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Duo Transfiguration : une musique vivante, entre scène et public

Le Duo Transfiguration, formé par la soprano Valentina Merlo et le pianiste Jean Hiron, propose un voyage musical entre racines argentines et influences andalouses. À travers Ginastera, De Falla, Guastavino et des musiques populaires sud-américaines issues de leur album Raíces, ils tissent un parcours entre musique classique et répertoire populaire, placé sous le signe du partage.

Le 20 juin, dans le cadre du festival Lavaux Classic, ils vous invitent à découvrir leur univers dans le cadre poétique des Jardins du Domaine Potterat. L’occasion pour L’Agenda d’aller à la rencontre du duo d’artistes.

Samedi 20 juin à 16h30
Jardins du Domaine Potterat, Cully
lavauxclassic.ch

Propos recueillis par Marie-Sophie Péclard
Photo: Duo Transfiguration © Stefano Arena

Comment vous êtes-vous rencontrés et comment est née l’idée de créer un duo ?

Valentina Merlo : Par l’amour ! Fin 2022, j’ai participé à la demi-finale du concours de chant Kattenburg et Jean était là pour tourner les pages. À la fin du concert, il est venu me dire qu’il avait aimé ce que j’avais partagé avec le public. Nous avons ensuite eu envie de créer un duo pour pouvoir faire de la musique comme nous aimons.

Vous êtes tous les deux déjà engagés sur plusieurs projets musicaux. Est-il facile de tout concilier ?

Jean Hiron : En fait, ça s’est fait assez naturellement, ce sont les opportunités qui ont fait que nous nous sommes lancés ensemble. Il y a eu le concours Lavaux Classic, dans le cadre duquel on avait présenté le projet et à la suite duquel on nous a proposé des concerts. Le duo s’est aussi construit autour de ça.

Le festival a donc une place importante dans votre histoire ?

J.H.: Oui, c’est par exemple de là que vient notre nom. Nous avions proposé pour le concours le parcours d’un personnage traversé par différentes émotions. Quand il a fallu trouver un nom pour les Concerts du Cœur avec lesquels on travaille beaucoup, on a fait le lien parce notre objectif est de faire vivre aux gens un moment qui leur permette de transfigurer quelque chose en eux.

Qu’entendez-vous par « Transfiguration » ?

 J.H. : Il y a le voyage intérieur : permettre au public d’être traversé par des émotions que l’on propose musicalement, et que chacun reçoit différemment. Mais il y aussi le partage extérieur, on est souvent amené à faire chanter les gens ensemble. On apporte parfois des musiques qu’ils ne connaissent pas, mais aussi des morceaux familiers, parce qu’on trouve important de créer cette connexion. L’idée, c’est surtout de se mettre au service des gens.

V.M. : Pour moi, cela fonctionne beaucoup de manière instinctive. Bien sûr, quand on prépare un concert, il y a un répertoire, une idée principale, une histoire que l’on veut raconter. Mais ensuite, beaucoup de choses se passent dans l’intuition. Je me déplace beaucoup dans la salle, je vais vers les gens et peux ressentir l’état est le public : est-ce que je peux les inviter à chanter avec moi, à applaudir, à faire des rythmes, parfois même à danser ? Ou est-ce qu’au contraire c’est un public plus calme, plus dans l’écoute ? Il y a toujours une ligne générale, mais il peut aussi se passer des choses magnifiques et spontanées.

J.H. : Après, cela dépend aussi du cadre. Pour le concert que nous jouerons au Lavaux Classic, il y a un programme établi. Mais pour d’autres concerts, notamment ceux du Cœur, on peut modifier le déroulé, ajouter une chanson plus entraînante que les gens connaissent afin de les reconnecter… C’est un équilibre qui dépend vraiment du public.

V.M. : C’était aussi l’une des idées de notre duo. Souvent, dans nos autres projets, nous acceptons un répertoire déjà défini. Ici, il s’agit vraiment de créer notre propre univers et de le partager avec les autres. C’est pour cela qu’on a choisi beaucoup de répertoire argentin, de musique latino-américaine, mais aussi des chansons françaises. Le duo nous offre l’opportunité de créer nos propres spectacles, ainsi qu’une grande liberté.

Ça vous permet aussi d’expérimenter des choses que vous ne pourriez pas faire dans des projets plus cadrés ?

V.M : Exactement, et c’est génial. J’aime explorer différentes façons de transmettre, pas seulement dans un format établi, comme on l’a appris dans le classique. Je pense qu’on a tous davantage besoin de connexion avec les autres, et j’ai la sensation que les artistes essaient de se rapprocher du public, ou de mélanger les styles pour être plus en phase avec notre époque.

J.H. : Je rebondis sur cette idée d’expérimentation : Valentina compose aussi, et ce duo est l’occasion de partager ses chansons, ce qu’on n’aurait probablement pas pu faire dans une production extérieure.

Est-ce que vous vous rappelez d’un concert ou d’un moment qui vous a particulièrement touchés ?

V.M.: Oui… plusieurs… Un qui me revient : un concert au temple d’Échallens, vraiment magnifique. Il y avait tellement de joie, le public était très attentif, tout le monde chantait avec nous… C’était un vrai moment de communion.

J.H. : En réalité, tous les concerts qu’on fait avec les Concerts du Cœur sont spéciaux. Souvent, on vient nous dire après le concert : « C’est drôle, cette personne ne parle jamais à personne, elle est très fermée… et là, on l’a vue sourire, chanter… » Ce sont des moments très marquants. Le fait d’apporter quelque chose à des gens qui en ont besoin donne vraiment une raison d’être à notre travail. Il y a aussi un rôle social important dans la musique.

Comment avez-vous commencé la musique ?

J.H. : On a tous les deux un peu la même structure familiale. Mes parents (ma mère est musicienne, mon père vétérinaire) se sont rencontrés au cours de solfège. La musique a toujours été présente, et surtout l’idée que c’était possible d’en faire un métier. Depuis tout petit, j’avais prévu de faire ça. J’ai quand même eu une période de doute pendant mon bachelor. Je me suis demandé pourquoi j’avais choisi de me spécialiser dans le piano et non le cor, mon premier instrument, qui est plus collectif et peut-être plus spontané. J’ai aussi traversé une remise en question parce que je ne jouais que des programmes classiques déjà établis, c’était trop d’exigences techniques et physiques sans qu’il y ait vraiment de sens derrière. On peut avoir une grande exigence technique, mais s’il n’y a pas de sens, le corps finit par se demander pourquoi il fait tout ça. J’ai eu des tendinites, j’ai donc été obligé de faire une pause, et je me suis rendu compte que ce que j’aimais profondément, c’était expliquer et transmettre la musique. Aujourd’hui, je le fais lorsque je vais en France et revêt ma casquette de professeur de Formation Musicale, et je suis désormais très heureux d’avoir choisi le piano, parce que cela permet justement une forme d’itinérance médiatrice, même si cela implique un peu de logistique.

V.M. : Mes parents sont chanteurs d’opéra et j’ai reçu une éducation musicale très jeune. Mais la musique faisait aussi partie du quotidien : en Argentine, dans mon entourage, tout le monde chante, dans les fêtes en famille, avec les amis… La musique a toujours été un chemin de partage, c’est aussi elle qui m’a amenée en Europe. Je me suis aussi beaucoup interrogée lorsque j’étudiais au théâtre Colón, à Buenos Aires. J’y suis restée un an et demi avant de partir. C’était une exigence qui se matérialisait par beaucoup de pression, et je voulais faire de la musique classique d’une autre manière. C’est justement cet équilibre que je trouve aujourd’hui avec ce duo : il y a la musique classique, mais aussi la musique populaire. Je me donne aussi la permission de composer, de créer de petits scénarios, de faire autre chose que simplement chanter dans un cadre classique.

Revenons au programme que vous allez présenter pour le concert du Lavaux Classic.  Vous avez choisi de puiser dans le répertoire populaire argentin, pour quelles raisons ?

J.H. :  Ce sont des cycles que nous avions déjà travaillés, notamment dans le cadre de mon master en accompagnement. J’ai ensuite reçu un prix de la Fondation Leenaards qui nous a permis d’enregistrer un disque qui devrait sortir à la fin de l’année. Ce concert reprend le programme du CD, dans son ordre original.  Le cycle Edad del Asombro de Guastavino est à l’origine écrit pour chœur d’enfants, Valentina le chantait déjà quand elle était petite. C’est presque un classique des chœurs d’enfants là-bas. L’idée était donc d’en proposer un nouvel enregistrement, différent de ce qui existe déjà, et surtout de défendre cette musique que nous trouvons extrêmement poétique et magnifique.

V.M. : Ce que je trouve très beau chez Carlos Guastavino, c’est la simplicité de sa musique, et surtout la poésie de ces pièces. Elles parlent de la vie d’un enfant, de sa découverte du monde, et je trouve cela profondément beau. Même ici, les gens réagissent très bien à ce répertoire. Même sans comprendre l’espagnol, il y a une simplicité dans la musique qui fait que tout le monde peut y entrer. Après tout, nous avons tous été enfants. Cela nous amène aussi à nous demander comment retrouver cette innocence dans notre quotidien.

J.H. : Oui, retrouver cette innocence, cela rejoint complètement l’idée de transfiguration. Et ce qui est intéressant, c’est que ces textes sont d’une très grande simplicité dans leur expression artistique, mais en même temps l’écriture est remarquable. Il y a vraiment plusieurs niveaux de lecture, et c’est ce qu’on aime dans ces pièces : elles parlent à des publics très différents. C’est aussi le cas chez Ginastera : ce sont des chansons populaires, donc on garde cette dimension très accessible. Mais son écriture reste extrêmement reconnaissable. Ceux qui veulent aller dans l’analyse musicale peuvent le faire, mais ceux qui veulent simplement se laisser porter peuvent aussi profiter pleinement de la musique.

V.M. : Je crois que la musique latino-américaine a une force particulière. Comme la musique andalouse ou espagnole, que j’aime aussi beaucoup interpréter, elle a quelque chose de très terrestre, de très incarné. Elle invite à se laisser porter par les émotions.

J.H. : Et puis, dans le cadre de cette journée complète du 20 juin, le fait de terminer avec des chansons populaires permet aussi de faire le lien avec la suite du off, qui sera également autour d’un projet sud-américain. C’était l’idée de Martin Jollet : commencer avec un concert plus classique et aller progressivement vers quelque chose de plus populaire dans la soirée. Tout cela a vraiment été pensé comme un ensemble.

Dans la programmation du festival, est-ce qu’il y a des concerts que vous avez prévu d’aller voir ?

V.M : On ira justement voir Dominique Hunziker et Jacinta Balbontin Odi, qui jouent après nous, elles sont fantastiques. Mais personnellement, avant un concert, j’aime rester concentrée. Je ne peux pas écouter trop de choses.

J.H : C’est aussi quelque chose qui évolue avec le temps. Quand j’étais adolescent ou jeune adulte, il fallait absolument que je sois entouré de monde et que je pense à autre chose avant un concert. Maintenant, c’est devenu presque un processus sportif.

Vous avez des rituels?

J.H.: Moi, j’aime bien tout rejouer lentement. Et surtout prendre le temps d’être présent, pour pouvoir tout donner au moment du concert. Quand on est jeune, on n’a pas toujours cette possibilité, il y a beaucoup d’exigences et de contraintes. Alors que lorsqu’on peut consacrer ne serait-ce que deux jours entiers à un concert, c’est un vrai luxe.

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Samedi 20 juin à 16h30
Jardins du Domaine Potterat, Cully
lavauxclassic.ch

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