The Greatest Showman, sorti au cinéma en 2017, fait partie de ces films qui ont contribué à populariser la comédie musicale au-delà des cercles de convaincus. Ses chansons sont des concentrés d’adrénaline feel-good qui restent en tête, son énergie est rassembleuse. Mais Phineas Taylor Barnum, l’entrepreneur dont s’inspire l’histoire, avait-il un profil aussi « Disney » que le film veut bien nous faire croire ? LYMPA, la compagnie genevoise qui investira le Bâtiment des Forces Motrices du 5 au 7 septembre 2025 avec son Concert spectaculaire The Greatest Showman, s’est passionnée pour cette histoire et a décidé de la raconter autrement.
Texte et propos recueillis par Katia Meylan
Ce n’est pas la première fois que LYMPA se donne pour défi de remplir les 1000 places du Bâtiment des Forces Motrices sur cinq représentations. En 2023, le public avait massivement répondu présent à son concert Young Broadway, qui avait réuni sur scène un orchestre symphonique de 100 musicien·ne·s autour de six solistes internationaux. L’année suivante, sa version immersive de la comédie musicale Tick, tick, BOOM ! se jouait à guichet fermé dans l’espace intimiste des 6 Toits. En septembre, le metteur en scène Ylan Assefy-Waterdrinker, la librettiste Katherine Sturt-Scobie, seize comédien∙ne∙s et vingt instrumentistes de la HEM sous la direction de Philippe Béran reviennent au BFM avec une histoire à raconter : celle du vrai P. T. Barnum.
Chercher ailleurs
« Ce qui est intéressant dans The Greatest Showman – c’est pareil dans Grease, par exemple – c’est que tout le monde aime ces chansons, mais quand on se penche sur le propos, il y a beaucoup d’aspects un peu problématiques aujourd’hui », relève Ylan Assefy-Waterdrinker. Le jeune homme raconte en avoir pris conscience notamment car, parmi les titres de la bande originale qu’il adore, un seul le laissait indifférent : Tight rope, chanté par Charity, la femme de Barnum. « Et ce n’est pas une mauvaise chanson, au contraire ! J’ai réalisé que cette chanson m’ennuyait car rien ne nous amenait à compatir avec ce personnage ». Tout au long du film, effectivement, Charity est mise en retrait alors que Barnum est dépeint comme un héros parti de rien, qui poursuivait ses rêves romantiques et qui, en mettant sur pieds ses freak shows, offrait un statut et une communauté bienveillante à des personnes marginales reniées par la société.
En prenant conscience que dans cette trame narrative, les rôles féminins n’existent que pour valoriser et étoffer les personnages du héros et de son acolyte, Katherine et Ylan décident de chercher ailleurs. « Je ne dis pas que toute œuvre doit forcément être réinventée, certaines permettent de rendre le contexte de leur époque. Mais là, on avait deux options : reprendre telle quelle l’option commerciale, ou développer une autre narration, d’après les personnages qui ont réellement existé », raconte Ylan.
Ni glorifié ni invisibilisé
Ainsi, en gardant pour fil rouge toutes les magnifiques chansons originales du film composées par Pasek & Paul – qu’on entendra lors du concert ! – Katherine s’est attelée à une réécriture du livret en français, une réinterprétation basée sur ses lectures de sources au sujet de Barnum, mais aussi des autres personnages du film, notamment la chanteuse lyrique suédoise Jenny Lind. « Disney fait du personnage de Jenny Lind une briseuse de couple, qui rompt son contrat faute d’obtenir la romance qu’elle espérait avec Barnum », déplore Katherine. « Dans la réalité, cette histoire de cœur n’a même pas existé ! Jenny Lind était une femme très religieuse, engagée dans de nombreuses causes caritatives. Elle s’était effectivement désolidarisée de Barnum, mais parce qu’il ne respectait pas les clauses de leur contrat. Il avait, par exemple, recours à un marketing agressif qui allait à l’encontre des objectifs philanthropiques de Jenny Lind. On pense même qu’il aurait vendu aux enchères des billets qu’elle avait initialement réservés à ceux qui n’auraient pas pu se permettre d’assister au concert autrement », raconte avec passion celle qui, pour écrire cette histoire, s’est plongée des heures de lectures biographiques.
Ylan et Katherine, que l’on a rencontrés lors d’une répétition à Genève
Katherine et Ylan partageaient donc l’envie de raconter l’évolution d’un homme tel qu’il était, avec ses nuances, ses bonnes et ses mauvaises actions, ses choix discutables, ses erreurs et ses efforts pour devenir un homme meilleur au fil de sa vie. Sans le glorifier, ni le sacrifier au regard de notre époque actuelle.
« Il n’était pas parfait, mais il a changé. Et parfois, c’est ça le plus grand des spectacles sur terre »
Une réplique que Katherine fait dire
au personnage de Charity, narratrice de l’histoire dans
The Greatest Showman – Le concert spectaculaire
Le plus grand des spectacles
Par les codes de mise en scènes qu’adoptent Ylan et Katherine, la production de LYMPA fait le choix de se focaliser sur l’essentiel. Plutôt que des décors grandioses et réalistes, ce sont le jeu, la musique et la danse qui, par leur pouvoir « magique », viennent raconter, développer et faire évoluer les personnages. Pour Ylan, c’est précisément ça qui fait que la comédie musicale est comédie musicale… mais qui ne marcherait pas sans l’imagination du public. Tout comme Barnum misait sur l’illusion en mettant un homme très grand sur des échasses pour faire croire à un géant, en rembourrant les habits d’un homme corpulent et en le présentant comme l’homme le plus gros du monde, Katherine et Ylan veulent se servir de cette suspension momentanée de l’incrédulité, qui n’a lieu qu’au théâtre. « Le public, avec son imagination, accepte de faire la moitié du chemin. Le spectacle se créera ensemble », promet le duo, impatient.
The Greatest Showman – Le concert spectaculaire
Du 5 au 7 septembre 2025
Bâtiment des Forces Motrices, Genève
www.lympa.ch/fr/the-greatest-showman-2025

