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Much Ado About a Marvellous Play

La jeune compagnie anglophone Hoops of Iron nous régale avec son spectacle Much Ado About Nothing. Les inconditionnel∙le∙s de Shakespeare seront ravi∙e∙s de redécouvrir cette comédie à travers une troupe passionnée.

Texte et propos recueillis par Frida

Les premières représentations se sont déroulées dans un théâtre atypique, le théâtre des 50 à Saint-Jean-de-Gonville. Il est situé à l’abri des regards, dans la campagne française. Le bâtiment n’est autre qu’une grande maison où l’on se sent tout de suite chez soi. Sa structure en bois, son hall d’entrée accueillant et les étagères regorgeant de livres rendent cet espace extrêmement chaleureux. Les membres de l’association gérant ce théâtre le sont tout autant. La capacité d’accueil qui peut paraître restreinte de prime abord s’avère en réalité parfaite pour ce lieu, elle ajoute à la convivialité. Dans le public, tous les âges se côtoient. Cette ambiance familiale fait vraiment de ce théâtre un endroit unique.

Much Ado About Nothing est une pièce écrite peu avant 1600. Elle se centre sur deux couples: celui d’Hero et Claudio, et celui de Beatrice et Benedick. Alors que les deux hommes séjournent chez le père d’Hero, deux intrigues amoureuses débutent. Un mariage entre Claudio et Hero est rapidement conclu jusqu’à ce que des accusations sur la fidélité de la jeune fille viennent le compromettre. La relation entre Beatrice et Benedick paraît dès le début plus problématique. Les deux personnages sont fiers et refusent avec véhémence toute union. Pour se jouer d’eux, leurs proches décident de recourir à des stratagèmes afin qu’ils s’avouent leur amour.

La metteuse en scène Sofie Qwarnström reste fidèle à la spatialité de la comédie en la plaçant dans la ville de Messina, en Italie. Mais elle ajoute sa touche personnelle en modifiant la temporalité et en inscrivant sa création dans l’univers de la Mafia des années 1950. Ainsi, le public sourit en voyant s’avancer sur scène, non pas les trois soldats que sont censés être Claudio, Benedick et leur ami Don Pedro, mais trois hommes dont l’apparence et le comportement laissent peu de doute sur leur fonction. Ce décalage temporel renforce l’humour de la pièce. Il permet également de garder l’importance de l’honneur, très présent dans l’œuvre originale, puisqu’il semble naturel que des hommes issus du milieu de la mafia italienne aient recours à ce sentiment pour justifier leur conduite.

Malgré les apparences, le couple principal n’est pas celui formé par l’innocente Hero et l’impulsif et manipulable Claudio mais bien celui que forment Beatrice et Benedick. Ces derniers aiment se quereller et se plaisent à pointer les défauts de l’autre sexe. Chacun∙e affirme d’ailleurs son  aversion pour le mariage à tout son entourage et ne doute pas un instant du bien-fondé et de l’intelligence de son opinion. Lorsqu’ils réalisent leurs sentiments l’un pour l’autre, Beatrice et Benedick se retrouvent embarrassé∙e∙s et ne souhaitent surtout pas reconnaître la tendresse qu’ils se portent. Aller à l’encontre de leurs déclarations antérieures, à l’encontre de leurs convictions qui leur paraissaient tellement fortes? Cela leur semble inimaginable. Devenir des sujets de plaisanteries est une perspective ne sied guère à leur caractère quelque peu vaniteux.

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Alannah Burns (Beatrice) et Will Fihn Ramsay (Benedick) excellent à reproduire la vivacité d’esprit et l’orgueil des deux personnages. Il et elle parviennent à souligner leur conflit intérieur, entre leurs anciennes idées et leurs nouveaux désirs. Le public perçoit immédiatement la similarité de leur personnalité. Leur jeu  permet aux spectateur∙ice∙s de saisir pleinement la complexité des personnages ainsi que leur dimension comique. La comédienne s’adonne au sarcasme avec une telle facilité que nous ne pouvons rester de marbre face à son interprétation. Quant à la prestation de Will Fihn Ramsay, elle se révèle tout simplement remarquable. Il captive son audience et se montre aussi doué pour les scènes sérieuses et dramatiques que celles plus mondaines et enjouées. Lorsqu’il prend position contre Don Pedro et Claudio, en critiquant leur réaction face à la prétendue trahison d’Hero, il hausse la voix à peine un instant et le public tout entier se fige. Sa présence scénique et sa maîtrise parfaite de toute la palette des émotions font de lui un comédien épatant.

Rick Vincent (Dogberry) joue à merveille son rôle de policier bouffon et alcoolique. Ses grimaces et sa gestuelle provoquent l’hilarité générale.

Le titre de la pièce contient un jeu sur le mot “nothing” (rien) qui peut aussi s’entendre “noting” (commérages, rumeurs). Les péripéties sont créées uniquement par des rumeurs. Sans elles, il n’y aurait pas eu d’histoire. En effet, le mariage d’Hero et Claudio est mis en péril par les insinuations du frère de Don Pedro sur la future mariée. Ce frère illégitime, à la méchanceté complètement décomplexée, agit pour que chaque personne qu’il croise ressente un malheur aussi grand que le sien. Cependant, les personnages malveillants ne sont pas les seuls à manigancer pour s’amuser. Les ami∙e∙s de Beatrice et Benedick les dupent également, même si cela vise un objectif louable. Mais ces mensonges et ces conflits se résolvent par le triomphe de l’amour.

Toute personne ayant envie de se frotter à la langue de Shakespeare et de se laisser porter par la mise en scène de Sofie Qwarnström ressortira enchantée de cette représentation.

Much Ado About Nothing
Du 16 au 18 décembre 2022
Orangerie du Château de Voltaire, Ferney-Voltaire

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