En entrant dans le studio de répétition avenue Charles Secrétan, je rencontre, à quelques minutes d’intervalle à peine – et dans cet ordre – trois personnages: un fier cavalier de Paquita, un ado timide, et un danseur animé d’une vraie passion. Tous trois réunis en une seule et même personne: Matheo Accetta, jeune lauréat de la Bourse vaudoise 2025 du Prix de Lausanne.
Texte et propos recueillis par Katia Meylan
« On va finir là-dessus, je ne veux pas te faire encore trop répéter la variation ce soir. Le plus important pour moi, c’est que tu aies du plaisir à la danser demain ».
Alors que son coach Demian Vargas éteint la musique sur ces mots bienveillants à la veille d’une audition, Matheo file troquer sa tenue de danse contre un survêtement, et l’on s’assoit tous les trois au sol.
À l’approche imminente de la 54e édition du Prix de Lausanne, qui chaque année est une petite porte vers la beauté et le rêve mais aussi la performance et le dépassement de soi, je souhaitais en savoir plus sur ces jeunes qui dédient tout leur temps à leur passion. Alors, je suis allée rencontrer un très probable futur concurrent. À 14 ans, Matheo Accetta est lauréat 2025 de la Bourse vaudoise, décernée chaque année depuis 2020 par le Prix de Lausanne et Retraites Populaires à un∙e élève danseur∙euse∙s du canton. « Le but est d’encourager la formation et valoriser le talent d’élèves qui se projettent dans une carrière professionnelle. On est contents d’avoir, pour la première fois, un gagnant », sourit Demian. Le professeur veillera aux progrès techniques et artistiques de Matheo en danse classique, alors qu’un deuxième coach, Etienne Frey, l’accompagnera en danse contemporaine. « Il est important de travailler tous les styles de danse. Aujourd’hui, on considère qu’un danseur doit être polyvalent, car toutes les compagnies pros passent d’un répertoire à l’autre », affirme Demian. Cette optique, Matheo n’a commencé à l’apprécier que lors du Stage d’été du Prix de Lausanne, auquel il a pu participer en tant que lauréat de la Bourse. « Avant, je n’aimais pas beaucoup la danse contemporaine. Pendant le stage, j’ai dû danser la variation Extinction d’Alexander Mockrish [le lauréat du Young Creation Award 2025, ndlr]. Au début j’ai cru que j’allais m’évanouir tellement ça me semblait difficile, plaisante Matheo, mais j’ai bossé, et grâce à ça… ça fait une année que j’aime le contemporain ! ».
En février, il sera spectateur invité au Prix de Lausanne. « L’année dernière, je suis allé voir la Finale avec ma maman, qui m’avait offert ça comme cadeau de Noël. J’ai trouvé ça… j’ai pas les mots. C’était tellement beau ! Je me réjouis de retourner cette année ». D’autant plus que le jeune danseur pourra profiter d’écouter les commentaires des chorégraphes et observer, au fil de la semaine, l’évolution des candidat∙e∙s qui, pour certains, auront choisi de travailler la variation de Paquita, celle-là même que Matheo répète actuellement pour ses auditions d’entrée dans une école.
Photo ci-dessus et photo de haut de page: © Gregory Batardon
Bourse vaudoise 2025
En juin, il terminera sa scolarité obligatoire. Jusqu’ici, le jeune homme a toujours mené l’école et la danse en parallèle. Et y en a déjà eu, du chemin, depuis son entrée à 3 ans à l’Art Dance Studio. C’est en voyant un spectacle qu’il avait annoncé à ses parents qu’il voulait faire de la danse classique. « En commençant les cours, j’ai découvert que derrière les spectacles, il y avait la barre, la technique… tout un milieu que j’ai tout de suite adoré ! ». À 10 ans, il passe les auditions pour entrer à la filière Danse-Études de l’AFJD, et danse tous les jours pour développer son talent. « Parfois je suis fatigué car je finis les entraînements tard, mais ça me plait énormément. Ça m’apporte de la joie de danser sur scène ». Désormais, Matheo cherche donc à se tracer un chemin de vie sur lequel danser. Parmi les options, les horaires allégés pour artistes et sportifs du Gymnase Auguste Piccard à Lausanne n’est pas son premier choix. Sûr de vouloir faire de la danse son métier, il préférerait y consacrer l’entièreté de son temps, en intégrant par exemple la Tanzacademie à Zurich ou le Royal Ballet School à Londres, formations professionnelles pour lesquelles il a aussi auditionné. En février, il participera au Youth American Grand Prix à Lisbonne, qui pourrait également lui permettre d’obtenir une bourse d’étude dans une école prestigieuse.
Quel danseur s’imagine-t-il être, dans quelques années ? « Je ne veux pas fixer des objectifs spécifique et les réaliser à tout prix, quitte à me bousiller la santé. Je vais viser le meilleur de moi-même, et j’arriverai là où j’arriverai. Après, il y a quand même deux-trois compagnies qui m’appellent, comme le Royal Ballet ou l’American Ballet Theater », avance Matheo, les yeux réjouis.
En attendant, on pourra aller l’applaudir dans le rôle du Prince dans le spectacle Cendrillon mis sur pied par l’AFJD, du 30 avril au 2 mai 2026 au Théâtre de Beaulieu.
Matheo en génie dans Aladdin au pays des Mille et une Nuits,
production 2024 de l’AFJD.
Photo: ©Gregory Batardon
Petit questionnaire de Proust en duo
La phrase qui est répétée le plus souvent dans vos cours
Matheo Accetta : « Le visage ! Ne pas crisper pas le visage ! »
Demian Vargas : (rit) oui, c’est possible que ce soit ça que je répète le plus !
La chanson en haut de votre playlist
Matheo : Oulà…
Demian : C’est sûrement la variation de Matheo, je la mets tellement souvent en ce moment… Ton résumé Spotify à la fin de l’année, quand tu es prof de danse, c’est les musiques des cours ! (Il vérifie) Ah non : j’ai « Santa Maria », de Gotan Project. Celle-ci, elle revient souvent.
Matheo : Moi, je sais pas. J’écoute de la musique tout le temps. J’aime tout, sauf peut-être le rap. Et la plupart du temps – non, tout le temps, en fait – quand j’entends de la musique, je pense au tempo, je vais m’imaginer une petite chorégraphie. Ou chanter. Mais bon, ça, c’est pas mon point fort.
Un ballet que vous aimez
Matheo : J’aime bien Gisèle… En fait, je les adore tous ! Il y a des chorégraphies rythmiques, d’autres plus calmes, certaines très techniques, d’autres avec plus d’interprétation… Après, j’ai encore jamais dansé un ballet entier, que ce soit en tant que soliste ou dans le corps de ballet, donc je peux pas encore donner mon avis de danseur.
Demian : Je garde un très beau souvenir de la Symphonie écossaise de George Balanchine.
Un spectacle qu’il faut aller voir bientôt
Demian : Le Prix de Lausanne !
Matheo : Cendrillon !
Le Prix de Lausanne – 54e édition
Du 1 au 8 février
Palais de Beaulieu, Lausanne
www.prixdelausanne.org


Merci pour ce très bel article, cela fait chaud au cœur de voir autant d’enthousiasme chez des jeunes passionnés, et pour avoir mis les liens pour Cendrillon !
On se réjouit de venir les voir dans Cendrillon! :)