À chaque étape de production son intelligence artificielle : en pré-production, l’IA peut co-écrire des scénarios ou anticiper le succès d’un projet grâce à l’analyse de données. En période de tournage, elle permet de générer des décors, des doublures numériques ou des effets visuels sans caméra réelle. En post-production, elle automatise le montage, le doublage, le sous-titrage et la création musicale. L’IA s’invite même dans la distribution, où elle personnalise les bandes-annonces selon le profil des spectateur·ice·s. Si certain·e·s craignent pour leur avenir professionnel, d’autres au contraire surfent sur la vague des algorithmes. Comment l’IA va-t-elle continuer à faire évoluer le milieu de l’audiovisuel et du cinéma ?
Enquête : Mélissa Henry
L’IA se retrouve tellement partout dans les métiers de l’audiovisuel que certain·e·s sont persuadé·e·s qu’elle va les remplacer. D’autres, au contraire, y voient une formidable opportunité de pousser plus loin les limites de leur propre créativité. C’est l’avis que partagent Laura Tocmacov, fondatrice et directrice d’Impact IA, et Jonathan O’Hear, artiste explorant les possibilités infinies de l’IA à travers l’art, notamment dans l’audiovisuel. Tous deux parlent de l’IA comme d’une collaboratrice, un « sparring partner » avec qui co-créer. Le festival AiiA, laboratoire d’art et d’intelligence artificielle, explore cette approche : « réfléchir ensemble, avec des artistes et penseur·euse·s transdisciplinaires, nous permet d’anticiper car on réfléchit après avoir expérimenté, on imagine différentes options, on retravaille les prototypes. Puis on crée plus de variantes, et on fait un choix. C’est vraiment génial car on va au-delà de ses limites », souligne Laura Tocmacov, pour qui l’IA ne s’anticipe pas car elle ne va jamais dans la direction imaginée.
Des IA créatives ?
En 2018, lorsqu’elle a cofondé Impact IA avec Tim O’Hear, expert en intelligence artificielle et innovations digitales, tous deux étaient persuadé·e·s que l’IA allait « exploser ». Et Laura Tocmacov d’interroger: « qui aurait pu imaginer que cette application moche qui inventait pour répondre à des questions débiles en 2022, parvienne, trois ans plus tard, à autant d’innovations avec des agents IA qui réfléchissent ? » Pour elle, il n’est pas possible d’anticiper ce que sera concrètement l’IA de demain : « on a une idée de ce qui bouge, mais on ne voit pas tous les signaux faibles, qui vont en fait être des facteurs de changements directs ».
Quant à savoir si les IA peuvent être créatives, les avis sont partagés. Pour l’artiste Jonathan O’Hear, « cela dépend de ce qu’on appelle créativité. Certains artistes examinent le langage même du medium, comme David Lynch avec Mulholland Drive par exemple ». Explorer la manière dont on raconte le cinéma, les codes du langage et de la narration, pourrait être une piste de création selon Romed Wyder, qui précise cependant : « mais toute une partie de l’audiovisuel, celle qui sort de la norme, n’est pas possible de générer avec des IA ». Pour Laura Tocmacov, les IA sont déjà créatives : « on est en train de passer d’assistants IA à agents IA. Avant 2022, on avait des chatbots, puis les assistants IA avec ChatGPT, etc. à qui on prompte une demande pour qu’ils nous répondent. Maintenant, les agents IA sont orientés sur des objectifs, ce qui change tout. Même ChatGPT est déjà dans un fonctionnement visant des objectifs. Ça les rend plus créatives ». Pour d’autres, comme le réalisateur Romed Wyder, c’est l’humain qui apporte la créativité car « si on ne donne rien à l’IA, on n’a rien en retour. »
La question de la propriété intellectuelle, inhérente à la créativité, fait débat. Ces dernières années, les tribunaux ont tenté de légiférer sur la question : à Pékin en 2023, un tribunal a conféré un caractère d’originalité à une image générée par StabilityAI. Plus récemment, le 26 juin, le Tribunal fédéral administratif suisse a accepté l’inscription de l’informaticien Stephen Thaler comme co-auteur d’une invention qu’il souhaitait breveter. Une semi-victoire pour ce chercheur américain, puisque cette invention était, selon lui, l’œuvre de son IA seule. Mais pour l’heure, les brevets ne sont pas délivrés aux IA.
