Isabelle lit michel bussi

ZAZA LIT Michel Bussi

La chronique littéraire d’Isabelle Falconnier

« Que la mort nous frôle », de Michel Bussi

Cela fait des jours, depuis que j’ai refermé le dernier Michel Bussi – et failli tomber de ma chaise en découvrant le twist final – que je cherche frénétiquement sur Google Maps où peut bien se cacher ce fameux Manoir des Amarantes. Ou tout au moins le lieu qui a inspiré le décor de « Que la mort nous frôle ». Indices : une vaste bâtisse historique ayant servi tour à tour d’orphelinat, de clinique et de home pour personnes âgées, entourée d’un grand parc avec sculptures antiques et tour médiévale, le tout à un jet de pierre du Manoir de Ban de Charlie Chaplin à Corsier-sur-Vevey, et donc à deux jets de pierre du village de mon enfance !

Je pense bien que Michel Bussi, passionné de géographie et d’histoire, visiteur régulier des festivals littéraires des bords du Léman, a tout imaginé de ce lieu mystérieux qui le change de ses habitudes romanesques normandes. Et qu’il est donc normal que je fasse chou blanc. Mais c’est bien la marque d’un bon roman à suspense, lorsqu’il vous pousse vous-même à poursuivre l’enquête ! Et c’est ce qui pousse tant de lecteurs à plébisciter les polars qui se passent près de chez eux : les lieux familiers se parent d’une irrésistible patine de nouveauté et d’imaginaire.

Ainsi, nous voilà donc, pour le 22e roman à suspense de Michel Bussi, auteur au succès littéralement phénoménal depuis Nymphéas noirs en 2011, en Suisse, sur la Riviera vaudoise. Le Manoir des Amarantes accueille depuis 1945 des enfants et adolescents traumatisés par la guerre, comme Téréza, rescapée du ghetto de Varsovie, Charly, orphelin belge qui rêve de faire du cinéma ou encore Jude, maltraitée par le couple d’agriculteurs suisse qui l’accueillait. Des événements inquiétants se produisent : des pensionnaires disparaissent, le médecin-chef semble se livrer à d’obscures expériences et les non-dits s’accumulent. Charly, amoureux de Téréza, se sentant en danger, décide de percer le secret des Amarantes. Quitte à oser franchir la barrière qui le sépare du Manoir du Ban, où vit son idole !

Si Michel Bussi convoque de manière quelque peu simpliste des pages peu glorieuses de l’histoire suisse du 20e siècle – le scandale des enfants tsiganes placés, l’or nazi caché dans les coffres helvètes – il nous concocte une histoire de résilience passionnante, émouvante et originale qui affiche sa foi en l’espérance, en la force vitale qui, de l’enfance à l’âge mûr, nous pousse à vivre encore, chercher sans cesse la vérité, aimer toujours. Quant au titre, cet amoureux de chanson française l’emprunte à la merveilleuse balade de Bernard Lavilliers, ode nostalgique à la joyeuse insolence de la jeunesse : « Nous étions jeunes et larges d’épaules / Bandits joyeux, insolents et drôles / On attendait que la mort nous frôle / On the road again, again. »

Isabelle Falconnier

« Que la mort nous frôle », de Michel Bussi. Presses de la Cité, 432 p.

PS :

Depuis les rives du Léman, direction l’Islande et ses reines du polar nordique ! Deux nouveautés qui ont clairement raccourci mes dernières nuits : à ma gauche, Yrsa Sigurðardóttir, née en 1963, l’une des auteurs de polars majeurs de la scène littéraire scandinave. Dans « La Proie », un groupe d’amis parti en randonnée dans la réserve naturelle de Lónsöræfis s’évanouit dans le froid. Les secours retrouvent leur campement désert mais tous leurs habits entassés, comme s’ils avaient fui dans la panique, presque nus… À ma droite, Eva Björg Ægisdóttir, née en 1988, autrice de la série à succès des enquêtes d’Elma. Son nouveau roman, un one-shot intitulé « Avant que tombe la nuit », a reçu le Prix du meilleur polar en Islande. À raison, tant ce thriller psychologique captive : Marsi, hantée par la disparition de sa sœur dix ans plus tôt, reçoit une lettre dont elle reconnaît immédiatement l’écriture : celle du garçon avec lequel elle entretenait une relation secrète. Et avec lequel elle avait rendez-vous le soir où sa sœur a disparu.

« Avant que tombe la nuit », de Eva Björg Ægisdóttir. La Martinière, 400 p.

« La proie », de Yrsa Sigurðardóttir. Actes Sud, 320 p.

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