Alors que Gourou de Yann Gozlan secoue aussi bien le box-office que le monde du développement personnel, la pièce Séduction, nouvelle collaboration entre l’écrivain Lukas Bärfuss et le metteur en scène Gian Manuel Rau, explore à sa manière la thématique de la manipulation. Un huis-clos oppressant et non moins explosif, à voir au Grütli à Genève jusqu’au vendredi 13 février.
Critique : Marie-Sophie Péclard
Première scène, des bruits de pas, lumière : deux personnages sont étendus à terre, reliés par une corde rouge. Menottes de prison, jeu érotique, symbole de passion ? La question des liens que tissentles personnages traverse toute la pièce.
Un homme et une femme se relèvent. Décor sobre, voire dépouillé : une toile blanche qui fait office de mur de prison, avec deux trous rectangulaires pour les portes, un lit, un chariot à roulettes… et une guitare électrique. Hauke Born (Vincent Bonillo) purge une peine de six ans pour escroquerie au mariage. Sa psychiatre, Tania Morena (Alexandra Marcos), lui apprend qu’il a reçu une lettre de sa fille, Sonja Schwarz (Agathe Hauser). Ils ne se connaissent pas, mais elle souhaite le rencontrer.
Dès le départ, les questions affleurent : qu’est venu chercher Sonja, et est-elle seulement sa fille ? Pourquoi Tania transgresse-t-elle délibérément la relation patient-thérapeute ? Quel jeu joue Hauke, que ce soit avec Tania ou Sonja ? Qu’est devenue la riche héritière que Hauke a entraînée dans une secte avant de la dépouiller de sept millions ? D’ailleurs, si on comprend assez rapidement que l’origine de l’argent est dans les pages les plus sombres de l’Histoire, personne ne sait où se trouvent ces sept millions…
Photos: © Anne Voeffray
La séduction, qu’elle prenne la forme du flirt, du besoin de reconnaissance, du désir ou de la manipulation, traverse et met en tension chacune des interactions entre les personnages. Les trois comédien·ne·s évoluent sur le fil d’un texte finement ciselé, livrant une performance remarquable par sa précision et sa justesse. Leurs incarnations, tout comme le suspense, parviennent à capter l’attention du·de la spectateur·ice, même lorsque l’action sur scène s’amuse à le désorienter.
La diversité et la radicalité des situations interpellent en effet : intermèdes musicaux, séance de psy qui bascule dans le bondage, récit de la déportation et de l’incendie de la grange lors du massacre de Gardelegen… Ces épisodes nourrissent la tension dramatique tout en laissant le·la spectateur·ice dans un certain inconfort, sans gâcher le plaisir d’être à son tour manipulé. Comme les personnages de Lukas Bärfuss, nous sommes confronté·e·s à une réalité mouvante, dont les contours restent volontairement flous.
Séduction
Du 28 janvier au 13 février 2026
Théâtre du Grütli, Genève
www.grutli.ch/spectacle/seduction

