Foucault en Californie

Psyché foucaldienne à Vidy

Au Théâtre de Vidy à Lausanne, se joue en ce moment Foucault en Californie inspirée du livre éponyme de Simeon Wade. L’œuvre raconte une expérience improbable qu’aurait vécue Foucault en 1975: un trip au LSD dans la Vallée de la mort avec de jeunes américains. Cette comédie philosophique de Lionel Baier promet de faire voyager dans le temps, l’espace et les idéologies des années 70. Attachez vos ceintures, on embarque pour la Vallée de la mort.

Un texte de Catherine Rohrbach

Le premier acte s’ouvre avec le metteur en scène Lionel Baier racontant la genèse de la pièce. Simeon Wade, un universitaire admirateur du philosophe français Michel Foucault, et son compagnon, Michael Stoneman, profitent du voyage de ce dernier en Californie pour l’emmener dans la Vallée de la mort afin de prendre du LSD. Le but de “l’expérience”? En plus de rencontrer l’idole, voir ce qui peut jaillir de la tête du penseur. Très vite, Wade (Valerio Scamuffa) arrive sur scène, interrompt Baier pour reprendre la narration de l’histoire, qui est la sienne finalement. Quelques pas de claquettes plus tard, on est transporté∙e à Berkeley en 1975 et emmené∙e dans un road trip mélangeant discussions intellectuelles, substances hallucinogènes et plaisirs candides.

La scénographie est simple. Un drapeau de la Californie qui place l’action. Une rampe en bois qui devient tour à tour un arrière-plan de salle de conférence, un stop sur une longue autoroute, les dunes blanches de la Vallée de la mort ou encore un refuge en haut d’un arbre abritant sensualité. Et une Volvo verte qui emmènera les personnages à destination, que celle-ci soit physique ou métaphysique. Des sons de clochettes annoncent les changement d’acte – peut-être une référence à une certaine fée qui faisait halluciner les artistes et philosophe de la fin de siècle, à l’instar de l’acide des seventies.

Les discussions entre les personnages permettent de rendre compte de l’idéologie foucaldienne de manière simple et intrigante. On se demande qui peut bien être cet intellectuel qui parle d’Œdipe, de pouvoir et connaissance, et surtout pourquoi tant d’admiration? Il semble être un soleil pour Simeon, Michael et même David (Laura Den Hondt), protagoniste apparaissant dans les derniers actes qui pourrait être l’incarnation du désir. Michel Foucault, interprété par la comédienne Dominique Reymond, a des airs de rockstar avec ses lunettes de soleil à l’arrière de la Volvo.

Foucault en Californie

Photos: Nora Rupp

Le point culminant de la pièce est bien entendu le moment où Foucault accepte de prendre l’acide. Soigneusement préparées par Michael (Leon David Salazar), les doses sont distribuées, l’expérience peut commencer. Une fois le carton pris, le mur est brisé, Michel, Simeon et Michael remarquent ces visages qui les observent. Nous sommes “les morts qui [venons] réclamer [notre] dû”. Le psychédélisme monte et entraine le public dans un voyage au-delà des portes de la perception. La musique se fait de plus en plus forte jusqu’à étouffer nos oreilles et dans la salle, l’odeur du hash (pas celui de Chomsky, malheureusement) est bien présente. En pleine ascension, au détour d’une conversation sur Magritte, la voiture commence à vomir une substance argentée alors que la radio crache des extraits d’actualités contemporaines: Trump, le covid, le sida, les désastres qui arriveront après 1975. La société actuelle serait-elle surréaliste? La pièce se situe en effet dans le passé mais c’est des réflexions sur le présent qui semble jaillir de ce voyage.

Foucault en Californie est une utopie des seventies, une nostalgie d’une époque libre où la pensée était l’action. L’admiration de Simeon Wade pour Michel Foucault se ressent au point où le philosophe devient un attendrissant personnage un peu décalé, “un homme ordinaire” bien loin de l’image qu’on s’en fait à l’université.

Foucault en Californie
Jusqu’au 17 décembre 2022
Théâtre Vidy-Lausanne
vidy.ch