhaite à cette création le même succès pour ses dates à venir, jusqu’au 21 novembre.

Texte: Katia Meylan

Olga, Macha, Irina. Trois sœurs dont le deuil du père se lève après une année, espèrent être à l’aube d’une nouvelle vie. Jour et nuit elles ne rêvent que de quitter la bourgade de campagne ennuyeuse où leur père s’était vu affecté, et retourner à Moscou. Elles ont de grands espoirs pour leur frère, Andrei, qui deviendra sûrement professeur. Enfin! Tous les livres qu’elles ont lus, toutes les langues qu’elles ont apprises ne seront plus autant d'”appendices inutiles”; la benjamine, Irina, ira même travailler. Travailler! Elle en rêve. N’est-ce pas merveilleux, n’est-ce pas là ce pour quoi l’être vit? Mais les années passent, un an, cinq ans, et sans vraiment savoir pourquoi, l’inertie, les événements les empêchent de quitter cette maison qui les oppresse.

La compagnie Gianni Schneider réalise ses créations d’après des textes forts qui incitent à se positionner. Dans Les Trois Sœurs, les personnages sont les réceptacles et leurs interprétations les poids qui font peser la balance du côté de la comédie ou de la tragédie. Et le metteur en scène semble bien avoir lesté le côté comédie. Andrei, notamment, interprété par un Vincent Bonillo au ton désabusé lâché dans le vide, est magistral. Juan Bilbeny, dans le rôle du baron oisif qui courtise Irina, fait rire par ses mouvements désorganisés et ses pauses appuyées. Quant aux personnages de Fiodor (le mari de Macha) ou Natacha (la femme d’Andrei), c’est l’exagération de leurs caractères respectifs qui amusent; le premier est un naïf gentillet, la deuxième une belle sœur envahissante au pas affirmé, à la voix et aux tenues criardes.

lauren-pasche
Photo : Lauren Pasche

Le langage corporel, lui, transmet son propre message. Campées très droites sur leurs talons, bien réparties à distance sur la scène, les trois sœurs semblent sûres de leur avenir. Plus les années passent, plus le face à face avec les déconvenues les rapprochent, physiquement pour un bien ou pour un mal, des autres personnages.

Autour de la famille gravitent en effet des connaissances, officiers de la garnison en poste ou barons, qui vont et viennent au rythme des fêtes d’anniversaire ou des incendies. Dans le texte de Tchekhov, chacun de ces personnages soulève des questionnements existentiels, par ses mascarades, ses sursauts de conscience ou sa propension à philosopher. Tant de questionnements, de prises de conscience qui mènent à une introspection.

Remarque-t-on le bonheur lorsqu’il est là, ou ne peut-on que le rêver? Est-on vraiment là, ou n’est ce qu’une impression? La vie dans cent ou mille ans sera-t-elle inchangée, ou au contraire, est-ce que tout change constamment? Si l’on savait pourquoi on était là, tout serait plus simple. La vie s’écoule de nos veines. Ce qu’on a su s’échappe de nos têtes.

“Et maintenant il faut vivre”.

Les Trois Sœurs
Jusqu’au 21 novembre 2021
TKM Théâtre Kléber-Méleau

La grande parodie genevoise

Pour fêter la fin d’année, Genève se met sur son 31 en rire, danse et chanson. La Revue genevoise reprend le style désormais classique du cabaret-théâtre et plusieurs comédien-ne-s et danseur-euse-s reviennent sur les éléments marquants de 2021 avec humour et talent.

Texte: Alexandre Romi 

C’était la première fois en deux ans que je me rendais dans une salle aussi pleine. Je retrouvais la bonne vieille salle du Casino-Théâtre, avec ses sièges de velours rouge, ses balcons et ses moulures décoratives. Bien que le public n’ait été prévenu, la salle était apparemment en travaux, à en croire la première scénette. Nous avons ainsi assisté à la presque rénovation du théâtre, du moins au nettoyage, aussi peu efficace que possible, mais aussi drôle que nécessaire. Nettoyage effectué par nulle autre que Claude-Inga Barbey, qui interprète son fameux rôle de Manuela, femme de ménage à la langue bien pendue qui tente simplement de nettoyer le “bordel” laissé par les neuf acteur·trice·s et les six danseur·euse·s entre plusieurs scènes.  

