Illustration Louis Loup Collet – Écotopiales 2024

Les Écotopiales 2025, rencontre entre le scientifique et le créatif

Festival interdisciplinaire alliant science et créativité, Les Écotopiales est un événement ouvert à tous·tes qui met en avant l’imaginaire écologique et ses traces dans nos esprits et dans notre monde. Pendant deux jours, les 31 octobre et 1er novembre, le campus universitaire et la ville de Lausanne accueilleront de nombreux ateliers créatifs, projections de films et conférences scientifiques.

Texte et propos recueillis par Lucy Desarzens

Le festival propose des matinées scientifiques et des ateliers créatifs qui mettent en avant différents domaines artistiques tels que le cinéma, le dessin, le théâtre et l’Artivisme. Ces événements sont animés par des artistes et des scientifiques qui travaillent ensemble pour créer un espace accueillant et captivant permettant d’aborder l’écologie sous un angle nouveau.

Nous avons eu la chance de discuter avec Colin Pahlisch, chercheur à la Faculté des lettres et membre du Centre de Compétence en Durabilité (CDD). Il est le coordinateur général du festival les Écotopiales depuis sa première édition en 2024.

Nous lui avons posé quelques questions par rapport au festival, à l’importance des imaginaires écologiques ou encore sur la collaboration entre les scientifiques et les artistes.

Illustrations: Louis Loup Collet – Écotopiales 2024

Lucy Desarzens, pour L’Agenda : Comment est née l’idée de créer un événement qui renforce le lien entre la science et le créatif au sein de l’UNIL » ?

Colin Pahlisch : L’événement fondamental a été la création du Centre de la Durabilité en 2019. La même année, une centaine de chercheurs et de chercheuses se sont rassemblé∙e∙s dans une grande salle pour identifier quels étaient les champs à travailler prioritaires. Et le champ qui est sorti sur l’ensemble de ces chercheur∙euse∙s était celui des imaginaires. C’est à partir de là que la question des imaginaires a commencé à devenir insistante du côté du Centre de la Durabilité. L’idée des Écotopiales est de démocratiser cette question, pour encourager le plus grand nombre à se l’approprier et à créer collectivement. C’est pour cela que nous proposons des conférences scientifiques le matin et des ateliers de créations collaboratives l’après-midi. Ces ateliers s’appuient sur différents médiums artistiques pour créer de nouveaux univers imaginaires. L’idée est de passer un après-midi à semer les graines de nouveaux types d’histoires, qui pourront ensuite être cultivées à plus grande échelle. C’est ça la signature du festival.

Comment se construit concrètement une collaboration entre un∙e chercheur∙euse et un∙e artiste ?

Ce que je constate aujourd’hui c’est qu’il y a une sensibilité des chercheur∙euse∙s à l’égard des enjeux de la création, et des créateur∙ice∙s à l’égard des enjeux de la recherche. C’est un festival qui est vraiment coconstruit par les chercheur∙euse∙s de l’UNIL, le CCD et le SCMS (Service Culture et Médiation Scientifique). En fait le CCD s’occupe de la coordination générale, mais tous les événements de recherche-création sont coconçus par les chercheurs et les chercheuses. Dans le cas de l’atelier « L’Art Vivant Carnavalesque » sur l’Artivisme, par exemple, nous avons approché Monika Salzbrunn, Léonore Vuissoz et Raphaela von Weichs, pour construire avec elles un événement qui fasse sens dans leur projet de recherche, et dans la thématique du festival. C’est ensuite d’elles-mêmes qu’elles ont pris l’initiative d’inviter le comédien et artiste drag LEON LOVER. 

L’idée est de tisser des collaborations au long cours, non seulement avec les services de médiation scientifique de l’UNIL, mais aussi avec la communauté de recherche de l’UNIL au sens large ! 

Illustrations: Louis Loup Collet – Écotopiales 2024 (2)

Quel est le rôle de l’imaginaire dans la transformation écologique — est-ce un outil, une forme de résistance, une manière plus attractive d’aborder le sujet ?

Un peu les trois, j’ai l’impression que ce sont un peu les trois. Une forme de résistance, ça c’est sûr. Je crois beaucoup à l’intuition de Castoriadis, un philosophe grec des années 70. Son livre L’institution Imaginaire de la Société montre à quel point les imaginaires sont incarnés par les personnes et les institutions, et peuvent constituer une force de changement. À condition qu’on laisse la place à ces imaginaires, mais surtout aux gens qui les cultivent. Qu’iels puissent découvrir d’autres formes possibles d’avenir écologique que celles que nous vendent actuellement le néolibéralisme et le capitalisme. Ensuite, les imaginaires sont un outil. On vit tous avec et par les imaginaires. Peut-être qu’un festival ayant pour but de mettre en lumière leur rôle aurait aussi pour fonction de nous conscientiser quant à la puissance de nos propres imaginaires et la place que ceux-ci occupent dans nos comportements.

Et est-ce que les imaginaires sont une manière plus facile d’accéder à la question écologique ? Oui, je pense. Mais évidemment, si on en reste aux imaginaires, on risque de ne pas pouvoir aller très loin. D’un côté, on a le pur imaginaire comme élan vers autre chose, et de l’autre côté l’exploitation des imaginaires comme maintien du statu quo. Les imaginaires sont un levier et une ressource, mais ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. Je suis assez partisan de cette phrase de la sociologue Alice Canabate qui dit : « Pour transformer la société, il faut déjà être capable de l’imaginer ».

Que souhaitez-vous que les gens emportent avec eux après avoir participé à une journée du festival ou à un atelier ?

Des images, des expériences communes et peut-être l’étincelle d’un désir de changer le monde.

***

Pour finir, nous avons demandé à Colin Pahlisch ce qu’il conseillerait comme activités offertes lors du festival. Lors de la journée du vendredi, il recommande l’atelier d’écriture « L’allure des bêtes » ou l’atelier jeu de rôle « Rêver le vivant » qui ont eu des retours particulièrement positifs et transformateurs lors de la première édition. Le samedi, il attire l’attention des fans de bande-dessinées et d’arts graphiques sur l’atelier « Redessiner nos relations au vivant », offert par le dessinateur genevois Pierre Wazem, qui aura lieu à Plateforme 10.

La vingtaine de propositions qu’offrent les Écotopiales sur ces deux jours de festival seront autant d’espaces de créations et de réflexions collectives, nous ouvrant la porte vers un nouvel imaginaire écologique.

Les Écotopiales
Les 31 octobre et 1er novembre 2025
Campus universitaire et Ville de Lausanne
https://wp.unil.ch/ecotopiales/

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