Dans son projet intitulé Transylvania, le jeune violoniste Elie Hackel met en miroir des musiques populaires d’Europe de l’Est et des pièces de compositeurs de la modernité hongroise – Bartok, Dohnányi, Kodaly et Rózsa – qui, au 20e siècle, avaient trouvé une nouvelle inspiration en étudiant ces traditions orales. Si le public de Lavaux Classic se révèle danseur, dimanche 22 juin, Grandvaux prendra peut-être de vrais airs de fête balkanique !
Texte et propos recueillis par Katia Meylan
Tant Guillaume Hersperger à la direction artistique que Martin Jollet à la programmation OFF affirment avoir fait les choix du cœur, conviant à cette 22e édition de Lavaux Classic des artistes avec qui ils aiment passer du temps, des concerts qu’ils avaient « envie d’entendre et de faire entendre ». Simple et efficace ! Parmi celles et ceux qui feront vibrer Cully, Grandvaux et Vevey, on trouve des artistes-phare (Marina Viotti, Nelson Goerner, Grigory Sokolov, le Quatuor Modigliani, …) mais aussi des projets atypiques (le quatuor vocal féminin Les Barbiches, le duo chant/basse électrique Baix), ainsi que des jeunes talents, à l’image d’Elie Hackel et son projet Transylvania qu’il présentera entouré de Marc Crofts à l’alto, Zoli Kekenj à la contrebasse et Gaspard Thomas au piano.
Une passion
Elie Hackel, titulaire d’un Master de musique de chambre au CNSM de Paris et actuel étudiant en Master de concert à la Haute École de Musique de Lausanne, se passionne depuis l’enfance pour la musique klezmer. De rencontre en rencontre, de recherche en recherche, la musique traditionnelle s’impose dans son parcours et le violoniste se fixe pour objectif de développer sa connaissance de ces folklores, «au langage très exigeant et très spécifique à chaque région», en parallèle de ses activités de chambriste et de soliste. En articulant les deux, «le lien avec les compositeurs comme Kodaly, Rózsa et Dohnányi, qui se sont eux-mêmes inspirés de ces folklores, a été naturel», nous répond-il.
Son projet Transylvania, qu’il avait présenté sur Espace 2 dans l’émission Des masters sur les ondes en février 2024, explore trois zones géographiques, ethniques et stylistiques différentes, qu’il nous explique ainsi: «Le premier tiers du programme, avec l’Adagio et l’Intermezzo de Kodály, est influencé par la musique tzigane de Budapest, également appelé « magyar nóta ». Ce style est assez proche dans ses codes esthétiques de la musique classique et constitue la première source d’inspiration chez les compositeurs hongrois du 20e siècle. Dans la deuxième partie, nous mettrons en regard Ruralia Hungarica de Dohnány avec une suite d’une sous-région de la Transylvanie, peuplée de beaucoup de communautés hongroises depuis la division des frontières après la Deuxième guerre mondiale. Le dernier tiers du programme est axé sur la musique tzigane roumaine, avec une suite folklorique et des pièces de Kodály et Rózsa».
Les arrangements des suites folkloriques sont le résultat d’un «collectage» réalisé par Elie lui-même lors de ses voyages en Roumanie et en Hongrie.
Des voyages et des rencontres
Le premier grand voyage d’Elie Hackel en Transylvanie dans le cadre de ce projet était il y a deux ans, nous raconte-t-il, et il y est retourné plusieurs fois depuis. Notamment en janvier 2025, lors d’un voyage de trois semaines commencé à Cluj-Napoca et les villages alentours, continué à Beica de Jos et terminé par Budapest. «La visite chez le violoniste Marcel Ramba, qui fait partie de la communauté tzigane roumaine, m’a beaucoup marqué. Il a fait de sa maison à Beica de Jos une école de musique, où il accueille une vingtaine de jeunes violonistes. J’y ai passé plusieurs semaines en tout. C’est une approche tellement différente de la manière qu’on a de faire de la musique classique aujourd’hui! On jouait de 14h à 3h du matin, c’était une manière joyeuse et quotidienne d’appréhender le folklore, qui m’a ouvert des perspectives musicales; j’ai pris conscience à quel point cette tradition est exigeante, du temps qu’il faut pour pouvoir la maitriser. Une autre rencontre marquante a été celle de Miklós Lakatos à Budapest. J’avais déjà entendu ses magnifiques enregistrements et ses concerts dans les restaurants de la capitale hongroise. En prenant cours avec lui, j’avais l’impression de revenir au début du 20e siècle et d’entendre dans son jeu les grands enregistrements de David Oistrakh, Jascha Heifetz ou Christian Ferras. C’est une communauté qui est fière de sa musique et qui a conservé un savoir-faire exceptionnel au fil des siècles. Ça m’a impressionné et donné l’envie d’en apprendre encore davantage.»
Lors de ce voyage, Elie Hackel est parti en compagnie d’un ami caméraman, Simon Stewart, avec qui il a filmé un documentaire en trois épisodes qui accompagnera la sortie de l’album courant 2025. Une façon de mettre en images ces contextes musicaux «qu’on ne se représente pas toujours facilement. Voir les enfants, les restaurants, les fêtes, les mariages, … ça donnera beaucoup de force à l’album» !
Le jeune homme ajoute, enthousiaste: « C’est un enjeu fort pour moi de pouvoir jouer ce programme en Suisse romande, dans la mesure où je n’ai pas encore eu beaucoup l’occasion d’y entendre ces musiques traditionnelles dans des festivals de musique classiques. C’est une musique magnifique, encore trop méconnue et je suis heureux de pouvoir la partager avec le public suisse.»
Transylvania
Dimanche 22 juin 2025 à 15h
Grande Salle, Grandvaux
Lavaux Classic
Du 19 au 29 juin 2025
www.lavauxclassic.chqu

