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La rentrée littéraire de Zaza lit – Épisode 1/13

461 romans francophones et traduits paraissent en librairie entre le 19 août et début octobre. Du lancement de la rentrée littéraire jusqu'à la très attendue remise du Prix Goncourt 2026, Zaza lit, alias Isabelle Falconnier, partage ses commentaires, conseils et rencontres!

Photo de haut de page: © Alexandrina Birsan 

Épisode 1/13

10 incipit qui vous donneront envie de lire la suite

La première phrase d’un roman annonce la couleur, vous accueille au seuil du livre et déploie des trésors de style pour vous donner envie d’entrer. Mission accomplie pour ces 10 incipit de la rentrée littéraire : touchée, accrochée, je n’ai pu que dévorer la suite. Je n’ai pas été déçue !

Huit secondes. C’est la durée d’attention moyenne dont nous serions désormais capables. Quatre secondes de moins qu’au début du millénaire, selon une étude menée il y a quelques années par Microsoft. Autant dire que dans le monde de la fiction littéraire, l’incipit, soit la première phrase d’un roman, prend une importance cruciale pour un lectorat des plus impatient. Vous avez en tête les célèbres « Aujourd’hui, maman est morte. » (Camus, L’étranger), « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » (Proust, Du côté de chez Swann), « Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. » (Nabokov, Lolita), « Tous les enfants, sauf un, grandissent. » (J. M. Barrie, Peter Pan) ou encore le magnifique « Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. » (Sagan, Bonjour Tristesse). Dès le 19 août et les premiers feux de la rentrée littéraire, 461 romans francophones ou traduits paraissent d’ici à octobre. Voici, en guise d’amuse-bouche, dix débuts de romans à paraître suffisamment forts, intrigants, poétiques ou évocateurs pour que vous aussi, vous plongiez bille en tête dans ce bain, garanti non chloré, d’histoires à vivre.

« Ce matin, papa est mort.
Un océan nous sépare quand j’apprends la nouvelle. Je suis à Paris, assis dans un open space, entouré de collègue, et pourtant jamais je ne me suis senti aussi seul. »

L’âge de déplaire. Abibou Diouf. Albin Michel, 190 p. Sortie le 19 août.

« Son cœur éclata à l’instant où son pied, sans sa chaussure américaine en cuir jaune, entamait un nouveau pas de danse. La douleur jaillit de ses côtes fêlées et submergea l’espace : les tapis rouge feu, les lustres de cristal, l’orchestre d’instruments à vent et à cordes. Il tenta de s’agripper à la taille de sa partenaire – une actrice célèbre, au beau visage soviétique – mais il glissait inexorablement vers le bas, du velours lisse de la robe au parquet fuyant, puis plus bas encore, de plus en plus vite, dans une douleur de plus en plus aiguë. »

Eisen. Gouzel Iakhina. Noir sur Blanc, 520 p. Sortie le 27 août.

« Alors, on dit quoi, Beaubourg ou Pompidou ? Centre Beaubourg ? Musée Pompidou ? L’inverse ? T’as habité vingt-trois ans à Paris et t’es toujours infoutu de savoir ? Gros naze. »

Un diamant dans les gravats. Luz. Stock, coll. Ma nuit au musée, 288 p. Sortie 19 août.

« Elle rajuste son soutien-gorge, sa chemise, et quitte la chambre du bébé. Parvenue dans le séjour, elle jette un œil à sa montre, déjà dix-huit heures. Elle s’agenouille pour rassembler les jouets qui ont volé dans toute la pièce, en trouve sous le radiateur et, de fil en aiguille, se contorsionne pour regarder sous les meubles, une joue sur le parquet. (…) En quelques minutes c’est rangé, le salon devient un lieu d’adultes. »

Glissando. Anne-Sophie Subilia. Zoé, 192 p. Sortie le 27 août.

« J’ai demandé à mon cousin quels étaient ses premiers souvenirs : il a évoqué les verres en plastique de couleur à l’école maternelle, son petit tablier, l’odeur de la salle de classe. Dans un sourire, il s’est rappelé le jour où il avait coincé son pénis en remontant la fermeture éclair de son pantalon et comment les sœurs qui s’occupaient de lui, gênées, n’avaient pas osée immédiatement lui venir en aide. »

Bahía. Isabelle Cornaz. La Baconnière, 110 p. Sortie le 21 août.

 « Et puis, la femme assise sur le côté m’avait demandé, d’une voix douce qui invitait à la confidence, quel était mon plus lointain souvenir. J’avais réfléchi quelques instants et répondu ceci. »

La première phrase du premier livre. Philippe Besson. Julliard, 240 p. Sortie le 3 septembre.

« Si je cherche à identifier ce qui a précipité ma vie dans un univers de fiction, c’est le vide qui me vient à l’esprit. »

la fabrique des histoires

La fabrique des histoires. Stéphanie Janicot. Albin Michel, 242 p. Sortie le 26 août.

« 2002. France. Sur le trajet entre le collège et chez moi, j’essaie de me souvenir si c’est à chaud ou à froid que les taches de sang se lavent. Je réfléchis à qui je pourrais poser la question. (…) Arrivée à la maison, je me change et je prends un billet de vingt dans l’enveloppe spéciale course. Je mets mes cheveux en rideau sur la partie gauche de mon visage et je descends au 8 à Huit m’acheter un cordon-bleu et du Sprite. »

À voix haute. Polina Panassenko. Editions de l’Olivier, 260 p.

« De plus en plus, la peur de mourir sans avoir connu la jouissance enfonçait Maya Marta dans des visions nocturnes de forêt en lisière de ville. »

Maya-fantôme. Caroline Dorka-Fenech. Editions de La Martinière, 176 p. Sortie le 21 août.

« La fin du monde n’est pas une prédiction, elle est en train d’arriver.
Cette phrase existe, sur un parchemin du VIe siècle dont l’épaisseur de peaux empilées n’atténue pas l’écho. Elle est une cloche que l’on a frappée dès l’apparition des cavaliers de la peste, et le tocsin se transmet à l’identique depuis des siècles. On sait bien l’objet de cette alarme, mais on essaie de toute force de ne pas le comprendre : ils arrivent. »

Dans les Alpes tout ira mieux. Alexis Jenni. Le Cercle ouvert, 280 p. Sortie le 20 août.

« Le Louvre ferme une fois par semaine. Je trouve cela scandaleux : le mardi, je n’ai pas le droit d’aller chez moi. »

L’adolescence du perroquet. Amélie Nothomb. Albin Michel, 156 p. Sortie le 19 août.

«  – Je vois un ange, l’ombre d’un ange sur ton épaule, avait murmuré la Gitane aux yeux agrandis de khôl, en me gardant la main, paume tournée vers le ciel. Oui, un ange ou un archange, avec des ailes bleutées…
Aussitôt, ma mère lui avait glissé une piécette et, me tirant par le bras, on avait replongé dans le brouhaha du marché de Plougastel. (…) De ce moment où j’avais senti la gêne de ma mère, palpable, à croire qu’il fallait me cacher quelque chose, en retarder le moment. Ne pas tout dire tout de suite. »

Tête brûlée. Jean-Luc Coatalem. Stock, 240 p. Sortie le 19 août.

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