Ce que l’IA projette au cinéma
Demeurent les modèles hybrides, celles que l’on peut qualifier de « collaboration » avec une IA, comme le projet Chimères Communities œuvre nourrie par la collaboration des communautés, présenté lors du AiiA festival. Œuvre collaborative, IA interactive, l’artiste Jonathan O’Hear expérimente l’IA sous différentes formes, dans le milieu artistique comme audiovisuel. En témoigne le projet du réalisateur Romed Wyder. Dans le film, Où est Ava ?, Romed Wyder avait besoin d’images de la fille de ses protagonistes, Mona, dans une version féminine et une version masculine, générées à partir de photos des parents, qui sont en revanche des acteurs en chair et en os. Sans IA, les options auraient été le maquillage ou la sélection au casting de frères et sœurs. Les images restant quelques secondes seulement à l’écran, l’utilisation d’une IA fut l’option la moins onéreuse, et a permis de placer les personnages dans des situations complexes en tournage. « À l’époque où j’ai généré ces images, il fallait encore faire des retouches, comme l’écriture sur la pancarte que tenait le personnage au milieu d’une manifestation, qui n’apparaissait pas très nettement. Tous les deux mois, la technologie évolue et devient plus performante et moins chère. Il faut alors faire de petites adaptations, mais c’est pour être plus efficace ensuite. C’est vraiment grisant ! »
Haut de page: Image générée par une IA pour le film Où est Ava? de Romed Wyder (Paradigma films).
Ci-dessus: images d’Ava et de sa version masculine, générées par IA (Paradigma Films).
En parallèle, une expérience numérique est en train de voir le jour : elle plonge dans le même univers que le film linéaire Où est Ava ? : de manière interactive, il est possible de discuter avec les quatre protagonistes. Un service analyse en temps réel les questions qui lui sont posées, et recherche dans la base de données les caractéristiques du personnage, avant de générer une réponse, d’abord à l’écrit puis de façon vocale et visuelle, pour que le personnage réponde physiquement et verbalement à la question posée. « C’est un travail énorme », souligne Romed Wyder, avant d’admettre : « on se rend compte que ça va être extrêmement cher à utiliser. Chaque question va coûter une fortune, on va devoir trouver une solution, comme par exemple proposer l’expérience uniquement lors de festivals avec un budget alloué pour cela ».
Avoir littéralement accès aux points de vue subjectifs des personnages d’un film fait partie des évolutions possibles de l’audiovisuel. Jonathan O’Hear « rêve de ce moment où on aura accès à toutes les histoires autour des histoires », des histoires extrapolées, la réalité alternative, les embranchements de ce que le récit aurait pu être. Et de rappeler : « on en revient à la question de ce que ça ouvre comme possibilités, qu’est-ce qu’on en fait ? »
Jonathan O’Hear exploite également les glitches, ces effets qui fragmentent ou brouillent les images, les font sauter parfois, pour en faire apparaître d’autres. L’un de ses projets porte sur la statue préhistorique de bronze Dancing girl qu’il a photographiée au National Museum de New Delhi. À partir de cinq images, Jonathan O’Hear a créé un modèle en IA qui lui a ensuite permis d’affiner une multitude de répliques. Pour l’artiste, le plus fascinant est la série d’images générées qui donnent vie à la statuette Dancing girl, animée de manière saccadée à la manière d’un folioscope qui produit un effet de mouvements aux personnages dessinés sur des feuilles de papier. Car ce n’est pas la perfection ni le réalisme qui intéresse l’artiste.
Sur les traces des blockbusters
« Pour l’instant on se moque des vidéos générées par IA. Il y a eu cette fameuse vidéo de Will Smith en train de manger des pâtes, sortie il y a deux ans, complètement ridicule. Le temps de se moquer, une autre version sortait. Et puis, il y a eu Sora » lance Laura Tocmacov. Sora est une intelligence artificielle développée par OpenAI qui permet de générer des vidéos réalistes à partir de simples descriptions textuelles. Il n’y a qu’à voir le teaser de Sora pour se rendre compte du potentiel de cette IA. Pour les créatifs·ves, Sora permet de réaliser des storyboards animés, tester des idées visuelles (sizzle reels), ou encore de générer des contenus sans budget ni équipe technique. La qualité n’est pas encore parfaite, avec parfois des artefacts dans les visages, et des limites sur les scènes complexes mettant en scène des interactions entre plusieurs personnages. Mais comme toujours avec l’IA, c’est une question de temps.
