Hangmen

Hangmen, a scathing delight

La Geneva English Drama Society présente actuellement sa nouvelle pièce au Théâtre de l’Espérance à Genève : Hangmen. Cette comédie noire a de quoi séduire avec son ton grinçant, ses dialogues savoureux et ses personnages cinglants parfaitement interprétés.

Texte : Alice Marion

Hangmen
Du 29 septembre au 3 octobre 2026
Théâtre de l’Espérance, Genève
Geneva English Drama Society (GEDS)

Hangmen est une pièce de théâtre écrite par Martin McDonagh, dramaturge, scénariste et réalisateur né à Londres de parents irlandais. Il est remarqué dès ses premières pièces, les fameuses trilogies The Leenane Trilogy et The Aran Islands Trilogy, en raison de son style particulier qui mêle humour noir, drame palpitant et absurde. Son travail, qui dépasse les frontières du Royaume-Uni et se joue dans le monde entier, s’est vu récompensé à de multiples reprises par des prix prestigieux. Hangmen ne fait pas exception : cette pièce, représentée pour la première fois en 2015 au Royal Court Theatre de Londres, a connu un grand succès, a reçu d’excellentes critiques ainsi que deux Olivier Awards dont celui de Best New Play en 2016.  

Si le sujet de la pièce intrigue d’emblée – il est question d’un bourreau ou plutôt d’un ex-bourreau – le prologue de la pièce capte également tout de suite l’attention du public : Harry Wade (Will Fihn Ramsay) procède à l’exécution par pendaison d’un homme nommé Hennessy (Robin Serugendo), qui clame pourtant son innocence et maudit son meurtrier. Ce dernier possède un pub au nord de l’Angleterre avec sa femme, Alice (Kate Richardson), dans lequel viennent des habitués moins pour la qualité de la bière que par fascination morbide pour le propriétaire des lieux. Après l’abolition de la peine de mort, un journaliste (Dibyaudh Das) se mêle aux assidus pour recueillir la réaction d’Harry, deuxième meilleur bourreau du pays après son ennemi, Albert Pierrepoint – bourreau ayant réellement existé. Un mystérieux étranger aux intentions peu claires (Jack Goldsworthy) rôde et s’invite dans ce cercle restreint qu’il déstabilise ; il détone dans ce pub avec son accent londonien et son comportement bizarre voire sinistre. Lorsque Shirley, la fille solitaire du bourreau (Josamine Brønnvik) disparaît, et que Syd (Angus MacDonald), l’ancien assistant d’Harry refait surface, l’intrigue se précipite. Celle-ci se déroule dans les années 1960, et excède donc le cadre fictionnel : la dernière exécution ayant eu lieu en 1964 et le Murder (Abolition of Death Penalty) Act qui abolit la peine capitale en Angleterre ayant été adopté l’année suivante pour une durée de cinq ans avant de devenir définitif par la suite.

Le metteur en scène John Ward, Irlandais basé à Genève, raconte s’être intéressé au travail de Martin McDonagh après avoir vu son film In Bruges qui lui a rappelé En Attendant Godot – pièce qu’il a montée avec la Geneva English Drama Society en 2021. Comme il le précise dans sa note d’intention, « Hangmen est bien des choses : une comédie, un thriller bien sûr, mais aussi une exploration de l’éthique de la peine de mort, des risques que le système commette des erreurs et de l’ambivalence face à la mort que suscite  l’autorisation de la peine capitale par l’Etat ». John Ward signe ici une mise en scène simple et terriblement efficace. Le dialogue entre Harry et le journaliste se propose par exemple comme un flashback : les deux personnages sont seuls sur la scène, face au public, seuls deux projecteurs les éclairent alors qu’ils échangent sur la meilleure méthode d’exécution et l’ancienne carrière d’Harry. Celui-ci soutient, avec sa douceur habituelle, que la pendaison est préférable à tout autre puisqu’elle constitue le procédé le moins douloureux et respecte la dignité des condamnés contrairement à la chaise électrique qui « grille les personnes comme des oignons » ou à la guillotine qui oblige le bourreau à ramasser les morceaux après coup. Il s’est toujours refusé à révéler par fierté le nombre exact de personnes qu’il a exécutées ; ce chiffre mystérieux – que le journaliste parvient finalement à lui soutirer – entretient l’intérêt à son égard et nourrit son orgueil. Le reporter évoque Hennessy, ce coupable ou bien cet innocent injustement mis à mort… Harry demeure toujours très détaché de ses actions passées sur lesquelles il ne paraît pas se questionner outre-mesure. Les scènes à deux, loin de casser le rythme de celles où tous les protagonistes se retrouvent autour du bar, sont très bien menées et tout aussi drôles. Ainsi, l’échange entre Shirley et sa mère est excellent, la première expliquant à sa fille que les hommes acceptent les femmes qui geignent seulement si elles sont drop dead gorgeous – référence discrète à la comédie satirique de 1999 ? – mais, comme le souligne abruptement Alice, Shirley ne l’est pas. Le ton moqueur d’Alice dans cette scène est caractéristique de la dureté avec laquelle les parents traitent leur fille adolescente, si différente d’eux et qui pleurniche en permanence. Tout est matière à rire dans cette pièce, y compris les relations filiales.

Les costumes, réalisés par Liz Comstock-Smith, reflètent parfaitement les personnages : Alice, coquette, porte toujours un habit rose sur elle ; les habitués du bar arborent quant à eux la casquette plate, accessoire manifestant leur lien et le fait qu’ils fonctionnent en groupe et non en tant qu’individus propres. Leur bande présente un énorme potentiel comique, plus potache notamment avec le personnage d’Arthur, à moitié sourd et à qui il faut tout répéter.

Cette pièce à l’humour décapant reste très exigeante et ne peut convenir qu’à un public au niveau d’anglais avancé. L’accent du nord de l’Angleterre rend les propos des protagonistes parfois difficiles à saisir mais nous ne pouvons que saluer la performance des comédien·ne·s qui ont adopté cet accent à la perfection. Les acteur·ice·s, amateur·ice·s pour la plupart, sont brillant·e·s et leurs rôles semblent avoir été taillés sur mesure. Nous avions eu la chance de voir Will Fihn Ramsay dans Much Ado About Nothing de Hoops of Iron et Kate Richardson dans Steel Magnolias mais c’était un plaisir de découvrir l’ensemble de ce brillant casting. Les avis du public lors de la première hier soir vont tous dans ce sens : Hangmen est l’une des meilleures pièces mises en scène par la GEDS !

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Hangmen
Du 29 septembre au 3 octobre 2026
Théâtre de l’Espérance, Genève
Geneva English Drama Society (GEDS)

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