Pour la sortie de son album CAMAÏEU le 5 juin, le duo TON SUR TON, avec Sylvie Klijn à la voix et Christoph Utzinger à la contrebasse, nous emmène dans son univers espiègle, doux et coloré. Rencontre avec deux musicien·ne·s qui joignent leur instrument dans un « setting » atypique et envoûtant.
Textes et propos recueillis par Jeanne Möschler
Une rencontre musicale tout en « playfulness »
C’est lors d’un festival à Schaffhouse que les deux artistes se rencontrent en personne pour la première fois, en 2024. « On avait déjà travaillé ensemble pour des mix et quand on a discuté, on a réalisé qu’on cherchait les deux un nouveau projet qui sort un peu du commun », raconte Christoph. À 6 ans déjà, il jouait de la contrebasse « aussi grande que celle de maintenant », debout sur une chaise, en accompagnant ses parents violonistes, dans des musiques folkloriques européennes. « À l’époque, il n’y avait pas assez de bassistes, c’était un instrument qui était là et libre, et que très peu de gens jouaient. » Dans TON SUR TON, la contrebasse, plutôt que de rester un simple accompagnement, joue avec la voix mélodique, dans une division des rôles qui sort de la tradition. En effet, Sylvie souhaitait depuis longtemps créer un projet en s’inspirant du duo néerlandais formé par Hein van de Geyn et Paulien van Schaik : « la différence entre la voix très basse de la contrebasse et celle de la chanteuse crée un grand espace de liberté et de jeu dans les standards classiques. Nous, on prend ces espaces et on cherche à s’approcher entre nous, parfois on ajoute une couche avec du loop et du clavier, on cherche quelque chose de subtil et intime, en racontant des histoires dans une même famille de couleur. ». L’univers du jazz leur permet de créer des compositions personnelles avec une grande liberté : « le fait d’être deux permet de se répondre, de se taquiner et donne aussi plus de responsabilité à chacun et chacune. Notre approche est dans la « playfulness » », estiment nos deux artistes.
L’écriture, entre pizz, sons et langues
Pour les compositions, ils apportent des idées de mélodie et développent ensuite la dramaturgie ensemble. Leur producteur, Matthias Kohler, a également apporté son aide précieuse en studio pour réarranger les morceaux. Les paroles, c’est surtout Sylvie qui s’en occupe, avec des titres cette fois-ci principalement en anglais. « Je chante souvent en espagnol et en portugais mais pour ce projet, j’avais envie de chanter dans la langue la plus proche de nous deux et de nos racines. Et quand la langue me parle directement, je sens l’atmosphère de chaque mot et ça m’aide à sentir pleinement le message que j’ai envie de transmettre. Ce projet s’inscrit dans une tradition où on a grandi, avec des histoires très personnelles. » Le titre Tied parle notamment de trouver dans les connexions avec les autres individus l’une des raisons d’être sur terre. « J’ai écrit les paroles après une balade, où j’avais demandé à quelqu’un mon chemin. La personne m’a proposé de boire quelque chose et une relation s’est construite, je me sens très chanceuse d’avoir ces amitiés », raconte Sylvie. Certains passages en scat (technique de chant jazz avec des syllabes sans paroles) entretiennent une part de mystère autour des histoires racontées, et laissent au public un éventail de possibilités d’interprétation, dans un jeu permanent entre ce que le duo souhaite raconter, et comment les gens le ressentiront. Quant à la contrebasse, elle est jouée principalement en pizzicato, pour garder le « pulse » et l’énergie.
TON SUR TON en live.
Photo de haut de page: © Atilla Janes
Entre Suisse et Japon : une musique qui voyage et fait voyager
L’énergie musicale est étroitement liée à la dimension humaine. « Pour moi, c’est de plus en plus important de faire de la musique avec des personnes avec qui cela résonne humainement », explique Christoph. « Dans TON SUR TON, on peut discuter de tout, Sylvie a une grande ouverture d’esprit et on peut vraiment faire un travail constructif et aller dans la profondeur. »
« Et moi, j’adore travailler avec Christoph, j’aime beaucoup sa musicalité, son intention et il a un jeu très stable », ajoute Sylvie. « On a des profils très compatibles dans le travail et on couvre en plus deux parties différentes de la Suisse, avec un réseau entre Berne et l’Allemagne, et la partie francophone et française. »
Le duo se prépare pour une série de concerts où il se réjouit d’être en contact avec le public, entre la Suisse… et le Japon, « un pays où le jazz est très présent depuis des années », pour une tournée de plus de deux semaines dans une grande partie du pays.
Un public international donc, qui sera bientôt emmené dans la musique authentique, franche et espiègle de nos deux artistes : « nos chansons sont dans un univers atmosphérique, avec quelques morceaux plus punchy et extravertis, mais toujours dans une ambiance intime. On met beaucoup d’énergie dans le détail et on veut prendre soin des oreilles de nos auditeurs et auditrices – c’est assez japonais dans cette approche », commentent-ils en riant. « On souhaite à notre public de sortir apaisé de l’espace qu’on a créé et d’avoir pu sortir du quotidien. C’est comme quand tu reviens d’un voyage et que tu ramènes quelque chose avec toi… qui résonne. »
TON SUR TON – tournée de sortie du CD CAMAÏEU
- Vendredi 5 juin 2026
Grange de Florissant, Renens - Samedi 6 juin 2026
Session d’écoute, Das Kulturat, Berne - – Lundi 8 juin 2026
Les Athénéennes, Genève - – Mardi 14 juillet 2026
BeJazz, Berne - Mardi 11 août 2026
Jazzchur, Chur
Japon : du 24 septembre au 3 octobre 2026
Plus d’infos : Camaïeu – Unit Records

