Kids on the moon

Qu’en est-il du lien entre jeunes et culture aujourd’hui ?

Dans un monde où la culture prend de moins en moins de place, il semble primordial de s’intéresser à la génération de demain pour que ce domaine ne tombe pas aux oubliettes. Comment faire pour que ce que nous avons connu ne ressemble pas une anecdote qu’on raconterait à nos arrière-petits-enfants comme un monde perdu d’autrefois ? Pour pouvoir donner des pistes de réflexion à ce sujet, nous avons rencontré Romain Prina, directeur du programme « À nous de jouer ! » depuis 2024 et Vanessa Costanzo, directrice de l’école de danse Neptune à Vevey, qui propose un projet que le programme a soutenu.

Texte et propos recueillis par Marie Butty

Les jeunes et la culture

Pour pouvoir maintenir l’attrait et l’intérêt du public pour les productions culturelles, il est intéressant de se pencher sur la perception de la culture par la prochaine génération, et sur les propositions qui lui sont adressées. Vanessa Costanzo, qui est constamment en lien avec cette tranche de la population, estime que le domaine culturel a besoin d’une modernisation pour les intéresser davantage. Elle leur a directement posé la question et, ce qui revient souvent pour beaucoup c’est qu’« aller au théâtre est perçu comme quelque chose que font les personnes plus âgées. » Elle évoque également un frein quant au coût des billets : « Les jeunes mettront davantage d’argent pour autre chose comme des sorties plutôt que pour se rendre à une production culturelle. » Toutefois, la directrice de l’école entrevoit la responsabilité des personnes plus âgées dans le processus d’intérêt : « Je pense que c’est à nous de leur faire découvrir tout cela. C’est important de les pousser un peu, car ils en ont besoin. » Elle ajoute également avoir recueilli de leur part que les artistes programmés et les sujets des spectacles ne les intéressent pas forcément. Il est nécessaire, pour les faire venir, de s’intéresser à des thématiques qu’ils vivent et qui leur parlent.

L’accessibilité : une condition essentielle

C’est notamment dans ce souci d’accessibilité et d’encouragement que le programme « À nous de jouer ! » a été créé en 2011. Son but est de soutenir des jeunes de 15 à 25 ans qui s’engagent dans des projets ou des associations en Suisse romande en leur proposant notamment des outils pour les accompagner dans leurs démarches.

Pour ce faire, le programme œuvre sur plusieurs axes. Tout d’abord, la valorisation de projets portés par des jeunes en les mettant en avant sur internet et les réseaux sociaux afin de leur offrir davantage de visibilité. Le site web participatif www.anousdejouer.ch recense les projets avec une vision assez large de ce que peut être l’engagement, notamment par le biais du sport, de la culture, de l’environnement ou encore de l’égalité. Les porteur·euse·s de projet peuvent créer des pages avec comme seul impératif que la proposition soit ouverte aux jeunes ; pour les personnes qui souhaiteraient rejoindre une initiative ou simplement y assister en tant que public, cette plateforme est très facile d’utilisation avec des filtres par cantons et par thématiques afin de trouver des projets autour de soi. En parallèle, le but de la plateforme est aussi d’inspirer en mettant en avant des jeunes qui s’engagent, par le biais entre autres de petites vidéos diffusées sur les réseaux pour donner des exemples concrets.

 
 
 
 
 
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Ensuite, pour faciliter encore davantage l’engagement, Romain Prina, le directeur du programme, explique que le site répertorie des outils, en regroupant les informations, pour les jeunes qui voudraient s’engager mais ne savent pas comment le faire, puisque cela demande certaines compétences, administratives – pour crée une association, événementielles, organisationnelles ou encore comptables – pour faire un budget.

Cette plateforme est finalement complétée par un appel à projets destiné aux associations ou projets portés par des jeunes. L’idée est de soutenir financièrement une trentaine de projets engagés chaque année avec des montants allant jusqu’à mille francs, car, explique le directeur de la plateforme : « dans un contexte de professionnalisation du monde associatif, c’est parfois difficile d’aller chercher des fonds auprès de grosses fondations ou des acteurs publics, puisque ce sont des démarches souvent très compliquées. De plus, les acteurs culturels sont de plus en plus en compétition les uns avec les autres pour aller chercher des fonds. L’idée de ce concours est de faciliter l’accès à une contribution financière en ayant un délai de réponse rapide, sous un mois en général, avec des dossiers qui ne sont pas trop lourds à remplir. Nous demandons simplement de créer une page sur le site, de nous donner un budget et un descriptif. » Pour Romain Prina cette facilité d’usage est essentielle, notamment pour les jeunes qui ne se sentiraient pas légitimes de proposer quelque chose.