Ces productions, faites par une IA sans humain dans la boucle, pourraient rapidement développer des blockbusters. Après tout, les scénarios de ces films fonctionnent déjà d’après des templates narratifs, aussi appelés « storytelling matrix » comme la Save the Cat! Beat Sheet de Blake Snyder qui repose sur une quinzaine d’étapes-clefs, et massivement utilisée à Hollywood. Il n’y a qu’à regarder les films de Noël pour être convaincu·e qu’un certain nombre de cases ont été cochées. L’IA repose elle aussi sur des scénarisations automatisées, et peut donc déjà aisément reprendre ces recettes de films à succès.
Quel avenir pour les métiers de l’audiovisuel ?
Image générée par une IA. Crédit : Kjpargeter (Freepik)
Bien utilisée, l’IA pourrait renforcer l’excellence individuelle, en améliorant à la fois la qualité et la productivité, tout en élargissant nos connaissances et notre créativité. C’est ce que montre une étude récente publiée par Ethan Mollick, professeur à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie, une école de commerce américaine de référence. Sur son site One Useful Thing, il analyse les résultats d’une expérimentation menée auprès de 758 consultant·e·s du Boston Consulting Group pour évaluer l’impact de l’IA générative sur la performance professionnelle.
Car l’IA nous permet de dégager du temps pour laisser libre cours à notre créativité. Retirer un bruit de fond, sauf cas complexes, ne relève pas d’un savoir-faire particulier. Utiliser l’IA dans des cas similaires permettra d’avoir davantage de temps pour un montage plus élaboré ou un travail éditorial qui requiert réflexion et expertise. La valeur ajoutée de l’IA n’est évidemment pas la même pour tout le monde : des tâches administratives ou de comptabilité, compliquées ou chronophages pour certaines personnes, seront passionnantes pour d’autres.
L’IA menace tout de même des métiers et des œuvres relevant de la propriété intellectuelle, comme les voix-off. « Il ne faut pas non plus être naïf·ves, l’IA va tuer certains métiers, en transformer d’autres, et probablement nous emmener sur des nouveaux chemins intéressants, aussi. Mais si on met toutes nos énergies à être contre, on ne crée plus ». Pour Laura Tocmacov, l’essentiel est de savoir comment se réinventer. « Le plus gros danger, c’est de rester bloqués dans ces bulles cognitives, qui nous empêchent de découvrir de la nouveauté. Or, dans l’audiovisuel, on a besoin d’être surpris ». Deux idées concomitantes soutiennent que le travail tel qu’on le connaît aujourd’hui n’existera plus dans quelques années, et que l’IA va créer de nouveaux métiers. Tout comme la révolution industrielle, la crise est inévitable face à l’explosion fulgurante de l’IA dans tous les domaines.
L’IA a aussi ses propres limites. En témoigne Romed Wyder qui a testé Genario, pour créer des scénarios : « même avec un texte de base original, c’est l’évidence même qui va sortir. Les fiches de lecture sont bateau, que ce soit avec mon scénario ou celui de Sofia Coppola ». Pour le réalisateur, « là où l’IA est intéressante, c’est quand on peut prompter soi-même ». Comme avec ChatGPT qui offre des recherches et développements plus efficaces.
D’autres plateformes spécifiques au milieu de l’audiovisuel existent, comme Largo.ai, développée par une start-up de l’EPFL, qui utilise une base de données de plus de 400’000 films, 950’000 talents, et donne des recommandations de scénarios, de bande-son ou d’image. La plateforme organise notamment des ateliers à destination des professionnels du métier, afin d’interroger le potentiel de l’IA dans le cinéma, d’abord en utilisant l’IA générative, puis en demandant à Largo.ai de tester le potentiel d’audience des projets issus de ses ateliers. Jusqu’à présent, la place de la créativité humaine apparaît comme un vecteur sine qua non d’originalité, inhérent au succès d’un film.
IA or not IA ?
Chaque fois, c’est un choix qu’il faut opérer. Dans son prochain film, Romed Wyder souhaitait filmer un chevreuil. « S’est alors posée la question de l’utilisation d’une IA, en transformant une chèvre en chevreuil ». Parfois, utiliser une IA est plus compliqué que de tourner à l’ancienne. Notamment quand on voit les rendus un peu trop oniriques ou dignes de Picasso lorsque l’on fait appel à Midjourney pour créer des personnages. Mais les deep fakes ont prouvé que certaines IA sont plus convaincantes que d’autres pour transformer le réel. Une bonne chose, selon Romed Wyder : « Je trouve que les IA, notamment les Deep fakes, vont apprendre aux gens à se méfier de tout. Et dans quelques temps, quand on doutera de tout, on aura besoin de médias pour confirmer la véracité des faits et des images ».
