Youhouuuuu, la plaine est sèche! Adieu bottes de pluie, bonjour sandales, baskets et ballerines! Nos petits petons libérés, nous pouvons danser et sauter aux sons multiples de cette troisième journée de festival!

Et on commence fort avec le groupe espagnol The Excitements, aux Arches. Le sextet est mené avec fouge par la troublante Koko-Jean Davis, qui balance aussi bien sa voix (dans la lignée d’Aretha Franklin ou Tina Turner) que ses chorégraphies énergiques et ô combien contagieuses, dans la pure tradition du rythm’n’blues. Sur la Grande scène, on reste dans les cuivres avec Trombone Shorty & Orleans Avenue. Un mélange funk et hip-hop plutôt sympa, mais de loin, puisque le son des instruments, mal réglé, pouvait paraître un peu agressif.
A partir de 20h, L’Agenda se joue un Paléo sur la note de l’émotion. Tout d’abord, grand moment à la scène des Arches avec Grand Corps Malade. C’est un habitué de Paléo qu’il arpente pour la quatrième fois en huit ans, et qu’on retrouve toujours avec le même plaisir. Son show, millimétré et précis comme les vers de ses chansons, prend pour thème le théâtre et nous emmène en voyage avec l’artiste qui nous raconte aussi bien son désir d’écriture, son rapport au métier ou des histoires d’amour. Il est à la fois touchant, engagé et drôle (bien que certaines moues nous font supposer qu’il n’assume pas tous ses jeux de mots..) et surtout en contact permanent avec son public. On aimerait qu’il nous parle toujours, mais la nuit avance et la première étoile à s’allumer dans le ciel sera celle de la légende.

La plaine s’est remplie, tout doucement, mais il devient bientôt impossible de traverser la foule compacte devant la Grande scène. Nombreux sont venus en famille, comme une forme de transmission de patrimoine musical. Et bientôt, Sir Elton John se présente à la foule. Costume bleuté à paillettes, piano noir, éternelles lunettes bleues, l’image est là. Voir Elton John, ce soir à Paléo, c’est comme récolter quelques étincelles de cette carrière fructueuse, si riche en talent et liberté. C’est peut-être cette légèreté qui lui a permis de passer les décennies et qu’il nous transmet par ses mélodies. Derrière son piano, Elton John s’amuse. Sans surprise, ce magicien de la pop enchaîne les succès, renvoyant chaque spectateurs à ses souvenirs et ses sensations. Reste sa voix, intemporelle et généreuse. Et le plaisir de le retrouver.

Pour finir, on s’arrête un moment devant Zaz. Depuis son tube « Je veux » sorti en 2010, la chanteuse n’a pas changé de credo tant sa personnalité s’affirme dans sa mise en scène: décor emprunté à son imaginaire d’enfant, cabrioles et sauts en tout genre, complicité avec ses musiciens. Sa forte personnalité s’accompagne d’un charisme évident sur scène. Sa voix rauque et puissante sert le coeur, d’une beauté qui fait mal. Pourtant, entre déclarations engagées et piqûres d’enfance, l’émotion devient dégoulinante et se rapproche d’un bonbon acidulé. Ayant cueilli le public dès l’entrée avec le tube « On ira », la ferveur retombe vers le milieu du spectacle, malgré l’enthousiasme persistant des fans. Peut-être que la chanteuse, en voulant tout tout de suite, ne s’est pas rendue compte que certains publics doivent s’approcher, se flairer et s’apprivoiser.

Texte: Marie-Sophie Péclard
