Quatre ans après leur rencontre fortuite dans un bar à Salvador de Bahia, la chanteuse brésilienne Dandara Modesto et le guitariste franco-brésilien Edwin Correia s’apprêtent à présenter leur premier album en duo. Chama sortira le 30 avril, avec un vernissage prévu le 8 mai à la cave Marignac à Lancy. Pour l’occasion, L’Agenda est allé à la rencontre du guitariste Edwin Correia.
Texte et propos recueillis par Marie-Sophie Péclard
Edwin Correia, aujourd’hui guitariste dans plusieurs formations et professeur à l’EJMA Valais (École de jazz et de musique actuelle), a grandi dans un environnement où la musique s’est imposée très tôt. Il passe son enfance dans un village près de Toulon, entre une mère française et un père brésilien, au contact des musicien·ne·s ami·e·s de sa famille. Il commence la guitare jeune, avec un professeur qui l’initie rapidement au jazz. À 17 ans, il rejoint Paris pour se former au Conservatoire, puis poursuit en musicologie à la Sorbonne.
« À ce moment-là, on parlait beaucoup de l’HEMU qui avait d’excellents professeurs, j’avais des amis sur Lausanne », raconte Edwin Correia. « J’ai adoré de cette ville, y ai découvert une scène déjà très riche, avec des grands festivals comme le Cully ou Montreux… J’ai eu la chance d’être pris en troisième année de bachelor pour finir mes études, j’ai rencontré des musiciens et ai réalisé mon premier album en trio jazz avec des influences de la région de mon père, le Pernambouc. »
Jam session à Salvador
Au fil de son parcours, Edwin Correia intègre progressivement des sonorités plus folkloriques à son jeu, notamment sous l’influence de son professeur de l’HEMU, Sylvain Luc, guitariste reconnu pour sa capacité à élargir les possibilités de l’instrument et à ouvrir le jazz à d’autres influences.
En 2022, il retourne au Brésil pour un voyage de trois mois durant lequel il accompagne une violoncelliste en tant que guide. « On a parcouru le pays, donné quelques concerts, et rencontré de nombreux musiciens qui nous ont transmis leur rapport à la culture populaire », raconte-t-il.
C’est au cours de cette immersion, lors d’une jam session dans un bar de Salvador de Bahia, que les routes d’Edwin et de Dandara Modesto se croisent. « Ce qui m’a frappé, c’est sa présence scénique, et sa façon de connecter avec le public ». Dandara Modesto est une artiste brésilienne dont le parcours s’est construit entre le Brésil et l’Europe. Elle développe un travail où se croisent traditions afro-brésiliennes et création contemporaine, à la frontière de la musique, de la performance et de la scène. Son approche accorde une place centrale au corps, à l’improvisation et à l’énergie du live, dans une recherche constante de connexion avec le public.
De cette rencontre naît une évidence musicale. Au-delà de leurs parcours différents, les deux artistes partagent un ancrage brésilien, une ouverture commune au métissage des genres, ainsi qu’une certaine proximité géographique puisque Dandara est basée… à Zurich.
Pop, jazz et poésie
De retour en Suisse, la chanteuse invite le guitariste à la rejoindre sur certaines dates de concerts, d’abord pour des reprises. Le duo rencontre un réel engouement du public tout en affinant leur complémentarité musicale. Pour Edwin, cette collaboration marque un basculement : « C’est la rencontre de deux mondes. Dandara vient de la musique traditionnelle brésilienne et de la pop, je viens du jazz. Ce qui était vraiment intéressant pour moi, c’est que j’avais une idée très académique de l’improvisation et de ses règles, un peu concentrée dans une boîte. Dandara m’a montré que l’on pouvait faire confiance à son corps, à son instinct, à l’interaction avec les autres. Elle a vraiment ce talent-là, improviser est quelque chose de naturel. »
Un projet d’album se dessine rapidement. Edwin compose la majorité des morceaux, tandis que Dandara et d’autres artistes apportent les textes. Les thématiques se précisent : leur musique veut parler de résistance, de l’oppression, de déconstruction, mais aussi laisser place à une poésie à l’interprétation plus libre. Pour Edwin, cette étape est l’occasion de s’interroger sur sa position de musicien : « On peut apprendre la technique, mais trouver le bon propos, avec sa personnalité, son histoire, c’est un autre travail. Et c’est très intéressant d’y réfléchir. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que ce disque est au plus proche de ce que je voulais raconter. »
Le duo puise également dans les références spirituelles de Dandara, notamment le candomblé, religion afro-brésilienne. Cette dimension nourrit en filigrane l’album et participe à sa couleur spirituelle.
« Un cadeau du ciel »
De la même manière, Dandara Modesto et Edwin Correia mélangent leurs influences et traditions, tout en cherchant à montrer une facette différente de la musique brésilienne. « C’était important pour nous de créer quelque chose d’original et de contemporain ».
L’album est enregistré en quatre jours à Bâle, au Beyond Groove Studio, dans une dynamique proche du live. Autour du duo, le batteur et percussionniste Paulo Almeida vient enrichir plusieurs morceaux, en y apportant ses parties rythmiques ainsi que sa voix. Le disque bénéficie ainsi de l’environnement analogique du studio qui façonne son identité sonore, entre textures organiques et couleurs rétro. « L’album a été enregistré sans post production mais les possibilités analogiques du studio ont donné un résultat assez produit qui donne un son résolument moderne », analyse Edwin.
À quelques jours de la sortie de l’album, Edwin Correia mesure le chemin parcouru : « Dandara collaborait beaucoup à l’extérieur de Suisse, avec des artistes portugais et brésiliens, tandis que je travaillais surtout dans le milieu du jazz et moins dans les musiques brésiliennes, ce qui était une vraie envie chez moi. Notre rencontre, un « cadeau du ciel », a permis de remplir ces cases manquantes. »
De la lumière (« Luz ») à la flamme (« Chama »), le duo déploie en neuf titres un parcours musical aux atmosphères contrastées, entre intensité et retenue. Un album lumineux et poétique
Prochaines dates
- Jeudi 30 avril 2026 : Sortie de l’abum « Chama » sur toutes les plateformes
- Vendredi 8 mai 2026, 20h30 : Concert à la Cave Marignac – Genève
- Samedi 9 mai 2026, 19h30 : Concert à l’EMOH LEEF – Neuchâtel
- Mercredi 24 juin 2026, 19h15 et 21h30 : Concert au festival Lavaux Classic – Jardins du Domaine Potterat, Cully
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