Et du bordel ils en font! Les nombreux décors, effets lumineux, costumes et accessoires nous nous ébahissent, tant par leur variété que par leur qualité. Les scènes sont tout autant variées, allant de la politique genevoise tumultueuse à la finale de l’euro en passant par le covid. Le public autour de moi, moi inclus d’ailleurs, riait à gorge déployée devant l’incarnation somme toute fidèlement parodique de Vladimir Poutine par Jean-Philippe Meyer, ou lors du “One man Circus” de Laurent Deshusses. La qualité des intermèdes musicaux n’est pas en reste, car, même si la plupart des interprètes ne ferait pas se retourner un seul siège à The Voice, l’ensemble était très réussi, sublimé par des chorégraphies de qualité. 

Photo: Igor Kromov

Personnellement, j’ai beaucoup apprécié les parties sur la politique, sur la culture et sur la médecine, qui étaient à la fois criantes de vérité par certains aspects tout en demeurant totalement satirique. Les interventions d’Alain Berset, nous enjoignant expressément à ne pas rire pour des raisons sanitaires et de médiocrité du spectacle, n’ont heureusement pas été respectées, tandis que Guy Parmelin nous montrait son fameux talent de polyglotte. 

Quelques rares scénettes étaient moins à mon goût; j’ai notamment trouvé que le propos du sketch sur le harcèlement en magasin, seul sketch où je n’ai pas saisi la référence d’ailleurs, était gênante, car il suggérait que les jeunes vendeuses étaient responsables de l’attitude machiste et harcelante de leur patron. En outre, j’ai constaté que certains éléments abordés dans le spectacle ont été tellement omniprésents cette année que les gens n’étaient pas forcément content·e·s de les aborder à nouveau, notamment sur le vote des femmes, et, d’un point de vue plus personnel, la victoire sur la France au football, bien que la scène constitue une très belle conclusion au spectacle. 

Photo: Igor Kromov

En guise de conclusion, j’ai été émerveillé par le brio du jeu et la diversité des pièces, entre théâtre, danse et concert, qui valent à mon avis le détour. C’était même un véritable feu d’artifice consacré à l’humour, j’entends

La Revue genevoise 
Du 14 octobre au 31 décembre 2021 
Casino-Théâtre, Genève 
www.larevue.ch  

Deux frères sous les étoiles de Cologny

Quel plaisir de retrouver les arts vivants (et bien vivants!) après une si longue hibernation. Qu’importent les masques, l’enthousiasme, lui, est bel et bien contagieux et on sent une certaine fébrilité dans l’air au moment où le public se rassemble dans l’herbe de la Fondation Bodmer, ce mardi soir, pour assister à une création du Théâtre Le Crève-Cœur réimaginée en extérieur. C’est avec une gratitude attendrie qu’on s’assied et qu’on se met à suivre le fil d’une rencontre plus amère que douce entre deux frères qui se retrouvent pour mieux se séparer. En espérant, nous, public, avoir retrouvé nos chers artistes pour de bon après une trop longue séparation.

Texte: Athéna Dubois-Pèlerin

© Loris von Siebenthal

Pour donner ce qu’on espère être le coup d’envoi de la saison théâtrale genevoise post-Covid, il ne fallait nul autre que l’indémodable Joan Mompart à la direction artistique. Signée Rémi De Vos, D’Eux est née de discussions entre le dramaturge français et le metteur en scène romand, lors du premier confinement. Comédie écrite à l’encre noire de son époque, D’Eux est une histoire de frères: deux, séparés par une apostrophe autant que par le poids des non-dits. Ils se retrouvent, se parlent et ne se disent rien, cherchent désespérément un point commun, quelque chose qui les rassemble, et ne trouvent rien. La conversation s’enlise et chaque banalité échangée creuse un peu plus l’abîme qu’ils sentent entre eux.

