La 70e édition du Menuhin Festival Gstaad, qui aura lieu du 16 juillet au 5 septembre 2026, accueille un nouveau directeur artistique : Daniel Hope. Le violoniste britannico-sud-africain basé à Berlin ne sera pas dépaysé, car depuis tout jeune, ce n’est qu’à Gstaad qu’il peut se permettre de poser ses valises pour quelques semaines, chaque année.
Texte et propos recueillis par Katia Meylan
Lors de la présentation de saison romande du Menuhin Festival Gstaad, où nous rencontrons chaque année une petite délégation de l’équipe du festival, les charmantes intonations suisse-alémaniques de l’ancien directeur Christoph Müller ont laissé place au non moins charmant accent britannique – teinté de berlinois – du nouvel intendant, Daniel Hope.
Après vingt-quatre ans à la direction du festival, Christoph Müller confie à Daniel Hope cette véritable institution estivale, qui compte non seulement une septantaine de concerts donnés par de grandes stars et des jeunes étoiles montantes, mais aussi un orchestre formé pour l’occasion et des académies destinées aux futur∙e∙s pros et aux amateur∙ice∙s. Le cycle thématique précédent, consacré au changement, s’étant terminé l’année dernière, Daniel Hope a eu carte blanche pour sa première programmation. « Ça a été à la fois une chance immense et une grande responsabilité… il y a eu beaucoup de travail ! », admet ce dernier. « Je ne vais pas réinventer le festival, mais faire en sorte que le monde en retombe amoureux ».
Ce qui perdure, ce qui change
Les plus attentif·ves auront remarqué que le nom du festival a légèrement changé, pour faire reprendre à Menuhin sa place d’honneur. « Je suis conscient qu’aujourd’hui les jeunes générations ne savent plus vraiment qui était Yehudi Menuhin. J’ai envie de prolonger sa mémoire, de rappeler qu’il était plus qu’un grand musicien », affirme avec affection Daniel Hope, dont la famille était très proche du fondateur du festival.
En effet, sa mère s’était vue confier un poste de secrétaire auprès de Menuhin, et le petit Daniel avait donc 3 ans lors de ses premiers souvenirs musicaux à l’Eglise de Saanen.
« Je ne vais pas réinventer le festival, mais faire en sorte que le monde en retombe amoureux ».
Daniel Hope à l’Église de Saanen. Photo: Raphael Faux
Photo de haut de page: Bailey Davidson
Parmi les nouveautés que Daniel Hope a souhaité intégrer à la programmation, un cycle de films. Se remémorant ses années de jeune cinéphile qui fréquentait le Ciné Théâtre de Gstaad, il a tenu à rendre hommage au lieu en y présentant une sélection de films musicaux et de documentaires en lien avec Menuhin.
Une autre nouveauté sera le forum The Summit, qui se tiendra du 24 au 26 juillet au Chalet Balthus. « Yehudi Menuhin me parlait dans les dernières années de sa vie d’un lieu où celles et ceux qui font la culture pourraient discuter de son avenir », se rappelle Daniel Hope. Cette première édition, qui affiche déjà les noms de Setsuko Klossowska de Rola, peintre et présidente d’honneur de la Fondation Balthus, ou de Clemens Trautmann, président de Deutsche Grammophon, réunira des acteurs et actrices de premier plan dans les domaines de la musique, du management culturel, des médias, de la technologie, de l’économie et des arts. « Les sujets seront variés, on traitera de musique mais aussi d’intelligence artificielle, de responsabilité culturelle, de dialogues entre les cultures et de nouvelles formes de transmission ». Daniel Hope promet des discussions chaleureuses, ouvertes au public, dans ce lieu qui avait hébergé, dès les années 70, le peintre Balthus et ses invité∙e∙s – notamment Yehudi Menuhin.
Prendre le temps – le nouveau luxe
À chaque édition du Menuhin Gstaad Festival ses grands noms et celle-ci ne déroge pas à la règle : Khatia Buniatishvili, Sir András Schiff, David Garret ou encore Vasily Petrenko figurent ainsi au programme, et le nouveau directeur est ravi d’accueillir ces artistes d’exception. Mais plus que d’élaborer LE programme idéal sur papier, ce qui intéresse surtout Daniel Hope, ce sont les envies exprimées, les idées et ce qui peut en découler de beau. « It’s all about being visceral artistic director », résume-t-il spontanément en anglais.
Et ce que lui souffle son intuition aujourd’hui, c’est que le monde change. Le luxe est partout, les moments se consomment rapidement. Lassé de ce rythme effréné, il confie : « Depuis tout jeune, Gstaad est le seul endroit du monde où je passe plusieurs semaines consécutives ! J’ai l’impression qu’ici, le rythme intérieur ralentit, on regarde autrement. Ce qui m’intéresse, c’est l’âme du lieu où l’on se trouve, les expériences artistiques et humaines, les liens que l’on crée ». En tant qu’artiste international voué à énormément se déplacer, il confie trouver sa Heimat, son sentiment d’appartenance, auprès de sa famille et dans la musique.
Family Matters
Dans cette optique, Daniel Hope a chaleureusement baptisé son édition inaugurale Family Matters, qui en français peut se traduire à la fois par « histoires de familles » et « la famille, ça compte ». La famille au sens large, donc, sera mise à l’honneur. Littéralement, comme dans le concert du 30 juillet, qui verra jouer le pianiste Simon Crawford-Phillips, son épouse la violoniste Malin Broman et leurs deux enfants Maya et Fabian Broman, ou dans des programmes comme celui du 22 juillet qui affiche des œuvres de Fanny et Félix Mendelssohn, et celui du 28 août qui fera entendre Gustav et Alma Mahler. Les styles, les sonorités et les instruments auront droit eux-aussi à leurs réunions de familles, notamment lors du concert caritatif du Del Gesù Club, dont les membres feront entendre leurs instruments ouvragés par le luthier Guarneri del Gesù.
David Garrett et son Del Gesù
Les envies tout à fait arbitraires de L’Agenda
Comment choisir parmi les 75 concerts du festival ? Peut-être en étant « viscéral » et en choisissant au coup de cœur, comme son directeur ! Le concert d’ouverture, lors duquel Daniel Hope dirigera « son » Orchestre de Chambre de Zürich avec le violoniste et altiste Pinchas Zukerman – qu’il connait depuis l’âge de 10 ans – nous attire par son côté affectif. Le concert Swing & Electro du 6 août au sommet de l’Eggli * parle à la danseuse qui est en nous, surtout pour se retrouver dans ce cadre à couper le souffle !
Le concert du 8 août, parce qu’on aime l’idée d’avoir instauré un label Ladies First, qui réunira ici la violoniste Bomsori Kim et la violoncelliste Jing Zhao avec l’orchestre du festival, le Gstaad Festival Orchestra. Le concert familial Pierre et le Loup le 30 août, aussi, pour notre âme d’enfant… et tant d’autres !
Gstaad Menuhin Festival
Du 16 juillet au 5 septembre 2026
Grande tente du festival et églises de la région
www.menuhin.ch/fr

