Comic Market

La bande dessinée indépendante, l’alien des éditions

Pour sa deuxième édition, l’événement COMET, de son nom complet Comic Market, rassemble plus de 30 artistes indépendant.es suisses et internationauxales au cœur de Lausanne le samedi 18 octobre 2025. Un événement annuel qui célèbre un pan de l’édition encore trop peu connu.

Texte et propos recueillis par Géraldine Desarzens

Des visiteurse∙s enthousiastes sont regroupée∙s devant l’entrée de la Maison Pyxis à Lausanne, qui accueille la deuxième édition de l’événement COMET. Autant dire que ce dernier a du succès : sa première édition en 2024 accueillait déjà près de 400 personnes. Événement créé par le collectif Le Château Turbulent, COMET est dédié à l’auto et à la microédition des œuvres de bande dessinée. Des artistes qui sortent des sentiers battus et créent une alternative à l’édition « classique ».

Comic Market

Marché local et inclusivité

Le collectif du Château Turbulent a été créé en 2020 et œuvre depuis à la promotion des artistes indépendante∙s. « On est tous fans de bande dessinée et COMET était l’occasion de mettre en avant les artistes indépendants et les faire connaître auprès du public », décrit Julie Baechtold, membre du collectif. Être indépendant, c’est prendre en charge toute la chaîne de l’édition : imprimer et relier soi-même, mettre en vente, faire de la publicité. Toutes ces démarches chronophages permettent néanmoins une énorme liberté créative. La microédition est un bon entre-deux, car « dans un marché de la bande dessinée surchargé, dans lequel il est difficile d’obtenir un contrat chez un éditeur, elle accompagne l’artiste dans ses démarches tout en lui laissant sa liberté d’expression », confirme Julie Baechtold. Cette liberté réjouit beaucoup d’artistes dont les œuvres abordent des sujets tabous et adultes. C’est le cas de l’artiste Lia Kafka, qui vend ses bandes dessinées emplies de féminisme et de thèmes LGBTI. « L’édition est un marché impitoyable », confie-t-elle. Mais elle ajoute : « COMET est le genre d’événement qui sert à se démarquer et se mettre en valeur. C’est un petit boost à l’ego qui fait du bien »

Fichier PDF et fanzine : quand la bande dessinée se pérennise

Une exposition dédiée aux webcomics occupait le deuxième étage de la Maison Pyxis. Le webcomic est une autre couche de la bande dessinée indépendante, encore moins connue du public. L’exposition a le but de visibiliser les auteur∙trices qui vendent leurs œuvres en format PDF. Bien qu’il rompe avec l’impression sur papier, le webcomic devient un autre support créatif avec des possibilités interactives, en ajoutant par exemple des sons aux images ou en animant les dessins. Instagram est une plateforme privilégiée de diffusion de ce genre de bandes dessinées. Le réseau social permet d’atteindre un large public international. Mais une telle démarche a ses limites : « La notion d’original disparaît sur le digital, comme me disait un professeur de l’École de dessin et d’animation Emile Cohl à Lyon », se souvient Julie Baechtold. Elle poursuit : « Pour beaucoup d’auteures, la publication matérielle ramène la valeur de l’original et leur permet de reprendre contrôle de leur style ». Un sentiment partagé par Cédric Weidmann, étudiant à Ceruleum, école d’illustration et d’animation à Lausanne : « Le côté artisanal et matériel donne plus de valeur à l’objet ». Une valeur non seulement mercantile, mais également une clé de réussite. L’objet livre demeure un objectif pour les artistes : « Instagram est très fermé en termes d’algorithme, la politique Meta est compliquée alors que l’autoédition donne une plus grande liberté créatrice », confirme Lia Kafka. Il faut se soumettre aux règles de contenus jugés illicites et aux algorithmes, qui freinent la créativité de certaines artistes. Digitale ou pas, la bande dessinée indépendante se fait connaître. « COMET est un moyen de rendre les œuvres digitales plus tangibles aux yeux du grand public et de renforcer des contacts hors des réseaux », conclut Julie Baechtold.

Comic Market

En plus de l’exposition, trois ateliers sont venus rythmer le programme de la journée COMET : la reliure avec l’artiste Lydie Dramah, la risographie – technique d’impression japonaise qui donne à ses tirages un effet décalé et est favorisée tant par son prix abordable que par son style underground – avec le Bureau Culturel et la création de fanzine avec la Fanzinothèque Genevoise. De telles activités encouragent non seulement la promotion de la bande dessinée indépendante – digitale ou tangible – mais aussi sa pérennisation. COMET redonnera rendez-vous aux amateurice∙s de bande dessinée en 2026.

www.comet-comicmarket.ch

 

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