Mais voilà que de l’abîme suinte un début de confession, et soudain jaillit un torrent fielleux et libérateur: c’est le déluge. Et rescapés sur leur petite arche, les deux derniers de leur famille, les frères de se regarder sans pour autant se reconnaître davantage qu’auparavant.

Pièce de la dissonance, D’Eux esquisse avec une tendre cruauté l’histoire d’un rendez-vous manqué. Le lien fraternel, si souvent idéalisé, devient ici une force d’aliénation d’autant plus aiguë qu’elle se double d’un sentiment d’échec affectif. La main brièvement tendue vers son semblable se retire, et ne reste que l’amertume de le sentir si profondément autre.

 À la manière peut-être d’un Jean-Luc Lagarce, Rémi De Vos vient remuer les eaux dormantes du huis clos familial pour mettre au jour, sous la surface tiède des sourires et des aménités, le bouillonnement inavouable des frustrations et des ressentiments. Sous la direction experte de Joan Mompart, les deux acteurs Antoine Courvoisier et David Gobet brillent dans l’exercice difficile du duo boiteux, et parviennent subtilement à faire affleurer, sous l’apparente trivialité des dialogues, l’autre conversation, celle que les personnages n’arrivent pas à avoir et qui les hante jusqu’au débordement final.

Au moment où le rideau tombe – métaphoriquement parlant – on émerge du spectacle plus convaincu que jamais du caractère essentiel du théâtre, en tant que lieu où la parole, sublimée, incarnée dans le comédien, résonne de manière plus vraie qu’ailleurs. Un seul souhait dès lors: du théâtre, encore, à 500 ou à 50, sur des sièges matelassés ou les pieds dans l’herbe, entre quatre murs ou à la belle étoile. Un grand bravo au Crève-Cœur, à la Fondation Bodmer et aux artistes!

D’Eux
Jusqu’au 22 mai 2021
Fondation Martin Bodmer
https://lecrevecoeur.ch/spectacle/deux/

Le conte des contes (2)

Il était une fois… Cendrillon décapitant sa marâtre

Le Conte des contes, c’est un recueil de contes populaires italiens assemblé par Giambattista Basile entre 1634 et 1636, soit un demi-siècle avant Charles Perrault et deux siècles avant les frères Grimm. Et à en juger par cette adaptation théâtrale, ils sont aussi bien plus violents et crus! Comment Omar Porras, qui a déjà démontré son univers onirique et coloré, s’est-il emparé du recueil?

Texte: Yohann Thenaisie

La métahistoire est posée par sept personnages hauts en couleurs: un extravagant narrateur empruntant à Gomez de la famille Adams, une femme fatale, un jeune garçon à l’air nigaud, une soubrette ténébreuse, un père à la pilosité faciale d’un loup-garou, un cuisinier métalleux aux paroles entravées par un masque et une gamine binoclarde je-sais-tout. L’enjeu, c’est de sortir le jeune garçon de sa torpeur par le remède… des contes! Cette structure permet de naviguer d’un conte à l’autre. Mais au fil de la plongée, la métahistoire se délite de plus en plus et ses contours deviennent flous… Le parcours se fait sans itinéraire, au gré des chahuts des courants divers. On barbotte gaiement dans le monde du gag, avec des effets comiques de chœur et des chansonnettes infantilisantes. Soudain, une créature nous entraîne par le fond pour une violente plongée dans le glauque, le morbide, inspirée du théâtre parisien du Grand Guignol. Des bêtes décharnées. Du viol. De l’inceste. Des membres tranchés. On nage en eaux troubles… les personnages disparaissent, se dédoublent, les histoires se mélangent. Le manque d’oxygène laisse progressivement place au délire, et le style transitionne à la comédie musicale, au cabaret burlesque avec son lot de paillettes. À la question: “À quelle sauce présenter ces contes?”, le spectacle répond par: “Toutes!”.

