Sur scène, Jenny Lorant est cette femme magnifique qui a tout pour elle : la présence, l’humour, un goût vestimentaire des plus sûrs et – pour celles et ceux qui ne le sauraient pas encore – une voix ahurissante. Dans la vie, elle est aussi cette fille normale qui a mal au ventre quand elle mange du gluten, qui a conquis/pris en otage son premier public à dix ans lors des repas de famille et qui, parfois, doute d’elle-même. Une recette humaine et détonnante, qu’elle partage avec sincérité dans son premier one-woman-show musical, Voix sur mon chemin.
Texte et propos recueillis par Katia Meylan
Date à venir:
Du 24 au 26 septembre 2026 à 20h
Théâtre Grenette, Vevey
La petite Jenny devenue grande s’adresse au public en voix off, depuis les coulisses. Sur scène, une chambre d’enfant, teinte dominante de rose et poster de Titanic scotché au-dessus du lit. Une vraie chambre d’ado des années 2000, biberonnée à la Nouvelle Star et à l’album de Céline Dion écrit par Jean-Jacques Goldman. Dès son entrée en scène, Jenny Lorant virevolte dans ses souvenirs les plus musicaux, convoquant toute une galerie de personnages : son père a.k.a manager autoproclamé, sa mère dure à cuire, son grand-père précurseur (hater avant l’heure !), les pestes de sa classe, sa prof de chant puis, plus tard, ses élèves. Certifié 90% autobiographique ! Le tout agrémenté d’extraits chantés allant de Verdi à Clara Luciani en passant par Johnny Hallyday, le yodel, les Spice Girls et même un titre original, Cupcake, composé pour l’occasion. On rit beaucoup. Mais pas que : car Jenny n’a pas peur – enfin, peut-être un peu, mais qu’à cela ne tienne – de s’aventurer en terrain personnel et sincère. Certains passages du spectacle, ni punchlines ni exercices de style, sont simplement là pour le plaisir d’être partagés.
De chanteuse comédienne à humoriste
Chanteuse de toujours, comédienne aguerrie, Jenny Lorant arpente depuis des années les scènes romandes, dans des concerts, des comédies musicales ou encore des revues, qui révèlent son talent comique. « On m’a dit qu’avec ma voix, y avait un créneau à prendre dans le monde de l’humour. Karim Slama [ndrl, son collègue à la Revue Vaudoise] m’a réservé un passage de 15 minutes dans le gala Das Zelt, et il m’a dit qu’après ça, on s’attellerait à mon spectacle ! C’était une opportunité tellement belle, ça ne se refusait pas ! ». Tout à coup, Jenny passait de chanteuse confirmée à humoriste débutante. « Ça n’a pas tout de suite été facile. Au début, je pensais qu’il fallait que les gens rient non-stop pour que le spectacle soit réussi. Dans ma tête, chanter allait de soi, et je n’ai pas tout de suite réalisé qu’une blague alliée à une performance de chant générait une émotion différente d’une blague pure. J’ai accepté maintenant que mon univers humoristique est un peu différent, et que les respirations y sont nécessaires.
Doutes et moments de grâce
En plus de la performance vocale et du rire, Voix sur mon chemin est aussi une mise à nu. « J’avais envie de montrer des couleurs différentes de celles dans lesquelles on me voit d’habitude. Oui, je suis cette chanteuse qui envoie des décibels et qui interprète des femmes de poigne, mais je peux aussi être autre chose. Ce spectacle, c’est comme si j’avais fait le bilan de toutes ces années depuis que j’ai choisi le métier d’artiste », raconte-t-elle.
À l’entendre parler, on se rend compte que les décibels, la poigne et le talent n’éloignent pas toujours les doutes. « Je ne me sens jamais légitime : j’ai toujours peur d’être trop, de ne pas être assez, de ne pas faire partie du bon monde. Ce spectacle est thérapeutique en quelque sorte : il me permet de me rendre compte de tout ce que j’ai déjà fait au lieu de tout ce que je n’ai pas fait ! À 38 ans, je ne suis peut-être pas exactement là où je voulais être – à Broadway, avec quelques disques d’or à mon actif –, je ne vis peut-être pas comme une rock star, mais cette année… j’ai payé des impôts parce que j’ai gagné ma vie en tant qu’artiste ! » rit-elle. « Je vis de mon art, je vis ce que je voulais vivre, j’ai des beaux projets grâce auxquels je rencontre de nouvelles personnes, je suis fière de mon école [ndrl, les ACMJL, des ateliers de comédie musicale qui comptent aujourd’hui plus de 150 élèves de 5 à 84 ans], j’adore voir mes élèves progresser sur scène. J’ai aussi constaté le nombre de personnes qui m’ont soutenue dans ce projet, qui m’ont filé des coups de mains, qui ont cru en moi. Tout ça, ça m’a donné de la force. »
Bien entourée
En effet, depuis les débriefings post-concert avec son père, l’équipe artistique s’est un peu agrandie. Déjà, Jenny n’est pas tout à fait « seule-en-scène » dans ce spectacle, puisqu’elle est accompagnée de Léa Gamba, multi-instrumentiste révélée par la Revue Vaudoise. Une Léa qui, sans se départir de son flegme, joue d’un peu près tout en live et a encore le réflexe d’attraper les perches au vol. Trois briscards de l’humour romand épaulent également Jenny dans les coulisses ce premier spectacle : Jessie Kobel en soutien inconditionnel à l’écriture, Karim Slama à la mise en scène et Yann Lambiel en qualité d’œil extérieur. Ce qui, pour la comédienne, a été tant une aide précieuse qu’un défi. « Le regard des autres a toujours pris trop de place dans ma vie. Alors avant de travailler sur mon texte avec un metteur en scène, je me suis conditionnée au fait que quelqu’un serait là pour observer et potentiellement critiquer, pas pour me rabaisser mais pour me faire avancer… et comme tous les trois sont exigeants mais ultra bienveillants, ça s’est vraiment bien passé ! Ça m’a beaucoup fait évoluer ».
Deux questions-réponses avec Jenny Lorant :
Un conseil que tu es contente d’avoir écouté ?
Oublie que tu as aucune chance, fonce ! (rire). Dans le sens, avance un max avec le cœur, dis ce que tu penses, fais les trucs qui te font vibrer et tu ne pourras pas être dans le faux.
Une chose sur laquelle tu n’as pas transigé ?
Le texte du tout début du spectacle en voix off. Karim [Slama] pensait que ce serait plus sincère que je le fasse dans le micro en direct. Mais je lui ai expliqué que j’avais besoin de démarrer avec cette voix off pour me caler sur un rythme qui ne serait pas bercé par mon stress. Là, j’entends ma propre voix calme… j’entends le public… je respire… et j’entre.
***
Jenny Lorant – Voix sur mon chemin
Du 24 au 26 septembre 2026 à 20h
Théâtre Grenette, Vevey

