Tout en haut de la colline de Montriond : 3 écrans orientés dans différentes directions, 3 beamers, 3 projectionnistes, et le public au centre, muni de casques de Silent Disco permettant de choisir l’un des 3 films présentés simultanément. Singulier concept en effet que ce cinéma multiplex open-air, dont l’organisateur et programmateur Patrick Graber affirme qu’il est le premier au monde.
Texte et propos recueillis par Katia Meylan
Les 21 et 22 août 2026
Colline du Parc de Milan, Lausanne
⚠️En cas d’intempéries, soirée annulée. Indication le soir-même à 19h
www.1650.ch
Nous n’avons rien trouvé qui démente cette audacieuse affirmation, et nous plairons donc à lui laisser le bénéfice du doute !
C’est bien autour d’un café – comme souvent lors des interviews de L’Agenda, et non pas autour d’une bière – que nous avons retrouvé Patrick Graber la semaine dernière, juste avant son départ pour le Locarno Film Festival où ce Lausannois cinéphile visionne en moyenne une vingtaine de films chaque année. (Entre deux, il passait faire un petit tour à la fête de la Guinness à Sion, d’où la photo ↓ )
Patrick Graber
Également programmateur des Toiles de Milan, c’est lui qui est à l’origine de la première édition des Nuits Singulières. L’idée lui est venue en constatant l’augmentation du nombre de films qu’il souhaitait partager avec le public mais qui n’entraient pas dans les cases : des trilogies, dont beaucoup « oubliées ou sous-cotées » selon lui, mais aussi des documentaires, des animations, des films à contenus sensibles, certains rétros, d’autres très récents. « Ce sont, pour la plupart, des films de festival qui n’ont pas leur place au cinéma de grande distribution », souligne-t-il.
18 films seront projetés au total sur les deux jours, avec trois fois trois séances simultanées par soir, du coucher du soleil au milieu de la nuit. Entre chaque projection, une petite pause permettra d’aller chercher une boisson au bar, de débriefer des films ensemble et de s’orienter vers le prochain écran : l’écran du Levant pour les trilogies, l’écran du Couchant pour les thrillers ou les inclassables, et l’écran du Kiosk pour la carte blanche à La Nuit des Griffes.
L’un des défis principaux du festival réside dans la logistique ; en effet, la colline n’ayant pas accès au réseau électrique, l’entièreté des projections se fait à l’aide de beamers et d’appareils sur batteries. Une autonomie qui, selon notre interlocuteur, « rend le festival d’autant plus singulier »
Patrick Graber se réjouit de voir comment les spectateur∙ice∙s composeront leur soirée. « Il y aura des choix plus classiques que d’autres ! Je me demande si les gens seront curieux… » sourit-il.
***
Pour nous aider à concocter notre programmation, on a posé quelques questions à Patrick Graber.
Quel film aller voir avec son date ?
Patrick Graber : Before Sunrise. C’est un peu évident comme réponse, mais… il pose quand même toutes les bases pour une rencontre. Il les pose bien ! Je trouve que c’est l’un des films de romance les mieux écrits. Il finit avec une grosse interrogation, et la suite 9 ans plus tard est d’autant plus intéressante.
Quel film aller voir si on est Lausannois∙e ?
Miracle. Il a été produit et réalisé hors des canaux habituels, dans le monde de l’impro. Par rapport au travail qui a été engagé, c’est vraiment dommage que ce film n’ait pas eu plus de visibilité.
Quel film aller voir si on doit rentrer tout∙e seul∙e à pied après ?
Ouh, les films de fin de soirée sont quand même un peu… [rire]
Si on veut rentrer de façon insouciante, Before Midnight, et si on veut rentrer avec des sentiments différents mais tout aussi intenses, les autres ne sont pas mal non plus !
Quel film aller voir si on ne peut plus voir ce monde en peinture ?
Avalon. Il aborde la vacuité des choses, les raisons pour lesquelles on obéit aux ordres… C’est la quête d’Avalon façon jeu vidéo, façon Mamoru Oshii et Kenji Kawai. Les trois films programmés sur cet écran le samedi ne forment pas une trilogie en soi, mais ce sont trois histoires qui ont, quelque part, la même vision du monde. Avalon, réalisé moitié en animation, moitié en prises de vues réelles, est le plus sous-coté.
Quel film t’a personnellement le plus marqué ?
Je blague souvent là-dessus, mais ça fait 8 ans que je veux passer Les garçons sauvages, et j’en ai enfin l’occasion !! J’adore le cinéma de Bertrand Mandico, j’ai adoré le concept derrière ce film – Cinq loubards, cambrioleurs, violeurs, tout ce qu’il y a de pire, arrivent sur une île qui les transforme peu à peu et les fait devenir des gens respectables… des femmes. La métaphore semble un peu grossière, mais ce film a quelque chose de tellement sulfureux ! C’est un film arty dans le bon sens du terme.
Deathstalker a aussi du mérite, il est fait avec 3 francs 6 sous, les effets sont plus cheap que dans les années 80. Ce n’est ni une série B, ni une série Z, ni un nanar, c’est un peu tout à la fois… Et ça a été fait avec tellement de cœur !
Dans un autre registre, Fino alla Fine. Je l’ai vu dans un petit festival en Italie, sans sous-titres, et ne parlant pas italien je l’ai compris quand même car la cinématographie est très parlante. Pendant une heure, il ne se passe rien. Je me demandais même si j’avais bien fait de rester – mais je ne sors jamais d’une salle de cinéma, par principe ! Et tout à coup, tout bascule. C’est très intelligemment construit, car justement, c’est tous ces petits éléments lents, insouciants, qui font que le film arrive avec une réponse grandiose. Je me suis dit, ce film-là, il faut absolument lui donner la possibilité d’être vu.
Quel film tu as déjà cité en société ?
Je suis incapable de garder en mémoire un dialogue ou une citation en tant que telle, mais j’ai toujours la musique, les mélodies, les intonations des films en tête. La musique d’Avalon, par exemple, est absolument parfaite. Probablement l’une des meilleures B.O. de tous les temps, le truc que j’ai le plus écouté dans ma vie.
Les 21 et 22 août 2026
Colline du Parc de Milan, Lausanne
⚠️En cas d’intempéries, soirée annulée. Indication le soir-même à 19h
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