Photos: Mario Del Curto

Le jeu d’acteur est excellent – une belle place étant faite à Philippe Gouin tenant le rôle du narrateur. Les comédien·ne·s démontrent leur polyvalence en chant, slam, danse et instruments, et le rythme est supporté par la musique composée pour le spectacle par Christophe Fossemalle. Comme toujours, Omar Porras apporte une grande attention à l’esthétique, à l’atmosphère dégagée par l’ensemble des costumes, accessoires, lumières et effets spéciaux.

C’est un beau monstre à plusieurs têtes, plusieurs styles, et plusieurs histoires qui a été mis au monde après la gestation prolongée imposée par la pandémie. Un monstre qui donne nous fait rire, mais nous donne aussi envie de vérifier sous notre lit le soir…

Suite aux mesures prises le 28 octobre par le Conseil Fédéral, la pièce sera jouée au TKM jusqu’au 1er novembre (au lieu du 22 novembre), avec une limite de 50 spectateur∙trice∙s par séance: www.tkm.ch/representation/le-conte-des-contes-2/

Puis au Théâtre de Carouge du mardi 12 au dimanche 24 janvier 2021:
theatredecarouge.ch

La Possession (2) Photo : Samuel Rubio

Angoisse à Vidy: La Possession ou le cauchemar de n’être plus soi-même

Jusqu’au 31 octobre, le Théâtre de Vidy présente La Possession de François-Xavier Rouyer. À l’heure où les animations macabres d’Halloween, qui essaiment en général à cette période de l’année, succombent les unes après les autres aux restrictions sanitaires, la grand-messe annuelle du frisson se tiendra cette année sur les planches. Sous une lumière blafarde, la pièce de Rouyer se déploie lentement comme un monstre tentaculaire, pour donner corps à l’une des angoisses humaines les plus profondes: la perte du moi, aspiré par un corps étranger, rongé de l’intérieur par une force hostile. Avis aux adeptes de sueurs froides…

Texte: Athéna Dubois-Pèlerin

“Je voudrais savoir s’il est possible d’épouvanter au théâtre, de faire dresser les cheveux sur la tête comme cela arrive parfois au cinéma ou dans la vie”, s’interroge l’auteur et metteur en scène. Depuis sa genèse littéraire, le genre dit “d’épouvante” a pour vocation de mettre au jour nos terreurs primitives, dont la plus fondamentale est sans doute la peur de l’altérité menaçante, quelle que soit sa forme. Le fantasme spécifique de la possession a été exploré tant de fois à l’écran qu’il est devenu l’un des principaux ressorts du cinéma d’horreur: l’imaginaire collectif est hanté (c’est le cas de le dire) par des scènes d’Alien ou de L’Exorciste, qui figurent une invasion – matérielle ou psychique – du corps, espace intime supposé jusque-là inviolable.

S’il reste plus difficile d’effrayer sur les planches qu’à l’écran (effet de réel oblige), transposer cette thématique-là sur la scène s’impose presque comme une évidence, le théâtre étant l’art de la possession par excellence. Transfiguration du comédien, métamorphose de la comédienne, qui exécutent dans la chair cette “expérimentation éternelle d’être autre, […] de se dédoubler”. L’interprète se laisse posséder par son personnage, qui se voit à son tour possédé par une puissance qui le subjugue. Délicieux vertige de la mise en abyme théâtrale.

