Les arTpenteurs

Fahrenheit 451: fiction ou réalité?

La compagnie de théâtre itinérante Les arTpenteurs joue une pièce aux questions brûlantes et transgénérationnelles en abordant les thèmes du savoir et de la liberté.

Texte et propos recueillis par Frida

Le spectacle est basé sur le célèbre roman dystopique Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Considéré comme un monument de la science-fiction, cette œuvre reste d’actualité. Elle touche directement le public par son lien avec la culture, les nouvelles technologies et le divertissement.

L’histoire est celle de Guy Montag – interprété par Mehdi Duman – un pompier chargé de détruire les livres. Ces autodafés réguliers lui paraissent naturels et s’intègrent parfaitement dans son quotidien routinier. Cependant, sa voisine, très justement jouée par Eva Gattobigio, va venir rompre cette harmonie illusoire. Fantasque et curieuse, cette jeune fille ne ressemble en rien aux autres personnes que Montag connaît. Les autres semblent insipides et endormi∙e∙s alors que Clarisse est pleine d’esprit. Lors de leur rencontre, elle lui demande « Êtes-vous heureux ? ». Cette simple interrogation déclenche une véritable introspection chez le principal protagoniste. Comme ses concitoyen∙ne∙s, il ne se posait pas de questions. Son environnement, sa vie et a fortiori son bonheur allaient de soi. Les questions ne sont pas les bienvenues dans cette société lisse où tout est maîtrisé.

Montag commence à s’interroger sur ce qui l’entoure, il débute un processus plutôt désagréable mais qui le fera sortir de « la caverne ». Il réalise qu’il ne sait plus quand ni comment il a rencontré sa femme. Son mariage est un état de fait comme son métier. Il apprend qu’avant les pompiers protégeaient les gens du feu; maintenant ils brûlent les livres pour protéger les gens des dangers que ces œuvres contiennent. Il décide de découvrir par lui-même quels sont ces menaces et se met à lire.

Les arTpenteurs

Photos: Felix Imhof

Le gouvernement justifie les autodafés en invoquant principalement la paix sociale. Les livres dérangent parce qu’ils sont perçus comme des objets offensant les différentes sensibilités. Pour éviter toute colère, tout débat, il est préférable de les faire disparaître. Toute réflexion est effacée et les individu∙e∙s vivent devant des écrans géants. À l’inverse des ouvrages interdits qui poussent à réfléchir et à se confronter à d’autres points de vue, un écran propose une réalité devant laquelle les individu∙e∙s peuvent rester passif∙ve∙s. Ils et elles ingèrent les informations montrées sans prendre du recul et les croient. Le gouvernement ne leur soumet qu’une opinion pour éviter les discussions. La légèreté et le divertissement remplacent la connaissance et la réflexion. La femme de Montag illustre parfaitement cette frivolité, elle qui a l’impression de vivre dans une série télévisée. Elle envisage même de mettre un écran sur le quatrième mur de leur maison. On ne peut s’empêcher d’y voir une référence au théâtre avec ce mur imaginaire qui existerait entre les comédien∙ne∙s et le public. Il s’agirait d’effacer l’art vivant pour le remplacer par un défilé d’images virtuelles.

La mise en scène fait sciemment naître la confusion dans l’esprit du∙de la spectateur∙ice en raison des différents rôles endossés par les acteur∙ice∙s et de l’insertion de passages narrés. Les feuilles volantes et le mouvement qui s’intensifie au fil du spectacle contribuent également à cet égarement. Cela reflète l’état d’esprit de Montag. Il ne comprend plus le monde dans lequel il évolue. Il développe progressivement une conscience et agit en fonction de ses nouvelles convictions. Il ne peut plus rester immobile face à tant d’incohérence et de contrôle.

La déconstruction progressive de la scène semble souligner l’effondrement d’une idéologie chez le personnage principal. À la fin, seuls demeurent les fondements de la scène, des piliers sains pour reconstruire une société meilleure?

La pièce est portée par de très bon∙ne∙s comédien∙ne∙s. Elle ne laisse pas le public tranquille mais vient le pousser dans ses retranchements. Cette œuvre le met face à ses propres choix, à son libre-arbitre dans une société où il est plus facile de s’endormir devant un écran plutôt que d’être chamboulé par un livre.

Fahrenheit 451
Par Les arTpenteurs

– Jusqu’au 7 septembre sur la place Favre, Chêne-Bourg
– Du 13 au 17 septembre au Jardin Roussy, La-Tour-de-Peilz
– Les 23 et 24 septembre au Parc Mon-Séjour, Aigle

lesartpenteurs.ch