Marianne Savioz

Marianne Savioz, lauréate du Concours d’écriture 2026

« J’ai l’impression d’être une star ! », plaisante Marianne Savioz alors que j’allume mon dictaphone. Un café noir pour elle, un chaï froid pour moi, à la fraicheur d’un café lausannois on parle de lecture et d’écriture, elle répond avec beaucoup de spontanéité à mes questions. À 24 ans, cette Valaisanne établie à Lausanne étudie la philosophie à l’UNIL. Et elle écrit.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Lors de la délibération de cette 6e édition du concours d’écriture sur le thème « Les dix commandements », le texte Par-delà le bien et le mal de Marianne Savioz a convaincu. Le jury s’est accordé sur le plaisir de lecture, sur la fraîcheur et l’humour de ce texte écrit à hauteur d’enfant, qui a su embrasser le thème pleinement – non comme un prétexte mais comme base de son déroulement. Par-delà le bien et le mal a probablement touché aussi, me semble-t-il, pour la pointe de nostalgie qu’il provoque en rappelant un certain Petit Nicolas… Une série de livre que Marianne Savioz, lorsqu’on lui mentionne la référence, confie n’avoir jamais lue. Comme quoi !

« On a soupiré, Mathieu a rangé la balle dans le buisson. En colonnes silencieuses, on s’est acheminés jusqu’à la maison de Jésus. D’après ce qu’on dit, il y en a des comme ça jusqu’à l’autre bout du monde, parce que Jésus est d’un naturel très accueillant. »

Katia, pour L’Agenda : Que t’a inspiré le thème de cette édition au premier abord ?

Marianne Savioz : Je n’étais même pas sûre de connaître les dix commandements ! Je devais les avoir appris quand j’étais petite, quand on allait aux cours de catéchisme pour la forme, pour faire plaisir à grand-maman. Je pense qu’on est beaucoup à avoir été initié à ça en tant qu’enfant et à ne plus y être revenu par la suite. Comme je n’avais pas les outils pour aller plus loin sur ce thème en me basant sur mes connaissances, je me suis inspirée de ces souvenirs, liés à l’enfance.

Fin 2025, tu as aussi été lauréate du Prix de la Sorge ; comment l’écriture créative s’intègre dans le quotidien d’une étudiante en philo ?

Lorsque j’en ai marre des séminaires, de cette langue formelle, académique, dans laquelle il faut dérouler sa pensée de façon logique, l’écriture créative est une respiration. Je peux écrire sur n’importe quoi juste parce que j’en ai envie, je peux utiliser ma propre langue, prendre le point de vue que je veux. C’est un moment de jeu.

Quel est ton processus d’écriture ?

J’ouvre les vannes de l’imagination et suis réceptive à tout ce qui me vient. Je teste, j’écris plusieurs débuts, plein d’idées, et dès que j’ai quelques lignes et une idée globale qui me plait, je me lance. Le reste vient au fur et à mesure, dans un flow, sans vraiment réfléchir. C’est très libre comme processus ! Puis je relis, je relève ce que j’aime, je corrige quelques détails. J’ai l’impression que plus je retravaille le texte, moins c’est bien. Ça devient trop conscient, rigide, pas assez vivant.

Les concours d’écriture n’échappent pas à la grande question de l’intelligence artificielle, et il est difficile de ne pas s’interroger sur la proportion de textes écrits en partie avec l’IA. Sans pouvoir l’affirmer, j’ai l’intuition que L’Agenda n’en aurait reçu que très peu… De ton côté, quel œil poses-tu sur l’usage de l’IA ?

J’utilise parfois ChatGPT quand j’ai des questions sur une chose ou une autre… Mais quand il s’agit d’écrire, jamais. Même pour un travail universitaire, car la partie la plus plaisante, c’est l’écriture ! Le moment où toute la matière est réunie, la problématique est posée et je n’ai plus qu’à rédiger, c’est le cadeau de la fin. Donc non, je n’utilise pas l’IA ; déjà car je perdrais du plaisir, mais aussi car j’ai l’impression que si je commence à me reposer là-dessus,… si on se repose là-dessus et qu’on lui donne trop de pouvoir, on perdra notre savoir-faire. Même en l’utilisant pour autre chose, à force de lire des réponses de « type IA », j’aurais peur d’uniformiser ma manière d’écrire et de penser, de contribuer à l’appauvrissement du langage. Ça fait un peu réac’ ! (rire) Mais je trouve hyper important que la langue reste personnelle à chacun.

Qu’est-ce qui guide tes choix de lecture ?

L’impulsion du moment. Dès que je passe devant une librairie, il n’y a pas d’autre choix que d’entrer, et une fois que je suis entrée il n’y a pas d’autre choix que d’acheter un livre ! Sur mon téléphone j’ai aussi une liste de lectures qu’on ma conseillées. Après – comment plein de gens – j’ai toujours une pile énorme de livres à lire à côté de mon lit. Qui va m’engloutir sûrement un jour !

Est-ce que tu as des auteur·ice·s de référence ?

Je n’ai pas un ou des auteurs à qui je retourne tout le temps. Il y a tellement à lire que j’ai envie de toucher à tout ! Même si j’ai eu une grosse période Virginie Despentes. Je trouve qu’elle arrive à rendre littéraire le fait d’écrire de façon très trash. J’étais happée dans son univers et je ne voulais plus la lâcher pendant un moment.

Est-ce que tu relis plusieurs fois un livre ?

Jamais. J’ai l’impression que je volerais du temps aux autres livres !

Mini Questionnaire de Proust

Un tic d’écriture qui t’agace ?
Un style trop ampoulé. Ça me donne l’impression d’avoir affaire à un ego surdimensionné.

Un tic d’écriture que tu as relevé chez toi ?
Je me suis rendu compte que j’en avais – je n’arrive pas à dire ce que c’était, là tout de suite. Je me suis demandé si c’était dérangeant ou si ça pouvait faire partie de la personnalité de chacun… Mais si c’est quelque chose que je n’aime pas, je corrige !

Une expression que tu as longtemps compris de travers ?
Avoir affaire à quelqu’un : je ne sais jamais si c’est « à faire » ou « affaire ».

Un livre que tu as lu récemment ?
Crime et Châtiment de Dostoïevski. J’avais peur de m’y attaquer, alors je l’ai écouté en livre audio, ce que je n’avais jamais fait. J’ai eu beaucoup de plaisir. Je n’attendais que ces moments où j’avais une tâche à faire qui ne me demandait pas de fonctions cognitives, pendant laquelle je pouvais l’écouter.

Un nouveau mot appris récemment ?
J’apprends en retard les expressions des gens qui ont quelques années de moins que moi (rire)! Le « lore », par exemple : le « lore » de quelqu’un c’est son histoire de vie, son récit personnel.

Un festival d’été ?
L’incontournable Paléo, et le Palp en Valais qui organise différents événements tout au long de l’été. Sinon, je vais sûrement me rendre à la fête du livre à St-Pierre-de-Clages (encore un big up au Valais !)

Un lieu culturel de prédilection ?
J’adore me rendre au cinéma, peu importe lequel ils ont tous leur charme. Malheureusement c’est toujours assez cher, et c’est dommage que tout le monde ne puisse pas en profiter. 

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