Photo: Samuel Rubio

L’intrigue de la pièce est aisément résumée: une femme, mal dans sa peau, décide de prendre possession d’un autre corps. Mais on ne brise pas impunément le lien qui unit un corps à son esprit… Et c’est bien là que repose la charge horrifique de la pièce, brillamment emmenée par un casting des plus affûtés. Au-delà de la performance impressionnante des comédiennes, qui se métamorphosent sous nos yeux, on se sent saisi∙e de malaise à la vue de ces êtres vidés de ce qui faisait leur singularité un instant auparavant. Corps parasité par une conscience qui n’est pas la sienne, esprit piégé dans une enveloppe qu’il ne reconnaît pas, carcasse humaine abandonnée à l’état de coquille vide: on s’étonne soi-même de constater à quel point l’indivisibilité du corps et de l’âme répond à une loi naturelle, qu’il est angoissant de voir enfreindre. La scission est vécue comme une mutilation, et perçue comme telle par le spectateur, qui ne peut que s’interroger sur sa propre essence – et se laisser gagner par la peur de la perdre. N’est-ce pas là la fonction d’une excellente œuvre d’horreur: susciter l’introspection par le biais de l’épouvante?

La Possession
Jusqu’au 31 octobre
Théâtre de Vidy
www.vidy.ch

Vous êtes ici - Les Ruines (3) Photo : Samuel Rubio

Vous êtes ici (2): Comment se réinventer après une catastrophe?

La rue du Cheval-Blanc à Genève est agitée ce soir. Faute de pouvoir se retrouver serrés les un·e·s aux autres dans l’espace restreint du POCHE, les nombreux·ses spectateur·trice·s discutent allègrement dans la ruelle. Bientôt, ils gagneront leur siège rouge, et tenteront de se replonger dans l’univers parallèles qu’ils ont quitté à la fin du premier épisode de Vous êtes ici.

Texte: Maëllie Godard

Dans l’immeuble genevois, le sol n’est plus droit, et on s’ennuie, on regarde dans le vide, on se laisse happer par le visage des disparu·e·s, on essaie d’imaginer un nouveau futur. Qui sait ce qu’il se passe dans la tête de tous ces personnages au regard vide et fatigué? Comment se réinventer dans la tempête, comment faire le deuil de celles et ceux qu’on n’envisageait pas perdre si tôt ?

Photo: Samuel Rubio

Lucas est tiraillé. Il aime sa fille, veut être présent pour elle. Mais il voit aussi dans l’avènement de ces failles l’ultime opportunité d’utiliser une caméra, et d’offrir son regard à la société. C’est important pour les gens d’aujourd’hui et demain de voir ce qu’il se passe en ce moment.

Sa femme médite la mort de sa sœur, et essaie de comprendre les écrits qu’elle a laissés derrière elle sans explication.

Mad est hantée par Joao, son amoureux mort dans la faille. Elle refuse à être comparée à sa mère. Elle veut partir, dieu sait où. Elle est enceinte.

On rencontre aussi le propriétaire de l’immeuble. La situation inédite questionne son rôle, est-ce que la terre n’appartient jamais à quelqu’un? Quels sont ses droits sur les vies des personnes qu’il héberge, sur leur décision?

Les jeunes du 6e ont trouvé des champignons qui produisent de la lumière. Ils continuent à chercher des manières justes de partager le monde qui arrive. Ils s’affrontent et se heurtent aux autres générations moins flexibles au changement.

Miguel le concierge et la mère de Mad apprennent à se connaître, à se plaire. Est-ce juste le désespoir et la solitude? Peu importe au final.

Après la catastrophe, il faut apprivoiser le temps. Se familiariser avec les heures qui s’étirent. De nouvelles préoccupations ont remplacé les anciennes. Aujourd’hui on se demande comment trouver des médicaments, s’il faut ou non se faire vacciner, des obligations remplacent ce qui était avant des choix.

Photo: Samuel Rubio

Malgré des horizons et des projets différents, les personnages se rejoignent à un moment de l’épisode pour chanter ensemble. Ils chantent l’amour, mais aussi la difficulté de l’exprimer. Il existe des choses qui les rassemblent. J’ai pensé en les regardant que c’est tout naturel que certaines religions encouragent leurs fidèles à chanter ensemble. C’est une manière de partager les mêmes mots. Au lieu de se heurter, les différences au sein du groupe l’enrichissent. La musique comme une force fédératrice. Chacun·e y met de son humanité, se laissant porter par la musicalité et la force du groupe.