La plateforme reçoit beaucoup de projets culturels et le directeur tient à les soutenir car il remarque que « le domaine du sport et de la culture sont des portes d’entrée vers l’engagement. Il y a beaucoup de jeune qui commencent par s’engager une première fois dans ces domaines et qui, ensuite, continuent à le faire dans d’autres projets ou associations ; il y a vraiment un cercle vertueux dans l’engagement, on commence quelque part et on continue souvent par la suite. »

Les formats et thématiques qui parlent aux jeunes

Concernant les préoccupations des jeunes, Romain Prina observe que les jeunes s’engagent souvent pour mettre en valeur les artistes de la région ou les talents émergents. De plus, l’objectif est fréquemment de créer du lien, puisqu’il n’y a pas beaucoup de lieux culturels spécialement pensés pour eux où ils peuvent sortir. Dans ce sens, la plateforme reçoit beaucoup de projets de festivals et particulièrement dans des régions moins actives culturellement, comme cela a été le cas pour le festival Saubrazil à Saubraz ou encore le festival Idé à Assens.

Festival Saubrazil – © Ifenn Visual

Pour ce qui est des thématiques ou du médium, le directeur de la plateforme observe que souvent les formes d’art que la jeune génération apprécie sont sous-représentées dans la culture ou ne sont pas perçues comme « légitime » par la société adulte : « je pense notamment au rap. On a reçu un projet de festival de rap et là, c’est plus difficile à financer, ou pire, cela ne va juste pas exister dans l’espace culturel, parce que c’est une musique qui n’est pas toujours considérée comme légitime par les adultes, alors que pour les jeunes c’est une partie importante de ce qu’ils vivent. »

Dans cette même idée de toucher de plus près le quotidien et la réalité des jeunes, le spectacle Gen Z, qui a gagné le concours de la plateforme, parle justement de thématiques très actuelles.

Des productions pour et par les jeunes

L’idée du spectacle Gen Z est venue de Vanessa Costanzo qui, en écoutant les élèves de son école de danse, s’est rendu compte que les adolescent·e·s et jeunes adultes avaient besoin de parler de ce qu’ils vivent au quotidien, à la maison, à l’école, de ce qu’il y a dans leurs têtes. Les thématiques principales qui ressortent sont le harcèlement, le surmenage à l’école, leur premier amour, la dépression, les scarifications, l’image de soi, la sexualité, les réseaux sociaux, les relations avec la famille, l’amitié ou encore la pression de la réussite. Sur cette base de sujets, vingt interviews ont été menés par la directrice de Neptune et Christophe Belizaire de la compagnie de théâtre Les Mijaurés à la Tour-de-Peilz. C’est donc avec la parole des jeunes directement que le spectacle a été créé. Ces témoignages seront joués mot pour mot en mêlant la comédie, la danse ou encore le chant. Pour reprendre leurs paroles, dans la plaquette écrite par les jeunes qui décrit le spectacle, on découvre que : « Gen Z est une création chorégraphique collective inspirée directement de notre vécu. À travers la danse, l’écriture et des éléments multimédias, nous racontons ce que signifie grandir aujourd’hui dans une société marquée par l’urgence, l’exposition permanente et les injonctions à la réussite. » C’est dans cette direction que le spectacle se tourne afin de leur donner voix au chapitre du domaine culturel et proposer des projets qui leur ressemblent.

Photo ci-dessus: Des élèves de Neptune lors d’un spectacle
Photo de haut de page: Kids on the Moon, l’une des troupes de l’association arTmatic

Un rôle à jouer aussi par les adultes !

Toutefois, ce genre de production ne suffit pas pour faire naître un intérêt grandissant auprès de ces jeunes adultes en devenir. La directrice de l’école de danse rappelle qu’il est nécessaire d’appliquer des tarifs plus attrayants, comme c’est le cas par exemple lors de la Nuit des Musées. Elle voit également une lacune du côté des écoles : « Il faudrait pouvoir développer les collaborations avec les écoles et les gymnases ». Romain Prina partage d’ailleurs l’avis selon lequel l’école a un rôle à jouer, « l’engagement en tant qu’acteur·ice·s de projets est trop peu présenté, encouragé et valorisé. » C’est donc à nous, adultes, de jouer également, puisque, comme le souligne Vanessa Costanzo : « Une fois qu’ils ont eu le déclic, ils adorent et sont tellement talentueux ! »

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Plateforme « À nous de jouer » : www.anousdejouer.ch

ArTmatic : www.neptune-danse.com

Spectacle Gen Z

  • 5 au 7 juin – au théâtre de l’Oriental de Vevey
  • 26 juin – promotions du CEPV
  • 27 septembre – inauguration du 2m2c

www.neptune-danse.com

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