25929_TjashaGafner_(c) Lila Barth

Quand la harpe emprunte au piano Haydn, Mozart et Bach

Tjasha Gafner – From keys to string
Transcriptions pour harpe seule: Bach, Haydn, Mozart
GENUIN classics – Octobre 2025
www.genuinclassics.com

« J’ai grandi dans une maison d’artiste. En voyant une maman pianiste avec des tas de partitions, Beethoven, Mozart, Bach, Haydn, …  je trouvais trop dommage de ne pas pouvoir les jouer ! ».
L’été dernier, la harpiste Tjasha Gafner me racontait comment lui était venue, relativement tôt dans sa carrière, l’envie de composer ses propres arrangements du répertoire classique pour étoffer celui de son instrument, « très beau mais limité ». La Sonate pour piano en la bémol majeur de Haydn est la première œuvre qui l’avait poussée, à 17 ans, à prendre le crayon pour l’adapter à la harpe.

Critique: Katia Meylan
Photo: © Lila Barth

Aujourd’hui, c’est cette Sonate qui ouvre l’album From keys to string, paru en octobre 2025 chez Genuin Classics et qui, comme son titre l’évoque, est fait de transcriptions de pièces composées à l’origine pour piano. En entendant la Sonate pour la première fois à la harpe – je n’ai pas encore eu l’occasion de l’entendre en concert – je suis accueillie par son allégresse et par l’évidence joyeuse et agile avec laquelle la musicienne l’interprète. Toutes deux semblent me souhaiter la bienvenue dans l’univers construit par l’album. Avant d’écouter les pièces suivantes, je veux revenir tout de suite à Haydn, pour confirmer ce que j’ai ressenti : le mouvement transversal qui me vient à l’esprit n’est pas uniquement dû à la façon dont se joue l’instrument, mais bien au petit passage que l’artiste ouvre et par lequel elle nous incite à se frayer, tantôt incitante, tantôt en douceur.

Les transcriptions de Mozart et de Bach ont également été réalisées par Tjasha Gafner, dans des périodes différentes de sa jeune carrière musicale, émergente mais déjà récompensée par de nombreux prix – notamment le 1er Prix du Concours international de musique de l’ARD, qui lui a permis de produire cet album. Sans s’arrêter, de toute évidence, sur les difficultés techniques de la transposition, la musicienne répond avec répartie au traits d’humour de Haydn de la même façon qu’elle transmet l’émotion contenue dans la Sonate pour piano en do majeur de Mozart : avec grâce. Quant à la Suite pour luth en do mineur de Bach, elle indique dans le livret du CD avoir trouvé, en se plongeant dans des sources, des indices qui expliqueraient pourquoi la pièce l’avait attirée si spontanément…

La proposition de Tjasha Gafner me laisse un sentiment doux : j’aime le fait que ses cordes empruntent aux touches, pour nous offrir les pièces de Haydn, Mozart et Bach au travers d’une dimension différente, la fois naturelle et nouvelle. Comme des amitiés qu’on cultive depuis longtemps, mais avec qui il nous reste toujours de nouvelles choses à partager.

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