Quant aux films interactifs, impliquant une personne active qui participerait littéralement à l’œuvre cinématographique, le réalisateur doute de leur potentiel : « les gens ont quand même envie de suivre une histoire de A à Z, linéaire. Autrement, on s’oriente vers un jeu vidéo. Je ne suis pas sûre que le cinéma change tant que cela à l’avenir, si ce n’est au niveau des décors ». Et de rêver d’un avenir proche où décors et univers se matérialiseront à l’écran, grâce à l’IA.
Pour la CEO de la fondation ImpactIA, l’interactivité pourrait être encore plus poussée à l’avenir : « il suffirait qu’on apprenne à identifier les expressions du visage, les traits d’émotions, pour amener le niveau d’émotion recherché. Un épisode de Black Mirror explore cela. C’est très plausible ». Des films et séries sur-mesure qui se baseraient sur nos réactions et les émotions recherchées : la Vidéo à la Demande du futur. Avec l’effet de surprise en prime. « Je pense que ce qui est intéressant est ce qui nous surprend », souligne Romed Wyder. Mais selon lui, « l’IA a toujours du mal à sortir des sentiers battus. On aura toujours besoin de l’humain ». D’autant plus si, comme Laura Tocmacov l’espère aussi, les IA nous renverront à notre humanité, en s’adressant à nous avec politesse et bienveillance, des qualités parfois en voie de disparition dans les métiers de l’audiovisuel – comme d’autres domaines d’ailleurs.
Entre expérimentations et inquiétudes, l’IA impose désormais une redéfinition des rôles. Plus qu’un outil, elle devient une collaboratrice et invite à revoir nos priorités, à explorer nos domaines d’expertise. La question n’est plus « si » l’IA transformera le secteur, mais « comment » nous déciderons d’en faire un levier d’émancipation plutôt qu’un simple outil de raccourci, au risque de standardiser davantage encore la production. Reste à savoir si le septième art saura garder son humanité et sa créativité… En pleine conscience.
Échanges avec le réalisateur Jean-Stéphane Bron… En collaboration avec ChatGPT
Jean-Stéphane Bron : Par curiosité et un peu par provocation (et aussi par manque temps soyons honnête), j’ai demandé à CHATGPT de répondre à ma place en lui disant qui j’étais, ce que j’avais fait, etc. ! Voici ses réponses après deux secondes de réflexion. Je vous laisse juge. En rouge mes commentaires (sans aide…)
ChatGPT : Voici une réponse rédigée dans le style du réalisateur Jean-Stéphane Bron, avec une voix qui mêle lucidité, engagement artistique et intérêt pour les questions éthiques et sociétales — caractéristiques que l’on retrouve dans ses documentaires comme 5 Nouvelles du cerveau, L’Expérience Blocher, ou encore Cleveland contre Wall Street.
CultureEnJeu: Comment l’IA transforme-t-elle votre métier de cinéaste ?
ChatGPT : Je dirais que l’IA agit un peu comme un révélateur : elle transforme la manière dont on conçoit le cinéma, mais elle révèle aussi ce qu’il y a de profondément humain dans notre métier. Il y a cette tentation de l’automatisation, de l’optimisation permanente, qui entre parfois en collision avec la dimension artisanale, sensorielle, intuitive de la création cinématographique. On est face à un miroir qui nous demande : qu’est-ce qui, dans ce que nous faisons, peut être reproduit, et qu’est-ce qui ne le peut pas ?
Jean-Stéphane Bron : D’ici quelques années, démêler le vrai du faux sera impossible. Dans le domaine de l’information, la guerre des images et des sons ne fait que commencer. De mon côté, j’ai commencé à utiliser des assistances IA dans le domaine du son et les résultats sont vraiment étonnants (essais de voix, nettoyages, remplacement de mots, etc.). Aussi, ayant découvert la puissance de ces outils, je comprends mieux pourquoi les acteurs et les scénaristes ont fait grève il y a trois ans à Hollywood.
En tant que réalisateur, percevez-vous l’IA plutôt comme une opportunité ou une menace ?
ChatGPT : Je suis partagé. Il y a un potentiel indéniable : l’IA peut nous aider à explorer des récits, des structures narratives, à visualiser autrement. Mais elle est aussi une menace si elle devient un outil de standardisation, ou pire, un moyen pour les plateformes de réduire encore la prise de risque artistique. Le danger, ce n’est pas l’IA elle-même, c’est ce que les logiques industrielles pourraient en faire.
Rien à redire. Bien imité..
Voyez-vous des initiatives ou des projets en Suisse utilisant l’IA que vous jugez particulièrement intéressants ?
