A raisin in the sun

They have a dream

Pour sa troisième production de la saison, la Geneva English Drama Society nous invite à découvrir la pièce A Raisin in the Sun mise en scène par Rick Vincent et interprétée par de brillant∙e∙s comédien∙ne∙s.

Texte et propos recueillis par Frida

Cette pièce relate l’histoire d’une famille afro-américaine, les Younger, vivant dans la banlieue sud de Chicago dans les années 1950. À la suite du décès du grand-père, ils reçoivent 10 000 dollars de l’assurance-vie de ce dernier. Source d’espoir, cette importante somme d’argent ouvre de nouvelles perspectives pour cette famille. Chaque protagoniste a une idée de ce qu’il convient de faire avec et toutes et tous imaginent déjà leur nouvelle vie. Mama, la grand-mère, décide finalement d’acheter une maison dans un quartier blanc avec une partie de ces fonds, ce qui déplait fortement à leur futur voisinage.

Lorraine Hansberry s’inspire de son vécu lorsqu’elle écrit cette œuvre en 1957. Elle grandit à Chicago et, si ses parents ne connaissent pas la pauvreté des Younger, ils rencontrent de nombreux problèmes avec leurs voisins quand ils déménagent dans un quartier blanc. A Raisin in the Sun a été la première pièce d’une auteure afro-américaine à être jouée à Broadway. Pour cette création, Lorraine Hansberry remporte le fameux prix du New York Drama Critics’ Circle pour la meilleure pièce de théâtre, à seulement 29 ans.

A raisin in the sun

Photo: Christine Housel

La pièce s’intéresse aux rêves, à leur réalisation et à la désillusion qui en découle parfois. Le titre de cette œuvre y fait d’ailleurs directement référence en renvoyant au poème Harlem de Langston Hughes: “What happens to a dream deferred? Does it dry up like a raisin in the sun?” (Qu’arrive-t-il a un rêve ajourné? Sèche-t-il comme un raisin au soleil?).

En exprimant leurs souhaits pour l’avenir, les personnages révèlent leur individualité et cela génère des tensions. Mama veut prendre soin de sa famille et lui assurer sécurité et stabilité. Elle troque donc leur petit appartement, décrit par Ruth sa belle-fille comme un “rat trap” (piège-à-rats), pour une maison avec jardin. Elle ne comprend pas son fils Walter Lee qui veut faire fortune grâce à des investissements. Elle pense que son travail de chauffeur et que sa famille devraient suffire à le satisfaire, et le compare à son défunt mari qui n’avait jamais eu des aspirations semblables à celles de son fils. Lorsque l’obsession de celui-ci pour l’argent touche à son paroxysme, elle lui rétorque qu’à son époque ils avaient d’autres préoccupations notamment celle d’éviter les lynchages. En déclarant “Once upon a time freedom used to be life – now it’s money. I guess the world really do change” (“Il fut un temps où la liberté était la vie – maintenant c’est l’argent. Je suppose que le monde évolue vraiment”), elle souligne le fossé générationnel qui la sépare de ses enfants. Walter Lee entrevoit d’autres horizons et l’argent est pour lui un moyen d’échapper à sa condition. Il ne supporte plus de devoir montrer de la déférence à des client∙e∙s fortuné∙e∙s qui ne lui témoignent que de l’indifférence. Son sentiment d’humiliation et sa colère face aux injustices sociales nourrissent ses projets. La liberté lui paraît vaine sans ressources pour l’exercer. Pourtant, il réalise que sa mère a partiellement raison et que certaines valeurs sont plus essentielles que la richesse.

A raisin in the sun

Photo (et photo du haut de page): Steven Antalics

Les opinions de Beneatha, la fille de Mama, entrent également en confrontation avec celles plus traditionnelles de sa mère et chamboulent l’équilibre familial. Il s’agit du personnage le plus affranchi de l’œuvre. Future doctoresse, elle choque sa mère par son athéisme, ses positions féministes et son questionnement identitaire. Les convictions de ce personnage sont celles de Lorraine Hansberry et, grâce à la très juste interprétation d’Andrea Ogbonna-James (Beneatha), on jurerait l’entendre parler.

Les comédien∙ne∙s livrent une très belle prestation. Emanita Bailey campe une Mama parfaite. Joanita Kalibala (Ruth) touche le public, le fait rire et lui transmet son intarissable énergie. Quant à Frederick Vaamonde (Walter Lee) dont c’est la première fois sur les planches, il fait ressentir aux spectateur∙ice∙s toute la fureur de son personnage. Toutes et tous arrivent à nous faire vivre le quotidien des Younger et les épreuves auxquelles la famille doit faire face. Les disputes reflètent leur désir de changer l’ordre établi. Et malgré les déceptions et les incompréhensions, cette famille reste unie. Comme le dit si bien Mama: « There is always something left to love. And if you ain’t learned that you ain’t learned nothing” (Il reste toujours quelque chose à aimer. Si tu n’as pas appris ça, tu n’as rien appris). 

A Raisin in the Sun
Du mardi 6 au samedi 10 juin 2023
Le Manège, Onex
www.geds.ch