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Prix de Lausanne 2026 : né·e·s sous une bonne étoile

Cela fait plusieurs années que je me rends à la finale du Prix de Lausanne pour L’Agenda, et que je tente, depuis mon siège, den prédire lissue. Voici le suivi de mon samedi après-midi en compagnie des jeunes candidat·e·s, des professeurs, des participant·e·s du projet chorégraphique, mais aussi de Sylvie Guillem, Shale Wagman, Inès McIntosh, et de jeunes créateur·ice·s… somme toute, une véritable constellation d’étoiles.

Texte: Margarita Makarova

Photo d’en tête: William Gyves ©Gregory Batardon / Prix de Lausanne 2026

« Ils ont de la chance. Ils ont la chance de suivre une passion. Il y a des gens qui rêvent de faire ceci, de faire cela, et qui ne le font jamais. Eux, ils ont rêvé de faire de la danse, nous, on l’a rêvé, et on l’a fait. C’est un privilège. À chaque fois qu’on monte en scène, il faut tout donner », a déclaré Sylvie Guillem, lauréate du Lifetime Achievement Award 2026, longuement applaudie par le public. Dans son discours, elle s’est adressée aux finalistes du Prix de Lausanne qu’elle observait depuis les coulisses. Et en ce jour de finale, les danseurs et danseuses ont effectivement tout donné — pour le plus grand bonheur de la salle.

Alors que le public prenait place, l’échauffement à la barre dirigé par Élisabeth Platel a débuté. Un peu plus long que les années précédentes, il s’est révélé grandiose: les pirouettes finales des garçons et les ports de bras suivis de révérences des filles ont déclenché de généreux applaudissements.

Après l’échauffement se sont enchaînées les variations classiques. Je me suis prêtée au jeu des pronostics selon deux critères : l’artistique, costumes compris, et la technique.

Du côté des costumes de la première partie, trois danseuses ont retenu mon attention : Tae Eun Kim, Dayeon Yeom et Jiyul Jeon, toutes trois magnifiquement mises en valeur. Tae Eun Kim portait également pour la danse contemporaine une tenue en écho à son costume classique.

Tae Eun Kim ©Gregory Batardon / Prix de Lausanne 2026

Dayeon Yeom interprétait La Esmeralda de Jules Perrot avec un petit tambourin qu’elle frappait du pied : spectaculaire.

Dayeon Yeom ©Gregory Batardon / Prix de Lausanne 2026

Pour l’expression artistique et émotionnelle, Ara Shin, Dayeon Yeom, Lisa Ito, Jiyul Jeon et Dragos Gramada figuraient parmi mes favoris.

Sur le plan technique, toujours dans le classique, j’ai été frappée par les mouvements exécutés avec précision par tous les finalistes, et en particulier par les sauts silencieux de William Gyves et Haowen Lu. Malgré leur grande taille, ces derniers s’intégraient harmonieusement à leurs interprétations.

À l’issue de cette première partie, mes paris se portaient sur Dayeon Yeom et Suhyeok Bang. Mais lors de la seconde, il est devenu presque impossible de trancher : tous les finalistes étaient impeccables.

Plusieurs variations contemporaines différaient de celles des années passées. J’ai particulièrement apprécié Grinding the Teeth de Goyo Montero et The Nutcracker de Mauro Bigonzetti, bien que cette dernière soit plus courte. La musique d’Owen Belton dans Grinding the Teeth se prête idéalement à la danse contemporaine par la richesse de ses accents, que William Gyves a su mettre en valeur.

Parmi les anciennes chorégraphies, Rossini Cards de Mauro Bigonzetti était ma préférée, rompant avec la norme des bras et des jambes tendus. Jiyul Jeon et Yihan Qin l’ont brillamment défendue, y compris dans la partie finale, particulièrement complexe avec sa balance.

Le morceau Extinction d’Alexander Mockrish, finaliste du Prix en 2023 et lauréat du Young Creation Award 2025, était interprété aussi bien par les filles que par les garçons. J’ai apprécié la vidéo de travail montrant le chorégraphe, actuellement lui-même danseur, expliquant sa vision, calepin à la main.

Pour mes prédictions en contemporain, J’ai misé sur Suhyeok Bang, Dayeon Yeom et Dragos Gramada : énergie, assurance, capacité à capter l’attention du public.

Dragos Gramada ©Rodrigo Buas / Prix de Lausanne 2026

Le programme s’est poursuivi avec l’intermède, marqué par le retour sur la scène du Prix de Shale Wagman, lauréat 2018 et aujourd’hui Coryphée à l’Opéra national de Paris. Avec Inès McIntosh, première danseuse de la même maison, il a présenté une pièce contemporaine ainsi qu’un extrait du Corsaire. Autre perle du Prix de Lausanne, souvent méconnue : le projet chorégraphique, réunissant des danseurs et danseuses des écoles partenaires du Prix qui apprennent une création en une semaine avant de la présenter lors de l’intermède. Un travail collectif, mais aussi l’occasion de mettre en lumière quelques solos.

Bien que je n’aie pas eu une vision d’ensemble sur toute la semaine – car je n’ai assisté qu’à la Finale – je n’était pas loin de la vérité dans mes prédictions !

→ Voir la liste des Lauréat·e· 2026

Si l’école asiatique semble aujourd’hui dominer le ballet international, l’Europe, notamment avec l’Académie de danse de Zurich (tanZ), s’est elle aussi particulièrement distinguée cette année. Parmi les lauréat·e·s 2026 figurent William Gyves et Dragos Gramada, tous deux élèves de l’Académie de danse de Zurich.

William Gyves avait déjà été finaliste en 2023. Il est l’élève de Misha Tchoupakov, ancien danseur du Théâtre du Bolchoï et professeur à l’Université de North Carolina, aussi présent dans la salle et dans les couloirs.

L’élève et son professeur sur les réseaux sociaux

Une professeure de tanZ a d’ailleurs soufflé en russe, soulagée, après les deux variations : « Personne n’est tombé, c’est déjà pas mal ! »

Ces jeunes étoiles ne sont pas des étoiles filantes, mais des étoiles montantes. L’Agenda leur souhaite une carrière brillante, de la chance, et les remercie d’avoir illuminé le ciel de plus en plus sombre du quotidien par leur éclat.

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