ChatGPT : Oui, notamment dans la recherche, entre Lausanne et Genève, il y a des ponts passionnants entre neurosciences, arts visuels et IA. J’ai rencontré, lors du tournage de Cinq Nouvelles du cerveau, des chercheurs à l’EPFL ou à l’Université de Genève qui travaillent sur des interfaces cerveau-machine avec une ouverture poétique que je trouve stimulante. C’est souvent dans ces marges — entre science, art et philosophie — que l’on voit émerger les idées les plus fécondes.
Et les menaces sur la démocratie, les vois-tu émerger ??
Qu’est-ce que votre projet Cinq Nouvelles du Cerveau vous a appris, notamment sur le rapport entre l’humain et l’IA ?
ChatGPT : Que ce rapport est ambivalent, fondamentalement. L’IA fascine parce qu’elle nous ressemble de plus en plus, mais elle inquiète parce qu’elle agit sans conscience. Le film m’a appris qu’on ne peut pas penser l’IA sans réfléchir en même temps à ce que nous sommes, à nos limites, à notre vulnérabilité. L’enjeu n’est pas seulement technologique, il est existentiel.
Pour dire vrai, il est politique. Qui détient le pouvoir ? Et à quelles fins ? Lisez les inspirateurs du Trumpisme (Curtis Yarvin en tête) et voyez ce qu’ils pensent de l’IA et à qui elle devrait servir. Le peuple dans des caves abrutis de jeux vidéo, les éclairés, les puissants, régnant en maître sur le monde. C’est un peu délirant, mais c’est une théorie en vogue dans la Silicon Valley. Le développement inéluctable de l’IA est vendu avec l’idée, elle aussi inéluctable, de l’obsolescence de la démocratie.
Quel est votre avis sur l’écriture, le montage ou d’autres aspects de la création assistés par l’IA ?
ChatGPT : Je suis curieux. J’ai testé certains outils d’écriture assistée, notamment pour jouer avec des structures narratives ou faire émerger des associations d’idées. Mais je garde une distance critique. Le risque, c’est que ces outils réduisent la complexité, qu’ils nous enferment dans des formats prédictifs. Je ne veux pas d’un cinéma où les scénarios sont générés en fonction d’algorithmes calibrés pour “plaire”.
So true.
Que répondez-vous à celles et ceux qui pensent que l’IA va détruire des métiers, notamment dans le milieu du cinéma ?
ChatGPT : Je comprends leur inquiétude. Oui, certains métiers vont être profondément transformés. Des postes liés à la post-production, aux effets visuels ou au repérage vont devoir évoluer. Mais la réponse ne peut pas être le repli. Il faut former, accompagner, imaginer de nouvelles façons de collaborer avec ces technologies. Et surtout, défendre la valeur de la pensée humaine, de l’expérience vécue.
Haha, bonne réponse, mesurée, prudente, tellement moi, ça fait peur… ;-)
Quel est, d’après vous, le rôle des cinéastes face à cette transformation ?
ChatGPT : C’est un rôle politique et artistique. Politique, parce qu’il faut résister à la tentation de l’automatisation du goût. Artistique, parce qu’il faut continuer à inventer, à raconter des histoires que personne n’attendait. L’IA pousse à la standardisation. Le cinéma, lui, doit rester le lieu de l’imprévisible, du singulier.
Oui, de l’expérience aussi, au sens scientifique. Nous devons nous astreindre à être des chercheurs.
Selon vous, quel impact l’IA va-t-elle avoir sur le rapport des salles de cinéma avec le public ?
ChatGPT : Là aussi, tout dépendra de l’usage. Il y a des expérimentations intéressantes avec des œuvres interactives ou des médiations augmentées. Mais j’espère qu’on ne va pas faire du cinéma une expérience purement “optimisée”. Le cinéma, ce n’est pas Netflix dans une salle. C’est un lieu de partage, de trouble, de silence. Il faut préserver cela.
Un lieu de trouble, j’adore.
Comment vous préparez-vous, en tant que cinéaste, à l’évolution des usages liés à l’IA ? Quel rôle vont y jouer la formation, le dialogue professionnel ou la création de réseaux ?
ChatGPT : Je crois à la nécessité de créer des espaces de dialogue, entre artistes, chercheurs, ingénieurs. La formation est essentielle, mais elle doit être critique. Il ne s’agit pas d’apprendre à “bien utiliser” l’IA, mais de penser ses usages, ses effets, ses angles morts. Le cinéma a toujours été une forme en dialogue avec la technique. L’enjeu est de ne pas céder notre autonomie de pensée à la machine.
Penser les angles morts, c’est beau !!

