Emal Dubsk

In Situ, le lyrique dans un autre espace-temps

(Re)découvrir l’univers de l’opéra sous un prisme énergique, engagé, politique et inclusif ? À la Biennale In Situ, c’est possible ! Ce festival fait respirer la musique lyrique à travers les murs d’une ancienne gare marchande lausannoise, l’Espace Amaretto. Réunir des approches différentes dans une programmation unique, c’est le pari que réalise la Biennale In Situ pour sa 2e édition. Du théâtre lyrique au récital, en passant par un projet participatif, des projections documentaires ou encore un cabaret queer, la programmation fait cohabiter l’art lyrique avec d’autres formes artistiques.

Texte et propos recueillis par Jeanne Möschler

In Situ, c’est quoi ?

Cette année, c’est le thème de l’hospitalité qui trace son sillon à travers les différents événements au programme. Après une première édition consacrée à la violence faite aux femmes, c’est une autre vision engagée que défend le festival pour cette nouvelle édition. Dans un contexte où la peur de l’autre est utilisée comme outil politique pour justifier des lois restrictives, les propositions artistiques viennent interroger la notion d’hôte.

« C’est une thématique qui est aussi adaptée à des publics variés, avec des âges très différents. Les publics chez nous se mélangent plutôt bien », estime Marlyse Audergon, attachée de presse du festival. « Créer un événement inclusif passe à la fois par la communication adapté, les tarifs, la langue… On est ouvert à tout un chacun et on fait baisser la moyenne d’âge habituelle du public de l’opéra! »

« C’est une thématique qui est vaste et touche tout le monde. L’Espace Amaretto est un espace brut, qui permet de mélanger les publics », estime Marlyse Audergon, attachée de presse du festival. « Créer un événement inclusif, ça passe par une communication adaptée et une politique tarifaire accessible. On est ouvert à tous les publics, que les gens viennent en jean et baskets ou en chemise et mocassins. On espère surtout faire découvrir l’art lyrique et donner envie aux gens de s’y intéresser. »

Comment ouvrir un univers souvent considéré comme pompeux et sérieux ? Pour Joël Terrin, un artiste au programme de plusieurs soirées cette année, la réponse passe notamment par le fait de jouer avec les codes : « Ce qui est chouette, dans le milieu classique, c’est de tordre les règles du jeu pour élargir le cadre. J’avais organisé un premier cabaret classique il y a 8 ans, et il y avait à la fois des jeunes queers plutôt intéressés par le drag et des gens très chics en chemise là pour le lyrique. À la fin, les deux publics ont vraiment apprécié ce qui était nouveau pour eux, que ce soit dans le côté subversif – “un homme habillé en femme !” – ou pour la beauté des mélodies classiques. »

Une musique lyrique ancrée dans son époque

Cette volonté de faire bouger les frontières se retrouve dans l’ensemble de la programmation. À In Situ, on souhaite ainsi garder les codes du classique… mais apporter « de l’air frais dans ce milieu parfois poussiéreux », raconte Joël Terrin en souriant. Le niveau et la qualité des performances restent au rendez-vous. Aussi importantes que la technique, l’émotion et sa transmission au public sont des éléments clés pour les artistes de cette nouvelle édition.

Le récital très attendu du contre-ténor Philippe Jaroussky et de Jérôme Ducros au piano explorera les différents visages de la musique italienne.

Dans Iphigénie en Tauride, la mise en scène de Benjamin David vient ancrer les questions de voyage, de migration et d’accueil au sein de l’actualité. Joël Terrin, qui interprète le rôle de Pylade, explique : « Même si on chante des pièces du 18e siècle, on est des chanteur·euse·s de 2026 et on ne peut évidemment pas passer outre de ce qu’on vit maintenant. Par la mise en scène et nos attitudes, on peut créer quelque chose de touchant. Pour ma part, j’essaye d’intégrer, par la vulnérabilité et une attention particulière portée au texte, le public à l’œuvre. » Le fait que les artistes ne soient pas séparés du public par une fosse, comme à l’opéra classique, permet de créer une proximité et une intimité entre les deux côtés de la salle. Une manière, là encore, de repenser la relation entre la scène et le public.

Matthieu Croizier

Joël Terrin. Photo: Matthieu Croizier
Photo de haut de page: Canicule/Joel Terrin. Photo: Emal Dubsk

Dans la loge, libre et vulnérable

Cette proximité, on pourra également la ressentir lors de l’événement Plumes, Strass, Larmes, organisé par Joël Terrin, avec Romain Louveau au piano. La soirée s’annonce prometteuse : une performance de Granny Bonbon pour accueillir le public en musique, une série de drag-shows par des artistes internationaux, comme La Belladone et La Grande Frousse, ainsi que les DJ Pierry Prairie et Sabrina Oberlin, qui feront danser le public jusqu’à tard dans la nuit. La soirée sera également l’occasion de découvrir le cabaret de Canicule, le personnage drag de Joël Terrin, déjà présenté à Paris quelques mois auparavant.

Son concept s’inscrit dans la ligne directrice d’In Situ : basé sur une programmation de cabaret dit classique, son spectacle rassemble des œuvres de grands compositeurs tels que Britten ou Poulenc, qui ont également écrit pour des formes plus populaires. « Plusieurs d’entre eux étaient d’ailleurs “queer” ! »

Le cabaret prend place dans ce moment intime où l’artiste drag se rend dans sa loge : « Les coulisses, c’est un lieu de fantasme pour le public, car c’est inaccessible et caché. Dans les performances drag, on voit souvent comment on fait pour rentrer dans un personnage, mais rarement comment on sort du personnage pour revenir à la vie civile. En personnage drag, on se sent puissant. Devant le miroir, démaquillé·e, on est beaucoup plus vulnérable », témoigne Joël. Le spectacle proposé n’est pas seulement divertissant, il fait réfléchir sans confronter, en essayant de transmettre un vrai message. « Dans le drag, on utilise les frustrations et les violences subies au quotidien pour les transformer en une expérience libératrice sur scène. Au cœur d’un personnage, il y a toujours une histoire percutante avec des larmes. »

Ainsi, au sein d’un cadre classique, l’artiste trouve une forme de liberté qui vient toucher et rendre le message plus accessible au public. Une approche qui rejoint finalement celle de la Biennale In Situ : faire sortir l’art de ses cadres habituels, tout en gardant son exigence artistique.

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Biennale In Situ 
Du 10 au 19 septembre 2026
Espace Amaretto,  Lausanne

Programme complet et billetterie en ligne

www.biennaleinsitu.ch

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