Fabienne Dubosson

Interview de Fabienne Dubosson, lauréate du Concours d’écriture 2025

Quelques jours avant la lecture publique des textes du Concours d’écriture de L’Agenda, on rencontre Fabienne Dubosson, lauréate de cette édition 2025.

Pour lire le texte de Fabienne Dubosson,
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Nombre de textes reçus lors de cette édition sur la thématique «Beaucoup de bruit pour rien» racontaient les histoires de celles et ceux qui s’agitent, s’imaginent, s’inquiètent… pour rien. Dans sa nouvelle toute en émotion, Fabienne Dubosson raconte un instant charnière de la vie d’un couple. Elle choisit de faire tenir toute une vie dans ce « rien » que suggérait le titre, une vie tantôt agressée tantôt caressée de sons, ciselés dans la forme comme dans le fond. 

Autour d’un café froid non loin de la gare de Chêne-Bourg, notre interlocutrice nous confie son lien à l’écriture et ses habitudes de lectrice : une passion trop longtemps laissée de côté, une admiration pour Ramuz et une légère tendance à multiplier les romans entamés.

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Quelle place prend l’écriture dans votre quotidien ?

Fabienne Dubosson : Je suis traductrice pour une organisation internationale, donc j’écris toute la journée, mais des textes peu créatifs, avec des terminologies précises à respecter. Quand j’ai vu passer l’annonce du concours, je me suis rappelé qu’il fut un temps où j’écrivais pour moi. J’étais l’ado qui écrivait des poèmes dans ses cahiers d’école et plus tard, pendant ma vingtaine, quand les blogs ont commencé à apparaitre, je postais des textes sur le mien. J’aimais bien les formats courts. Ça faisait une quinzaine d’années que je n’avais rien écrit de personnel, car c’est aussi une question de temps, et dans mon temps libre, je suis souvent tentée de lire plutôt que d’écrire ! Mais j’ai réalisé que ça m’avait manqué.

Qu’est-ce qui vous a encouragée à participer au concours d’écriture de L’Agenda ?

Au début, le thème ne m’a pas parlé. Je suis restée devant ce « Beaucoup de bruit pour rien » à me demander ce que ça m’inspirait… Puis, au mois de mai, je suis partie quelques jours en Gruyère ; pendant une journée où il a fait un temps affreux, j’y ai réfléchi à nouveau, et une image cinématographique est apparue dans ma tête. C’était le couple de mon histoire, assis dans la voiture. Et c’est parti comme ça. J’ai eu envie de me projeter dans ces deux personnages, j’y ai mis beaucoup d’émotions personnelles, de mon expérience de proche aidante. Je ne sais pas ce que ressent une personne malade, mais je sais ce que c’est d’être à côté, d’avoir peur, de s’accrocher. D’avoir des souvenirs, des bruits qui reviennent.

Pour vous, l’écriture est plutôt cérébrale, musicale, visuelle ou sensorielle ?

Musicale.

Êtes-vous plutôt du genre à tout écrire d’une traite, ou à revenir sur vos pas ?

Une fois que j’ai terminé un texte, j’ai l’impression que « c’est bon »… Mais en relisant, je trouve toujours plein de choses à changer, je reviens dix fois sur une phrase jusqu’à trouver la bonne forme, un peu comme de la sculpture. Je retrouve ce sentiment de fierté dans la traduction, quand l’anglais est particulièrement difficile et que je trouve une solution.

Est-ce que vous avez fait relire votre nouvelle à quelqu’un avant de l’envoyer ?

Non ! Je n’ai pas osé, en fait. Je n’ai même pas osé en parler, jusqu’à ce que je reçoive le résultat ! J’ai toujours une sorte de pudeur sur mes textes vis-à-vis des gens qui me connaissent.

Où trouvez-vous l’inspiration ?

Mes lectures de romans en anglais et en français me nourrissent beaucoup. Comme ce sont mes livres, je me permets d’y inscrire des petites notes, je relève les phrases que je trouve belles, les sens qui résonnent.

Quelle lectrice êtes-vous ?

Une lectrice lente, et en plus, je commence plusieurs livres en parallèle. En ce moment, je dois en avoir trois en cours – sans compter celui que j’enregistre pour la Bibliothèque Sonore Romande en tant que lectrice bénévole. Parfois, je me donne l’interdiction de recommencer un roman tant que je n’en ai pas fini un autre !

Comment élisez-vous votre prochaine lecture ?

Difficile, il y a tellement de choses à lire. Mais je peux citer deux auteurs dont je lis tout : Jean-Philippe Toussaint, qui sort volontiers un livre par année – c’est un de mes auteurs préférés, pour son cynisme, son style léger et très fin ; et Patrick Deville, dont j’adore la façon de partir dans toutes les directions. J’ai l’impression que son cerveau fonctionne comme le mien, avec un petit trouble de l’attention (sourire). Sinon, chaque année, j’ambitionne de réussir à lire Proust.

Quel livre n’allez-vous probablement jamais lire ?

Des livres dont on m’avait dit beaucoup de bien et dont, en les commençant, je me suis dit « ça ne va pas être possible ». Des auteurs comme Dan Brown, par exemple, ou Joël Dicker, ne me parlent pas du tout. Mais je reconnais volontiers qu’ils puissent plaire à beaucoup de monde et que c’est une question de goûts !

Quel est le livre que vous avez le plus lu ?

« Si le soleil ne revenait pas », de Ramuz. C’est un livre que j’essaie de relire une fois par année. Ce qui me touche chez Ramuz, c’est sa façon de parler des gens simples, de dépeindre leurs passions infinies.

De quoi vous êtes-vous déjà dit « j’aurais aimé que ce soit de moi » ?

Une phrase de Ramuz, d’ailleurs, que je trouve très juste :  « C’est à cause que tout doit finir que tout est si beau » [ndrl, du recueil « Les femmes dans les vignes et autres nouvelles »]. J’aime aussi une réplique dite par André Dussollier dans son rôle de psychiatre de prison [ndlr, dans le film « Tais-toi ! » de Francis Veber], qui me fait toujours rire – mais qui est peut-être moins adaptée. « C’est un asile de fous, pas un asile de cons. Il faudrait construire des asiles de cons, mais vous imaginez un peu la taille des bâtiments. »

Quelle est votre bonne résolution pour cette rentrée culturelle 2025-2026 ?

Ah ! Aller plus souvent au cinéma. J’ai ma carte de remise pour les cinémas indépendants de Genève, pourtant, mais je ne prends pas assez le temps d’y aller. C’est précieux, d’avoir ces cinémas indépendants qui programment des cycles, qui font découvrir des pépites… Surtout maintenant qu’on est envahi par des films avec un gros casting, un gros budget, mais pas forcément de bonne qualité.

***

Fabienne Dubosson lira sa nouvelle « Beaucoup de bruit pour rien » aux côtés des autres lauréat∙e∙s du concours d’écriture 2025, dans le cadre de la Scène Ouverte de La Maison du Récit.

Scène Ouverte n°1
Lundi 8 septembre à 19h
Brasserie de Béthusy, Lausanne
www.lamaisondurecit.ch/agenda