Noemi Renevey Lyketil

11 ans de magie pour le festival Histoire et Cité

Lors de sa première mouture, le festival Histoire et Cité avait pour thématique « Construire la paix ». Alors que le monde s’embrase, ce premier thème garde hélas un caractère très actuel. L’accroche de 2026, « Comme par magie », nous emmène dans des univers moins géopolitiques mais tout aussi inspirants.

Texte et propos recueillis par Marc Duret

En un peu plus d’une décennie, le festival Histoire et Cité a connu une croissance continue. Bien du chemin a été accompli depuis l’édition de 2015, programmée en plein weekend de l’Ascension et dotée d’une affiche design mais fort peu lisible. Le festival s’est étendu d’année en année vers de nombreux sites en Suisse romande. Lancé par la Maison de l’Histoire de l’Université de Genève et d’abord sous-titré « Les rencontres de Genève », le voici présent à Lausanne, Fribourg, La Chaux-de-Fonds, Neuchâtel, Nyon, Prangins et en Valais. L’événement s’ouvre à de nouveaux horizons culturels chaque année. Les premiers thèmes très philosophiques (Construire la paix, Croire et faire croire, Être libre) ont peu à peu fait place à des intitulés plus ouverts : Histoire d’eaux, La peur, Voyages, Dans la rue, etc. Cette variété thématique a assurément contribué à sa renommée. Elle permet également d’inviter une plus grande diversité d’acteurs et d’actrices de la recherche et du monde culturel et, ainsi, d’attirer un public plus nombreux. Dans le même esprit, un programme (ou une journée) pédagogique à destination des élèves précède le festival dans certains lieux.

Claire-Lise Debluë, coordinatrice du volet lausannois du festival et du Laboratoire Histoire et Cité, a gentiment interrompu ses préparatifs pour nous parler de l’édition 2026 et de l’expansion du festival. Elle explique que la thématique de la magie était dans les esprits des organisateurs depuis quelques années : « La magie parle de manière directe à de nombreux publics et peut être interrogée de manière variée, loin de la seule question de l’illusionnisme. Le contexte contemporain est aussi marqué par des résurgences de plusieurs formes de magie ». Elle souligne également la grande importance du volet communication dans le travail des organisateurs, aidés par des spécialistes du domaine. Il s’agit de multiplier les angles et les canaux, d’autant plus dans le cadre de l’expansion géographique du festival. Celle-ci représente un défi stimulant et nécessaire selon Claire-Lise Debluë : « Le développement du festival à l’échelle romande lui donne un poids encore plus important dans le paysage culturel ».

Photo de haut de page et photo ci-dessus: 
Histoire et Cité, édition 2025. © Noemi Renevey, Lyketil

De Raspoutine à la magie de la télévision, en passant par le Magicien d’Oz, les philtres d’amour et même la magie de la… finance, le programme 2026 est évidemment très riche. Les sorciers et sorcières, qui connaissent depuis quelques années un grand regain d’intérêt voire une forme de réhabilitation, seront bien sûr évoqué·e·s, qu’ils soient associés à la Renaissance, à des temps médiévaux ou à des époques plus reculées encore. Une fois n’est pas coutume, l’Antiquité se fait d’ailleurs une jolie place dans le menu. Tablettes de malédiction en plomb, « sorcières » célèbres telles que Circé ou encore gemmes et amulettes magiques composent, parmi d’autres, le paysage magique antique. Souvent mal vue, parfois interdite, la magie faisait également partie de la vie quotidienne d’une partie de la population d’il y a 2000 ans.

Cette forte présence de l’Antiquité ravit l’auteur de ces lignes, archéologue de son état, qui a eu plusieurs fois l’occasion d’apporter quelques petites pierres antiques à l’édifice Histoire et Cité.

Marc Duret guide le « Speed dating » avec une œuvre lors des afterworks du MAH (dans le cadre du festival), en 2023 sur le thème du garum, visible dans une fiole au premier plan (« Gare au garum »)

Les contributions personnelles ont débuté en 2018, avec une exposition sur l’eau dans l’Antiquité, avant de se poursuivre en mettant à l’honneur les arts de la table et la gastronomie des Romains (souvent avec l’association Nunc est Bibendum). Capture des autruches dans les régions reculées de l’Empire, pouvoirs gustatifs du fameux garum (une sauce de poisson), archéologie des lits ou, cette année encore, mystères des aliments magiques… La diversité des sujets abordés est grande. L’esprit Histoire et Cité encourage cette diversité et invite celles et ceux qui aiment transmettre leur passion au public (et pas uniquement dialoguer entre initié·e·s) à monter sur scène et à proposer des sujets originaux. Il faut relever l’importance de tels contextes, plutôt rares par ailleurs.

Marc MAH

…et en 2024 sur une balance romaine (« Balance ton… quoi ? »)

Enfin, terminons en demandant à Claire-Lise Debluë si elle a un coup de cœur dans la programmation lausannoise : « Plusieurs, même ! Je citerai sans doute Stéphanie Peel, qui lie spiritisme et féminisme, ou Béatrice Delaurenti, qui viendra parler mauvais œil. Mais aussi Stéphane François, spécialiste de l’extrême droite culturelle, qui se penche sur le goût de celle-ci pour l’ésotérisme et la contre-culture. Un autre élément méritant d’être mis en avant : les nombreuses présentations d’étudiant·e·s au programme cette année. Enfin, rappelons que toute l’offre est gratuite ! »

Que vous soyez des fidèles ou que vous n’ayez encore jamais poussé les portes des lieux accueillant le festival, l’édition 2026 devrait sans doute vous donner de bonnes raisons de le faire. Abracadabra ?


Festival Histoire et Cité
Divers lieux en Suisse romande
Du 21 au 29 mars 2026
www.histoire-cite.ch/programme

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *