À 28 ans, Cinzia Cattaneo est déjà bien connue du public suisse, pour ses chroniques sur Couleur 3 et ses passages sur toutes les grandes scènes de la région. En 2025, l’humoriste est sur la route et Avec des gens dans un spectacle où elle se livre avec beaucoup de sincérité et de fragilité. Après Thibaud Agoston en 2024, elle est la deuxième artiste produite en tournée par l’équipe du Caustic Comedy Club. Nous l’avons rencontrée avant sa date genevoise du 20 mars au Théâtre des Salons.
Texte et propos recueillis par Marie-Sophie Péclard
Du Caustic à la tournée
À Carouge, en fin d’après-midi. Dans la salle du bar encore tranquille du Caustic, Cinzia Cattaneo sirote une eau gazeuse. « J’essaie d’avoir une vie un peu saine, parce qu’actuellement je voyage beaucoup en train et c’est fatiguant, j’essaie de mettre l’énergie là où il faut. »
L’humoriste résume sa vie actuelle en trois pôles. D’abord Genève, où elle se partage entre les plateaux d’humour et ses chroniques sur Couleur 3. Elle y a passé la première partie de sa vie, ayant grandi à Veyrier, mais a emménagé récemment à Paris pour être au plus près de l’actualité du stand-up et des comedy clubs. Et il y a son spectacle Avec des gens, qu’elle joue non seulement en Suisse mais aussi à l’internationale, avec des dates en France et en Belgique.
Revenons au Caustic Comedy Club, un lieu que Cinzia affectionne particulièrement pour y avoir rencontré les deux personnes clés de sa carrière, Olivia Gardet et Emilie Chapelle, les fondatrices du club. En 2019, Cinzia joue en première partie de l’humoriste Bruno Peki. Les deux gérantes et Sébastien Corthésy (le co-fondateur de Jokers Comedy) ont un vrai coup de cœur sur les deux artistes. L’équipe de Jokers offre à Cinzia de la produire, tandis qu’Emilie et Olivia lui proposent un management et une « direction artistique » : « Nous nous sommes vues tous les week-ends pour travailler la rythmique, la manière de parler, les entrées, toute la mise en scène. Les années ont passé et, quand les filles ont ouvert la filière production du Caustic, cela faisait sens pour tout le monde que je les rejoigne ». Son spectacle Avec des gens, a tout naturellement été mis en scène par Emilie Chapelle.
Destinée théâtrale
Si aujourd’hui Cinzia Cattaeno semble se révéler dans la forme du stand-up, sa passion pour le théâtre remonte à l’enfance. Elle baigne dans un milieu artistique (son père a été longtemps réalisateur et sa mère est peintre) et suit des cours au Théâtre du Loup jusqu’à l’âge de 16 ans. Au seuil de l’âge adulte, elle tente la médecine à l’Université de Neuchâtel, le temps de réaliser que ce qui la fait vibrer, c’est la scène. Ses parents essaient de la convaincre de continuer ses études. Dans cette période critique, elle rencontre par hasard le comédien Arnaud Tsamère lors d’une randonnée en montagne. Le destin semble lui faire un clin d’œil, avant que les feux de la rampe ne s’alignent définitivement lorsque sa mère la motive à participer au tremplin du Banane Comedy Club et qu’elle est sélectionnée. « Mes parents étaient évidemment inquiets mais, paradoxalement, dès qu’ils m’ont vue sur ma première scène, ils ont tout de suite cru en moi. Et ils me soutiennent énormément. »
Si elle commence ses premiers plateaux d’humoristes en Suisse – elle y retrouve son ancien camarade d’école Thibaud Agoston –, elle se rend vite compte que l’actualité du stand-up se passe à Paris. « Ce qui est très agréable en Suisse c’est un certain confort, tu es assez vite bien payé quand tu te produis. À Paris, la compétition est plus importante donc tu es obligé de travailler beaucoup. Et cela me permet de rencontrer un autre public : comme il y a plus de brassage culturel, le public est plus hétéroclite, et donc plus exigeant ».