On aimerait mieux entendre, mieux connaître, mieux écouter chacun·e de ces individu·e·s, mais le temps manque. Les humains sont multiples. Leurs histoires sont complexes, et même si l’urgence exacerbée par les failles pousse les personnages à se réinventer sous nos yeux, il nous reste encore beaucoup de choses à découvrir.

Prochain épisode:
Épisode 3: Les Voyages
Du 3 au 8 novembre
Théâtre de l’Usine, Genève

Pour en savoir plus au sujet de Vous êtes ici:
Le site: www.vousetesici.ch
L’article dans L’Agenda: www.l-agenda.online/vous-etes-ici

Vous êtes ici, le début ©Isabelle_Meister

Vous êtes ici (1): Le début d’une longue histoire

La pluie a coupé court à l’été qui se prolongeait. Le froid s’est immiscé dans nos vies par surprise. J’ai les doigts froids en saisissant le billet qu’on me tend à l’entrée. Vous êtes ici. Moi je suis au Théâtre de l’Orangerie, un vendredi pluvieux de septembre et j’attends avec impatience de pouvoir gagner la chaleur des murs du bâtiment.

Texte: Maëllie Godard

Imaginer une série théâtrale: le pari est périlleux. Le théâtre a des codes différents du cinéma. Le temps s’y écoule autrement. Chaque pièce doit à la fois se suffire à elle-même et nourrir l’histoire. Mis en scène par Marion Duval à partir d’un texte de Claude-Inga Barbey, La chambre à lessive est le premier épisode de la saga théâtrale Vous êtes ici, un projet d’envergure.

L’histoire commence dans le sous-sol d’un immeuble genevois, où trônent des machines à laver et un système sophistiqué d’étendoir. Lukas veut y filmer son voisin Sandro pour une interview. Par la suite, les habitant·e·s, le concierge, et des gens de passage vont se croiser. On fait la connaissance de Lukas donc, papa et auteur de documentaire, Sandro, activiste et artiste genevois, Miguel, concierge dévoué de l’immeuble, Alice, la femme de Lukas, Mad, jeune étudiante kosovare, amoureuse de Joao, et trois jeunes engagés qui partagent un appartement au 6e.

On nous révèle peu à peu ce qu’il se passe au dehors. Des failles se creusent dans certains endroits de la ville, engouffrant des immeubles entiers dans le sol. La vie a pris un tournant imprévu, la Jonction n’existe plus.

La confiance brisée, comment vivre quand on n’est plus certain·e que le sol va continuer à soutenir nos pieds? Malgré ces cataclysmes, les préoccupations du monde d’avant les failles demeurent: comment créer, quoi créer quand on veut faire des images? Qu’est-ce que c’est être parent? Qu’est-ce que c’est être un·e bon·ne époux·e, un·e bon·ne amant·e? Qu’est-ce que c’est faire convenablement une lessive? Comment être acteur·trice d’un monde meilleur? Comment partager une chambre à lessive? Comment affirmer son identité? Comment lutter contre la violence? Comment apprivoiser la peur et la colère? Différentes générations, perspectives ou ambitions se confrontent et pourtant cohabiter est nécessaire.

Photo. Isabelle Meister

La pièce se termine avec des grands tremblements, l’effondrements des étendoirs. L’ingénierie scénographique de Sylvie Kleiber nous projette au cœur du drame. Les personnages vont-ils y survivre? Comment vont-ils s’organiser? Il faudra attendre le prochain épisode pour le savoir, ici c’est impossible de binge-watcher.

