Cette année, le festival BDFIL accueille Quel.le.x.s Combles !, une exposition dédiée à la bande dessinée queer underground, qui explore l’histoire entremêlée de la bande dessinée microéditée et des luttes LGBT. Entretien avec son curateur Joachim Guex.
Texte et propos recueillis par Géraldine Desarzens, le lundi 6 avril 2026
Parmi les 16 expositions à l’affiche de sa 20e édition, le festival lausannois de bande dessinée invite les publics à la découverte de la bande dessinée queer… dans les attiques, un espace sous les toits et sans murs… À quoi va ressembler l’exposition Quel.le.x.s Combles ! qui aura lieu dans les combles de Pyxis ? Toute la réflexion est là : visibiliser les auteur·trice·s queer contemporain·e·s tout en imaginant des formats allant delà du cadre ou de la planche originale. Un travail qui reflète bien l’histoire de la queerness.
Une marginalité symbolique
L’installation de l’exposition dans les combles peut apparaître comme une métaphore évidente de l’ascension de la bande dessinée queer, qui passe de l’underground à une forme de reconnaissance institutionnelle. Une lecture que nuance toutefois Joachim Guex : « Les combles ne sont pas un espace neutre, mais marginal ». Pour lui, cette marginalité renvoie à une tolérance plus ambivalente de la société envers les personnes LGBT, qui s’est souvent accompagnée d’une assimilation aux normes hétérosexuelles. « On sort de l’underground mais on reste cantonné à un espace marginal, là où les objets prennent la poussière », observe-t-il. Quel comble, en effet !
L’héritage collectif des microéditions
Le projet d’un cycle d’expositions, qui commençait à Bruxelles en 2024 et se poursuivra en Allemagne en 2027, trouve son origine dans les recherches de Joachim Guex sur les revues de bandes dessinées underground queer des années 1980 aux États-Unis. Il y découvre une forte dimension collective : des auteur·trice·s qui se rassemblent, s’autoéditent et diffusent leurs œuvres engagées sous la forme de fanzines. « Le but premier de l’exposition était de réactiver cette expérience collective », souligne-t-il. L’objectif est double : « prolonger l’histoire de l’édition underground et inscrire les auteur·trice·s contemporain·e·s dans l’histoire de la bande dessinée ». Une manière aussi de rendre hommage aux pratiques de microédition et au militantisme queer.
Une esthétique avant un manifeste
« La légitimité de la queerness n’existe pas seulement à travers son oppression » insiste Joachim Guex. Si la queerness semble indissociable des luttes pour les droits LGBT, l’exposition choisit de ne pas défendre un agenda partisan précis. « Ma pratique curatoriale consiste à mélanger la bande dessinée et l’art contemporain », poursuit-il. Historiquement, l’art a constitué un espace d’expression essentiel pour les communautés queer. Faisant écho aux éditions underground, qui sortaient des sentiers battus et permettaient une plus grande liberté des formes et des propos, la queerness s’est développée artistiquement sous la forme d’une esthétique allant au-delà des normes. « La queerness a depuis longtemps utilisé l’art comme vecteur de parole, car c’était le seul moyen de se faire entendre », précise Joachim Guex. « Historiquement, le mot queer veut dire étrange. Les œuvres sélectionnées pour l’exposition sont queer dans leur manière d’appréhender le médium bande dessinée, autant dans leur propos que dans leur forme », revendique-t-il.
Melek Zertal, Together
Colorama Print, 2020
Claudio Näf, I’m Your Buoy
2025
Œuvre de haut de page: Arthur Sevestre,The Waltz
animation, 2024
Des formes et des récits pluriels
Le public pourra ainsi découvrir les univers poétiques et discours hors-normes de dix auteur·trice·s suisses et de l’international : des courtepointes explorant la transition de genre et la crise climatique de Nino Bulling à une peinture grand format reprenant La Dragonne de Jano mettant en scène la sororité lesbienne, en passant par les animations à l’esthétique « camp » d’Arthur Sevestre et l’installation immersive de Maeva Rubli.
S’y ajoutent des planches originales de Claudio Näf, consacrées au deuil et des prints politiques de l’auteur libanais Joseph Kai qui évoquent à la fois le quotidien des personnes queer libanaises et les troubles géopolitiques. Michel Esselbrügge mobilisera un univers dystopique et futuriste à travers une installation immersive liée à sa bande dessinée numérique.
L’espace sous les toits inclura aussi des planches originales grand format des bandes dessinées Tanz ! de Maurane Mazars et Together de Melek Zertal, centrées sur des histoires d’amour homosexuel. Enfin, l’artiste Jill Pastore nous emmènera découvrir les chauves-souris, animal fondamentalement queer car marginalisé mais profondément lié à une communauté.
Autant d’artistes que d’œuvres intermédiales, qui traduisent bien la queerness et l’underground : la mise en lumière d’une scène éditoriale plurielle, qui revendique l’étrangeté comme moteur de création et entend bousculer les normes.
Quel.le.x.s Combles ! De l’underground à l’attic : la bd queer contemporaine
Du 27 avril au 10 mai 2026
Pyxis, Lausanne
Vernissage : 2 mai 2026 dès 11h
Visites guidées de l’exposition par le curateur : le 2 mai à 13h30 et le 9 mai à 11h
Pour en savoir plus : www.bdfil.ch


Bravo! Excellent article et excellent projet