Vue-de-l'exposition

LILY EN VISITE – Espace_L, Genève

Glazed Realities 
Esplace_L, Genève
Du 22 janvier au 28 février 2026

Cette fois, j’ai profité de ma visite à Art Genève pour passer par le Quartier des Bains et découvrir la nouvelle exposition à l’Espace_L.

Fondée en 2011 par Leticia Antunes Maciel, cette galerie soutient l’expérimentation et la collaboration. Elle met en valeur la scène artistique brésilienne, mais accueille aussi des artistes de Suisse et d’autres pays. La galerie encourage les échanges entre artistes, visiteur∙euse∙s et différentes techniques artistiques.

L’exposition Glazed Realities s’inscrit dans cette démarche. Réuni∙e∙s autour d’un médium commun, la céramique, les artistes invité∙e∙s explorent, à travers des techniques variées, des questions liées à la mémoire, aux récits et aux dynamiques sociales. Comme le suggère le texte accompagnant l’exposition, il s’agit aussi d’inviter le visiteur ou la visiteuse à regarder la céramique contemporaine autrement, non plus seulement comme un savoir-faire ou un objet décoratif, mais comme un médium capable de porter des histoires personnelles ou collectives, parfois de façon inattendue.

Vasilis Zografos

Le premier artiste qui a attiré mon attention s’avère être également le commissaire de cette exposition. Vasilis Zografos est un artiste grec, né en 1965 à Mytilène, sur l’île de Lesbos. Il vit et travaille aujourd’hui à Thessalonique. L’écrivain et professeur d’esthétique et de philosophie Thomas Symeonidis décrit son travail comme dépassant la simple question du médium. Il souligne que l’artiste s’attache à révéler la beauté propre des objets mettant l’accent sur la réflexion autour des objets et des images. En découvrant les œuvres que Vasilis a choisi de présenter ainsi que la thématique de cette exposition, cette lecture m’est apparue extrêmement juste.

Vasilis Zografos, Untitled, 2026, huiles sur biscuit, Untitled 2024, assemblages en céramiques,  30cm et Untitled 2023, assemblages

Vasilis Zografos a choisi de présenter des huiles sur toile et des œuvres en céramique. Ces dernières sont traitées selon des approches très différentes. Certaines œuvres servent de supports à la peinture, alors que d’autres sont présentées comme des assemblages. Ces compositions mêlent des bibelots en porcelaine, des objets trouvés liés à la vie domestique, ou encore des morceaux de céramique découverts sur les côtes et qui portent les marques laissées par le temps et la nature. Une fois réunis, ces objets semblent véhiculer des histoires que les visiteur∙euse∙s peuvent imaginer, interpréter et s’approprier.

Vasilis Zografos, Untitled, 2023, huile sur toile, 50×40 cm et Untitled, 2021, céramique, 27x24x12 cm

Ce lien avec les objets du passé apparaît aussi dans ses huiles sur toile. Comme dans cette peinture qui présente un verre se détachant sur un fond monochrome, devenu à lui seul le sujet central de l’œuvre. En le regardant je me suis souvenue de certaines natures mortes de Pieter Claesz. Et pourtant ! on en est tout de même très éloigné, mais c’est cette référence qui m’est venue à l’esprit et quant à sa forme, elle m’a fait penser à certaines productions des verreries de Bohème, là encore j’ai réalisé que je cherchais l’histoire de cet objet. L’artiste collecte, réunit et réinvente des éléments existants en les sortant de leur contexte initial, leur donnant ainsi une nouvelle lecture et une nouvelle histoire que les spectateur∙ice∙s – tout comme je l’ai fait – tentent de percer.

Heberth Sobral

Le second artiste qui a retenu mon attention est Heberth Sobral. Né en 1984 à Minas Gerais, au Brésil, il vit aujourd’hui à Rio de Janeiro.

Des œuvres de Heberth Sobral, ce sont ses carreaux de faïence qui m’ont le plus étonnée. De loin, je distinguais des motifs stylisés qui me faisaient penser aux azulejos, ces carreaux de céramique portugais aux compositions reconnaissables. Mais en me rapprochant, j’ai réalisé que ces motifs n’étaient ni floraux ni géométriques, mais constitués de silhouettes de Playmobil et j’avoue que dans un premier temps je n’y ai vu qu’une composition amusante. En lisant la présentation de l’artiste, et en découvrant qu’il y avait également une dimension sociale et politique, j’ai été surprise car j’y voyais surtout une référence formelle certes un peu ironique à la tradition des azulejos, tant dans le format que dans l’organisation symétrique des compositions. Et je ne voyais dans les figurines que des personnages issus de la culture populaire contemporaine.