Prochain épisode:
Épisode 2: Les Ruines
Du 5 au 13 octobre
POCHE/GVE

Pour en savoir plus au sujet de Vous êtes ici:
Le site: www.vousetesici.ch
L’article dans L’Agenda: www.l-agenda.online/vous-etes-ici

Château de Chillon

Shakespeare enflamme le Château de Chillon

C’est dans une ambiance délicieusement gothique que s’est jouée la célèbre tragédie Othello, présentée vendredi soir dans l’Aula Magna du château de Chillon. Fruit d’une collaboration entre l’American Drama Group Europe et le TNT Theatre Britain, le projet était porté par un solide casting – entièrement anglophone, cela va sans dire. Un public frissonnant s’est massé dans la grande salle pour venir voir le texte de Shakespeare prendre vie, ponctué par le martèlement de la pluie contre les vitres sombres du château-fort.

Texte: Athéna Dubois-Pèlerin

À l’heure où les questions de genre et d’ethnie occupent le cœur de l’actualité, adapter Othello à la scène apparaît comme un choix à la fois fin et audacieux. L’histoire du général maure, homme noir dans un monde blanc, que la jalousie pousse à commettre l’irréparable, est sous-tendue de préoccupations qui trouvent un écho important aujourd’hui. Tout commandant respecté qu’il soit, Othello demeure un étranger aux yeux des Vénitiens (les autres personnages le désignent bien plus volontiers par l’épithète “le Maure” que par son nom) et son union avec la ravissante aristocrate Desdémone est implicitement regardée comme une mésalliance pour la jeune femme. Guerrier courageux mais amant vulnérable, Othello devient dès lors une proie facile pour le vénéneux Iago, qui pour se venger de son général, est déterminé à lui faire croire à tort que son épouse lui est infidèle.

On s’étonne toujours de l’habileté avec laquelle Shakespeare met à nu certaines vérités intemporelles de la nature humaine. Bien que la perfidie de Iago soit généralement considérée comme la force antagoniste du récit, elle n’est que la flamme de l’allumette: toute la charge explosive réside dans la fragilité d’Othello, qui devient à la fois le bourreau et la victime d’une tragédie qui se joue de lui – et à cause de lui. Toute l’extraordinaire ambivalence de l’humain se retrouve là. À noter toutefois que le public du 21e siècle voit sa compassion pour le personnage éponyme passablement érodée: là où les contemporains de Shakespeare s’émouvaient sans doute de la détresse d’Othello après avoir injustement assassiné sa loyale épouse, l’assistance de nos jours n’a que très peu de sympathie à lui accorder après la scène horrifique de l’étranglement de Desdémone – scène qui se voulait bouleversante à l’époque, et qui devient proprement insoutenable aujourd’hui. Preuve que si la plupart des tabous tombent avec l’avancée de la modernité, certains deviennent au contraire plus tenaces (et c’est sans doute pour le mieux).

Pandémie oblige, c’est une version écourtée de la pièce qui a été présentée par les acteurs du TNT Britain, les entractes étant interdits. Le spectacle a cependant su garder intactes toutes les lignes de force de la tragédie, et en restituer toute la puissance. David Chittenden en particulier fait des étincelles dans le rôle de Iago, et régale l’assemblée de son jeu fripon et grinçant à chacune de ses apparitions. Hannah Douglas livre une Desdémone toute en tendresse et en sensibilité, soutenue par une éclatante Louise Lee dans le rôle de l’impétueuse servante Emilia, contrepoint féminin de sa maîtresse. On regrettera seulement la diction quelque peu imparfaite de Joseph Black dans le rôle-titre, en dépit d’une présence scénique incontestable. La production a en outre eu l’idée très bienvenue de sous-tendre les moments les plus intenses de la pièce d’un accompagnement musical: les interprètes non-sollicités s’assoient donc volontiers en bord de scène, s’emparent d’une guitare, d’un violoncelle, de percussions ou de leur voix pour soutenir la passion du texte par celle de la musique, sans jamais laisser les interventions mélodiques noyer les mots pour autant. En somme, un moment de théâtre poignant joué dans un cadre superbe, qui nous laisse impatients de découvrir le TNT Britain et l’American Drama Group Europe dans une prochaine production shakespearienne: peut-être un Hamlet ou un Macbeth au Château de Chillon pour 2021?

www.adg-europe.com