Baisse de la redevance: Cinéastes, humoristes et musicien·ne·s aussi impacté·e·s

Artistes et acteur·ice·s de la culture se mobilisent contre l’initiative «200 francs, ça suffit!» soumise à votation le 8 mars. Si la population accepte de réduire le financement de l’audiovisuel public, non seulement l’industrie du cinéma suisse serait fragilisée mais aussi le monde de l’humour et de la musique.

Sujet: Jade Albasini

Photo de haut de page:
Tristan Lucas, Julien Doquin, Valérie Paccaud, Robin Chessex, Donatienne Amann, Philippe Bataglia
Couleur 3 Comedy Club, D-Club, Lausanne, le 7 octobre 2023.
RTS/Frank Mentha

Sabrer la redevance audiovisuelle, en acceptant l’initiative «200 francs, ça suffit!», qui prône une baisse du financement de la SSR – Société suisse de radiodiffusion et télévision, ne toucherait pas que les monde de l’information et de la diversité médiatique. Par ricochet, de nombreux·ses acteur·ice·s culturel·le·s seraient également ciblé·e·s par cette votation populaire du 8 mars prochain.

D’abord, il y aurait des conséquences pour les cinéastes ainsi que les sous-traitants dans les métiers techniques et créatifs. En Suisse romande, iels collaborent régulièrement avec la RTS qui les coproduit. Une réalité mise en lumière dans une étude de l’Observatoire romand de la culture (ORC). «Ce qu’on a constaté avec nos données, c’est que des domaines comme les arts vivants sont soutenus par les cantons et les villes mais d’autres moins, dont le cinéma. C’est la SSR qui finance ⅓ des productions audiovisuelles, que ce soit les documentaires, la fiction mais aussi l’animation», explique Olivier Glassey, directeur de l’ORC. Dans le cadre du Pacte de l’audiovisuel prévu jusqu’en 2027, la SSR investit chaque année 34 millions de francs dans la production de films et séries. En 2024, elle a accompagné 220 projets.

Still du film The Land Within, de Fisnik Maxville (co-production Alva Films et RTS)

C’est également une branche qui emploie 5000 personnes dans le pays. Et un tiers d’entre elles sont en sursis en cas de réduction de la redevance. Des aspects qui ne sont pas forcément connus du grand public. «On est tellement inondé par les productions des privés comme Netflix que peu de gens sont au courant qu’il y a des films et des séries suisses. On a déjà du mal à exister alors comment ce serait si le financement baisse?», se projette Fisnik Maxville, réalisateur romand de documentaires et du long métrage de fiction The Land Within.

Conscient des réalités budgétaires de l’industrie du cinéma, il ajoute. «Faire un film moins cher que ce que l’on produit en Suisse actuellement est très difficile, notamment pour respecter les normes salariales. À titre comparatif avec d’autres pays en Europe, le cinéma ici est déjà sous-financé par rapport à d’autres départements, à la population et au nombre d’étudiant·e·s qui sortent des écoles d’art.» Il souhaite sensibiliser l’impact de la production audiovisuelle comme moyen pour faire rayonner le pays à l’international, à l’image de la Corée du Sud qui a développé ce soft power depuis vingt ans.

Répercussions sur l’humour

L’Union Romande de l’Humour, soit l’association professionnelle des humoristes romand·e·s est aussi alarmée. Elle rappelle sur son site que les humoristes ont «besoin d’un service public fort». En tournée avec son spectacle En Slip, la comédienne et autrice d’humour Donatienne Amann l’évoque même sur le plateau. «J’ai réalisé qu’il fallait que j’en parle aussi sur scène et que je dise au public de bien se renseigner sur les conséquences de cette initiative. Je leur confie aussi que sans la visibilité que j’ai eu via la RTS, je ne serai pas en train de tourner mon seule-en-scène», partage la Lausannoise qui a joué notamment ses premiers sketchs au Couleur 3 Comedy Club en 2021.

Celle qui est comédienne professionnelle rappelle aussi qu’elle a appris le métier d’humoriste en écrivant des chroniques à la radio puis à la TV. «Le service public met des artistes émergent·e·s en avant mais les radios privées ne le feront certainement pas car ce n’est pas assez rentable», confie-t-elle. Si l’initiative passe, elle craint une perte de visibilité pour les gens du métier. «C’est inquiétant car l’impact serait énorme. Comment allons-nous exposer notre travail et parler de nos spectacles sans ces canaux? Il y a déjà beaucoup moins d’opportunités qu’avant de tester ses chroniques à l’antenne avec la crise des médias et les coupes budgétaires de ces dernières années», commente Donatienne Amann. Pourtant les nouvelles générations sont friandes de stand-up. «On a découvert que les jeunes sont fans de Comedy Club. Et quand on pense à tous ces humoristes à succès, que ce soit Yann Marguet ou Marina Rollman, ils ont commencé leurs chroniques à la radio publique. C’est dans cet espace aussi que s’expriment ces talents.» En tout cas au début de leur carrière.

Moins de visibilité pour les musicien·nes

Un autre domaine culturel serait également affaibli en cas de «oui» aux urnes, il s’agit de la musique. «Des artistes de la scène musicale en Suisse romande rappellent aussi que la SSR les soutient de manière indirecte en diffusant leurs concerts. Ils précisent que dans leurs parcours professionnels, les émissions radio ou TV leur donnent une grande visibilité en élargissant leurs réseaux», dit Olivier Glassey. 

La harpiste Tjasha Gafner dans l’émission Oh! Micro de la RTS 6.03.25

Il cite encore un sondage réalisé par l’ORC sur les activités loisirs et culturels des Romand·e·s, récolté sur un échantillon de 1000 personnes. Le constat? Les plateformes numériques occupent un rôle central dans le temps libre et ce, pour tous les âges. Olivier Glassey souligne: «Les contenus de Play RTS sont de qualité. Il y a des informations vérifiées.» Un argument important à l’heure de la profusion de fake news, en particulier sur les réseaux sociaux qui reste la première source d’information en 2024 pour 9 jeunes sur 10 selon l’étude JAMES, réalisée par la Haute École des sciences appliquées de Zurich.  

Alors que le premier sondage de l’institut gfs.bern publié en janvier mentionne que 52% des Suisse·sses refuseraient l’initiative «200 francs, ça suffit» – un chiffre à considérer avec prudence vu la marge d’erreur – l’angoisse dans l’ensemble des professions liées à la culture est vivace à un mois du scrutin.

Archives... d'actualité

En décembre 2017, l’équipe de CultureEnJeu avait concocté un numéro spécial autour de l’initiative NoBillag, qui avait été refusée à  71%. Comme le remarque la journaliste Chantal Tauxe dans un récent post, « nos arguments de l’époque n’ont pas pris une ride » ↓

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