Heberth Sobral, Untitled, 2022, céramique, 17×17 cm

Ce n’est qu’en me documentant sur son travail que j’ai compris que cette série s’inscrivait dans une réflexion plus large, mêlant héritage visuel, mémoire coloniale et imagerie populaire mondialisée. Dans d’autres œuvres utilisant ces mêmes figurines, Heberth Sobral a mis en scène des situations beaucoup plus explicites, abordant des thèmes sociaux et politiques forts, allant d’arrestations policières à des manifestations ou à des scènes liées à l’histoire de l’esclavage. Le contraste entre l’innocence de ces jouets et la violence des contextes représentés y devient alors frontal et la critique sociale apparaît de manière beaucoup plus lisible.

Dans les œuvres que j’ai pu découvrir, le propos est plus subtil, presque invisible ou silencieux. Seul∙e∙s celles ou ceux qui souhaitent aller plus loin peuvent découvrir une réflexion plus profonde sur la circulation des images, des cultures et des héritages.

Ierene Venetsanou

Je me suis également arrêtée sur les œuvres d’Irene Venetsanou. Née à Athènes, l’artiste a d’abord vécu et travaillé à Londres avant de s’installer à Genève. Depuis 2019, elle poursuit sa recherche artistique au sein de la Fondation Bruckner à Carouge.

Contrairement aux deux précédents artistes, Irene Venetsanou dédie à la céramique une place centrale dans son processus de création. Elle explore l’argile portant une attention particulière à sa résistance et à sa transformation avec l’action du feu. Le processus devient tout aussi important que la forme. Elle y voit une mutation, un passage, qui fait écho avec la nature même de l’existence.

Le monde naturel est une source d’inspiration essentielle dans son travail. Dans ses œuvres on retrouve des formes organiques qui peuvent être imparfaites, parfois asymétriques, et qui nous rappellent des éléments de la nature tels que des pierres ou des strates minérales ainsi que des graines, sources de vie. Ses sculptures possèdent quelque chose de presque méditatif. Certaines pièces, comme ses totems, donnent le sentiment d’avoir été construites par couches successives un peu comme si elles portaient en elles le temps qui passait.

Irene Venetsanou, Wisper of Joy, 2024, grès, 20x20x15cm

Irene Venetsanou, Untitled I, grès, 20x10x8 cm

Cet intérêt pour la nature se ressent particulièrement dans ses œuvres issues de la série Seeds. Ces formes, comme le nom l’indique, évoquent des graines. La coque est brisée mais elle ne s’effondre pas, elle est toujours présente et continue d’exister malgré la transformation. Ces œuvres sont en lien avec la transition, l’évolution et font écho à notre propre construction. Des enveloppes fragiles mais persistantes, qui parlent de croissance et de mémoire, et qui nous rappelle ce que l’on garde de nos expériences.

Irene Venetsanou, Promise Seed I, grès et émail, 15 x7x10 cm et 15x15x15 cm
Irene Venetsanou, Planting seed, 2022, grès, 20x30x20 cm
Vasilis Zografos, Untitled, 2025, huile sur toile, 30×20 cm

L’exposition actuelle réunit six artistes, mais je ne vous ai présenté le travail que de trois d’entre eux. Lorsque je visite des expositions, surtout lorsque plusieurs artistes sont exposés, il m’arrive très souvent d’être plus attirée par certaines œuvres. Il ne s’agit aucunement d’un jugement sur leur qualité, mais tout simplement de l’expression d’un ressenti, qui fait parfois appel à des souvenirs, à des connaissances ou tout simplement à des goûts personnels.

Parfois, je n’ai pas les références qui font que je pourrais être attirée par une œuvre. Il m’arrive également d’être surprise et en cherchant à en apprendre davantage, je découvre ces œuvres sous un autre angle me permettant de les apprécier différemment.

Certains travaux de très grande qualité ne me touchent pas toujours et à l’inverse, des œuvres qui semblent plus simples, sans toutefois l’être, vont attirer mon attention.

Dans cette chronique, je vous présente mes découvertes, mes réflexions, mon ressenti, ainsi que les œuvres qui ont suscité mon intérêt. Mais puisque tout cela reste finalement très personnel, je ne peux que vous encourager à aller visiter les expositions que je vous présente afin de vous faire votre propre avis, et également de découvrir les œuvres dont j’ai parfois moins parlé, car ce sont peut-être celles qui vous toucheront le plus.

Chronique et photos: Emilie Thomas

Glazed Realities
Du 22 janvier au 28 février 2026
Du mardi au samedi : 11h-18h

Espace_L, Genève
www.espacel.net

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *