La Fondation Martin Bodmer rouvrira en septembre 2026 sur une nouvelle exposition permanente. 80% de ce qui sera donné à voir au public n’a encore jamais été exposé : cela donne une idée de la richesse de la collection de l’institution, classée UNESCO depuis 2015.
Texte et propos recueillis par Katia Meylan, lors de la conférence de presse du 30 avril 2026
Si on devait faire une shortlist de nos chouchous à L’Agenda, la Fondation Martin Bodmer y figurerait incontestablement ! Nous avons toujours suivi de près ou de loin l’activité de ce musée du livre niché en surplomb du lac Léman à Cologny, et l’on peut dire que l’institution nous rend cette amitié, nous ayant maintes fois prêté ses œuvres pour nos couvertures du temps du magazine papier.
L’Agenda 74
Des jardins & des livres
04.2018 – 09.2018
L’Agenda 78
Uniques
10.2018 – 08.2019
L’Agenda 87
Masques et théâtre
10.2020 – 04.2021
Alors, quand en ce printemps 2026 la Fondation Martin Bodmer annonce sa réouverture pour septembre, nous partageons sa liesse !
Le Professeur Jacques Berchtold l’affirme de but en blanc : voir approcher la fin des travaux, après presque trois ans de fermeture, fait du bien au moral ! Lors de son entrée en fonction en février 2014, le directeur la Fondation était sûrement loin de s’imaginer que lui et son équipe se retrouveraient, par la force des choses, à être incollables sur les matériaux d’isolation, la vitrerie ou encore l’initiative populaire fédérale pour l’inclusion. Et pourtant ! À les entendre nous en parler avec force détail et intérêt, toutes et tous semblent s’être beaucoup investi∙e∙s dans ces travaux de transformation, qui promettent d’ouvrir leur Fondation sur le monde.
Non-initié∙e∙s bienvenu∙e∙s
En effet, si, dans les années 1940, Martin Bodmer avait acquis cette bâtisse colognote du 18e siècle, c’était bien « pour y loger non pas sa famille, mais ses livres », relève le vice-directeur Nicolas Ducimetière. Plutôt sombres, exiguës et mal isolées, les pièces de cette bibliothèque étaient résolument destinées à préserver des ouvrages plutôt qu’à accueillir du public. Le 24 septembre 1998, un article publié par Le Temps débutait d’ailleurs par ces mots : « Qui connaît l’existence de la Bibliotheca Bodmeriana, l’une des plus riches bibliothèques privées de la planète, sise à Cologny, faubourg chic de Genève? Hormis le cercle restreint des chercheurs et des bibliophiles avertis, très peu de monde assurément ». En 2003 la Bibliotheca Bodmeriana se transformait, grâce à des travaux d’architecture confiés à Mario Botta, en un musée public. Toutefois, pendant de nombreuses années, le lieu a continué à n’être fréquenté que par les érudit∙e∙s. Jacques Berchtold confirme, avec franchise : « Il y a encore quinze ans, la médiation ne nous concernait pas du tout. Qui n’avait pas les clés pour comprendre ce qu’il voyait n’avait rien à faire là, en somme ».
Aujourd’hui, l’heure n’est plus « à la vénération des reliques », comme le formule le Conseiller d’État Thierry Apothéloz, présent pour l’occasion, « mais à l’ouverture ». La Fondation a une réelle utilité publique et tient à le prouver, non seulement par son contenu comme elle le faisait jusqu’ici, mais aussi par la forme.
La durabilité, le bien-être des collaborateur∙ice∙s et l’accessibilité universelle ont été les trois piliers de ce nouveau projet architectural qui touche au but, soutenu et conseillé entre autres par le Fonds Helios (Handicap : Elimination des Obstacles Sociaux).
Littérature universelle, accessibilité universelle
Nicolas Ducimetière souligne que, tout comme la Bodmeriana célèbre la Weltlitteratur, la « littérature universelle », ce même idéal d’universalité a guidé les travaux dans le but de rendre la visite accessible, confortable et attrayante au plus vaste public possible. Non seulement aux personnes en situation de handicap mais aussi, plus largement, aux allophones, aux enfants, aux personnes âgées, ou même « aux maladroit∙e∙s que nous pouvons toutes et tous être à un moment donné, et qui avaient pour mauvaise habitude de se taper la tête contre les vitres », relève avec humour Jacques Berchtold.
Ainsi, audio-guides en 10 langues, dispositifs numériques, glossaire interactif, parcours thématiques ou encore explications en FALC (faciles à lire et à comprendre), notamment, seront à disposition du public selon les besoins.
Pour certaines améliorations, il a fallu trouver le bon équilibre entre les conditions requises pour la conservation des ouvrages et le confort des visiteur∙euse∙s : des vitrines rétroéclairées pareront désormais au problème de lisibilité dans la pénombre, un tournus sera effectué entre documents originaux et facsimilés, et la durée des expositions temporaires dépendra du diagnostic des restaurateur∙ice∙s.
Exposition permanente, expositions temporaires
L’exposition permanente, prévue sur une durée de cinq ans, aura pour vocation de fait sortir les livres des vitrines, de raconter leurs histoires, leurs parcours, et de les faire dialoguer avec des « objets invités » prêtés par des institutions genevoises partenaires. 80% de ce qui sera donné à voir au public n’a encore jamais été exposé.
Sans encore trop en dévoiler – il faut laisser la surprise pour le 18 septembre ! – mentionnons seulement le fait que le public pourra découvrir une mosaïque romaine antique provenant d’Antioche, que Bodmer avait achetée à l’Université de Princeton. Jusque-là cachée sous un tapis pour des raisons de conservation, elle a été restaurée à Avenches, seul atelier de restauration de mosaïque antique de Suisse, grâce au soutien de la Fondation pour le patrimoine bâti genevois et à l’Association des Amis de la Fondation.
Quant à la première exposition temporaire, elle ouvrira ses portes le 18 novembre, deux mois plus tard, avec pour thème la littérature jeunesse !
Redécouvrir
Dès le 18 septembre 2026
Fondation Martin Bodmer, Cologny
www.fondationbodmer.ch
Image de haut de page: Le Grand Livre. Photo : Justine Givry