Quand on lui demande si elle aimerait tester d’autres espaces de comédie, comme le cinéma, elle en évoque le désir mais reste prudente : « J’estime ne pas être au sommet de mon art, alors c’est compliqué de me projeter sur autre chose. Mais j’ai l’impression d’être au bon endroit et je ne me sens pas incomplète. Certains rêvent de célébrité et on en rêve tous, mais mon vrai moteur est entre moi et moi-même, j’ai besoin de progresser et de mieux me connaître. »
Photo: © Caustic Prod
Photo de haut de page: Marine Bouteiller
Faire rire et être une femme
Le doute… un sujet que la jeune humoriste ne connaît que trop bien. Si elle revendique son côté perfectionniste, elle n’hésite pas à évoquer ses premières difficultés dans le métier, en particulier celle d’être l’une des seules femmes humoristes de sa génération en Suisse : « Je suis arrivée un peu entre les « stars » (Marina Rollman, Thomas Wiesel, Yann Marguet, Charles Nouveau, ndlr.) et la nouvelle génération, sur les plateaux j’étais souvent la seule femme et je n’avais pas beaucoup d’exemples. Et malgré tout, les hommes ont tendance à prendre plus de place et à moins donner l’impression qu’ils doutent, donc je n’avais personne à qui parler de mon anxiété ou de ma légitimité ».
Outre ses propres complexes, Cinzia est aussi confrontée au sexisme ordinaire comme à des remarques déplacées, qui la font parfois se remettre en question. « Je me demandais si on pouvait être une femme et être drôle, être jolie et être drôle… Aujourd’hui, on est plus de femmes et je travaille avec des gens que j’aime et qui me font du bien, c’est beaucoup plus bienveillant. C’est difficile de me détacher du regard des autres mais j’essaie d’être moi et je pense que c’est ce qui touchera les gens ».
Le prix du tremplin de Morges-sous-Rire en 2019 et celui nouveau talent humour de la Société Suisse des Auteurs en 2024 viennent regonfler la confiance de l’humoriste, qui voit ces récompenses comme des « jalons et la reconnaissance par ses pairs ».
Reconnecter avec soi-même grâce aux gens
Sur scène, la jeune femme raconte justement ses doutes, ses insécurités, son anxiété sociale, et comment l’humour lui a permis de les transcender. « Il y a un aspect thérapeutique dans le stand-up, comme dans toutes formes d’art, mais le rire a une vraie force. Si tu peux prendre du recul et plaisanter d’un truc qui t’a fait beaucoup souffrir, c’est le meilleur des pouvoirs. »
Très jeune, Cinzia Cattaneo a appris à s’exprimer à travers l’art, et notamment avec la peinture. Elle suivra d’ailleurs un cursus de Lettres en Cinéma et Histoire de l’art. Adolescente, elle admire beaucoup le travail de Basquiat : « C’est la première fois que j’ai compris que l’art ce n’est pas que de belles choses bien rangées, ça m’a fait un déclic. J’ai eu envie de déranger, de casser les codes ». Un immense besoin de liberté que lui offre enfin la scène, elle qui reconnaît avoir été une enfant turbulente. Ses années d’école ne lui laissent pas un bon souvenir : « Je n’avais pas beaucoup de potes, j’ai connu du harcèlement. Mais à 8 ans je savais déjà que je ferai de la scène et que je prendrai ma revanche sur ces années-là où j’ai été très seule. Et finalement, la scène m’a permis de renouer avec les gens. C’est ce que j’aime dans ce spectacle, on est là et on a choisi d’être là ensemble, c’est précieux. »
La revanche sera donc prise sur les scènes de Suisse et d’ailleurs.
Cinzia Cattaneo – Avec des gens
- Jeudi 20 mars 2025 à 20h30
Théâtre les Salons, Genève - Samedi 29 mars 2025 à 20h
Casino du Brassus - Vendredi 13 juin 2025 à 19h
Le Cube, dans le cadre de Morges-sous-Rire

